#DÉMOCRATIE

La nausée

Il y a 4 mois, le 20 avril 2021

Par Pierre Laurent

C’est ce titre d’un roman de Jean Paul Sartre qui m’est venu à l’esprit en apprenant la décision de 12 clubs européens, parmi les plus riches au monde, de se retrouver entre eux dans une compétition nommée « superleague », indépendante des instances de l’UEFA.

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La motivation n’est pas sportive, ces gens là ne font même pas semblant : il s’agit de générer plus d’argent, plus de droits télé déjà exorbitants, plus de sponsoring. Et par là même, de tenter d’attirer et de concentrer les meilleurs joueurs de la planète sur quelques clubs, en achetant des contrats et en payant des salaires qui ont déjà, aujourd’hui, franchi les limites de la décence.
Comme l’écrit un entraineur argentin bien connu, Marcelo Bielsa, surnommé « El loco » : « le problème fondamental c’est que les riches aspirent toujours à être plus riches, sans tenir compte des conséquences pour les autres ».
Une définition parfaite du capitalisme et du comportement, dans le football comme dans toute la société, de ceux qu’un président de la République a un jour nommé « les premiers de cordée ».
Les autres ? Ce sont ceux « d’en bas », les clubs professionnels petits (il yen a) ou moyens, les clubs amateurs, les bénévoles, les supporters prêts à se saigner aux quatre veines pour voir jouer l’équipe de la ville qu’ils aiment.
Ils en seront réduits à regarder, impuissants, circuler des sommes folles dont ils n’espèrent plus depuis longtemps déjà, le moindre ruissellement.
Les instances européennes du football sont vent debout contre ce projet. Tant mieux.
Des présidents de club, comme Jean-Michel Aulas, y voient l’occasion de se refaire une virginité face à une dérive à laquelle ils ont eux mêmes contribué.
L’UEFA promet des sanctions exemplaires, tout en présentant le même jour une réforme des compétitions européennes qui, dans les faits, obéit à la même logique.
Cette logique, au-delà des sommes d’argent hallucinantes qu’elle génère, est un coup mortel aux valeurs humaines que ce sport, que le sport en général, doit continuer de porter.
Le Liverpool Football Club fait partie de ces clubs qui ont décidé de « faire sécession » : je n’ai pas l’intention de stigmatiser ce club plus que les 11 autres, mais je viens de lire le beau livre de David Peace « Red or dead », « rouge ou mort », retraçant l’ascension de cette équipe dans les années 1960-1970, sous l’impulsion de son entraineur légendaire Bill Shankly, dans cette ville populaire et ouvrière du Nord de l’Angleterre, dans laquelle le Liverpool FC a puisé son identité. David Peace raconte que lors d’un déplacement de son équipe à Manchester, Bill Shankly aperçut sur un trottoir de Liverpool, depuis le bus qui amenait les joueurs, 2 enfants habillés de rouge, pleurant de ne pouvoir se déplacer pour assister au match. Bill fit arrêter le bus, fit monter les enfants auprès des joueurs, après avoir lui même téléphoné à leurs parents en leur promettant de les ramener à leur domicile après la rencontre.
Une autre époque diront certains. Mais les valeurs sportives et humaines n’ont pas d’époque.
Bill Shankly a sa statue devant le stade d’Anfield Road. Ont-ils décidé de la déboulonner ?
Il dépend de notre mobilisation à toutes et tous que l’humanité ne devienne pas une vieille lune, enterrée sous des liasses de billets de banque.
C’est vital et urgent !

Un pacte pour l’espoir en 2022

Il y a 4 mois, le 8 avril 2021

Par Pierre Laurent

La pandémie de la Covid-19 a de terribles conséquences sur nos vies au quotidien. Elle montre combien il est urgent de donner un nouveau sens à la société, à l’humanité tout entière. Tout appelle un grand débat sur les priorités d’avenir et pour des choix politiques radicalement nouveaux qui mettent le bien commun au centre de tout, et non plus le profit, les privilèges et la concurrence, l’austérité. La démocratie doit revire vraiment, dans l’intérêt du plus grand nombre. L’enjeu des élections présidentielle et législatives de 2022 sera donc considérable. Rien n’est écrit si nous nous en mêlons largement.

