#HISTOIRE

ENLEVEMENT ET DISPARITION DE MEHDI BEN BARKA – Le Blog des invités de Mediapart

Il y a 3 semaines, le 28 octobre 2019

Par Pierre Laurent

54 ans après, les circonstances de la mort de Mehdi Ben Barka ne sont toujours pas élucidées. Aussi bien du côté marocain que français, l’obstacle principal à l’établissement de toute la lumière reste la raison d’Etat érigée en principe intangible. Des personnalités des deux pays demandent aux États d’assumer leurs responsabilités afin que la vérité soit enfin établie et appellent à un rassemblement le 29 octobre.

GARDONS LE CONTACT

Le 29 octobre 1965 Mehdi Ben Barka est interpellé devant la brasserie Lipp à Paris par deux policiers français. A ce jour, la vérité n’a toujours pas été faite sur les conditions exactes de la disparition de l’un des principaux responsables de l’opposition marocaine et symbole du mouvement international de la solidarité des peuples du tiers-monde.

Ce crime a suscité et continue de susciter une très forte émotion, tant au Maroc qu’en France. Si les responsabilités politiques marocaines à l’origine de l’enlèvement ont pu être établies, si les complicités françaises au niveau des services de renseignements et de police sont reconnues et si les autres implications internationales sont avérées, les circonstances de la mort de Mehdi Ben Barka ne sont toujours pas élucidées et sa sépulture reste inconnue de sa famille.

Depuis octobre 1975, une instruction judiciaire pour assassinat, tentative d’assassinat et complicité est en cours au palais de Justice de Paris. Dix juges se sont succédé sur le dossier sans parvenir à apporter des réponses cruciales pour la veuve de Mehdi Ben Barka, ses enfants, ses proches et leur avocat Me Buttin qui entendent connaître la vérité, et, pouvoir, enfin, faire leur deuil.

Aujourd’hui, plus d’un demi-siècle après les faits, l’obstacle principal à l’établissement de toute la lumière reste la raison d’Etat(s) érigée en principe intangible des deux côtés de la Méditerranée face aux exigences de justice et de vérité due à la famille de Mehdi Ben Barka et de l’hommage à sa mémoire. Aussi bien du côté marocain que sans doute du côté français, des témoins en possession d’une part de vérité sont encore en vie, les archives pouvant apporter des réponses doivent encore exister. Mais, les autorités judiciaires marocaines refusent de coopérer pleinement avec les juges d’instruction français en charge du dossier – en exécutant en particulier la Commission Rogatoire Internationale adressée au Maroc depuis septembre 2003, renouvelée au printemps 2005, voici donc près de quinze ans ! Mais les autorités politiques françaises refusent la levée du secret-défense sur la totalité des documents relatifs à l’affaire. Le ministère de la défense refuse même de répondre à la requête du juge d’instruction en charge du dossier de saisir de nouveau la Commission de secret de défense nationale.

Nous ne saurions croire que, en agissant ainsi, les responsables politiques français et marocains pensent pouvoir décourager le juge d’instruction et le pousser à clôturer le dossier. Ce serait ajouter le déni de justice à la douleur et à l’attente de la famille de Mehdi Ben Barka.

Cette situation de blocage est humainement insupportable et politiquement inacceptable. Deux nations comme la France et le Maroc ne doivent pas et ne peuvent plus user d’inertie et de subterfuges pour empêcher le déroulement normal de la justice. Elles se grandiraient en assumant pleinement leurs responsabilités pour que la vérité soit établie et que justice se fasse.

En octobre 2015, à l’occasion d’une cérémonie de commémoration du cinquantième anniversaire de la disparition de Mehdi Ben Barka organisée à Rabat, à laquelle le Roi du Maroc avait souhaité s’associer par un message, il écrivait : « (…) Et bien que cet anniversaire vienne à un moment où de nombreuses questions restent sans réponse, Nous avons tenu à partager avec vous cet événement, sans inhibition ni complexe par rapport à cette affaire, et en témoignage de l’estime dont il jouit auprès de Nous et des Marocains. »

Chacun se rappelle la déclaration faite par le Président Emmanuel Macron lors de sa visite au Burkina Faso le 28 novembre 2017 : « J’ai pris la décision que tous les documents produits par des administrations françaises pendant le régime de Sankara et après son assassinat, … couvertes par le secret de défense nationale soient déclassifiés et consultés en réponse aux demandes de la justice burkinabè ».

Le 13 septembre 2018, après avoir reconnu la responsabilité de l’Etat français dans la disparition de Maurice Audin, et que sa mort a été « rendue possible par un système légalement institué », le Président français ajoutait : « (…) il était temps que la Nation accomplisse un travail de vérité sur ce sujet. ». En conséquence « le Président de la République souhaite que toutes les archives de l’Etat qui concernent les disparus de la guerre d’Algérie puissent être librement consultées et qu’une dérogation générale soit instituée en ce sens. »

Les familles des victimes et l’opinion ont accueilli favorablement ces avancées. Alors Pourquoi n’en serait-il pas de même pour l’affaire Ben Barka, plus d’un demi-siècle après les faits ?

Le temps est venu pour que les plus hautes autorités du Maroc et de la France fassent les gestes justes, prennent les décisions nécessaires et des mesures concrètes qui permettraient d’y parvenir afin que cette affaire sorte de l’impasse dans laquelle elle s’enlise.

