Afghanistan – Ne pas fuir une nouvelle fois les responsabilités qui incombent à notre pays

Il y a 12 mois, le 26 août 2021

Par Pierre Laurent

Monsieur le président,
Lors de votre allocution devant la nation, lundi 16 août au soir, vous avez publiquement pris acte du retour au pouvoir, après 20 ans de guerre et d’occupation militaire américaine et occidentale, des talibans afghans en Afghanistan. Vous avez également tenu à rappeler le rôle tenu, dans ce pays, sur le plan militaire, par la France, de 2001 à 2014, aux côtés des États-Unis d’Amérique.

GARDONS LE CONTACT

Monsieur le président,
Lors de votre allocution devant la nation, lundi 16 août au soir, vous avez publiquement pris acte du retour au pouvoir, après 20 ans de guerre et d’occupation militaire américaine et occidentale, des talibans afghans en Afghanistan. Vous avez également tenu à rappeler le rôle tenu, dans ce pays, sur le plan militaire, par la France, de 2001 à 2014, aux côtés des États-Unis d’Amérique.
Vous avez cru bon de qualifier cette guerre décrétée par GW Bush, alors président, de «combat juste». Vous avez affirmé que c’était «l’honneur de la France» d’y avoir participé pendant 13 années et rappelé en cela la mémoire de nos 90 soldats tombés en service. Justement, en leur mémoire et en hommage aux troupes et personnels engagés, en hommage aux Afghan-e-s, en hommage aux morts et en respect des vivants, en soutien à celles et ceux qui ont besoin de solidarité, il faut tenir un langage de vérité et de lucidité. Il en va de l’honneur de l’Afghanistan et de celui de la France, de ne pas, comme vous l’avez fait, réécrire l’histoire.
Permettez-moi, Monsieur le président, de rappeler ceci :
Il est un fait historique clairement établi que l’invasion de l’Afghanistan en 2001 par les forces armées américaines, appuyées par une coalition occidentale, était à l’origine une expédition punitive revendiquée, ayant pour but de forcer le gouvernement taliban afghan à livrer Oussama Ben Laden, responsable des attentats du World Trade Center. Il s’agissait, comme l’a dit très clairement le président Biden, de venger les attentats mais aussi une trahison aux yeux des États-Unis, Ben Laden ayant longtemps travaillé avec les services américains. Le sort du peuple afghan, et je pense tout particulièrement à celui des femmes de ce pays, était dès lors bien éloigné, dès l’origine, des motivations de cette intervention qui ne visait en rien une solution de paix et de sécurité internationale.
Que le terrorisme comme mode d’action criminel, que l’obscurantisme islamique et sa violence constituent des facteurs de chaos et de dangers qu’il faut combattre résolument et battre durablement, ne fait aucun doute chez toutes celles et ceux qui sont épris de démocratie. Mais cela n’enlève rien au caractère criminel et illégal de ce que fut alors cette intervention militaire qui ne fut rien d’autre qu’une vengeance sans perspective politique démocratique pour l’Afghanistan, la région et le monde. C’est le peuple afghan qui, à nouveau, après la guerre civile puis l’intervention russe, après enfin 5 ans de régime taliban (adoubé par les États-Unis), en a payé le lourd tribut. L’honneur de la France eût été de ne pas céder à cette injonction aux allures de loi du Talion. Et je me dois, d’ailleurs, de vous rappeler à quel point les Français ont exprimé au fur et à mesure du temps leur opposition à cette intervention et présence militaires françaises. Les 20 années d’opérations et d’occupation militaires leur ont donné raison et sont venues confirmer qu’il s’ agissait là d’une impasse et d’une erreur historique des plus graves: non seulement les réseaux et groupes terroristes en question n’ont pas faibli mais l’Afghanistan a servi de base de formation aux nombreux groupes qui apparaîtront ensuite au Sahel comme au Moyen-Orient et qui sont aujourd’hui à l’œuvre. La militarisation des relations internationales ne cesse de nourrir partout la guerre et la misère.
Les historiens sérieux ont aussi démontré que la décision, prise ensuite par le même président américain, d’engager une guerre en Irak, sur des bases mensongères, a renforcé le processus amorcé par l’invasion militaire de l’Afghanistan. Ce fut là, on s’en souvient, l’honneur de la France que de s’y opposer publiquement.
Mais dans le même temps, les politiques de connivence de la France et de ses alliés de l’Otan avec des pays , soutenant des forces islamistes violentes, notamment les talibans, ont favorisé la déstabilisation d’états, la persécution des forces démocratiques, progressistes et de paix, la militarisation et l’internationalisation des conflits. Il en est de même du double jeu constant exercé par les puissances internationales et régionales sans que jamais les aspirations légitimes et réelles, démocratiques et socio-économiques, des peuples de cette vaste région ne soient respectées.