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Tout est fait aujourd’hui pour nous enfermer dans un duel Macron-Le Pen. La grande majorité des électrices et des électeurs n’en veut pas. C’est un piège et une menace redoutables. D’une manière ou d’une autre, ce serait la voie ouverte à cinq années supplémentaires de tromperies, de politiques inégalitaires, de dégâts sociaux et environnementaux, de fracturations de la société. Cinq années de privilèges pour un capital de plus en plus prédateur, avec l’accession possible au pouvoir de l’extrême-droite. Cinq années de « monarchie présidentielle » qui étouffe le débat et l’action démocratique. Casser la « certitude » de ce duel annoncé, c’est impératif pour reconstruire l’espoir.

Nous voulons donc agir pour qu’émerge une autre voie, une solution d’émancipation humaine, sociale et de progrès écologique à la terrible crise que nous traversons, comme y appellent le courage de nos personnels de santé, le soutien populaire qu’ils reçoivent, et l’ensemble des trésors de solidarité, d’inventivité et d’engagements pour le bien commun qui émanent de notre peuple. Un socle commun est possible, fait d’idées nouvelles, issues des luttes du monde du travail et de la culture, des mouvements sociaux, féministes, écologiques, antiracistes, démocratiques et, parmi elles, d’idées à proprement parler communistes.

C’est à partir de toutes ces énergies, toutes ces idées venues du coeur de la société que nous voulons construire une solution politique nouvelle, jusqu’à rendre possible, par-delà la seule élection présidentielle, les conditions d’une nouvelle majorité politique, d’un gouvernement dans lesquels se reconnaîtraient toutes les forces décidées à s’unir au service des exigences populaires.

Cet objectif semble difficile à atteindre, tant il contredit les réalités politiques les plus apparentes, notamment la situation de la gauche.

Il nous paraît pourtant possible de changer cette situation, à condition que le peuple s’empare directement des débats qui existent dans la société comme entre les forces de gauche et écologistes. Ces débats portent sur les causes de la crise et sur le sens et la portée des changements nécessaires. Ils sont utiles pour réussir le changement. Ils méritent d’être menés au grand jour.

La solution n’émanera pas du dialogue des seules forces politiques. Chacune de ces forces veut aller au combat présidentiel en présentant son projet aux Français. C’est légitime. Pourtant, cela ne saurait déjouer le piège présidentialiste qui nourrit les tentations hégémoniques, les divisions et le désespoir.

L’irruption citoyenne, elle, peut être décisive pour débloquer la situation. Nous voulons proposer un chemin, une méthode qui permette d’écrire une base d’engagements communs pour sortir le pays de la crise.

Par l’intervention directe du maximum de citoyens, de toutes les organisations prêtes à s’impliquer, nous pourrions dégager par le débat et le travail commun un socle d’idées et de propositions suffisamment large et partagé à même de devenir un pacte de législature autour duquel les forces sociales et citoyennes, les forces de gauche et écologistes pourraient s’engager à conduire la politique du pays.

Pour garantir le succès, tout le monde a besoin de tout le monde, et doit s’y mettre, à égalité : citoyens, militants, syndicalistes, maires, élus locaux et régionaux, parlementaires… A partir de la multitude d’engagements, de combats communs, de propositions déjà existantes, nous proposons de mener à bien sur plusieurs mois la rédaction d’ un « pacte pour l’espoir en 2022 ».

Chacune, chacun, avec celles et ceux qui l’entourent, pourront, pour forger ce pacte, constituer dans tout le pays et dans chaque circonscription, des « coopératives d’idées » nourries des luttes en cours et des exigences qui s’expriment. Un comité de rédaction national ouvert et transparent pourrait animer et garantir l’aboutissement de ce travail d’écriture à mille mains et inventer en marchant les démarches démocratiques pour valider ce travail commun et la manière de le porter dans l’élection présidentielle.

L’engagement populaire dans cette initiative en sera une garantie.

Ce pacte d’espoir, versé au débat public, pourra servir de socle pour construire les solutions politiques les plus appropriées en vue de garantir les changements indispensables et des victoires dans les élections présidentielle comme législatives en 2022.

Vincent Bouget
Lydia Samarbakhsh
Pierre Laurent
Nathalie Simonnet

Arrestation de Maati Monjib – Une procédure politique maquillée en procès de droit commun

Il y a 5 mois, le 22 mars 2021

Par Pierre Laurent

La France doit appuyer la lutte des Marocains en faveur d’un respect des droits humains

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Ma lettre à Emmanuel Macron, Président de la République

Monsieur le Président de la République,

Je me permets d’attirer votre attention sur Monsieur Maati Monjib. Monsieur Monjib vit au Maroc et a la nationalité française ainsi que la nationalité marocaine. Il est historien et militant des droits humains. Cette dernière activité lui a valu, comme de nombreux autres Marocains, d’importants déboires, dont une condamnation à un an de prison pour « atteinte à la sécurité de l’État » et « escroquerie » au Maroc.

