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Projet de téléphérique à Madagascar : une vraie sélectivité en matière d’investissements publics s’impose dans ce pays appauvri

Il y a 1 mois, le 14 décembre 2021

Par Pierre Laurent

J’ai attiré l’attention de M. le Ministre de l’Économie, des Finances et de la Relance sur un projet de transport par câble dans la ville de Tananarive à Madagascar. Il est à noter que si ce pays n’est pas considéré comme surendetté par le fonds monétaire international (FMI), son extrême pauvreté (près de 80 % […]

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J’ai attiré l’attention de M. le Ministre de l’Économie, des Finances et de la Relance sur un projet de transport par câble dans la ville de Tananarive à Madagascar.

Il est à noter que si ce pays n’est pas considéré comme surendetté par le fonds monétaire international (FMI), son extrême pauvreté (près de 80 % de la population est sous le seuil de pauvreté) et la situation dramatique des populations du Sud touchées par la famine imposent une vraie sélectivité en matière d’investissements publics

Or la France et Madagascar ont signé un protocole prévoyant le financement à Tananarive d’un téléphérique d’un coût de 152 millions d’euros par un prêt du trésor Français et un prêt bancaire garanti par la banque publique d’investissement (BPI) France export. Ce téléphérique serait réalisé par les sociétés françaises Colas et Poma. Sa ligne principale relierait le quartier cossu d’Ambatobe au centre-ville.

Selon les informations disponibles, le coût des billets aller-retour sur cette ligne serait de 4500 ariarys, soit un euro, ce qui sur un mois représenterait pour un usager l’empruntant à l’aller et au retour près des 3/4 du salaire minimum malgache. Par comparaison, le coût du billet du nouveau métro de Hanoi est de 0,30 euros, alors que le Vietnam est bien plus riche que Madagascar.

Par ailleurs, le téléphérique consommera une importante quantité d’électricité sur un réseau électrique dont la capacité demeurera très insuffisante, malgré l’installation prévue d’une centrale hydroélectrique Mandraka III de six mégawatts, d’un coût d’environ 48 millions d’euros, également sur financement français.

J’ai demandé au Ministre comment a été validé le coût du projet en l’absence de mise en concurrence et quelles seraient les modalités de gestion de ce téléphérique. Plus fondamentalement et au vu de tous les éléments ci-dessus, ce projet apparaît scandaleux à de très nombreux Malgaches et même à une très grande partie de la communauté française. J’ai par conséquent demandé ce que le Gouvernement comptait faire en vue d’un abandon de ce projet, et, en concertation avec tous les acteurs concernés, de consacrer les moyens prévus à un projet plus adapté aux besoins urgents de la population malgache.

 

Question écrite n° 25885 – https://senateurscrce.fr/activite-des-senateurs/les-questions-au-gouvernement/les-questions-ecrites/article/une-vraie-selectivite-en-matiere-d-investissements-publics-s-impose-dans-ce

Que peut nous apprendre la gauche progressiste états-unienne ? Opinions croisées

Il y a 1 mois, le 13 décembre 2021

Par Pierre Laurent

Le mot de Pierre Laurent :

A l’image du monde en plein bouleversement, les États-Unis ont connu ces dernières années d’importants changements politiques. De l’élection de Barack Obama en 2008 à celle de Joe Biden en 2020, en passant par Donald Trump en 2016, les États-Unis d’Amérique sont traversés de mouvements très contradictoires. Dans ce contexte un espoir est apparu, avec le rôle nouveau joué par une gauche progressiste, qui remet enfin la lutte des classes au centre du jeu politique. Pour tenter de comprendre les mouvements en cours outre-Atlantique, j’ai proposé à Christophe Deroubaix, journaliste et auteur, et à Bradley Smith, enseignant-chercheur, de nous livrer leurs points de vue, et d’en tirer quelques leçons ouvertes au débat et à la réflexion.

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Les millennials, force motrice du retour de la gauche américaine

Par Christophe Deroubaix

 

La gauche américaine – dont le rôle a été central dans des moments cruciaux de l’histoire du pays (abolition de l’esclavage, New Deal, grands mouvements des années 60) – est de retour dans le paysage politique des États-Unis, disons, depuis le krach de 2008.

La jeunesse – comme groupe social – apparaît comme la principale victime de cette « Grande Récession ». Les jeunes salariés sont les premiers licenciés. Lors de la « reprise » économique, leurs rémunérations sont écrasées. Quant aux jeunes étudiants, ils se sont endettés pour payer des frais d’inscription, en pleine explosion, mais les mirobolants salaires promis grâce au sésame du diplôme ne sont pas au rendez-vous.

La jeunesse – comme groupe politique – (en réalité, bien sûr une partie de la jeunesse, celle qui vote, soit un peu plus de la moitié) a placé ses espoirs d’alternative en Barack Obama, plébiscité à hauteur de 66% par les moins de 30 ans (jamais un candidat n’avait autant suscité l’adhésion de l’électorat jeune depuis le début des années 70). Une déception – plus ou moins intense – fut au rendez-vous. Comme en témoignait, en février 2016 lors d’un meeting de Bernie Sanders dans le New Hampshire, Michael, alors âgé de 25 ans : « L’échec de la présidence d’Obama nous a fait comprendre qu’il fallait quelque chose de plus radical. »

Ce quelque chose de plus « radical » s’incarne en 2016 puis en 2020 dans les campagnes de Bernie Sanders. Elles ne sont pas couronnées de succès : le sénateur du Vermont ne décroche pas l’investiture du parti démocrate. Elles sont pourtant fructueuses : elles popularisent des idées qui, de marginales et minoritaires, deviennent centrales et majoritaires, du doublement du salaire minimum pour l’établir à 15 dollars, à la gratuité des études dans les universités publiques en passant par l’augmentation des impôts pour les plus riches et les grandes entreprises et la création d’un système de santé publique (dit « Medicare for All »). En imprimant le « 1% » dans les rétines politiques, le mouvement Occupy Wall Street – échec organisationnel mais succès idéologique – avait préparé le « fond de sauce ».

La gauche a donc d’abord signé son retour par la bataille des idées s’appuyant, principalement mais pas exclusivement, sur une force sociale : les millennials. « Aux Etats-Unis, chaque génération est un nouveau pays», disait Tocqueville. Quelles sont les caractéristiques « politiques » de cette génération, née entre 1981 et 1996 (la génération Z, née à partir de 1997, s’inscrivant dans la même lignée) ?

En 2008 – on y revient – elle a assisté à la faillite des promesses du capitalisme et s’est mise en recherche d’une alternative. Que celle-ci prenne l’aspect du « socialisme démocratique » (dont Bernie Sanders comme Alexandria Ocasio-Cortez se revendiquent) ne la gêne pas le moins du monde : elle est la première génération post-guerre froide et n’a pas grandi, contrairement aux baby-boomers, dans une ambiance permanente de « peur du rouge ».

C’est une génération qui est également le fruit des migrations : la part des « minorités » y est la plus importante depuis un siècle. Venant du monde entier (Amérique latine, Asie) elle porte forcément un autre regard sur le monde. Enfin c’est la génération la plus « éduquée » de l’histoire du pays, au sein de laquelle, pour la première fois, les femmes sont plus diplômées que les hommes (à titre indicatif, 45% des femmes de moins de 40 ans ont un niveau Bac +5).

Pour la frange la plus active, elle a constitué la force motrice des grands mouvements qui ont marqué cette décennie : le renouveau de l’antiracisme politique avec Black Lives Matter, la nouvelle phase du féminisme avec MeToo et l’émergence de la lutte contre le changement climatique comme nouvelle grande question politique. En filigrane, les inégalités – sociales, raciales, de genre.

Il faut envisager les campagnes de Bernie Sanders comme des carrefours où se sont retrouvés ces mouvements et courants. Parfois dans la tension, ou disons, dans l’élaboration par la tension : la campagne de Sanders en 2020 fait plus de place à la thématique du « racisme systémique » que celle de 2016 qui avait tendance à renvoyer les problèmes de racisme à des solutions uniquement socio-économiques.