Je ne vous dis rien que vous ne sachiez déjà, Monsieur le président, mais ce sont des vérités auxquelles les Français ont plus que jamais droit en cette période. Les Français-e-s doivent également savoir quelle est, dans cette zone et dans le grand Moyen-Orient, la politique de la France? Quelle est, au fond,sa vision? Ils l’ignorent aujourd’hui et votre intervention lundi soir ne les a pas éclairés.
N’y a-t-il pas enfin des leçons à tirer de ces années de «guerre au terrorisme», plutôt que de persister dans le déni de ces réalités? La première d’entre elles est que sans projet politique solide voué à faire progresser des solutions démocratiques maîtrisées par les peuples concernés, toute intervention militaire est vouée à l’échec, et nourrit à terme le contraire de ce qu’elle prétend défendre.
Quel était ce projet en Afghanistan? Lorsque vous affirmez, je vous cite : «l’intervention militaire française a donc définitivement cédé la place, le 31 décembre 2014, à l’action civile que nous avons continué de mener à bien auprès du peuple afghan», je vous demande: quelles actions et avec quels résultats? Le pays est aujourd’hui totalement dépendant d’un point de vue économique, les perspectives sont quasi nulles pour sa jeunesse. Ce qui existe encore est le fruit de leur travail et de leurs efforts quand l’armée, l’État et les institutions se sont révélés fantoches ou gangrenés par la corruption. La situation était sciemment ignorée du côté européen: ce pays qui chaque année se trouvait en tête du classement des pays les plus violents se voyait requalifier par nous de pays «sûr» dans la seule intention de renvoyer nombre de réfugiés afghans jugés «indésirables».
Et voici qu’à nouveau Monsieur le président, vous affirmez, lundi, sans rougir, que «l’Afghanistan aura aussi besoin dans les temps qui viennent de ses forces vives et (que) l’Europe ne peut pas à elle seule assumer les conséquences de la situation actuelle». Oubliez vous que cela fait bien longtemps que l’Europe, la France, n’assument pas du tout leurs actes et décisions militaires et ont fermé leurs portes aux Afghan-e-s?
Comme pour l’immense majorité des migrant-e-s, ce sont les pays et régions limitrophes qui «assument» cette responsabilité, le plus souvent dans des camps mis en place par le HCR où le provisoire peut durer des générations. A l’unisson de l’extrême droite française ou de la droite allemande, vous cédez à des peurs fantasmées en affirmant «nous devons anticiper et nous protéger contre des flux migratoires irréguliers importants»; oubliez vous que ces «flux» sont des êtres humains qui cherchent à sauver leur vie? Vous conviendrez, Mr le Président, que la consigne de «nous (en) protéger» saisisse d’effroi…
Je vous demande donc de ne pas fuir une nouvelle fois les responsabilités qui incombent à notre pays, à ses valeurs, et à l’Europe: la protection du peuple afghan et de ses forces démocratiques, l’accueil des réfugiés autant qu’il en est besoin, l’autorisation à nouveau du regroupement familial, l’apport d’une aide humanitaire d’urgence, sans passer par les réseaux corrompus de l’ancien régime ou des talibans, à la population qui est dans le dénuement le plus total. Je vous demande ensuite, sans délai, la mise en œuvre de tous les moyens de pression politique internationale sur le régime des talibans pour protéger les forces vives restées dans ce pays, empêcher une nouvelle régression des droits humains, éviter le pays de sombrer dans une nouvelle guerre civile. Plus que jamais le peuple afghan a besoin de paix, il a besoin de sentir et vérifier concrètement notre soutien. Il n’ a pas besoin de propos qui le présentent comme une menace.
Vous en appelez, Monsieur le Président, au sang froid. Veillez, permettez moi de vous le dire, à ne pas confondre sang froid et cynisme. Le sang froid nous ordonne de construire des solutions, celles que nous connaissons, apprises de nos manquements vis-à-vis des Syriens et des migrants de façon générale: organiser les voies légales et sécurisées de migration dans le pays de leur choix, tout en construisant en même temps les voies d’un développement propre à chaque pays, maîtrisé par lui, visant le développement mondial solidaire et respectueux de la planète dont l’humanité a aujourd’hui un commun et immense besoin.
Au delà, et de manière urgente même si nous savons que les solutions prendront du temps à produire leurs effets, c’est de la construction de sécurités internationales partagées dont il faut reparler au plus vite. Les droits humains ne seront pas l’apanage d’un club de nations riches, dominatrices, championnes des inégalités mondiales, de la course aux armements, des ventes d’armes et des interventions militaires extérieures. Développement, démocratie, désarmement,
ces trois exigences doivent être menées de front dans un combat multilatéral où chaque peuple est invité à la table des grands. Aurez-vous le courage, Monsieur le Président, d’ouvrir enfin ce débat politique essentiel pour l’avenir de l’humanité, plutôt que de continuer à enfermer nos concitoyens dans un récit aussi dangereux qu’anachronique ?