Les signataires

Jean-Marie Delarue, Président CNCDH
Henri Leclerc, Président d’honneur LDH
Jean Ziegler, Vice-président du comité consultatif du Conseil des droits de l’homme de l’ONU
Laila Shahid, Ancienne ambassadrice de Paletine en France et en Europe
René Gallissot, Historien
Elisabeth Borrel
Fabienne Boulin Burgeat
Gustave Massiah, Membre du conseil international du Forum Social Mondial
†Henryane de Chaponay
Pierre Joxe, Magistrat honoraire
Mgr Jacques Gaillot, Evêque de Partenia
Nils Andersson, Editeur
Patrick Baudouin, Président d’honneur FIDH
Renée Le Mignot, Co-présidente du MRAP
Malik Salemkour, Président de la LDH
Marie-Claude Vignaud Al Hamchari
Pierre Audin
Mariam Sankara, Veuve de Thomas Sankara
Jean-Jacques Patrice Lumumba, Petit neveu de Patrice Lumumba, Plate-forme panafricaine de lutte contre la corruption
Lotfi Ben Youssef, Médecin, Tunisie
Pierre Mansat, Président de l’association Maurice Audin
Benjamin Stora, Historien
Patrice Leclerc, Maire de Gennevilliers
Mohammed Berrada, Ecrivain marocain
Abdellatif Laabi, Ecrivain
Simone Bitton, Cinéaste
Roger Ferrari, Syndicaliste
Gilles Manceron, Historien
Serge Leperon, Cinéaste
Mustapha Majdi, Secrétaire du Comité pour la vérité Ben Barka
Fabien Roussel, Député, secrétaire national du PCF
Martial Bourquin, Sénateur du Doubs
Pierre Laurent, Sénateur de Paris
Clémentine Autain, Députée LFI
Emmanuel Decaux, Professeur émérite
Bertrand Warusfel, Professeur à l’Université Paris 8, avocat
Philippe Texier, Magistrat honoraire.
Erica Deuber Ziegler, Historienne de l’art
Tewfik Allal, Coordinateur de ACDA
Etienne Balibar, Philosophe
Solange Barberousse, Universitaire
Huguette Bello, Député GDR
Joyce Blau, Linguiste, orientaliste
Hayat Bousta, Responsable du site « Maroc Réalités »
Saïd Bouamama, Sociologue, FUIQP
Mustapha Boutadjine, Plasticien
Alain Brunnel, Député GDR
Marie-Georges Buffet, Députée GDR
André Chassaigne, Député GDR
Antoine Comte, Avocat à la Cour
Pierre Darrheville, Député GDR
Antoine De Bary, Artiste peintre
Sylviane De Wangen, CA de Mémoire, vérité, justice
Jacqueline Derens, Militante anti-apartheid
Jean-Paul Dufregne, Député GDR
Jean-Paul Escoffier, AFASPA
Mireille Fanon Mendès-France, Présidente de la Fondation Frantz Fanon
Patrick Farbiaz, Militant écologiste
Mounir Fatmi, Artiste plasticien
François Geze, Editeur
Christiane Gillmann, Avocat honoraire
Hassan Hadj Nassar, Militante de la gauche marocaine
Aboubakr Jamai, Professeur universitaire
Sébastien Jumel, Député GDR
François Kakdor, Avocat honoraire
Jean-Paul Lecoq, Député GDR
François Martinet, Ecrivain, chercheur
Jean-Luc Nancy, Philosophe,
Stéphane Peu, Député GDR
Bernard Ravenel, Historien
Marguerite Rollinde, Militante des droits humains
Mounir Satouri, Député européen, groupe des Verts
François Sauteray, Militant syndical et associatif
Patrick Silberstein, Editeur
Mustapha Tanouti, Militant associatif
Joseph Tual, Grand reporter
Celina Whitaker, Protection sociale solidaie

 

Au Maroc

Omar Balafrej, Parlementaire marocain
Abdelilah Benabdeslam, Coordintateur Coalition marocaine des Instances des droits humains
Mohamed Neshnash, Ancien président Organisation Marocaine des Droits Humains
Khadija Ryadi, Lauréate du prix de l’ONU (droits de l’Homme), ancienne présidente de l’Ass. Maroc. des D. H.
Mohamed Bensaid Ait Idder, Gauche socialiste unifiée (Maroc)
Nabila Mounib, Secrétaire générale du PSU (Maroc)
Ali Boutouala, Secrétaire national PADS (Maroc)
Mustapha Brahma, Secrétaire national Voie démocratique (Maroc)
Najib Akesbi, Economiste
Abdelhamid Amine, Président d’honneur de la Fédération Nationale du Secteur Agricole-UMT »
Anis Balafrej, Ingénieur
Omar Bendjelloun, Avocat, universitaire
Abderrahim Berrada, Avocat
Abderrahim Jamal, Avocat, ancien bâtonnier de Rabat
Fouad Abdelmoumni, Secrétaire général de Transparency Maroc
Mohammed Achaari, Président de la fondation Abderrahim Bouabid
Sion Assidon, Coordinateur BDS Maroc, fondateur Transparency Maroc
Abdelkader Baina, Juriste
Abderrahim Ben Barka, Avocat, ancien bâtonnier de Rabat
Bichr Bennani, Editeur
Monique Berrada, Enseignante
Abdou Berrada, Journaliste
Brahim Bouabid, Avocat
Ali Bouabid, Délégué Général de la fondation Abderrahim Bouabid
Rkia El Mossadeq, Juriste
Tariq Kabbage, Ancien maire d’Agadir (Maroc)
Amina Kadiri, Militante des droits humains
Mohamed Laroussi, Chroniqueur, écrivain
Aziz Loudiyi, Interprète
Maâti Monjib, Historien, coordinateur Freedom Now
Khadija Tnana, Artiste plasticienne

Un jardin de Paris va porter le nom de Martha Desrumaux

Il y a 1 mois, le 18 octobre 2019

Par Pierre Laurent

C’est justice au regard de ce que fut son action personnelle, comme femme, militante, syndicaliste, résistante.

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Mesdames, Messieurs,
Cher·e·s ami·e·s,
Cher·e·s camarades,

Un jardin de Paris va porter le nom de Martha Desrumaux.

Sénateur de Paris, je tiens à faire part de ma gratitude à toutes celles et ceux qui ont œuvré pour que ce moment de reconnaissance puisse se tenir : Madame la maire de Paris, la majorité de gauche de la ville de Paris et le groupe communiste au sein de cette majorité.
Je salue également l’Association des amis de Martha Desrumaux, sa présidente Laurence Dubois, qui travaillent à mieux faire connaître cette grande figure du mouvement ouvrier français.
Sans oublier mon ami Pierre Outteryck qui, dans son combat pour la reconnaissance due à Martha, ne ménage ni sa peine ni son temps. Pierre y met tout son cœur et toute son âme, une passion qu’il conjugue avec la grande rigueur historique et scientifique qui est la sienne.

Que nous dit aujourd’hui Martha Desrumaux ? De cette histoire passionnante et foisonnante, je voudrais, en étant certes très incomplet, retenir 3 leçons.

Elle nous dit d’abord la place qu’a occupée la classe ouvrière dans les combats libérateurs de la France et dans toutes les conquêtes sociales du pays.

La classe ouvrière joua un rôle décisif en 1936 pour transformer la victoire électorale de la gauche en grandes conquêtes sociales et joua un rôle reconnu dans la Résistance à l’occupation nazie et la Libération. Cela explique le contenu du programme du Conseil national de la Résistance et les grandes réformes de la Libération, la Sécurité sociale et le statut des fonctionnaires, le droit de votre des femmes…
Martha, fer de lance des luttes ouvrières dans le textile ou les mines, négociatrice décisive dans les négociations pour l’augmentation des salaires en 1936, fut au cœur de ces enjeux, elle y joua un rôle de premier plan. Ce rôle lui valu d’être élue en 1945, à son retour du camp de concentration de Ravensbruck, dans l’Assemblée constituante provisoire créée par le général de Gaulle, au titre, avec 16 autres de ses compagnons, de représentante des déporté·e·s.