Une autre tension travaille le camp de la transformation sociale : celle entre un discours de gauche « classique » et un discours plus « populiste » (aux Etats-Unis, le mot populisme revêt un sens très positif). Sanders comme AOC manient les deux « lexiques ». C’est le curseur qui, souvent, importe.

Lors de sa dernière campagne, Bernie Sanders a mobilisé à la fois sur ses propositions-phares comme sur un discours anti-establishment. Fin février 2020, au soir de sa victoire dans le Nevada (sa 3e victoire de rang après celle dans l’Iowa et le New Hamsphire, qui le plaçait clairement dans la peau du favori), il a axé son discours sur la « peur de l’establishment démocrate » face à ce mouvement. Celui-ci s’est rapidement réorganisé autour de la candidature de Joe Biden offrant une « offre » pour faire pièce à Donald Trump, priorité absolue des électeurs démocrates. Certains observateurs ou membres de la campagne Sanders ont ensuite estimé qu’un positionnement différent de « Bernie » – pro-changement et anti-Trump plutôt qu’anti-establishment – aurait offert moins d’espace à l’ancien vice-président de Barack Obama.

Si l’on devait résumer : la gauche américaine a signé son retour par la bataille des idées puis par la bataille programmatique, en se positionnant à la confluence des mouvements sociaux (au sens large), et en s’appuyant sur une nouvelle génération d’électeurs et de militants, donc aussi sur de nouvelles pratiques. Elle l’a fait dans le contexte singulier américain (histoire, institutions, démographie) qui recèle pourtant assez de points communs avec d’autres contextes nationaux (mondialisation, migrations, explosion des inégalités, effet du renouvellement générationnel) pour que certains éléments de réponse puissent apparaître « universels ».

 

Christophe Deroubaix est journaliste à L’Humanité. Auteur de L’Amérique qui vient (Éditions de l’Atelier, 2016) et Millenials, la génération qui secoue l’Amérique (Éditions de l’Atelier, 2019)

 

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La gauche états-unienne : quelles inspirations transatlantiques pour la gauche française ?

Par Bradley Smith

 

Reléguée depuis les années Reagan aux marges de la vie politique américaine, la gauche progressiste aux États-Unis semble aujourd’hui avoir le vent en poupe. Par deux fois un candidat se réclamant du socialisme démocratique, Bernie Sanders, a failli remporter l’investiture du Parti démocrate pour les élections présidentielles de 2016 et de 2020. De puissants mouvements sociaux, tels que Black Lives Matter ou MeToo, ont eu des retentissements internationaux en mobilisant contre les violences racistes, sexistes et sexuelles. Des centaines de milliers d’Américain·es ont participé à des manifestions pour la protection de l’environnement. Certes, l’essor de cette gauche progressiste demeure modeste en termes électoraux, et la présidence de Donald Trump a révélé l’ampleur et la détermination de l’Amérique d’extrême droite. Néanmoins, la gauche états-unienne a su maintenir une dynamique ascendante malgré les années Trump et exerce aujourd’hui une influence notable sur la politique intérieure du président Joe Biden.

Cette dynamique tranche avec la crise profonde que traverse actuellement la gauche française. Celle-ci avait elle aussi connu de grands moments d’espoir pendant la décennie 2010, grâce à la dynamique unitaire du Front de gauche et à la montée des scores de Jean-Luc Mélenchon aux élections présidentielles de 2012 et 2017. Or, le bilan catastrophique du quinquennat de François Hollande a déclenché l’effondrement du Parti socialiste et initié un concours fratricide entre les différents prétendants à une nouvelle hégémonie à gauche. Pour sortir de cette crise et retrouver un nouvel élan unitaire, trois démarches de la gauche états-unienne pourraient servir d’inspiration à la gauche française : le rassemblement autour de propositions phares au lieu d’identités partisanes, la doctrine de l’intersectionnalité et la stratégie des primaires.

 

Des propositions phares comme pôles de rassemblement

Sur le plan programmatique, si la gauche états-unienne est en dynamique ascendante aujourd’hui, c’est notamment parce qu’elle pose comme pôles de rassemblement, non pas des identités partisanes, mais des idées et des propositions phares. Ces dernières font l’objet d’une stratégie de communication qui vise la simplicité, fait appel à la population dans sa diversité et, dans le cas de propositions « socialistes », mobilise un « déjà-là » susceptible de donner des figures positives à une notion dont la majorité des Américain·es nourrit une image négative.

Dédiaboliser la notion de « socialisme » n’est pas une mince affaire dans un pays qui, depuis la révolution d’Octobre et surtout pendant la Guerre Froide, s’est construit une identité nationale par opposition au socialisme. Bernie Sanders a commencé à changer la donne lors de sa campagne de 2016 grâce à deux techniques : 1) ne jamais s’excuser d’être socialiste ; 2) envelopper les propositions dans un langage qui les inscrit dans la continuité de programmes déjà existants qui bénéficient d’un soutien populaire très large et dont le caractère « américain » ne fait pas de doute. Alexandria Ocasio-Cortez et Rashida Tlaib, toutes deux membres de Democratic Socialists of America (DSA) et élues au Congrès en 2018, ont emboîté le pas de Bernie Sanders en adoptant ces mêmes techniques.

Deux exemples en particulier illustrent cette démarche : les propositions « Medicare for All » et « Green New Deal ». La première propose de créer un régime national d’assurance-santé universelle via l’expansion du programme Medicare, une assurance-santé fédérale créée en 1965 sous la présidence de Lyndon Johnson pour les personnes de plus de 65 ans. La seconde propose toute une série de mesures économiques et sociales visant la justice sociale et climatique dans le cadre d’une économie verte. Le nom de la proposition fait référence au New Deal de Franklin D. Roosevelt, qui au milieu des années 1930 a signé une série de réformes progressistes pour faire face à la Grande Dépression. Le New Deal comme le programme Medicare sont parmi les mesures progressistes les plus populaires de l’histoire des États-Unis ; inscrire des propositions « socialistes » dans leur sillage permet ainsi de remplacer l’image radicale, marginale ou soviétique du socialisme par une image plus familière et rassembleuse.

Les deux propositions réalisent effectivement une fédération des luttes dans la mesure où elles obtiennent le soutien d’un grand nombre d’organisations gouvernementales et non gouvernementales, de mouvements et de partis politiques, d’élu·es au Congrès ou ailleurs. Les DSA, le Parti vert et de nombreux démocrates soutiennent ces propositions, mais aussi des collectifs ou mouvements féministes et antiracistes dont Black Lives Matter, ainsi que des organisations syndicales et associations professionnelles.

L’unité des progressistes états-uniens se construit ainsi autour de propositions qui n’appartiennent à aucun groupe en particulier parce qu’elles appartiennent à tous et à toutes. En France, en revanche, alors que chaque formation politique de gauche (ou presque) reconnaît la nécessité du rassemblement, chacune tend à le concevoir sous la forme d’un ralliement des autres formations à elle et à des propositions dont elle estime être la propriétaire. L’idée d’une VIe République fait partie des rares exceptions à la règle en rassemblant au-delà des clivages partisans. Développer plus de propositions de ce type et remplacer la centralité des identités partisanes par celle des propositions de fond, voilà des pistes inspirées de la gauche états-unienne qui pourraient sortir la gauche française de l’impasse.

 

Intersectionnalité

Une autre piste pour rassembler au-delà des clivages partisans se situe sur le plan doctrinaire. La gauche états-unienne qui se consolide aujourd’hui est celle qui s’efforce de s’approprier le principe d’intersectionnalité. Théorisé notamment par Angela Davis dans des ouvrages comme Femmes, race et classe (1983), ce principe avance que les individus sont au croisement de plusieurs formes de domination (genre, race, classe, orientation sexuelle, origine nationale, etc.) qu’ils subissent plus ou moins intensément selon leur situation personnelle. Il s’ensuit qu’il n’existe aucune hiérarchie naturelle ou figée entre les luttes contre ces différentes formes de domination et qu’il s’agit non seulement de fédérer ces luttes, mais aussi de les intérioriser dans le fonctionnement des organisations de gauche.