Pierre Laurent
Sénateur
Vice-président de la Commission des affaires étrangères et des forces armées

Prisonniers d’opinion en Côte d’Ivoire : appuyer un véritable processus de réconciliation nationale

Il y a 4 semaines, le 22 juillet 2022

Par Pierre Laurent

Avec d’autres, je tente depuis des années de briser le mur de silence, d’indifférence, voire de complaisance par rapport aux mesures liberticides en œuvre en Côte d’Ivoire.
Cette démarche vise à briser le cercle vicieux des montées des rancœurs qui ne peuvent qu’amener d’autres drames. Si une certaine baisse des tensions peut être constatée il faut poursuivre cette démarche afin de contribuer de façon durable à la réconciliation nationale en Côte d’Ivoire, une des conditions nécessaires en vue de permettre au pays de se concentrer sur les grands enjeux d’un développement socio-économique tourné vers la satisfaction des besoins humains, question urgente s’il en est en Afrique de l’Ouest notamment.
C’est le sens de ma question à la Ministre des Affaires étrangères, au sujet des prisonniers d’opinion.

GARDONS LE CONTACT

M. Pierre Laurent attire l’attention de Mme la Ministre de l’Europe et des Affaires étrangères sur les prisonniers d’opinion en Côte d’Ivoire.

Depuis l’accession au pouvoir de l’actuel chef de l’état ivoirien en 2011, des milliers d’Ivoiriens ont connu en raison de leurs opinions des privations momentanées de liberté, ainsi que de graves violences pouvant aller jusqu’au meurtre. Les mobilisations démocratiques du peuple ivoirien ont permis de ramener jusqu’en juillet 2020 le chiffre de ce type de détenus à 58, tous en lien avec les conséquences au long cours de la crise post-électorale de 2011.

Depuis l’annonce par l’actuel chef de l’état ivoirien en août 2020 de sa volonté de briguer un troisième mandat en contradiction avec la Constitution, le chiffre des prisonniers d’opinion a augmenté de 412 à cause d’une répression implacable. La haut-commissaire des Nations unies aux droits de l’homme avait en novembre 2020 exprimé de vives préoccupations à ce sujet. S’ajoute à cette réalité le fait que les crimes dont sont accusés des partisans du chef de l’état actuel n’ont pas connu de traitement judiciaire, ni en Côte d’Ivoire ni au niveau international.