Elle fut donc, à ce titre, parmi les premières femmes parlementaires et joua un rôle là aussi décisif pour l’obtention, à cette période, du droit de vote pour les femmes.

A l’époque où nous vivons, où le Parlement européen vote une motion révisionniste réécrivant l’histoire de la seconde guerre mondiale et des responsabilités dans son éclatement, il est urgent de faire connaître ce que fut, l’apport de Martha, l’apport des communistes comme de l’ensemble de la classe ouvrière, qui, comme l’a écrit François Mauriac, fut la seule classe sociale, à « rester fidèle à la nation ».

Ce que nous dit Martha, c’est l’urgence aujourd’hui des combats pour la paix, pour les droits de tous les peuples à l’émancipation, pour des relations internationales construites sur d’autres logiques que les logiques de domination néocoloniales.
Femme éprise de paix, impliquée dans les combats antimilitaristes, anticolonialistes, antifascistes de son époque, elle nous dit qu’au 21e siècle plus aucun peuple, qu’il soit Kurde, Palestinien, Sahraoui, etc. ne doit s’entendre dire : « vous n’êtes rien ».

Tous les peuples ont droit à la fois à l’existence, à des droits, à la dignité. Nous sommes toujours dans les traces et dans la lumière que nous a léguées Martha Desrumaux.

Ce que nous dit Martha, première parlementaire femme du pays, c’est l’urgence du combat acharné à mener pour l’égalité hommes-femmes.

Ce qui est à l’ordre du jour est la construction d’une société non violence pour les femmes, les enfants et bien sûr les hommes.

Françoise Héritier a écrit récemment : « Il est important que les deux sexes travaillent ensemble à changer ce système, l’oppression et la dévalorisation du féminin n’étant pas nécessairement à long terme un gain pour le masculin et pour l’humanité ».

Je ne sais si elle pensait à Martha, mais ces quelques mots résument ce que fut le sens de son combat.

Mesdames, Messieurs, cher·e·s ami·e·s, cher·e·s camarades,

Martha a adhéré au Parti communiste français dès le lendemain du congrès de Tours. Son parti, qui va fêter ses 100 ans tout au long de l’année 2020, est fier d’avoir compté dans ses rangs une si grande dame.

Martha est des nôtres, mais elle appartient à la communauté nationale, à l’esprit des Lumières, à l’histoire progressiste de notre pays. Elle est celle qui, pour plagier Victor Hugo, a su dire à tous ceux qui profitaient de la nuit qu’il y a « une grande puissance, l’aurore, et que l’aube ne peut être vaincue ».

Je l’ai écrit récemment à l’Association des amis de Martha et je le renouvelle aujourd’hui publiquement, vous pouvez compter sur ma disponibilité et mon soutien pour que la France, qui lui doit tant, reconnaisse, en l’accueillant au Panthéon, ce que fut son combat et le sens qu’elle a su donner à sa vie, pour la liberté, l’égalité, la Fraternité.

ENGAGEMENT PARLEMENTAIRE pour le Traité d’interdiction des armes nucléaires

Il y a 2 mois, le 27 septembre 2019

Par Pierre Laurent

J’ai signé cet engagement comme d’autres parlementaires et j’invite celles et ceux qui ne l’ont pas encore fait à s’emparer de ce combat.
Au colloque que nous avons organisé hier à l’Assemblée nationale, avec le PCF – monde, sur la paix et le désarmement nucléaire, Handicap International – Humanity & Inclusion a dévoilé le monument dédié « au civil inconnu », en hommage aux victimes civiles des conflits et pour dénoncer une pratique intolérable : les bombardements en zones peuplées.

GARDONS LE CONTACT

Les parlementaires ont un rôle vital à jouer dans la promotion de la paix et de la sécurité pour un monde sans armes nucléaires. Ils ont joué un rôle majeur dans la réalisation du Traité sur l’interdiction des armes nucléaires. Nous demandons maintenant leur aide à travers cet Engagement parlementaire, pour promouvoir ce traité et encourager la signature et la ratification de celui-ci par leur Etat respectif. Cet Engagement est coordonné par la Campagne internationale pour Abolir les armes nucléaires (ICAN),

« Nous, les parlementaires soussignés, accueillons chaleureusement l’adoption du Traité des Nations Unies sur l’interdiction des armes nucléaires le 7 juillet 2017 comme une étape importante vers la réalisation d’un monde exempt d’armes nucléaires. Nous partageons la profonde préoccupation exprimée dans le préambule face aux conséquences humanitaires catastrophiques qui résulteraient de toute utilisation d’armes nucléaires, et nous reconnaissons le besoin qui en découle d’éliminer ces armes inhumaines et abominables. En tant que parlementaires, nous nous engageons à travailler à la signature et la ratification de ce traité historique par nos Etats respectifs, car nous considérons que l’abolition des armes nucléaires est un bien public mondial de premier ordre et une étape essentielle pour promouvoir la sécurité et le bien-être de tous les peuples. »

Qui peut signer ? Tous les membres actuels d’un parlement national peuvent signer cet Engagement. Il est ouvert à tous les parlementaires de tous les Etats.

Comment rejoindre cet appel : Signez ce document et scannez-le et envoyez-le par e-mail à coordination[at]icanfrance.org

Un adversaire politique intransigeant et respectueux

Il y a 2 mois, le

Par Pierre Laurent

Jacques Chirac, président de la République de 1995 à 2007 est décédé. Je salue avec émotion la disparition d’un homme qui a marqué la vie politique du pays pendant de longues années, notamment lors des 12 années où il fut élu puis réélu président de la République.

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C’est une page de l’histoire politique de notre pays qui se tourne.

Les communistes ont été des adversaires politiques résolus de Jacques Chirac, tant au plan local à Paris et en Corrèze, qu’au plan national.

Ils se sont opposés à la politique qu’il a menée comme président de la République. Mais cet affrontement, souvent vif et sans concession , s’est toujours fait dans le respect mutuel.