Nombre de Marocains, dont les défenseurs locaux des droits humains, estiment qu’il a été l’objet d’une procédure politique maquillée en procès de droit commun. Ils réclament sa mise en liberté et le respect de son droit à un procès équitable, à sa liberté d’opinion et d’expression et au respect de sa dignité. A l’instar de mes amis et collègues parlementaires communistes je ne peux qu’appuyer cette demande et vous serais reconnaissant de bien vouloir m’indiquer ce que vous comptez faire face à celle-ci.

Par ailleurs je vous informe que notre compatriote, qui souffre de troubles cardiaques et de diabète, vient de débuter dans son lieu de détention une grève de la faim pour clamer son innocence, ce qui souligne, s’il en était besoin, l’urgence de la situation.

La France a des liens importants avec le Maroc et une résolution favorable de la situation de Monsieur Maati constituerait un signe favorable en ce qui concerne l’amélioration du respect des droits humains dans ce pays qu’un nombre croissant de Marocains désire ardemment. Je suis persuadé que vous pouvez y contribuer.

Je vous prie de croire, Monsieur le Président de la République, en l’expression de ma haute considération.

Il y a 6 mois, le 17 février 2021

Par Pierre Laurent

Depuis des mois, nous sommes quelques parlementaires de tous bords et des deux Assemblées à agir pour exiger de la France le rapatriement d’enfants français et de leurs mères détenus dans les camps d’Al Hol et de Roj au nord-est de la Syrie. L’urgence humanitaire et sécuritaire que nous mettons en avant n’a toujours pas été entendu. Cette lettre vous alerte de nouveau, en vous invitant à joindre votre voix à la nôtre pour interpeller le Président de la République. En effet, quelle est la situation ?

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Paris, le 16 février 2021

Mesdames les sénatrices,
Messieurs les Sénateurs,
Mes cher.es collègues,

Depuis des mois, nous sommes quelques parlementaires de tous bords et des deux Assemblées à agir pour exiger de la France le rapatriement d’enfants français et de leurs mères détenus dans les camps d’Al Hol et de Roj au nord-est de la Syrie. L’urgence humanitaire et sécuritaire que nous mettons en avant n’a toujours pas été entendu. Cette lettre vous alerte de nouveau, en vous invitant à joindre votre voix à la nôtre pour interpeller le Président de la République. En effet, quelle est la situation ?

Près de 200 enfants français et leurs mères sont prisonniers dans les camps de Roj et d’Al Hol au Nord-est syrien depuis deux ou trois ans désormais. La plupart sont arrivés dans les camps au moment de la chute du dernier bastion de l’Etat Islamique, Baghouz, en février 2019. Ces enfants ont pour la grande majorité d’entre eux moins de six ans, et survivent tant bien que mal dans des conditions particulièrement sordides : ils ne bénéficient d’aucun soin approprié et ne sont pas scolarisés.

En 2019, plus de 300 enfants sont décédés dans le seul camp d’Al-Hol, de malnutrition, de froid ou de maladie. La situation à l’intérieur des camps ne cesse de se détériorer : les enfants et leurs mères manquent de tout, survivent sous des tentes de fortune et luttent contre des températures nocturnes pouvant atteindre moins 10 degrés. Régulièrement, les enfants sont emmenés avec leurs mères dans des prisons sordides situées à l’extérieur des camps de Roj où s’entassent des femmes et des enfants qui ne bénéficient d’aucune hygiène, même sommaire, et ne mangent pas à leur faim. Ces femmes et ces enfants sont interdits de communiquer avec leurs familles en France et aucun avocat n’a réussi, jusqu’alors, à rentrer dans ces camps.

En deux ans, 35 enfants seulement ont été rapatriés. Certains d’entre eux sont orphelins, d’autres ont été arrachés à leurs mères et à leur fratrie restées sur place, et doivent vivre en France en les sachant en danger là-bas, sous la tente dans laquelle ils ont vécu avec eux. Aucun enfant n’a jamais été rapatrié avec sa mère.