Si ces derniers mois une baisse des tensions dans ce pays peut être relevée, force est de constater qu’il reste une centaine de prisonniers politiques, dont beaucoup liés à l’affaire du troisième mandat inconstitutionnel. Des militaires ayant agi pendant la crise post-électorale de 2011 sont aussi détenus. Ils ont pourtant été jugés et condamnés sur la base d’accusations semblables à celles pour lesquelles celui qui fut président de la Côte d’Ivoire et donc chef des armées de 2000 à 2011 a été acquitté par la Cour pénale internationale. De ce fait, beaucoup s’interrogent sur les fondements sur lesquels ces militaires sont maintenus en prison. Par ailleurs il est à relever que la détention préventive sans jugement des prisonniers d’opinion semble être la règle, ce qui est préjudiciable à leurs droits.

Pour toutes ces raisons, il lui demande s’il ne serait pas opportun que la France agisse en appui aux demandes de libération de ces prisonniers d’opinion, en vue d’appuyer un véritable processus de réconciliation nationale que le peuple ivoirien appelle toujours plus fortement de ses vœux.

 

Mix énergétique des pays africains : les luttes contre le réchauffement climatique et pour le développement humain sont inséparables

Il y a 4 semaines, le 21 juillet 2022

Par Pierre Laurent

Les pays africains, en comparaison avec les pays occidentaux, consomment en moyenne une petite partie de l’énergie et émettent une faible fraction du carbone mais souffrent de manière disproportionnée des conséquences du changement climatique. De plus ils doivent affronter en même temps le défi climatique et celui d’un approvisionnement énergétique le plus décarboné possible en lien avec leurs ambitions de développement économique, de combat contre la pauvreté et d’industrialisation. L’Africa Progress Panel soulignait en 2015 qu’il y a 600 000 personnes en Afrique qui meurent chaque année du manque d’électricité. Ces personnes utilisent des combustibles toxiques pour se chauffer ou cuire leur nourriture et cette exposition provoque des maladies cardiaques et respiratoires.
Dans ce contexte, la mise en place d’un mix énergétique trouve tout son intérêt. Celui-ci pourrait comprendre une part d’énergie nucléaire, d’autant qu’une grande partie de la matière première provient du continent et que certains de ces pays sont d’ores et déjà adhérents de l’AIEA. La France pourrait, de par son savoir-faire en la matière, jouer un rôle si les pays concernés le souhaitent. C’est le sens de ma question écrite adressée au Gouvernement. Toute lutte contre le réchauffement climatique qui ferait, en Afrique comme ailleurs, l’impasse sur le développement humain, la lutte contre la pauvreté et les inégalités, outre d’être injuste, serait vouée à l’échec et contribuerait à de graves conséquences pour l’Humanité toute entière.

GARDONS LE CONTACT

M. Pierre Laurent attire l’attention de Mme la Ministre de l’Europe et des affaires étrangères sur l’intérêt qu’aurait la construction d’au moins une centrale nucléaire en Afrique de l’Ouest.

L’Afrique doit affronter en même temps le défi climatique et celui d’un approvisionnement énergétique le plus décarboné possible, en lien avec ses ambitions de développement économique. Relever ce double défi passe par la construction d’un mix énergétique adapté et décidé par les états africains pour répondre à leurs besoins. L’énergie électrique nucléaire peut en être un élément si ces états le décident. Plusieurs y travaillent. Ainsi pour la seule Afrique de l’Ouest, le Niger, le Nigeria et le Ghana se sont lancés dans un programme électronucléaire ou envisagent de le faire, et collaborent avec l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA).