En effet, une des raisons de la dislocation de la gauche états-unienne des années 1960 a été la reproduction de la prépondérance des hommes blancs au sein de nombreuses organisations politiques et syndicales de gauche, et ce malgré l’idéologie universaliste et égalitaire professée. Les femmes y occupant un rôle subalterne, et l’idéal d’intégration signifiant pour les personnes racisées l’assimilation des normes et cultures de l’Amérique blanche, de nombreuses organisations et luttes « sectorielles » — définies selon le genre, la couleur de peau, l’origine nationale, etc. — ont émergé à cette époque pour combattre les dominations subies dans leur spécificité. Si ces mouvements ciblés ont pu obtenir des avancées significatives, leur fédération s’est avérée difficile, affaiblissant la gauche dans son ensemble sous le poids de la fragmentation des combats. Tirant des leçons de cette période, la doctrine de l’intersectionnalité aide la gauche états-unienne aujourd’hui à dépasser ces divisions sectorielles et à réaliser une nouvelle fédération des luttes.

L’intersectionnalité n’est pas absente de la gauche française, bien au contraire, mais force est de constater que la tradition de l’universalisme républicain et une version sclérosée du marxisme y posent des obstacles. Certains pans de la gauche française tiennent par exemple à la primauté des luttes de classe, en reléguant celles contre le sexisme, le racisme ou l’islamophobie au rang de luttes auxiliaires. D’autres tiennent la position inverse en évacuant la question de l’exploitation capitaliste. La gauche française n’a pas non plus été imperméable au dévoiement de la laïcité vers une forme d’intolérance religieuse vis-à-vis des musulmans. Or, lorsque les organisations de gauche cherchent à se distinguant les unes des autres selon qu’elles placent telle ou telle lutte au sommet de la hiérarchie ou qu’elles acceptent plus ou moins de reconnaître et de connaître les formes de dominations spécifiques que subissent les membres d’une certaine catégorie sociale, une dynamique unitaire devient très difficile à réaliser. L’intersectionnalité pratiquée aux États-Unis démontre que cette concurrence n’a pas lieu d’être, ni sur le plan théorique ni sur le plan pratique ; il permet ainsi de rassembler le plus grand nombre dans une véritable fédération des luttes.

 

La stratégie des primaires

Enfin, sur le plan stratégique, avec des propositions phares comme pôles de rassemblement et une intersectionnalité des luttes, la gauche états-unienne qui prend son essor est celle qui sait adapter sa stratégie électorale au mode de scrutin en vigueur et aux rapports de force partisans au sein de ce cadre. Le mode de scrutin qui domine aux États-Unis est le scrutin uninominal majoritaire à un tour, qui conduit inéluctablement à un système à deux partis : voilà 160 ans que la vie politique états-unienne est dominée par le Parti républicain et le Parti démocrate. Si de nombreux tiers partis existent aux États-Unis, le mode de scrutin en vigueur les défavorise dans la mesure où la moindre division de voix à gauche ou à droite favorise mécaniquement le camp adverse. L’argument du « vote utile » est d’autant plus puissant qu’il n’y a pas de second tour, si bien qu’il est quasi impossible d’arriver au pouvoir en dehors des deux partis dominants.

Dernière polémique en date : on reproche souvent à Ralph Nader, candidat vert à l’élection présidentielle de 2000, d’être responsable de la victoire de George W. Bush face au démocrate Al Gore en ayant divisé les voix à gauche. Nader a toujours nié cette responsabilité, en affirmant que le sens de sa candidature n’était pas de gagner — il n’avait pas d’illusion —, mais de rendre visibles certaines propositions progressistes dans le débat public afin d’exercer une pression extérieure sur le Parti démocrate. Si ce dernier n’intégrait pas ses propositions et perdait des voix, il ne pouvait que s’en prendre à lui-même. Reste qu’à l’époque cette stratégie ne s’est traduite ni par un infléchissement du programme démocrate, ni par des victoires électorales du Parti vert.

Les candidat·es progressistes qui arrivent à percer aujourd’hui aux États-Unis n’adoptent pas la même stratégie « par l’extérieur ». Elles et ils y parviennent en passant par les élections primaires du Parti démocrate tout en étant parfois membre d’un autre parti ou en bénéficiant de son soutien. C’est cette stratégie « intérieur/extérieur » qui a permis à Bernie Sanders d’être élu au Sénat et d’avoir un public national lors des primaires démocrates pour les élections présidentielles de 2016 et de 2020. En s’engageant dans les primaires démocrates, Bernie Sanders a obligé les autres candidat·es à répondre à ses propositions, changeant ainsi les termes du débat. C’est également via cette stratégie qu’Alexandra Ocasio-Cortez et d’autres membres des Democratic Socialists of America (DSA) arrivent à chasser des barons démocrates centristes de leurs circonscriptions et à remporter des sièges à la Chambre de représentants. Fort de cette stratégie électorale, de sa participation aux luttes intersectionnelles et de son soutien aux propositions communes de la gauche, DSA est devenu aujourd’hui la première organisation socialiste aux États-Unis, en passant de moins de 10 000 membres à presque 100 000 en l’espace de 10 ans.

Si en France le Parti socialiste et Europe-Écologie-Les-Verts organisent des primaires en interne, les dirigeant·es de gauche rechignent généralement à l’idée d’organiser des primaires de toute la gauche. On avance que c’est le premier tour qui sert de primaires, avant le rassemblement des forces derrière la ou le candidat de gauche arrivé au second tour. Organiser des primaires de la gauche avant même le premier tour, dit-on, ce serait priver les partis minoritaires d’une voix dans le débat public et les reléguer aux marges de la vie politique française de façon permanente.

Si ces arguments avaient sans doute un sens à l’époque où la gauche était quasiment sûre d’avoir un·e candidat·e au second tour, force est de constater que cette époque est révolue depuis le choc de 2002. Selon les derniers sondages concernant le premier tour des élections présidentielles de 2022, l’ensemble de la gauche arrive péniblement à représenter 25 % des intentions de vote. Dans ces conditions, faute d’accord entre partis pour réactiver une stratégie de front et pour présenter une seule candidature aux présidentielles, le refus d’organiser des primaires au périmètre élargi donne certes à chaque parti l’occasion d’exprimer ses idées propres lors de la campagne du premier tour, mais il prive la gauche dans son ensemble d’une perspective d’être présente au second tour. Aux États-Unis, les primaires démocrates ne réduisent pas les candidat·es de gauche au silence ; au contraire, c’est justement via les primaires que les candidat·es situé·es le plus à gauche obtiennent un public national et arrivent à influer sur les termes du débat, voire à être élu·es, sans pour autant faire courir le risque à toute la gauche de perdre les élections par excès de candidatures.

 

Tant que chaque formation politique de gauche en France s’efforcera de s’ériger en parti hégémonique en inféodant les autres selon le schéma du Parti socialiste des dernières décennies, une prochaine victoire de la gauche française risquera de se faire attendre à cause de guerres intestines, tandis que le pouvoir continuera de se disputer principalement entre la droite et l’extrême droite. Pour sortir de cette crise, le rassemblement autour de propositions phares, l’appropriation du principe d’intersectionnalité, l’ouverture à une stratégie des primaires, faute d’accord électoral négocié en amont, sont autant de pratiques efficaces de la gauche états-unienne dont la gauche française peut s’inspirer.

 

Bradley Smith est maître de conférences en études anglophones à l’Université Paris Nanterre et membre de DSA in France.