Il est de notre devoir d’appeler le président de la République à prendre ses responsabilités et à agir dans un impératif tant humanitaire que sécuritaire. Ces enfants n’ont pas demandé à naître ou à être emmenés en zone de guerre et ne sont coupables de rien : les laisser périr en Syrie est indigne d’une démocratie comme la nôtre. La plupart d’entre eux ne connaissent que les camps, certains y sont nés : nous sommes coupables de les maintenir dans des conditions de vie sordides et de les exposer au pire.

Leurs mères, elles, doivent répondre de leurs actes dans le seul pays où elles sont judiciarisées, la France. Elles sont toutes sous le coup d’un mandat d’arrêt international. Le coordonnateur des magistrats instructeurs antiterroristes, Monsieur David DE PAS, a appelé officiellement à leur rapatriement pour des raisons tant sécuritaires qu’humanitaires. Certaines femmes ont réussi à s’évader du camp d’Al Hol avec leurs enfants, au risque d’être récupérées par des groupuscules terroristes, Daech ou Al Quaeda, et des milices syriennes. Leur dessein est de rejoindre la Turquie où le protocole Cazeneuve permettait leur expulsion vers la France mais depuis des mois, les autorités turques ne l’appliquent plus.

Les Kurdes n’ont de cesse d’exhorter les Etats à prendre leur responsabilité et à rapatrier leurs ressortissants, tout comme l’UNICEF, le Comité International de la Croix Rouge, le haut responsable de l’ONU, la Commissaire aux droits de l’homme du Conseil de l’Europe, la Haut-commissaire aux droits de l’homme de l’ONU, le chef du bureau des Nations unies pour la lutte contre le terrorisme.

Le 22 mai 2019, le Défenseur des droits Jacques Toubon demandait fermement à la France de faire cesser les « traitements inhumains et dégradants subis par les enfants et leurs mères détenus arbitrairement dans ces camps » dans un délai d’un mois. Le 27 mai 2019, la Commission Nationale Consultative des Droits de l’Homme (CNCDH) a, à son tour, appelé le gouvernement français à rapatrier ces enfants « sans condition » invoquant « leur droit à la vie, à la santé, et celui de ne pas être soumis à des traitements inhumains et dégradants ».

Le 24 septembre 2019, la CNCDH publiait son avis tendant au rapatriement des femmes et des enfants détenus.

Plusieurs pays ont rapatrié leurs ressortissants ou commencé à le faire : les Etats-Unis, la Russie, l’Ukraine, la Bosnie, l’Albanie, le Kazakhstan (plus de 500 ressortissants majeurs et mineurs), l’Ouzbékistan, et le Kosovo.

En Europe, l’Allemagne, la Finlande et l’Italie ont rapatrié des enfants avec leurs mères, la Finlande ayant clairement indiqué qu’elle avait pris la décision de rapatrier tous ses ressortissants.

Un appel pour le retour des enfants français détenus au Kurdistan syrien a été lancé le 10 mars 2019 et a réuni près de 8000 signatures dont des éducateurs spécialisés, un ancien directeur de l’Aide Sociale à l’Enfance de Seine Saint-Denis (Département compétent pour la prise en charge des enfants revenus de Syrie), des magistrats dont un ancien juge antiterroriste, un ancien ambassadeur, des conseillers consulaires, des professionnels de santé, de l’éducation et de l’enfance, ainsi que de nombreuses personnalités politiques (député, député européen, sénateur, président de conseil départemental).

Le 11 septembre 2020, soixante-seize députés, sénateurs et députés européens de tous bords lançaient de nouveau un appel au rapatriement des femmes et des enfants.

L’Etat français est parfaitement en mesure de rapatrier ces femmes et ces enfants, et l’a démontré à cinq reprises. Assurer, comme l’a fait le Garde des Sceaux récemment, après d’autres ministres, qu’il serait beaucoup trop dangereux pour des militaires français de se rendre sur place pour aller chercher ces enfants et leurs mères ne résiste pas à l’examen : d’autres pays rapatrient, des délégations de pays étrangers se rendent régulièrement au Rojava, les Etats-Unis ont réitéré leur proposition de soutien logistique à toute opération de rapatriement, et les Kurdes, encore une fois, nous exhortent à prendre en charge nos ressortissants.