Nous n’oublions pas cependant que nous avons su, alors que Jacques Chirac était maire de Paris, nous retrouver avec lui dans la lutte contre l’apartheid en Afrique du sud et la libération de Nelson Mandela. Nous saluons aussi son courage et sa clairvoyance lorsque, président de la République, il s’opposa en 2003 à l’intervention militaire en Irak, ou encore reconnut la responsabilité de l’État français dans la déportation de centaines de milliers de juifs durant l’occupation.

Jacques Chirac était aussi porteur de valeurs qui lui interdisait de se compromettre ou de pactiser avec le Front national. Beaucoup devraient s’inspirer aujourd’hui de ce que fut son action et sa parole en ces domaines.

Certes, des choses essentielles opposaient les communistes à Jacques Chirac. Mais je tiens à m’associer au recueillement dû par la Nation à un homme d’État qui a marqué son temps et présente à sa famille et ses proches mes plus sincères condoléances.

25 août 1944 : Paris se libéra

Il y a 3 mois, le 26 août 2019

Par Pierre Laurent

Le 25 aout 1944, Paris est libéré par les parisien.ne.s. Je rends hommage à ces femmes et ces hommes qui ont décidé de vivre debout, qui ont réussi à se libérer et à reconstruire la France. Je pourrais parler de milliers de noms qui sont sur le fronton d’une école, d’une place, d’une rue ou […]

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Le 25 aout 1944, Paris est libéré par les parisien.ne.s.

Je rends hommage à ces femmes et ces hommes qui ont décidé de vivre debout, qui ont réussi à se libérer et à reconstruire la France.
Je pourrais parler de milliers de noms qui sont sur le fronton d’une école, d’une place, d’une rue ou dans une chanson.

Rien n’allait de soi, rien n’était facile. Et pourtant, elles et ils ont réussi à libérer Paris. 

Raymond Aubrac, lors d’une rencontre des Amis de l’Humanité le 8 mai 2011, expliquait : « Lorsque les jeunes m’interrogent, ils me demandent toujours pourquoi nous avons résisté ? Eh bien, je leur réponds : parce que nous savions que ça servirait à quelque chose… même si nous savions que nous pouvions mourir, nous agissions pour les nouvelles générations. Je dis aux jeunes : si vous baissez les bras, baissez la tête face aux injustices, vous avez des chances d’être battus, mais si vous n’êtes pas résignés et que vous êtes prêts à affronter les difficultés du combat, vous avez des chances de vaincre. »

Son message reste toujours d’actualité et donne son sens à ce 75è anniversaire de la Libération de Paris. 

Combattre « les monstres » en hommage aux victimes de l’Esclavage

Il y a 6 mois, le 23 mai 2019

Par Pierre Laurent

Le 23 mai est un jour que nous consacrons toutes et tous à l’hommage national aux victimes de l’esclavage colonial et à leur mémoire. Je m’associe avec tous les communistes à cette journée nationale, aux côtés des descendants d’esclaves qui se mobilisent pour rendre hommage à leurs aïeux.

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Cette reconnaissance de l’esclavage comme crime contre l’Humanité et des souffrances infligées à des populations et des pays entiers fut l’objet d’un grand combat, un combat légitime et humaniste. Ce combat se poursuit aujourd’hui, il est essentiel, pour que rien de ce que fut, dans le passé, le système colonial-esclavagiste ne reste dans l’ombre : ni la plus-value des capitalistes, (l’accumulation primitive qui a permis l’essor du capitalisme) et de leurs États qui se sont honteusement enrichis, ni les traumatismes profonds des descendants d’esclaves : (marchandisation, destruction des familles), qui ont mis si longtemps à être reconnus . Ce système ne pouvait fonctionner que sur le racisme en légitimant le sort fait à des « sous hommes ». Il existe encore un esclavage « moderne » de par le monde (pays du golfe, mais pas seulement) et les femmes sont les premières victimes de l’esclavage domestique et de la traite des êtres humains.

Frantz Fanon avait ses mots : « Je ne veux pas chanter le passé aux dépens de mon présent et de mon avenir ». Plus que jamais, le devoir de mémoire doit donc s’accompagner de la nécessité de construire un monde qui se débarrasse de toutes les dominations, de toutes les exploitations, qui s’attaque résolument à toutes les inégalités entre les individus et tous les peuples, qui éradique de l’avenir de l’Humanité le poison du racisme et du rejet de l’autre.

Quand Mr Salvini, chef d’état italien instaure dans son pays une amende à l’encontre de ceux qui viendraient en aide aux migrant.e.s perdu.e .s en mer et que l’Union Européenne ne dit rien et laisse faire, nous affirmons aujourd’hui qu’il est urgent de remettre l’humain et ses valeurs au cœur des politiques publiques, notamment en Europe. Quand des millions d’enfants, des millions d’être humains à travers le monde sont mis en état d’esclavage, nous sommes encore trop peu à en remettre en cause les mécanismes, et le système capitaliste qui a modernisé son système d’exploitation.

«  Chaque fois qu’un homme (une femme) a fait triompher la dignité de l’esprit, chaque fois qu’un homme (une femme) a dit non à une tentative d’asservissement de son semblable , je me suis senti solidaire de son acte. » (Frantz Fanon). Nous sommes conscients de l’immensité du défi à relever : en cooperation étroite avec quiconque ressent la même exigence, nous nous donnons le projet de nourrir d’idées progressistes l’indispensable débat citoyen sur les valeurs qui doivent fonder une vision alternative, humaniste, de l’avenir de l’humanité et de la coopération entre les peuples.

Ces valeurs sont d’abord celles de la solidarité: les interdépendances sont devenues telles que les problèmes qui touchent des sociétés à l’autre bout du monde nous concernent par ricochet. La question des migrations en est une illustration flagrante. L’avenir de la planète appelle la solidarité, entendue au sens le plus fort : non la simple charité, mais la conscience d’une « responsabilité commune », que ce soit pour le climat, la justice sociale, la paix, les droits des peuples, la démocratie.

Ces valeurs sont ensuite celles du multilatéralisme qui n’est finalement rien d’autre à mes yeux que cet esprit de « responsabilité commune » concrétisé sur le plan des institutions. En particulier les Nations-Unies qu’il convient de réformer profondément dans l’esprit de leur Charte de 1945 – afin d’en faire l’institution authentiquement universelle et axée sur les grands enjeux sociaux internationaux, dont le monde a besoin. A bien plus forte raison, les institutions européennes demandent-elles à être franchement refondées pour pouvoir prétendre s’inscrire dans cette logique ! Notamment, en s’émancipant de toute tutelle des Etats-Unis, y compris militaire avec l’OTAN , et en traitant d’égal à égal avec tous les partenaires des autres régions du monde.