Lettre ouverte aux candidats à la présidence de la République – Par André Grimaldi

Il y a 2 mois, le 8 décembre 2021

Par Pierre Laurent

Le mot de Pierre Laurent :
Alors que la pandémie repart de plus belle et qu’un inquiétant nouveau variant fait son apparition, l’hôpital public reste dramatiquement sous-doté. Les alertes des soignant·es ont été une fois de plus ignorées par le Gouvernement. A la veille de l’élection présidentielle, André Grimaldi, professionnel de santé engagé, interpelle les candidat·es et propose une série de mesures destinées à améliorer notre système de santé. Le débat est ouvert !

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Une santé égalitaire et solidaire est une valeur commune à l’idéal républicain et à l’éthique médicale. Mais depuis près de 50 ans, les divers gouvernements de droite et de gauche ont empilé les mesures visant à limiter les dépenses publiques de santé.

La question de la limitation des dépenses de santé, qu’on appelle par euphémisme « régulation », est en effet incontournable. Plutôt que continuer à faire le grand écart entre les promesses électorales et la pratique gouvernementale, il vaudrait sûrement mieux aborder la question de front.

La définition de la santé par l’OMS est non seulement l’absence de maladie mais un état de bien-être physique, psychologique et social. Autrement dit, le bonheur. Cette définition holistique signifie que la santé n’est pas réductible aux soins mais concerne également et plus encore, l’environnement, les conditions de vie, de formation et de travail… Mais elle peut aussi servir de justification à une approche réductrice : la médicalisation de la vie par le « panmédicalisme ». A chaque souci sa pilule !

Quoi qu’il en soit, elle signifie que les besoins de santé sont potentiellement illimités. On se souvient de la devise du docteur Knock « la bonne santé est un état précaire qui n’annonce rien de bon ». Elle fait sourire celui qui se croit solide comme le Pont-Neuf, mais inquiète l’hypochondriaque qui sommeille en chacun de nous. D’autant que les progrès dans l’exploration du corps humain notamment par l’imagerie (échographie, scanner, IRM) permettent aujourd’hui de dépister de façon totalement indolore des petites boules de découverte fortuite (des « fortuitomes ») à biopsier rapidement, à surveiller régulièrement ou à opérer sans tarder…

« Tout bien portant est un malade qui s’ignore » ajoutait le bon docteur Knock. C’est également ce que pensaient les partis de gauche et de droite, les syndicats médicaux et les gestionnaires de la Sécurité sociale qui pendant plus de 20 ans dans une belle unanimité ont resserré le numerus clausus. Eux aussi estimaient qu’« en santé c’est l’offre qui créée la demande » et qu’en conséquence, s’il y avait moins de médecins, il y auraient moins de malades ! Le nombre d’étudiants admis à suivre les études de médecine est ainsi passé de 8 500 par an dans les années 1970 à 3 500 dans les années 1990. La limitation des dépenses de santé est donc une question incontournable, quel que soit le gouvernement ou le régime en place.

Il existe trois façons de « réguler » les dépenses de santé :

1) la régulation par les professionnels appliquant la règle éthique du « juste soin pour le patient au moindre coût pour la collectivité » et par les citoyens usagers usant sans en abuser de la ressource consacrée collectivement par l’ensemble des citoyens à la santé. Cette ressource est en effet d’autant plus précieuse qu’elle n’est pas illimitée. Mais médecins comme patients se trouvent ici dans un conflit d’intérêts.

2) la régulation par le marché : les patients paient personnellement leur santé, soit directement de leur poche (le reste à charge) soit en adhérant volontairement à une des assurances privées concurrentielles, qu’elle soit mutualiste ou non. La couverture santé des assurés dépend alors du montant de la prime d’assurance plus ou moins élevé. Plus on paie, mieux on est couvert. Ce système augmente les inégalités sociales de santé. C’est largement le modèle américain à la fois très inégal et très cher.

3) la régulation par l‘Etat, fixant à la fois les recettes par les impôts et les dépenses. Ce modèle est beaucoup plus égalitaire mais il fait craindre le rationnement. Il peut même amener les très très riches à recourir à un système privé parallèle. C’est en grande partie le cas du système anglais.

Les fondateurs de la Sécurité sociale voulaient échapper à l’alternative entre privatisation et étatisation, en constituant un bien commun ayant des recettes propres sanctuarisées (les cotisations représentant la part socialisée du salaire) et une gestion autonome. Mais depuis les origines, c’est l’Etat qui fixe les recettes et les dépenses, et c’est donc lui qui a choisi en refusant d’augmenter les recettes de constituer le « trou de la Sécu ». A contrario du souhait des pères fondateurs, l’évolution de la Sécurité sociale s’est faite vers plus d’étatisation avec notamment deux décisions : en 2004 la nomination par le gouvernement et pour 5 ans du directeur général de la CNAM, et en 2018 la suppression de la sanctuarisation des recettes de la sécurité sociale dans lequel peut désormais piocher à sa guise l’Etat. Plus d’étatisation, mais aussi plus de privatisation, les soins courants (hors hospitalisation et affections de longue durée) étant de plus en plus mal remboursés par la Sécurité sociale.

La France, qui a un système de santé mixte public et privé, a utilisé les deux types de régulation, par le marché et par l’Etat. Par le marché : le forfait hospitalier, les franchises, la part croissante des assurances dites complémentaires pour les soins courants (en particulier le dentaire, l’optique et l’audition) et les dépassements d’honoraires du secteur 2. Par l’Etat : la limitation des tarifs du secteur 1 remboursés par la Sécu, le budget global hospitalier, l’objectif national des dépenses de santé (ONDAM), devenu à partir de 2010 un budget contraint grâce à la limitation drastique du budget des hôpitaux.

Quant à la régulation dite « médicale », revendiquée par les syndicats médicaux, elle n’a guère montré jusqu’à ce jour, son efficacité. Les syndicats, comme le Conseil de l’Ordre des médecins, défendent plutôt les intérêts corporatistes de leurs adhérents que la règle du juste soin pour le patient au moindre coût pour la collectivité.

Le paiement à l’acte en ville, comme la tarification à l’activité à l’hôpital, pousse à la multiplication des actes et des activités rentables pour les prescripteurs et les prestataires mais pas forcément utiles pour le patient et donc inutilement coûteux pour la Sécu. Et le patient plus ou moins anxieux tend à se comporter en consommateur grâce la complaisance de son médecin accédant à ses demandes de prescriptions, ne serait-ce que par peur de passer à côté de « quelque chose » ou par souci de satisfaire son client, d’autant qu’il a peu de temps à lui consacrer. Il est plus facile de prescrire que d’écouter, examiner et expliquer. Plus la consultation est courte, plus l’ordonnance est longue.

On estime ainsi à plus de 20% les prescriptions et les actes injustifiés avec une variation d’un territoire à l’autre, pouvant aller d’un à trois sans explication autre que l’offre de soins, qu’il s’agisse des poses de stents coronariens ou de pacemakers, ou d’opérations comme la chirurgie de l’obésité, les thyroïdectomies, les hystérectomies, les cholécystectomies, les canaux carpiens, les prostatectomies…. Un collègue gynécologue obstétricien avait pu déclarer de façon provocatrice lors d’un colloque: « qu’est-ce que l’utérus d’une femme ménopausée ? Réponse : un objet de T2A ! »

La nécessité d’une limitation des dépenses de santé est souvent défendue par la droite dénonçant le « pognon de dingue » dépensé par la France pour la santé. Consacrant à la santé 11% du PIB, nous sommes effectivement en 4ème position des pays de l’OCDE derrière les USA y consacrant 17% du PIB, la Suisse (12%), l’Allemagne (11,5%). Cependant en valeur absolue c’est-à-dire en dollars par habitant, en parité de pouvoir d’achat, nous ne sommes pas quatrième mais douzième. Nous dépensons 20% en moins que les Allemands.