Le pouvoir exécutif est en train de sacrifier des enfants à l’aune d’un calendrier électoral, persuadé qu’une décision de rapatrier tous nos ressortissants nuirait grandement à son image. Mais le courage politique commande de prendre de la distance avec ce que l’opinion publique peut, parfois, charrier de pire. A force de tergiverser et de ne pas agir, nous transformons ces femmes et ces enfants en martyrs pour tous ceux qui, en France et au-delà, nous regardent bafouer les droits de l’homme et violer les conventions internationales qui les portent dont nous sommes signataires.

Il est temps de porter une autre politique que celle qui tend à transformer ces enfants en fantômes et à fabriquer les attentats de demain : nous devons clairement appeler le président de la République à prendre ses responsabilités et à décider du rapatriement de tous ces enfants avec leurs mères.

Mes cher.es collègues, je compte sur votre compréhension et votre soutien.

Je vous adresse mes respectueuses salutations.

Pierre Laurent

15 ans déjà, mais c’est encore hier pour nous

Il y a 6 mois, le 12 février 2021

Par Pierre Laurent

Il y a quinze ans jour pour jour , le calvaire d’Ilan Halimi, enlevé et torturé pendant 24 jours parce que juif se concluait tragiquement par sa mort. A l’époque nous étions consternés par les actions du « gang des barbares », nourries par la haine du juif et des stéréotypes que l’on croyait d’un autre âge.

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Nous sommes de celles et ceux qui refusent de concéder tout terrain à la haine du judaïsme et des juifs dans notre pays. L’antisémitisme est un fléau, un délit, qui peut devenir, l’histoire l’a montré, le moteur d’un indicible crime contre l’humanité. Nous l’avons combattu hier pour libérer notre pays du nazisme hitlérien, nous le combattons aujourd’hui et nous le combattrons demain avec la même détermination.Depuis des siècles, la haine des Juifs fait des ravages dans notre pays. Depuis 2006, de l’école Ozar Hatorah à Toulouse jusqu’à l’Hypercacher de la Porte de Vincennes, onze hommes, femmes, enfants ou personnes âgées ont été tuées en France parce que Juives.

Les actes antisémites et les violences racistes sont en augmentation, ici et ailleurs dans le monde. La mort tragique d’Ilan Halimi nous obligent à une détermination sans faille contre l’antisémitisme et contre toute forme de racisme.

Ce drame et ceux qui ont suivis, nous rappellent constamment que nous devons rester mobilisés contre les résurgences de l’antisémitisme et du négationnisme.

Toute violence aujourd’hui faite aux croyant.e.s, et faite à celles et ceux d’entre nous qui sont juifs, ou à celles et ceux d’entre nous qui sont musulmans, chrétiens, hindous… demeure pour nous un affront fait à toutes et tous. Nous refusons toute banalisation de l’antisémitisme, du négationnisme, de la haine de l’islam ou de toute croyance, de toute culture ou origine, comme nous refusons de hiérarchiser les racismes, xénophobies, atteintes à la dignité, à la vie, les discriminations dont chacune et chacun d’entre nous peut être la cible.

Nous combattons fermement cette conception monolithique infondée qui classe et hiérarchise les êtres humains, qui reste hermétique aux réalités sociales, aux processus historiques qui font que les cultures se forment et se reforment sans cesse au contact les unes des autres. Il y a quelque chose de profondément morbide chez ceux qui croient que la culture n’est que tradition, alors qu’elle n’est qu’invention.

L’antiracisme nous a construit et a construit le meilleur pour la France. Nous sommes fidèles à cette histoire. L’heure n’est pas à construire des murs qui se retourneront contre toutes et tous.

Au contraire, le meurtre d’Ilan Halimi qui a succombé de ses blessures, il y a 15 ans, nous oblige à rester vigilant pour sa mémoire, pour lutter contre l’antisémitisme, pour une société qui respecte celui qui croit en Dieu (et peu importe son Dieu) comme celui qui n’y croit pas.

Le plaisir d’être et de décider ensemble

Il y a 6 mois, le 25 janvier 2021

Par Pierre Laurent

J’ai mal. Mal quand, à la lecture des réseaux sociaux suite à telle ou telle réunion où notre parti débat et est amené à prendre des décisions sur les prochaines échéances électorales (régionales, départementales ou présidentielles), je vois se répandre des anathèmes, des mises en cause, des pratiques qui relèvent davantage d’une organisation en tendances que de la volonté de rassembler les communistes en respectant leur diversité.

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Plus que d’autres peut être, notre parti souffre des confinements ou couvre-feux décidés pour ralentir la propagation de la covid-19. Il en souffre car une grande part de notre identité repose sur la volonté et le plaisir de se retrouver autour d’une table, sans masques ni gestes barrières pour débattre, échanger, confronter et décider.