Ces valeurs sont enfin celles de l’altérité et de l’échange culturel : face aux « monstres » qui envahissent progressivement tous les secteurs de la vie, nous devons promouvoir la reconnaissance de l’autre dans sa différence. Notre but doit être de dépasser tout ce que la notion « d’étranger » peut charrier de méfiance, voire d’hostilité. « L’européocentrisme », ou « l’occidentalocentrisme », cette propension à se sentir appartenir à la civilisation-étalon applicable au monde entier, n’est plus tolérable aujourd’hui. Accepter et construire du commun dans un échange permanent et respectueux non du bout des lèvres mais en y voyant le reflet de la richesse de l’humanité, voilà la condition d’une vraie égalité des peuples et d’une lutte efficace contre le choc des civilisations auquel les réactionnaires de tout poil veulent nous amener.

Je fais mienne la notion de « transculturation » qui ne cantonne pas les individus dans des catégories sociales, culturelles ou ethniques, mais fonde les rapports humains sur le commun de l’humanité, le respect de l’autre, l’échange culturel. jusqu’à contribuer à une nouvelle ambition de civilisation, à un progrès de l’Humanité tout entière. Le développement des échanges personnels, de la connaissance des autres sociétés et des autres civilisations, de la réalisation de projets communs, sont et seront les meilleurs antidotes contre l’intolérance, le racisme, le nationalisme et un puissant facteur de paix.

Je ressens le besoin urgent de s’approprier et de débattre le concept du  « Tout-Monde » d’Edouard Glissant et de Patrick Chamoiseau pour une République dont nous contribuerons ensemble à batir les évolutions dans le 21ème siècle.

C’est donc dans un nouveau récit pour l’Humanité que nous nous inscrivons, dans cette période de notre histoire humaine où, comme le disait Gramsci, « Le vieux monde se meurt, le nouveau monde tarde à apparaître » et si « dans ce clair-obscur surgissent les monstres », la journée du 23 mai, en hommage aux victimes de l’esclavage et du colonialisme, est un beau jour pour les combattre et engager l’Humanité sur un autre chemin, celui de l’épanouissement de chacun-e.

Pierre Laurent, Sénateur, président du Conseil National du PCF

Paris, le 23 mai 2019

Discours 1917 / 2017 – Révolution

Cette promesse d’octobre 1917, la magnifique exposition d’affiches disponible en cet Espace Niemeyer, les nombreuses conférences et débats qui se sont tenus, l’ont à la fois illustrée et fait revivre, en ont éclairé la portée.

Ces 3 semaines autour de la Révolution russe de 1917 ont permis de réévaluer ce moment de l’histoire et de l’aventure révolutionnaire humaine. Elles nous conduisent depuis deux jours à réfléchir à l’actualité de l’idée de révolution aujourd’hui, pour mieux repenser les chemins de nouvelles révolutions.

On appelle souvent révolution en politique des moments d’accélération, de précipitation de l’histoire.

Ces trois semaines de réflexion nous auront aussi servi à prendre conscience des temps longs dans lesquels elles s’inscrivent.

Les journées d’octobre 1917 en Russie, ou celles de juillet 1789 en France, cristallisent des processus profonds, au cours desquelles se renforce et s’exprime la conscience populaire et politique de la nécessité de bouleverser les rapports sociaux.

Nous vivons une telle période, où se cherchent les voies de nouvelles révolutions des rapports sociaux.

C’est pourquoi, pour nous communistes et révolutionnaires du 21ème siècle, ces 3 semaines furent aussi une invitation à réinventer, dans les conditions et les rapports de force d’aujourd’hui, les transformations révolutionnaires dont la France, mais aussi notre monde ont besoin.

Le capitalisme mondialisé est à la fois hyper puissant et dominateur, mais désormais miné par des contradictions dont l’ampleur le rende incapable d’assurer l’avenir et même à terme la survie de l’Humanité.

La révolution russe, son accélération en octobre 1917, ne nait pas de rien ; elle n’est pas un coup de tonnerre dans un ciel serein. Elle plonge ses racines dans le développement du mouvement ouvrier et de la pensée de Marx, tout au long du 19ème siècle et dans celle de Lénine au début du 20ème.

Pour retrouver la portée qu’elle eut en France et en Europe, il faut entendre les âpres luttes de classes du 19ème siècle, les révoltes ouvrières si durement réprimées. Il faut entendre la révolte des canuts à Lyon, leur chanson « c’est nous les canuts, nous sommes tout nus… ».

Il faut entendre les prolétaires français partant « à l’assaut du ciel » selon la formule de Marx, à deux pas d’ici, avec la Commune de Paris.

72 jours d’héroïsme éblouissants .

72 jours conclus par la semaine sanglante avec l’écrasement de la Commune et près de 10 000 morts.

Dix semaines dont les révolutionnaires de toute l’Europe tireront beaucoup de leçons.

Pour entendre 1917, il faut avoir en tête Fourmies, ce 1er Mai 1891, sa manifestation pacifique pour demander la journée de 8 heures et la réponse implacable de la bourgeoisie qui voit là une insupportable atteinte à sa domination rapace, jusqu’à tuer de nombreux manifestants dont le plus jeune avait 11 ans et le plus âgé 30.


C’est dans ce monde-là que surgit 1917,
dans ce monde où la machine de guerre des rivalités impérialistes se déploie à toute force, indifférente à la boucherie humaine qu’elle déchaîne, broyant les hommes et la nature et où, en 3 ans, plus de deux millions d’hommes trouvent la mort sur le seul Front oriental.

Face à ce système, l’idée socialiste que Balzac, déjà, avant Marx, nommait « communisme », progresse. Mais nulle part, à l’échelle nationale, elle ne parvient à l’emporter depuis la glorieuse mais si cruellement éphémère Commune de Paris.

Et surgit 1917.

En février, le peuple russe balaie le tricentenaire tsariste et, en octobre, en quelques jours, il fait basculer l’histoire du monde.

« La cause pour laquelle le peuple a lutté : proposition immédiate de paix démocratique, abolition du droit de propriété sur la terre des propriétaires fonciers, contrôle ouvrier de la production, création d’un gouvernement des Soviets, cette cause est assurée » dira le Comité Révolutionnaire dans sa déclaration du 25 octobre à 10 heures.

Dès le 26, c’est le Décret sur la paix face à la boucherie impérialiste de la Première Guerre mondiale .

Puis le 27, un projet de règlement sur le contrôle ouvrier qui donne aux ouvriers la maîtrise de l’entreprise.

La révolution s’étend dès lors tous azimuts.