Ceci dit, il est important de comparer les différents secteurs de dépense. Les médecins généralistes français gagnent 30% en moins que leurs collègues allemands. Grâce au Ségur nous sommes passés pour le salaire des infirmières de la honteuse 28ème place des pays de l’OCDE à la médiocre 16ème place derrière les pays frontaliers (Belgique, Allemagne, Luxembourg, Suisse et Espagne). Par contre, nous sommes 2ème derrière les USA en frais de gestion du système de santé et nous avons une médecine « sur-prescriptive » d’examens complémentaires, souvent inutiles et inutilement répétés, de médicaments princeps ou nouveaux plutôt que de génériques, d’actes chirurgicaux ou de médecine interventionnelle et de dispositifs médicaux innovants.

On dépense beaucoup pour la santé mais il serait sûrement justifié de dépenser plus encore, à la condition toutefois de limiter les gaspillages et de supprimer les rentes. Un plan d’action pour l’application du principe du juste soin pour le patient au moindre coût pour la Sécurité sociale, devrait comprendre plusieurs mesures :

1. Ainsi nous avons un double financeur – l’Assurance Maladie obligatoire (AMO) de la Sécu et les assurances complémentaires (AMC) – pour le même soin réalisé par le ou les mêmes soignants. En conséquence, nous payons deux fois les frais de gestion, sans aucun intérêt. Les mutuelles remboursent un soi-disant ticket modérateur de 20% pour l’hôpital et de 30% pour la ville, qui n’a jamais rien modéré par le fait même qu’il est remboursé. Les frais de gestion des assurances complémentaires (mutuelles, instituts de prévoyance et compagnies d’assurances qui grignotent inexorablement le marché des mutuelles) sont de 7,6 milliards d’euros alors qu’elles remboursent 13% des soins tandis que l’AMO a 6,9 milliards de frais de gestion pour un taux de remboursement des soins de près de 80%. Il faut donc instaurer comme on l’a fait pendant la pandémie de COVID, une Sécu 100% avec des assurances supplémentaires pour ce qui ne relève pas de la solidarité.

La composition du large panier de prévention et de soin solidaire relève d’un débat de démocratie sanitaire impliquant les représentants des patients et des professionnels avant la validation par la représentation nationale, expression de la démocratie représentative. Plus besoin d’être obligé de souscrire à une assurance complémentaire pour avoir accès à des soins spécialisés, grâce au transfert à la Sécurité sociale des sommes versées aux mutuelles et aux complémentaires.

Les tarifs remboursés par la Sécurité sociale devront donc être revalorisés pour mettre fin au secteur 2 avec dépassements d’honoraires. Sur les 7,6 milliards économisés, une part serait consacrée à cette revalorisation ainsi qu’à l’amélioration des revenus des infirmières et des paramédicaux, une autre part pourrait être ristournée aux assurés. Un vrai Ségur de la Santé étalé sur plusieurs mois mettrait en place une grande négociation sur cette réévaluation des tarifs et sur la réforme de la gouvernance de la Sécurité sociale pour organiser sa cogestion entre l’Etat, les représentants des professionnels et les représentants des usagers. Mais pour des raisons historiques, la gauche politique et syndicale est très liée aux mutuelles et aux instituts de prévoyance dont la place a été renforcée par la décision de François Hollande de rendre l’assurance complémentaire obligatoire dans le secteur privé. Et la droite est liée aux compagnies d’assurance.

2. Une deuxième façon de réduire la rente sur le dos de la Sécu serait de revenir sur cette décision aberrante de calculer le prix des médicaments et des dispositifs innovants non plus en fonction du coût de la recherche et développement mais en fonction du service médical rendu en déterminant le prix d’une année de vie en bonne santé. Ainsi justifie-t-on les prix exorbitants des bio-médicaments. A ce compte quel aurait dû être le prix lors de leurs découvertes de la pénicilline, des antituberculeux, de l’insuline, du vaccin de la poliomyélite ? La difficulté tient au fait que Big Pharma joue de la concurrence entre les pays, comme on l’a vu pour les vaccins contre le COVID. Au moins faut-il exiger la transparence des coûts tout au long de la chaîne de recherche, de production et de développement, sachant que de nos jours l’essentiel de la recherche initiale innovante (comme l’ARN messager) émane des centres de recherche publique.

Il faut exiger pour les médicaments vitaux des prix « raisonnables » en menaçant les industriels de recourir à la licence d’office avec levée des brevets. Les vaccins et les antiviraux contre la COVID 19 devraient être des biens publics mondiaux avec suspension du brevet. Il s’agit d’un combat international mais il est possible à l’échelle nationale de prendre un certain nombre de mesures telle que l’interdiction du marketing pour les médicaments et dispositifs médicaux pour laquelle l’industrie dépense plus que pour la recherche. La pandémie a bien montré que les soignants n’ont pas besoin pour être informés des visiteurs médicaux payés par l’industrie. Une taxe devrait être prélevée sur les dividendes versés par l’industrie aux actionnaires pour financer la formation continue des soignants organisée en toute indépendance de l’industrie.

Enfin il est inadmissible que la production de médicaments d’intérêt thérapeutique majeur, tombés dans le domaine public, soit délocalisée, parce que ces médicaments anciens sont jugés pas assez rentables par l’industrie. C’est ainsi qu’on enregistre d’une année sur l’autre de plus en plus de ruptures d’approvisionnement en médicaments essentiels (1 200 en 2019 et 2 000 en 2020), ruptures comportant des risques pour les patients. Il faut exiger des industriels d’avoir au moins quatre mois de stock, et construire un établissement public à but non lucratif produisant des génériques à l’échelle nationale et européenne.

3. Une grande politique volontariste doit être mise en place pour améliorer de façon continue la pertinence des actes et des prescriptions. Elle doit s’appuyer sur les données massives de santé émanant de l’hôpital, de la médecine de ville et de la Sécurité sociale. Les résultats nationaux doivent être comparés aux données d’autres pays développés notamment européens. Cette politique devrait mobiliser l’ensemble des acteurs, syndicats de médecins et de paramédicaux, sociétés savantes, HAS, enseignants en médecine, associations de patients, médecins conseils de la Sécurité sociale aboutissant à des accords sur ce qu’il y a lieu de faire et de ne pas faire. Elle doit donner lieu à des études de recherche et à des communications dans les congrès médicaux. Elle doit être intégrée à la formation initiale et post universitaire et être complétée par des campagnes grand public sur le modèle « un antibiotique, ce n’est pas automatique ». L’amélioration de la pertinence des soins suppose de revenir sur le paiement à l’acte et sur la T2A pour les pathologies chroniques qui poussent à la multiplication des actes inutiles et des hospitalisations non justifiées.

Le paiement à l’acte et la T2A doivent être remplacés pour le suivi des patients atteints de maladies chroniques par des forfaits ou un paiement à la capitation ou une dotation annuelle populationnelle modulée en fonction de l’évolution de l’activité et du degré de précarité des populations prises en charge.

Cette politique permanente pour l’amélioration de la pertinence des soins est une condition pour exiger que l’ONDAM redevienne ce qu’il était à l’origine, c’est-à-dire un objectif à atteindre et non un budget contraint indépassable grâce à une mise en réserve systématique en début d’exercice de plusieurs centaines de millions d’euros et d’une politique du rabot imposant une baisse automatique des tarifs payés par la Sécurité sociale aux hôpitaux quand l’activité augmente afin de maintenir un jeu à somme nulle. La régulation des dépenses de santé doit se faire à posteriori et non a priori comme l’a une fois encore démontré la pandémie.

Pour garantir une santé égalitaire et solidaire, il faut donc en finir avec l’austérité mais aussi réduire les gaspillages et supprimer les rentes.

André Grimaldi
Professeur émérite de diabétologie au CHU de la Pitié-Salpêtrière
Auteur du Manifeste pour la Santé 2022, aux éditions Odile Jacob.