Cette culture démocratique qui caractérise notre organisation est aujourd’hui mise à mal, malgré les trésors d’imagination et le dévouement politique que nos directions déploient un peu partout dans les fédérations.

Alors, raison de plus pour veiller au respect démocratique dû aux camarades. Au moment où des échéances importantes sont devant nous, où le besoin de confrontation et d’initiatives communistes est si vif, où les incertitudes et les peurs nous habitent au même titre que tous nos concitoyens, rien ne doit nous empêcher de déployer les trésors de réflexion et d’actions de notre corps militant.

Dans une situation aussi dramatique qu’inédite comme celle que nous subissons, la première de nos préoccupations doit être de ne pas perdre le sens de la fraternité et de la qualité du débat entre nous. Nous devons prendre soin des communistes, les plus jeunes qui souffrent de ne pouvoir vivre pleinement et craignent pour leur avenir, les plus âgés qui, souvent, hésitent à se rendre à des réunions, quand elles sont programmées, par crainte, légitime de contracter un virus auquel ils se sentent tout particulièrement exposés…

Prendre soin des communistes, leur donner accès à l’information, aux points de vues différents pour pouvoir décider en connaissance de cause. Chacun·ee- réfléchit à son rythme, travaille, essaye d’exprimer clairement ce qu’il pense, dans une période où le brouillard domine et obscurcit toute perspective. Dans une telle période, il n’y a aucune place pour les procès d’intention, les mises en accusation, les pratiques de tendances ou de catalogage des uns et des autres, en fonction de ce qu’ils et elles pensent et expriment sur les choix qui doivent être ceux, à leurs yeux, de leur parti. Chaque opinion, si elle est livrée clairement et sans arrière pensée est légitime : in fine, ce sont les communistes qui tranchent par leur vote, et il fait partie de nos règles de respecter chacune et chacun et de respecter les décisions quand elles s’expriment majoritairement.

Ce sont nos règles de vie mais aussi de fraternité.

En ces temps difficiles, il est urgent de retrouver le plaisir d’être et décider ensemble.

7 janvier 2015, l’impensable au coeur du quotidien

Il y a 7 mois, le 6 janvier 2021

Par Pierre Laurent

Le 7 Janvier 2015, la nouvelle atteignit les gens où ils étaient. L’impensable au cœur du quotidien. L’incrédulité, puis la sidération. Les attentats contre Charlie Hebdo, comme tous les autres, font partie de notre douloureuse mémoire collective.

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Nous pensons aux victimes: Frédéric Boisseau, chargé de la maintenance du bâtiment, Elsa Cayat psychanalyste, Bernard Maris, économiste, Mustapha Ourad correcteur du journal, Michel Renaud, cofondateur du festival « Rendez vous du carnet de voyage », Franck Brinsolaro, policier chargé de la protection de Charb. Et bien sûr, les dessinateurs Cabu, Charb, Honoré, Tignous et Wolinski, dont nous admirions le talent, l’irrévérence, avec qui nous avions nourri des relations d’amitié et de respect mutuel, au fil de la vie et des fêtes de l’Humanité…

En ce jour de triste anniversaire, nous ne cessons de penser à elles et eux, comme à Ahmed Merabet, gardien de la paix tué boulevard Richard Lenoir, à Clarissa Jean Philippe, policière municipale tuée à Montrouge, aux victimes de la supérette casher, Porte de Vincennes.

Nous pensons aux victimes et à ce qui était visé à travers elles: le droit de dire ce que l’on pense, le droit d’avoir raison, le droit de se tromper, le droit de caricaturer, le droit d’exagérer, celui de dépasser les bornes, de repousser les limites du convenable…

Les libertés de conscience et d’expression ne furent jamais un bien octroyé par quelque autorité supérieure que ce soit. Elles furent même souvent dans l’Histoire, combattues et censurées par les pouvoirs en place. Elles furent une conquête, chèrement acquise à travers les siècles, par les luttes citoyen-ne-s, pour en faire une valeur et un acquis indissociables de ce qu’est la France et son rayonnement. La liberté d’expression est avant tout une valeur populaire. C’est sans aucun doute pour cette raison que le dimanche qui suivit le 7 Janvier, une marée de femmes et d’hommes déferla dans les rues de la capitale et des villes de province, digne, affligée mais déterminée, pour dire ensemble : « Je suis Charlie ». D’autres, qui n’endossaient pas l’expression, étaient tout aussi affligés par ces attentats si contraires à leurs croyances. L’horreur de ces tueries ne faisait que commencer. Les blessures déchirent toujours plus le pays. Et il ne faudrait surtout pas oublier que le cri de liberté de janvier 2015 était le bon : il ne sera jamais de sécurité partagée qui ne repose sur une extension des droits et des libertés.