Il est également à noter que l’agence internationale de l’énergie (AIE) préconise dans son dernier rapport dédié à l’atome de doubler la quantité d’électricité produite par fission dans le monde, passant de 413 gigawattheures (GW) en 2022 à 812 GW en 2050 pour mener à bien la transition énergétique. La France dispose d’une maîtrise et d’un savoir-faire de pointe, reconnus internationalement dans ce domaine. Parallèlement aux soutiens et transferts de technologie nécessaires dans le domaine des énergies renouvelables, qui sont une des clefs essentielles dans le développement d’un mix énergétique en Afrique, la France pourrait jouer un rôle de premier plan dans un programme électronucléaire sur ce continent.

La France bénéficie depuis des décennies de livraisons importantes d’uranium par le Niger, avec pour elle des externalités très positives. Parallèlement le Niger a l’indicateur de développement humain le plus bas du monde. Ce pays, et plus globalement la sous-région ouest-africaine, ont besoin de ressources électriques importantes pour se relever d’une situation économique, sociale et humanitaire très difficile (environ 57 % de la population de l’Afrique subsaharienne n’a pas accès à l’électricité) tout en menant à bien leur industrialisation notamment en ce qui concerne la transformation de matières première (bauxite en aluminium par exemple).

Compte tenu de tous ces éléments, il lui demande s’il ne serait pas souhaitable et équitable que la France entreprenne, si les pays concernés le souhaitent, toutes les actions utiles au niveau national, européen et international, en vue de la mise en œuvre concrète d’au moins une centrale nucléaire adaptée aux réalités de l’Afrique de l’ouest, en concertation étroite avec l’AIEA et les gouvernements concernés.

 

JEUDI 29 SEPT – MANIFESTATION POUR LES SALAIRES

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9-10-11 SEPT – LA FÊTE DE L’HUMANITÉ À BRÉTIGNY (91) !

Retrouvez toutes les informations sur la programmation, les accès, le bon de soutien… sur le site www.fete.humanite.fr

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Les Palestiniens ont plus que jamais besoin de la mobilisation internationale – Retour de voyage officiel

Il y a 1 mois, le 18 juillet 2022

Par Pierre Laurent

Il y a quelques jours, membre d’une délégation officielle de la Commission des Affaires étrangères du Sénat, j’ai pu me rendre en Israël et dans les territoires palestiniens. Je reviens ici sur les faits marquants de cette visite, ce que j’ai pu y observer et les priorités que cela appelle pour les mobilisations à venir.

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La visite de Joe Biden en Israël, dans les territoires palestiniens occupés et en Arabie Saoudite confirme l’absolue nécessité d’amplifier à nouveau la solidarité internationale avec les Palestiniens. Jamais en effet depuis la négociation des accords d’Oslo, la reconnaissance de leurs droits fondamentaux et de leur droit à un État n’ont été autant niés sur le terrain. C’est ce que j’ai pu constater lors du voyage organisé sur place du 26 juin au 2 juillet, deux semaines avant la visite de Joe Biden, par la délégation de la Commission des Affaires étrangères du Sénat à laquelle je participais. Le but de cette mission était précisément d’évaluer l’état des perspectives concernant la solution à deux États.

Tout au long de nos entretiens, nous avons pu constater, et le voyage de Joe Biden vient d’en être une parfaite illustration, que les rappels de principe en faveur de la solution à deux États vont chaque fois de pair avec la négation concrète de ce droit.

Le long de son parcours vers Bethléem, Joe Biden a pu lire des panneaux où il était inscrit : « ceci est l’apartheid ». Mais ce SOS palestinien ne l’a pas empêché de faire un rappel purement formel à la solution à deux États aussitôt entaché par des déclarations entérinant de fait le statu quo de la situation, celle d’une occupation et d’une colonisation galopante des territoires à l’exact opposé de ce principe.