Elle ébranle jusqu’au tréfonds les logiques impérialistes d’asservissement des peuples et, par là même, les fondements du colonialisme comme instrument de domination des plus grandes puissances.

Le décret sur la paix est plus clair que jamais :

« Si une nation est maintenue par la force dans les frontières d’un État donné, si, malgré le désir exprimé de sa part […], on ne lui accorde pas le droit de trancher par un vote libre, sans la moindre contrainte, après l’évacuation totale de l’armée de la nation à laquelle elle est rattachée […] la question des formes de son existence politique, alors son rattachement est une annexion, c’est-à-dire une conquête et un acte de violence »

Et bientôt, librement, la Finlande devient indépendante. Faut-il rappeler qu’au même moment, on razziait dans l’Empire français pour envoyer en première ligne les troupes coloniales ?

La Révolution d’Octobre, parce qu’elle touche au cœur du capital, parce qu’elle s’attaque en même temps à mille dimensions de l’aliénation et de l’exploitation, doit, dès sa naissance, faire face à une lutte des classes internationale féroce.

Tout est fait pour écraser ce spectre rouge qui hante l’Europe, annoncé par le « Manifeste du parti communiste » de Marx et Engels et qui cherche alors les voies de son incarnation mondiale dans le chaos de la guerre mondiale et d’un capitalisme éruptif.

Comment Octobre, malgré la propagande de guerre, aurait-il pu, dès lors, échouer à trouver le large écho mondial qu’il rencontra effectivement ?

Comment Marcel Cachin, directeur de L’Humanité, qui avait 2 ans au moment de l’écrasement de la Commune et 22 au moment de Fourmies, pouvait-il ne pas applaudir devant la jeune République des Soviets défrichant des territoires nouveaux dans l’histoire de l’humanité ?

Comment ne pas soutenir de toutes ses forces la promesse généreuse et fougueuse de ce « pays adolescent » pour citer Maïakovski ?

Ce pays qui semble donner des contours de chair à ce qui n’était qu’une sorte de rêve…

Bien sûr, aujourd’hui nous connaissons la suite, la logique de guerre imposée par les forces impérialistes coalisées, les tentatives de réforme de la Nouvelle Politique Economique (NEP) pour sortir de la crise et de la famine, la mort de Lénine, les promesses non abouties et puis, malgré l’essor économique, le processus émancipateur qui s’enlise dans un système contre- révolutionnaire, répressif, dictatorial et inhumain : le stalinisme.

C’est le paradoxe du grand souffle de 1917.

Il aura généré des processus révolutionnaires et anti-colonialistes qui auront balayé tout le siècle.

Il placera encore l’Union Soviétique, pourtant déjà saignée par les purges staliniennes, à la tête de la lutte contre le nazisme, prolongeant un temps son prestige de la libération.

Mais il aura inexorablement dégénéré vers un système stalinien monstrueux dont l’URSS ne se relèvera finalement jamais.

Nous n’oublions rien de cette histoire, ni le souffle de 1917, ni la puissance irrésistible d’un peuple qui décide de prendre en mains son destin ; ni l’impasse d’un système qui nie le pouvoir démocratique de ce peuple.

Pour nous, communistes français, la leçon a été longue et douloureuse à tirer. Mais elle est tirée définitivement.

Il n’y a pas de processus révolutionnaire abouti sans un développement ininterrompu de la démocratie, dans tous les domaines. Aussi âpre soit le chemin, la démocratie, l’action et la maîtrise consciente du processus politique par le peuple n’est pas négociable .

C’est la condition de la réussite.

Là est un fondement et une condition de notre projet politique.

En 1973, Georges Marchais (dont une exposition, qui succédera à celle-ci et sera inaugurée le 27 novembre, rappellera l’apport qui fut le sien, à l’occasion du 20ème anniversaire de sa disparition), publia un essai, « Le Défi démocratique » qui agira ensuite telle une onde de choc pour le PCF.

Ce défi démocratique était lancé, expliquait-il, tout à la fois à la société et au Parti communiste.

Il s’agissait de trouver une réponse neuve à une situation elle-même inédite, celle d’une crise globale et durable qui ne faisait que commencer.

Sa conviction était que cette réponse serait un progrès continu de la démocratie. La démocratie comme but et comme moyen de la révolution.

Cette réponse, nous la faisons nôtre aujourd’hui, avec une force renouvelée.

Nous la faisons nôtre dans l’échange et le travail commun avec chacune et chacun de ceux qui ne se résignent pas à un monde et à une société de plus en plus injustes et inégaux, avec chacune et chacun de ceux qui veulent décider de leur propre destin pour que les solutions à ce monde en crise soient imaginées, construites, réalisées par eux, dans le partage et la démocratie.

Oui, nous l’affirmons plus fort que jamais :

Nous ne combattrons jusqu’à la racine ce système capitaliste, où les richesses et les pouvoirs sont concentrés comme jamais. Nous ne le dépasserons pour une nouvelle logique de développement humain que si la démocratisation, la diffusion et l’extension des pouvoirs dans les mains du plus grand nombre est continue, que si se substituent aux logiques actuelles une utilisation solidaire et partagée des immenses richesses créées aujourd’hui par le travail et les savoirs.

Le capitalisme n’étendra plus les droits humains.

Il tente chaque jour désormais de les restreindre pour perpétuer sa domination.

L’émancipation humaine sera désormais indissociablement sociale, féministe, démocratique, écologiste et pacifiste.

Tel est donc notre cap : l’extension continue et planétaire des droits humains par la démocratie, pour le progrès social solidaire, l’avenir écologique, la liberté féministe, le refus de tout racisme, pour la maîtrise partagée des richesses et des savoirs et le droit à la paix.

Le 21ème siècle est le siècle qui, le premier, va se confronter, à l’échelle de la planète toute entière, à la question du post-capitalisme.

Le système capitaliste s’est mondialisé et a acquis, à la fin du 20ème siècle, une hégémonie politique provisoire.

Mais on sent bien qu’il se montre de plus en plus incapable de répondre aux nombreux défis contemporains, qu’il s’agisse de la justice et de l’égalité dans la mondialisation, des enjeux écologiques, de la nécessité d’un usage collaboratif du numérique ou encore de la qualité du travail avec des salariés qui sont de plus en plus formés grâce au progrès de l’éducation.

Le système capitaliste mondialisé n’est plus capable de porter les promesses d’épanouissement et d’émancipation humaine.

Le monde craque et le monde souffre. Il est entravé, dans ses développements, par les logiques de la rentabilité financière à outrance et par l’exacerbation de la concurrence alors qu’il faudrait développer la coopération et le partage.