La liberté de penser et de dire ne peut être ni confinée ni masquée et ne s’accommode d’aucun rejet, d’aucune discrimination. Elle est aujourd’hui incompatible avec toute loi de « sécurité globale », quand celle-ci cherche à restreindre les libertés de tous sans jamais combattre le mal des idéologies racistes et fascistes à la racine, quels que soient les visages, religieux ou non, dont elles s’affublent pour revendiquer on ne sait quelle « guerre des civilisations ».

Il n’ y a de sécurité globale que dans le progrès continu de la liberté, de l’égalité, de la fraternité. Ce fut le combat des générations qui nous ont précédés.

Six années après le 7 janvier 2015, ce combat est toujours le nôtre. Face à l’impensable, partout où nous sommes aujourd’hui, nous continuons de penser et construire l’avenir.

 

Une mise au point nécessaire

Il y a 8 mois, le 17 décembre 2020

Par Pierre Laurent

Lundi 14 décembre, à la veille de la mobilisation pour la culture et l’ouverture des lieux culturels, j’ai publié sur ma page Facebook un  dessin  de Chantal Montellier, appuyant  à sa manière, c’est-à-dire celle de la bande dessinée et de la caricature,  cette mobilisation.

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Représentant Jean Castex et Roselyne Bachelot, ce dessin dénonçait les choix politiques d’un gouvernement qui, sous couvert de protection sanitaire, étouffe la culture et la création, pourtant si essentielle à l’émancipation humaine en cette période de confinement. Il prenait pour cible l’autoritarisme des décisions du premier ministre et l’inaction de la ministre de la culture, en moquant la référence  sans cesse utilisée par Roselyne Bachelot au slogan « me too ».

Je ne m’attendais pas du tout à ce que cette publication provoque des réactions violentes et parfois haineuses contre ce dessin, contre son auteure, contre moi même. Je ne souhaite blesser personne, surtout pas mes camarades de la commission féministe du Parti communiste,  dont les responsables  ont pris l’initiative de cette dénonciation en place numérique.

Les engagements de Chantal Montellier sont connus, en particulier pour la reconnaissance de la place des femmes dans le monde culturel. Elle en a souvent payé le prix.

Surpris, donc, je l’étais. Mais je connais trop l’emballement de réactions incontrôlables et l’escalade verbale dont les réseaux sociaux ont le secret, c’est paraît-il l’air du temps, qui n’ ont rien à voir  avec le débat  et la controverse que pourrait justement justifier un dessin dont le propos est par nature de chercher à le provoquer. Mais là, point de débat ou de controverse, juste de l’injonction.

J’ai retiré le dessin pour ne pas prêter au détournement de son objet et pour cesser de relayer à mon insu des propos insultants pour Chantal Montellier.

Je tenais toutefois  à ces quelques mots d’explication car ce triste épisode me semble un peu pitoyable. 

J’ai d’ailleurs reçu des messages de camarades désolées de tout cela et qui, sollicitées, avaient décidé de ne pas se joindre au concert.

Ce dessin ne mérite  tout simplement pas çà.

Disons le tout de même avec un peu de gravité. On ne peut pas un jour manifester pour la liberté d’expression et le droit à la caricature e,t un autre jour, s’ériger en censeur d’une autrice comme Chantal Montellier.

Qu’elle accepte ici mon soutien à l’occasion de cette triste polémique.

Je continuerai, chaque fois que je le jugerai utile et nécessaire, de publier ses dessins, ou ceux d’autres auteur·e·s, expressions de talents dont le libre débat démocratique a tant besoin par les temps mauvais qui courent.

Et que mes camarades féministes soient assurées que mon engagement contre les violences faites aux femmes restera lui aussi toujours aussi déterminé !

Giscard et la modernité ?