Le déni du gouvernement français doit cesser

Il y a 2 mois, le 3 décembre 2021

Par Pierre Laurent

Face à la gravité des évènements survenus au Burkina Faso et au Niger Jean-Paul Lecoq et moi-même avons tenu à faire une déclaration commune demandant un débat parlementaire.

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Le déni gouvernemental face à l’échec de l’opération Barkhane n’a que trop duré : Nous demandons un débat sérieux dans les deux chambres parlementaires sur l’intervention militaire française au Sahel
Communiqué de presse de Pierre Laurent et de Jean-Paul Lecoq –

Par Pierre Laurent, Sénateur Communiste de Paris  / 1er décembre 2021

Dans l’après-midi du samedi 20 novembre 2021 un convoi de l’armée française, en provenance de la Côte d’Ivoire pour rejoindre le Niger, a été bloqué à Kaya, principale ville du centre-nord du Burkina Faso par de nombreux manifestants, hostiles à la présence militaire française. Pour disperser ces manifestants, les soldats français et burkinabés affirment avoir effectué des tirs de sommation. Pourtant, selon le quotidien burkinabé Sidwaya, pas moins de trois manifestants auraient été blessés par balle. Cet événement très grave a entrainé l’arrêt du convoi militaire, qui a rebroussé chemin.

Une semaine plus tard, le samedi 27 novembre, le scénario s’est répété de manière encore plus dramatique à Téra, à l’ouest du Niger. Suite à diverses manifestations contre ce convoi, la tension a été encore plus forte qu’au Burkina Faso et on peut dénombrer au moins 2 morts et 18 blessés, dont 11 graves parmi les manifestants. Nous adressons nos condoléances aux proches des victimes et souhaitons un prompt rétablissement aux blessés.

Le gouvernement doit impérativement s’expliquer sur cette situation, afin que toute la lumière soit faite sur ces deux événements sans précédent, et que des réflexions soient menées sur le sens profond de ces manifestations dénonçant la présence de l’armée française et l’insécurité chronique de cette zone.

Car il n’est plus possible de nier le fait que, chez beaucoup d’habitants du Sahel, l’image renvoyée par l’armée et l’État français est désormais négative, sa présence étant de moins en moins bien vécue, et sa mission de protection étant très fortement questionnée.

Pour tenter de comprendre cette situation, il faut, pour le moins, s’interroger sur les causes de cet échec. En huit ans de présence militaire française dans cette zone, force est de constater que la situation humaine, politique, sécuritaire et économique des pays du Sahel empire au lieu de s’améliorer.

Parmi de nombreux facteurs, le legs de la guerre menée par l’État français sous Sarkozy contre la Libye en 2011 qui a profondément déstabilisé la sous-région. Ce passif n’est pas soldé et il faudrait d’urgence le résoudre.

Dans ce contexte de déstabilisation sociale et politique du Sahel, les entrepreneurs de violence, islamistes, trafiquants et autres mafias, continuent de développer leurs sinistres entreprises. Les peuples de la région sont à bout et expriment leur ras-le-bol de plus en plus ouvertement face à cette terrible impasse.

Il serait plus que temps d’entendre ce que les groupes parlementaires de la Gauche Démocrate et Républicaine de l’Assemblée nationale et le groupe Communiste Républicain Citoyen et Écologiste du Sénat proposent depuis des années, tant du point de vue sécuritaire que du point de vue du développement et de la lutte contre les flux financiers illicites qui subventionnent les trafics, les violences et les guerres en Afrique.

Les déclarations de notre ministre des Affaires étrangères, qui est dans le déni face à la gravité de la situation et qui répète sans cesse que les manifestants africains remettant en cause la présence militaire française seraient manipulés par la Russie, ne sont pas à la hauteur de la situation. Pire, elles font état d’un mépris supplémentaire envers ces populations.

Des réponses sérieuses doivent être apportées face à une situation qui risque de virer au chaos. Le Parlement doit être saisi d’urgence. Nous continuerons à agir en ce sens.

Jean-Paul Lecoq
Député communiste, membre de la Commission des Affaires Étrangères à l’Assemblée nationale

Pierre Laurent
Sénateur communiste, vice-président de la Commission des Affaires Étrangères, de la Défense et des Forces Militaires et des Forces Armées

Qui est responsable du drame de Calais

Il y a 2 mois, le 26 novembre 2021

Par Pierre Laurent

Ce mercredi 24 novembre, 27 personnes sont mortes dans la Manche, après le naufrage de leur embarcation de fortune. Majoritairement Kurdes d’Irak et d’Iran, ils et elles fuyaient la misère et le danger, bien souvent à la recherche de membres de leur famille résidant au Royaume-Uni.

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Par son ampleur, ce naufrage a réveillé la mauvaise conscience des dirigeants européens, qui depuis des mois, voire des années, laissent pourrir la situation à la frontière franco-britannique, alimentent dans le débat public la surenchère anti-migrants, et construisent une Europe forteresse.

Oui, les larmes de crocodile de nombreux responsables politiques sont insupportables. Les mêmes qui proposaient la semaine dernière de construire un mur à la frontière entre la Pologne et la Biélorussie, déplorent aujourd’hui de la mort de ces 27 migrant·es. La réalité, c’est que depuis bien longtemps nos zones frontalières sont devenues des zones de grand danger pour les migrant·es, à commencer par la Méditerranée dans laquelle des dizaines de milliers se sont noyé·es depuis 2015.

Faire reposer toute la responsabilité sur les « passeurs », comme l’a fait le Ministre de l’Intérieur, n’est pas crédible. Evidemment, n’ayons aucune faiblesse à l’égard de ces trafiquants, qui pratiquent de fait la traite d’êtres humains. Chaque fois que cela est possible, ils doivent être arrêtés et lourdement sanctionnés.

Mais pense-t-on sérieusement que cela suffira pour tarir les flux migratoires clandestins ? En réalité, une seule option crédible est sur la table : agir en même temps pour traiter à la racine les causes des migrations forcées – à commencer par les guerres, les inégalités de développement, le dérèglement climatique – et ouvrir sans attendre des voies légales et sécurisées de migration, organisées et coordonnées au sein de l’Union européenne et avec ses partenaires, dont le Royaume-Uni.

Face au jeu dangereux des populistes britanniques, Johnson en tête, la France devrait hausser le ton et appeler à la renégociation des accords du Touquet et du traité de Sandhurst. Notre pays ne peut être relégué au rôle de vulgaire sous-traitant de la politique de chasse aux migrants de M. Johnson.

Au-delà, la France pourrait être motrice d’une véritable stratégie d’accueil, d’installation et d’accès aux droits en Europe, pour celles et ceux qui le souhaitent. Nous pourrions enfin rompre avec les discours haineux et xénophobes, qui ont pris bien trop de place dans le débat public national et européen.

Les communistes comptent bien aborder toutes ces questions dans le débat de l’élection présidentielle, et avant cela, à l’occasion de la présidence française de l’Union Européenne qui va débuter en janvier.

Coopération militaire France-Egypte – La lumière doit être faite

Il y a 2 mois, le 25 novembre 2021

Par Pierre Laurent

La coopération entre militaires français et égyptiens en matière de reconnaissance aérienne aurait été détournée de son objectif premier de lutte contre le terrorisme et aurait ainsi eu pour résultat la mort de nombreux civils selon des révélations d’une enquête du site web d’investigation français Disclose. Ces faits s’ils étaient confirmés seraient extrêmement graves et ne pourraient rester sans conséquences. J’ai interpellé la ministre de la défense à ce sujet par question écrite. Je soutiens par ailleurs la demande d’Amnesty International de mettre en place une enquête parlementaire, en vue d’obtenir des réponses claires et immédiates au plus haut niveau de l’État. J’ai aussi demandé hier matin, lors de la réunion de la commission des affaires étrangères du Sénat, que les ministres concernés soient auditionnés à ce sujet.