L’heure est venue d’œuvrer concrètement au dépassement de ce système.

A l’heure du réchauffement climatique et des dégradations environnementales menaçant l’espèce humaine tout entière, qui ne voit que le capitalisme freine avec toute son énergie les révolutions écologiques nécessaires, comme l’atteste encore ces jours-ci l’affaire du glyphosate ?

A l’heure de la prolifération du terrorisme, né dans les plaies de la guerre, des inégalités, des prédations néo-coloniales, qui ose nommer la racine du mal, ce monde déréglementé, brutal, foncièrement inégal ?

A l’heure des trafics en tous genres, touchant tous les continents, qui est prêt à s’attaquer aux spéculations et spoliations financières qui nourrissent ces trafics au lieu de permettre le développement de l’humanité ?

Qui est décidé à s’attaquer à la privatisation des richesses du travail humain par le système bancaire et financier, aux 80 milliards d’€uros d’évasion fiscale soustraits à la France, aux 1 000 milliards d’€uros soustraits de l’UE (3 fois le budget de la France !), aux 14 000 milliards d’€uros (près de 50 fois le budget de la France, la 6e puissance mondiale !) qui grenouillent dans les paradis fiscaux ?

Voilà quelques grands enjeux parmi beaucoup d’autres.

Cette terrible contradiction entre des possibilités inouïes de répondre aux besoins humains et un monde tiré en arrière par la rapacité des multinationales et l’obésité de la finance génère désormais un chaos et une instabilité politiques chroniques.

Les crises politiques frappent, presque successivement, tous les pays d’Europe, comme on le voit dernièrement en Espagne, avec aussi un sinistre retour au premier plan des extrêmes droites, notamment en Allemagne avec l’entrée au Bundestag des néo-nazis.

Ceux qui tiennent le manche l’ont bien compris, à commencer par le Président Macron qui n’a pas intitulé par hasard son livre de campagne « Révolution », et parle à propos de l’Europe d’une nécessaire « refondation ».

Les tenants de la classe possédante savent que le statu quo est impossible.

Mais leur révolution, c’est celle du Guépard de Visconti : « il faut que quelque chose change pour que tout continue comme avant ».

En réalité, nous vivons bien le temps des révolutions.

Les savoirs explosent, la productivité du travail est exponentielle et la révolution numérique bouleverse la donne.

L’ordre ancien craque car il paraît fou de n’utiliser ces immenses potentiels qu’au service d’une minorité mondiale de plus en plus restreinte mais de plus en plus indécemment riche et puissante.

Enfermé dans les logiques capitalistes, le monde, avec les immenses pouvoirs que donnent à ceux qui les détiennent les possibilités créatrices du 21ème siècle, devient dangereux.

Tout appelle à de nouveaux rapports sociaux et c’est cette révolution contre laquelle les tenants du système capitaliste s’arc-boutent.

La révolution, les révolutions deviennent dès lors l’objet d’une bataille d’idées intense et renouvelée.

Macron et les siens en ont conscience. Les révolutions, leur sens, se gagnent dans les têtes, dans la conscience politique de tout un chacun.

Cette conscience, ils la travaillent, là aussi avec une puissance médiatique qui a changé d’échelle. Ils essaient de la modeler pour leurs propres objectifs. Il leur faut imposer à tout prix l’idée que l’organisation normale de toute société suppose « des premiers de cordée » et l’immense masse des autres, « ceux qui ne sont rien » qui sont donc destinés à suivre les premiers.

Mais Monsieur Macron, qui étaient les premiers de cordée dans la Russie de septembre 1917 ?

Qui d’autres, sinon les oligarques tsaristes, les propriétaires des terres qui exploitaient les moujiks !

Karl Marx, dans cette extraordinaire anticipation, avait une fois de plus vu juste :

« Le capital […] est en fait, dans son mouvement pratique, aussi peu déterminé par la perspective d’un pourrissement futur de l’humanité […] que par l’éventuelle chute de la Terre sur le soleil. Dans toute escroquerie financière, chaque actionnaire sait que la tempête arrivera un jour, mais chacun espère qu’elle tombera sur la tête de son voisin après que lui-même aura recueilli la pluie d’or et l’aura mise en sécurité. Après moi, le déluge : telle est la devise de tout capitaliste ».

Alors, pour éviter le déluge, nous sommes devant un choix.

Car si la révolution qui pourrait libérer la société de ces entraves est vraiment à l’ordre du jour du 21ème siècle, cela ne veut pas dire qu’elle adviendra.

Si cette révolution des rapports sociaux ne se produit pas, nous pouvons au contraire aller vers un monde de plus en plus brutal, violent et inégalitaire, un monde où la domination de puissances multinationales risque de devenir extrêmement pesante, s’insinuant dans tous les choix de nos vies quotidiennes et dans le contrôle de nos libertés.

Une chose est sûre, les choses ne resteront plus en l’état.

Le monde est entré dans une instabilité très profonde.

A nous d’en faire émerger le meilleur et non le pire.

Le Parti communiste aborde ces défis de manière offensive.

Plus que jamais, nous n’entendons pas rester spectateurs des évolutions et révolutions en cours.
Nous entendons être des acteurs utiles à notre peuple pour qu’il prenne en main son destin.

L’humanité a les moyens à peu près de tout faire mais elle ne peut pas tout se permettre.

Mais qui alors va choisir ?

Qui se donnera les moyens de choisir ?

Qui décide ce que l’entreprise doit produire, où elle doit produire, de quelle façon, par quelles méthodes, en utilisant quelles matières premières, quelles énergies ?

Ces décisions sont aujourd’hui aux mains des seuls représentants des actionnaires. Et on sait qu’ils n’ont qu’un cap : les dividendes.

Est-ce raisonnable ? Est-ce humainement tenable ?

Un immense mouvement pour la démocratie doit permettre aux salariés, aux chercheurs, aux agriculteurs, aux citoyens, aux habitants de quartiers, aux locataires, aux jeunes, aux étudiants et lycéens, aux usagers des services publics… de maîtriser les lieux de pouvoir ou d’en créer de nouveaux.

De nouvelles formes de démocratie et d’appropriation sociale, participatives, coopératives, délibératives, doivent étendre considérablement le champ actuel des pouvoirs populaires.

Comment travailler, au service de quels objectifs, dans l’intérêt de qui ?

Comment produire, consommer, faire société dans la ville et sur tout le territoire ?

Comment s’émanciper individuellement dans la solidarité du développement de tous ?