Il y a 8 mois, le 8 décembre 2020

Par Pierre Laurent

Ma Tribune libre parue dans l’Humanité du lundi 7 décembre 2020

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Les nombreux hommages rendus à Valéry Giscard d’Estaing reprennent en chœur le refrain : nous avons perdu celui qui a fait entrer la France dans la modernité. Qui n’a pas vécu les années 1970 durant lesquelles il fut président de la République se voit ainsi ré-écrire une belle histoire, malheureusement d’autant plus ronflante qu’elle est bien éloignée des réa- lités de l’époque. Ainsi, toutes les avancées sociétales des années 1970, par exemple le droit de vote à 18 ans ou la première loi sur l’IVG portée par Simone Veil, sont attribuées à son génie réformateur. C’est oublier l’essentiel : le puissant mouvement qui secoua la société française en mai-juin 68, la poussée des mouvements féministes qui le suivirent, et les incessantes mobilisations de la jeunesse qui, de 1968 à la fin des années 1970, ne cessèrent tous les ans d’agiter la jeunesse lycéenne et étudiante, notamment pour combattre les réformes libérales de l’enseignement que portèrent les gouvernements giscardiens de l’époque. Rendons les conquêtes sociétales à celles et ceux à qui elles appartiennent.

Ce qui est vrai, c’est que la décennie Giscard marque le début de la contre-offensive libérale qui n’a cessé de s’amplifier par la suite. Il s’agit alors de répondre à l’exigence de modernité exprimée par la jeunesse pour la contenir, et d’intégrer les bouleversements du monde à la modernisation d’un capitalisme qui connaît alors la première grande crise capitaliste de 1974, celle du choc pétrolier. Valéry Giscard d’Estaing a ainsi beaucoup œuvré à confisquer le terme de « réforme » à la gauche. Le mal se fait aujourd’hui encore lourdement sentir, quand chaque attaque antisociale du gouvernement Macron est parée du beau mot de « réforme ». En vérité, ce n’est pas la société française que cherche à moderniser Giscard, mais le capitalisme français des années de Gaulle. Il modernise la communication politique, va visiter les pauvres au coin du feu pour masquer l’arrogance de classe qu’il incarnait plus que tout, mais son objectif reste bien celui-là.

Il jette les bases d’une insertion du capitalisme français dans la mondialisation ultralibérale. Il pousse les feux de l’intégration européenne dans la même direction, en n’oubliant pas de renforcer l’orientation atlantiste en délaissant l’héritage gaulliste.

Battu en 1981, il ne lâchera jamais le manche, et deviendra le rédacteur essentiel du traité constitutionnel européen (TCE) qui visait la constitutionnalisation du capitalisme libéral en Europe, sans imaginer que Jacques Chirac décide de soumettre ce texte au vote des Français au référendum.

Le septennat de Giscard n’est pas la marche triomphale vers la modernité décrite dans les médias et les hommages rendus. Ces années 1970 sont celles où grandit, contre sa politique, l’espoir de la victoire du programme commun de la gauche, initié par les communistes et rejoint par François Mitterrand, pour déboucher sur la défaite giscardienne en 1981, dans une élection gagnée par François Mitterrand au second tour et dans laquelle Georges Marchais a réuni au premier tour 15 % sous la bannière de « candidat anti-Giscard ». De même, les communistes jouèrent un rôle essentiel pour révéler les méfaits du TCE en 2004, et lever un mouvement citoyen d’une ampleur inédite jusqu’à conquérir la victoire du « non » en 2005.

Valéry Giscard d’Estaing fut certes un dirigeant de premier plan de la droite libérale française, assurément très brillant, mais sa victoire de 1974 n’efface pas les deux défaites majeures qu’il aura subies en 1981 et 2005. Sa modernité n’est pas celle que cherchait le peuple français.

Pierre Laurent Vice-président du Sénat, sénateur PCF de Paris

Mon cher Mumia,

Il y a 8 mois, le 2 décembre 2020

Par Pierre Laurent

Je tiens à t informer de mon intervention comme parlementaire français et sénateur de Paris auprès du gouverneur de Pennsylvanie, pour exiger, suite à l’épidémie de Covid 19 qui frappe la prison de Mahanoy, ta libération immédiate ainsi que celle de tous les prisonniers âgés et malades.

GARDONS LE CONTACT

Ne doute pas un instant de ma mobilisation ainsi que de celle de tous les parlementaires communistes français, pour exiger que la détention inique dont tu es victime prenne fin et que justice te soit enfin rendue.

Je te souhaite bon courage.

Sache que nous sommes toujours résolument à tes côtés.

Pierre Laurent