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J’ai attiré l’attention de Mme la ministre des armées sur la coopération militaire entre la France et l’Égypte. Selon des révélations de la presse, une mission de reconnaissance aérienne du renseignement militaire français, initialement prévue pour contribuer à la lutte contre le terrorisme dans la région frontalière entre la Libye et l’Égypte, aurait été détournée de son objectif premier, au vu et au su des autorités françaises et ce, malgré des alertes de soldats français à leur hiérarchie.

Elle aurait permis aux autorités égyptiennes, entre 2016 et 2019, de mener un certain nombre de frappes contre des réseaux ordinaires de trafiquants d’armes, de drogues, de produits alimentaires ou de migrants, qui se sont soldées par la mort de nombreux civils.

Je lui ai demandé ce qu’il en est et, si ces informations se confirmaient, ce que le Gouvernement compte prendre comme mesures.

 

 

Situation en République démocratique du Congo – Prévenir une nouvelle crise majeure et déstabilisatrice

Il y a 2 mois, le 19 novembre 2021

Par Pierre Laurent

J’ai attiré l’attention de M. le ministre de l’Europe et des affaires étrangères sur la situation en République démocratique du Congo (RDC). Ce pays est l’un des plus pauvres du monde alors qu’il regorge de richesses de toutes sortes. Par ailleurs, depuis vingt-cinq ans, des atrocités se déroulent notamment à l’est de ce pays dans […]

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J’ai attiré l’attention de M. le ministre de l’Europe et des affaires étrangères sur la situation en République démocratique du Congo (RDC).

Ce pays est l’un des plus pauvres du monde alors qu’il regorge de richesses de toutes sortes. Par ailleurs, depuis vingt-cinq ans, des atrocités se déroulent notamment à l’est de ce pays dans ce qu’il est convenu d’appeler les deux guerres du Congo, qui sont en fait des guerres de pillage au bénéfice, en dernier ressort, de multinationales qui passent notamment par des pays voisins. Les conséquences de ces guerres ont fait des millions de victimes faisant de ce conflit au Congo sans doute le plus meurtrier depuis la Seconde Guerre mondiale.

Ces atrocités sont documentées chaque année depuis 2003 par un groupe d’experts de l’organisation des Nations unies (ONU), qui fait également état des multinationales qui y sont impliquées, ainsi que dans le rapport Mapping publié en octobre 2010. Le rapport Mapping, commandé par le Haut-Commissariat des Nations unies aux droits de l’homme, recensait de nombreux crimes de guerre, crimes contre l’humanité et de possibles génocides commis entre 1993 et 2003 en RDC et recommande des poursuites à ce sujet.

En cohérence avec cet objectif, le titulaire du prix Nobel de la paix 2018, de nationalité congolaise, revendique depuis trois ans la création d’un tribunal pénal international et la création de chambres mixtes avec des magistrats congolais et internationaux au sein de juridictions congolaises pour poursuivre les auteurs de violations des droits de l’homme.

Je lui a demandé ce que la France compte faire en vue d’appuyer cette démarche.

Par ailleurs, il est à noter que dans la suite des dernières élections nationales en 2018, dont les résultats ont été très contestés – y compris, dans un premier temps, par la France – l’opposition ainsi qu’un bon nombre d’acteurs de la société congolaise, et parmi eux les églises, mettent en cause l’organisation de la commission électorale initiée par le pouvoir en place qui se ferait, selon eux, en complicité avec des chancelleries étrangères dont celle des États-Unis et de l’Union européenne. Ils craignent que si les leçons de 2018 ne sont pas tirées et que des mesures ne sont pas rapidement prises pour apaiser les tensions et renforcer la confiance de la population, le pays se dirige vers une nouvelle crise majeure et déstabilisatrice. Ils dénoncent également la répression dont ils font l’objet à l’occasion de manifestations pour exiger la réforme consensuelle de l’administration électorale, dénoncer la dégradation des conditions de vie, la corruption et des massacres dans la partie Est du Congo.

Je souhaite donc savoir quels actes la diplomatie française compte poser par rapport à l’ensemble de ces sujets.

Situation au Cameroun – Ceux qui prônent le dialogue et le respect de l’Etat de droit doivent être soutenus

Il y a 3 mois, le 4 novembre 2021

Par Pierre Laurent

J’ai interpellé le ministre des affaires étrangères français sur la situation qui s’aggrave de jour en jour au Cameroun.
J’appelle les autorités de mon pays à y soutenir ceux qui prônent le dialogue et le respect de l’État de droit, malmenés depuis des décennies dans ce pays.

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J’ai attiré l’attention de M. le ministre de l’Europe et des affaires étrangères sur la situation au Cameroun. Le Cameroun ne cesse de s’enfoncer dans une crise multiforme avec de nombreux foyers de tension militaire.

Les massacres d’hommes, de femmes et même d’enfants s’y multiplient notamment dans la zone anglophone (20 % de la population) avec des belligérants qui radicalisent leurs positions. De plus en plus d’acteurs du Cameroun se prononcent contre la gestion des conflits dans le pays, notamment en ce qui concerne la crise anglophone et l’élection présidentielle controversée de 2018. Ceux qui prônent le dialogue et le respect de l’État de droit continuent à faire l’objet de répressions comme en témoigne, entre autres, la non-légalisation du plus vieux parti politique camerounais, l’union des populations du Cameroun-manifeste national pour la nouvelle démocratie  (UPC-Manidem), pourtant demandée par la commission africaine des Droits de l’Homme et des peuples depuis 2016. En témoignent aussi les nombreux prisonniers d’opinion détenus dans les prisons camerounaises. S’ajoutent à cela les inquiétudes concernant la succession de l’actuel chef de l’État au pouvoir depuis près de 40 ans et dont le règne autoritaire a participé fortement au délitement social et économique de plus en plus prononcé.

Il est à noter par ailleurs que la présence française, notamment économique, reste très importante. Nombre d’acteurs camerounais estiment qu’il est urgent qu’un cessez-le-feu intervienne entre tous les groupes armés et que s’engage un vrai dialogue, impliquant toutes les forces vives du Cameroun en vue de trouver des solutions politiques pour sortir du délitement de ce pays et également pour que les droits élémentaires des populations soient respectés.

Je lui ai demandé ce que les autorités françaises en coordination avec l’Union africaine comptent prendre comme initiatives tant du point de vue national, européen qu’à l’organisation des nations unies (ONU), en vue d’appuyer une telle démarche et de cesser d’être d’un mutisme déconcertant au sujet de ce pays, lequel mutisme est aperçu de plus en plus comme une complicité avec des pratiques inqualifiables.

L’urgence du désarmement

Il y a 3 mois, le 28 octobre 2021

Par Pierre Laurent

Nous sommes au cœur de la semaine internationale pour le désarmement, du 24 au 30 octobre, mais qui le sait ? Le silence politique et médiatique de nos dirigeant·e·s est total, alors même que les urgences du désarmement sont si nécessaires pour stopper l’escalade de surarmement international, qui a repris depuis plus de dix ans.

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Les enjeux sont pourtant fondamentaux pour la sécurité humaine et collective, pour la préservation de la biodiversité, pour la prohibition programmée et multilatérale des armes de destruction massives et de tous les commerces d’armes contraires au respect du droit international.

Un exemple d’actualité illustre parfaitement les dangers nouveaux qui menacent et qui devraient conduire à considérer avec priorité l’urgence de la désescalade mondiale. L’annonce de la rupture du contrat de vente de sous-marins par la France à l’Australie au profit d’un accord stratégique avec les Etats-Unis, assorti d’un contrat de livraison de sous-marins à propulsion nucléaire a une toile de fond : une folle course aux armements dans la région indo-pacifique.

La France, qui pensait avec l’accord de vente de sous-marins militaires à l’Australie prendre sa part dans la stratégie occidentale de militarisation de la région face à la Chine, vient de se faire sèchement écarter du jeu par son allié américain.