Chacune de ces questions a droit à une réponse démocratique à mille lieux de la confiscation et de l’opacité de la plupart des pouvoirs aujourd’hui.

Le communisme, pour nous, c’est précisément le mouvement continu de cette émancipation humaine contre toutes les dominations, toutes les aliénations.

C’est un mouvement continu de conquête démocratique.

Le communisme est avant tout un processus pour une mise en commun des capacités humaines et des ressources naturelles démocratiquement décidée, progressivement construite et sans cesse renouvelée.

L’invention d’une nouvelle République, d’un nouvel âge de la démocratie est au cœur de notre projet communiste.

Dans le monde interdépendant qui est le nôtre, cette bataille des pouvoirs se mène à toutes les échelles, locale, nationale, européenne, mondiale.

La révolution aujourd’hui est multiforme et elle ne se résume pas à la seule conquête du pouvoir d’Etat, aussi important soit cet enjeu, à la condition de repenser ainsi très profondément la formation de l’Etat.

Nous voulons, partout et en toutes circonstances, susciter, encourager les mouvements pour des conquêtes citoyennes, concrètes, immédiates.

En construisant des services publics, en créant la Sécurité sociale, les colonies de vacances, le tourisme social, la politique du logement social…, les communistes ont œuvré à la révolution contre les pouvoirs du capital.

Aujourd’hui, ce sont toutes les pratiques et les expérimentations sociales, démocratiques, écologiques qui sont les terrains de ces luttes.

Nous voulons rendre notre communisme plus quotidien, plus concret, mieux ancré dans les contradictions de l’époque.

Nous devons nous-mêmes construire des pouvoirs sur les moyens considérables que nous offrent les technologies numériques.

Nous voulons, en multipliant les initiatives de solidarités concrètes, les espaces citoyens de délibérations, les fabriques solidaires, libérer toutes les énergies démocratiques, leur donner sens et possibilité de s’associer.

En un mot, nous voulons faire le pari d’un nouveau progrès humain en chemin contre les logiques qui en entravent le développement.

Pour plagier Saint Just, nous affirmons que le progrès social et écologique est une idée neuve en France et en Europe !!!

C’est pourquoi, par exemple, nous venons de décider de tenir, face à l’offensive anti-sociale de Macron, des Etats Généraux du progrès social, le 3 février 2018.

Car notre résistance n’est pas défensive, elle est porteuse de projet.

Nous allons, dans les jours qui viennent, mettre à disposition des Cahiers du progrès social pour soumettre nos propositions, recueillir celles des citoyen-ne-s, des
salarié-e-s, acteurs associatifs, culturels, économiques…

Ensuite, nous organiserons une première étape nationale de cette campagne, le 3 février prochain, par la tenue d’états généraux du progrès social, ouverts à tous les citoyen-ne-s et à toutes les forces qui partagent cette démarche.

Ils seront un lieu où se mêleront les témoignages des luttes, l’expression des revendications, mais aussi et surtout les propositions et la construction de solutions.

Un lieu aussi où d’autres étapes de cette campagne pourront être proposées pour porter, par la mobilisation populaire, les mesures indispensables à une révolution sociale.

Faire révolution aujourd’hui, c’est donc pousser en avant tous les potentiels émancipateurs dans la société, dans le travail, dans l’affirmation des individus, dans le recul des processus de confiscation des richesses, dans la démocratie.

La révolution du 21ème siècle, nous la concevons comme un processus de long terme qui se développera probablement de manière inégale et diverse à l’échelle de la planète, mais avec des dimensions internationalistes et mondiales de plus en plus fortes.

En effet, quelle que soit la poussée révolutionnaire, émancipatrice ou démocratique, où qu’elle se produise, elle a besoin d’une dimension internationale pour tenir dans la durée.

Sinon, les logiques de la mondialisation et la puissance de concentration du capital financier deviennent des obstacles difficilement surmontables. Voilà pourquoi, nous nous attelons à la construction de convergences de luttes solides et durables entre forces européennes comme nous le ferons les 10, 11 novembre lors du Forum européen de Marseille.

La question écologique, la question de la paix, oui une nouvelle fois de la paix quand tant de menaces pèsent à nouveau, la lutte contre le pouvoir des transnationales sont des enjeux majeurs de cette lutte mondiale.

Le combat féministe, la conquête d’une égalité pleine et entière des femmes est assurément aussi l’un des chemins les plus puissants de la nécessaire révolution des rapports sociaux au 21ème siècle.

Nous n’oublions pas qu’en Octobre 1917, lorsque le « gouvernement ouvrier et paysan » est mis en place, Alexandra Kollontaï fait partie de ce gouvernement.

C’est la première femme ministre au monde.

En France, à cette époque, les femmes n’ont même pas le droit d’avoir un compte bancaire à leur nom !

Et le PCF, près de 10 ans plus tard, sera poursuivi en justice pour avoir présenté des femmes aux élections municipales !

Ce combat, les femmes qui prennent aujourd’hui la parole contre les violences sexuelles nous le rappellent avec force, est très largement devant nous.

C’est la conjugaison de tous ces mouvements, leur capacité à trouver du sens en commun qui feront ou non un processus révolutionnaire.

C’est pour mener ce combat avec une efficacité repensée que le Parti communiste veut changer, mener à bien le processus de sa propre révolution.

Les communistes fixeront dans quelques jours l’ordre du jour de leur Congrès, lors de l’assemblée des animatrices et animateurs de section qui se tiendra à la Cité des Sciences de la Villette, le 18 novembre prochain.

La ré-invention du Parti communiste, pour en faire une force capable d’affronter ces défis, est la condition de sa fidélité à son idéal révolutionnaire.

Ce chantier, ces chantiers, nous allons les engager avec confiance et détermination.

Chers amis, chers camarades,

Cent ans après 1917, nous n’irons pas prendre d’assaut ce soir le central téléphonique et le Palais de l’Élysée.

Après 1789, 1871, 1917, 1945 puis 1968, c’est une autre révolution qui est à l’ordre du jour de l’humanité, de nouveaux chemins de révolution que nous avons à ouvrir ensemble.

En 2017, face aux défis gigantesques qui s’additionnent, il est temps qu’une implication populaire durable, et non seulement insurrectionnelle, pousse et prolonge dans tous les domaines, par la conquête citoyenne permanente, les processus révolutionnaires qui cheminent et se cherchent.

Cette implication, c’est ce que nous nommons « Le communisme de nouvelle génération ». et c’est à la penser que nous aurons consacré avec bonheur ce mois de débats.

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