Les Etats-Unis ont scellé un accord stratégique rassemblant américains, britanniques et australiens baptisé AUKUS, qui franchit un pas supplémentaire dans la systématisation de la tension avec la Chine. L’Australie se voit promettre l’acquisition de 8 sous-marins nucléaires américains. Elle vient également de signer un accord portant sur 12 hélicoptères d’attaque et un avion de guerre fourni par les Etats-Unis.

Fait nouveau et gravissime, les sous-marins promis seraient dotés de propulsion nucléaire, ce qui suppose de faire entrer l’Australie dans le club fermé des puissances disposant de capacités militaires nucléaires.

La création de cette nouvelle alliance occidentale dans l’Indo-Pacifique témoigne de l’agressivité redoublée des Etats-Unis dans la course à la militarisation du monde, pour laquelle elle pousse déjà les feux au sein de l’OTAN. La menace chinoise est sans cesse brandie pour justifier cette escalade. Mais il faut remettre les pendules à l’heure.

En 2020, selon une étude du Stockholm International Peace Research Institute, les dépenses militaires des Etats-Unis auraient atteint près de 778 milliards de dollars contre 252 milliards pour la Chine. Tandis que les Américains détiennent 6 185 ogives nucléaires, les Chinois n’en disposeraient que de 290. La Chine dispose de 2, bientôt 3 porte-avions alors que les Etats Unis en possèdent 11.

Ce qui inquiète les Etats-Unis n’est donc en rien le déséquilibre militaire, mais bien le risque de perdre son leadership économique et de voir mise en cause son hégémonie politique, déjà largement en déclin. En redoublant d’agressivité au plan militaire, et en entraînant ses alliés dans cette relance de la course aux armements, c’est d’abord et avant tout cette hégémonie politique et économique qu’elle entend défendre.

Mais elle le fait une fois de plus en faisant courir des risques insensés à la sécurité de la planète, à la sécurité humaine collective. La France n’a aucun intérêt à emboîter le pas de cette stratégie. Elle devrait au contraire prendre la tête d’une urgente relance d’initiatives internationales faveur d’un désarmement multilatéral mondial.

Le volet nucléaire du contrat passé par les Etats-Unis avec l’Australie est particulièrement inquiétant. Qu’il aboutisse ou pas (car il faudrait de longues années avant que l’Australie puisse maîtriser de telles technologies), il est politiquement lourd de conséquences. Les Etats-Unis ouvrent officiellement la possibilité d’utiliser à des fins militaires une technologie avec de l’uranium enrichi.

Si tel était le cas, ce serait la première fois qu’un Etat ne possédant pas l’arme nucléaire puisse malgré tout acquérir des sous-marins à propulsion nucléaire. Jusqu’alors, aucun des cinq Etats officiellement dotés de l’arme atomique, signataires du Traité de non-prolifération nucléaire (TNP) de 1968 et disposant de la technologie de propulsion nucléaire navale, n’avait transféré une telle technologie à un Etat ne disposant pas de l’arme atomique.

Un tel précédent serait alarmant en matière de prolifération nucléaire, puisque des pays comme le Canada, la Corée du Sud ou encore même l’Iran, qui envisageaient déjà de se doter de sous-marins à propulsion nucléaire, pourraient dorénavant s’engouffrer sans crainte de sanctions dans ce dangereux vide juridique. A cette problématique, s’ajoute celui du risque d’une utilisation fallacieuse des programmes de propulsion nucléaire navale pouvant servir d’une couverture afin de mener des programmes de recherche d’armes nucléaires.

Ni la France, ni l’Europe ne doivent s’aligner et contribuer à l’instauration progressive dans l’Indo-Pacifique d’une telle zone de confrontation directe. Ce climat de guerre froide, où la perspective de conflit de haute intensité est dès lors ouvertement envisagée, fait peser de lourdes menaces sur la sécurité du monde, déjà bien mal en point.

Dans ce contexte – et on pourrait parler de bien d’autres alarmes en cours comme la militarisation accélérée de l’espace qui va de pair aux Etats-Unis avec sa marchandisation et sa privatisation sous pilotage des milliardaires des GAFAM – la relance de batailles mondiales pour le désarmement est un urgence. Au cœur de ces urgences, la lutte contre la prolifération doit se conjuguer à la bataille pour la ratification par la France du Traité d’interdiction des armes nucléaires (TIAN) entré en vigueur le 22 janvier 2021, afin d’ouvrir la voie à la relance de véritables négociations de désarmement multilatéral.

La stratégie de la dissuasion réside dans le « coup de bluff » fonctionnant dans un double sens : rien ne nous sera fait, et nous pensons que nous ne serons jamais obligés de faire quoi que ce soit. Dans le monde d’aujourd’hui, où les instabilités se multiplient, où des acteurs intermédiaires surarmés se multiplient eux aussi, il faut réinterroger cet équilibre de la terreur.

Les signaux d’alerte sont nombreux : le retrait des Etats Unis en 2019 du Traité sur les forces nucléaires à portée intermédiaire (INF), le transfert technologique à l’Australie envisagé au nom d’une prétendue expansion belliqueuse chinoise, les vives tensions entre les deux Etats nucléaires d’Asie du Sud, Pakistan et Inde, les guerres et conflits régionaux meurtriers (7 000 morts dans le conflit Arménie-Azerbaïdjan), les escalades nationalistes…

Chercher dans ce monde-là la sécurité dans l’équilibre de la terreur, est-ce bien raisonnable ? Est-ce supportable quand les urgences sociales et celles du changement climatique frappent aussi fortement à la porte ? Selon l’ONU, en 2017 les dépenses militaires mondiales ont dépassé les 1 700 milliards de dollars soit près de 80 fois le montant nécessaire pour l’aide humanitaire.

C’est le désarmement mutuel qui apparaît plus que jamais comme la seule solution apte à garantir la sécurité collective des peuples. Le désarmement suppose la coopération entre les Etats. Et c’est tant mieux, car la coopération entre les peuples et les nations apparaît seule capable de répondre aux extraordinaires défis de notre temps. C’est la voie la plus lucide et la plus juste : le temps du commun est venu.

Il est temps que la France retrouve une voix indépendante pour avancer sur cette voie nouvelle, celle qui hier lui faisait reconnaître la République Populaire de Chine en 1964 ou quitter le commandement intégré de l’OTAN en 1966. C’est cette diplomatie audacieuse, non alignée, humaine, écologique et coopérative que le Parti Communiste Français entend porter lors des élections présidentielle et législatives de 2022.

Il y a 4 mois, le 7 octobre 2021

Par Pierre Laurent

Avec mon collègue Pierre Ouzoulias, j’ai eu l’honneur de recevoir hier Monsieur Charbel Nahas, ancien ministre de la République libanaise, accompagné de représentants du parti « Citoyens et Citoyennes dans un État ». Parti prenante des mouvements populaires de 2019-2020 le parti vise, avec les forces progressistes du pays, à construire un État démocratique et social au […]

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Avec mon collègue Pierre Ouzoulias, j’ai eu l’honneur de recevoir hier Monsieur Charbel Nahas, ancien ministre de la République libanaise, accompagné de représentants du parti « Citoyens et Citoyennes dans un État ».
Parti prenante des mouvements populaires de 2019-2020 le parti vise, avec les forces progressistes du pays, à construire un État démocratique et social au Liban, au-delà des communautés confessionnelles.
Nous avons échangé sur la situation politique actuelle, gravissime pour le peuple libanais, ainsi que sur les initiatives à prendre pour favoriser la coopération et l’échange d’expériences, dans des domaines tels que la santé ou l’éducation.
En effet bien loin de l’opération publicitaire de M. Macron à Beyrouth, la France pourrait jouer un véritable rôle d’appui au développement de services publics solides, dans le respect de l’indépendance du Liban.
Dans cette période difficile, nous restons mobilisé·e·s et n’oublions pas le peuple libanais.