En vérité, Joe Biden n’est pas venu dans la région pour faire progresser la solution à deux États, mais pour réaffirmer son soutien aux dirigeants israéliens et pour tenter de rallier l’Arabie Saoudite à la cause des accords d’Abraham, accord signés à Washington en septembre 2020 par Donald Trump, Benyamin Netanyahou et deux émirats du Golfe, les Émirats Arabes Unis et Bahreïn, pour précisément enterrer une solution à deux États conforme aux résolutions de l’ONU. Joe Biden s’est ainsi doublement assis sur le respect des droits humains lors de sa visite, en Israël sur le dos des Palestiniens, et en Arabie Saoudite où ces droits sont quotidiennement bafoués.

Lors de la rencontre que nous avons eue à Ramallah avec le premier ministre de l’Autorité palestinienne, Mohammad Shtayyeh, en réponse à la question du président de la Commission des Affaires étrangères du Sénat Christian Cambon lui demandant ce qu’il attendait de la visite de Joe Biden, sa réponse avait été un cinglant : « rien ». Nous décrivant la situation d’abandon international dans laquelle se battent les Palestiniens, le Premier ministre Shtayyeh a plaidé pour une initiative de la France apte à relancer un processus de négociations aujourd’hui inexistant. « C’est le bon moment pour une reconnaissance de la Palestine par la France », a lancé le Premier ministre, soulignant que neuf pays européens seraient prêts à suivre si la France donnait ce signal. Le Premier ministre a suggéré dans ce cadre une initiative de paix européenne conjointe supportée par un format France, Allemagne, Égypte, Jordanie. Sans attendre, « la France peut nous aider », a-t-il ajouté en « empêchant Israël de saboter la solution à deux États » par la colonisation, la privation de l’accès aux ressources et celle des lieux saints, ce qui « passera par des tensions avec Israël », et « en obligeant Israël à respecter la relation contractuelle avec l’autorité palestinienne ».

Sans la solution à deux États, « c’est de facto un seul Etat d’apartheid qui s’établit », a-t-il conclu, avec 6,2 millions d’Israéliens et 6,9 millions de Palestiniens vivant sur l’ensemble du territoire sans aucun respect de leurs droits fondamentaux.

L’insupportable situation faite aux Palestiniens, notre délégation l’a approchée de près à Jérusalem où la colonisation progresse à vue d’œil (c’était ma quatrième visite sur place en sept ans), et à Hébron où la vieille ville est l’objet d’une colonisation sauvage et brutale qui met face à face, rue par rue, des colons de plus en plus violents et des Palestiniens réduits maison par maison à quitter les lieux. Qui veut voir la violation concrète et spectaculaire des accords d’Oslo et des territoires promis à un État palestinien doit se rendre à Hébron, où la pauvreté, la colère et la tension sont palpables à chaque coin de rue.

Au total, 750 000 colons sont aujourd’hui installés dans près de 300 colonies occupant près de 12 % du territoire de la Cisjordanie. Et partout, les murs sont désormais visibles, faisant de ce pays une terre officialisant la « séparation » au vu et su du monde entier.

Pour la première fois depuis plusieurs années, notre délégation parlementaire a pu entrer dans la bande de Gaza.  Là, c’est le choc. Aujourd’hui, 2,3 millions Palestiniens survivent enfermés dans la bande coincés entre le mur qui fait office de séparation avec Israël et la mer. Seuls 14.000 permis de travail sont à ce jour autorisés pour des Palestiniens de Gaza en Israël, soit 5 % du nombre de permis autorisés au début des années 2000. Autant dire qu’aujourd’hui personne ne sort de Gaza. Le passage humiliant de la zone de contrôle à l’entrée, une vaste bande reliant par des couloirs grillagés deux check-points, confirme le nom donné à la bande de Gaza de « prison à ciel ouvert ». Nous avions visité la veille côté israélien la zone de transit de Kerem Shalom, par laquelle sont contrôlés à l’entrée et à la sortie tous les camions accédant à Gaza.  Le blocus en direct : impressionnant et glaçant.

A l’intérieur de Gaza, la misère et la malnutrition sont visibles à l’œil nu, touchant singulièrement les enfants qui courent dans les rues de quartiers délabrés. L’UNWRA, l’office de l’ONU pour les réfugiés palestiniens auquel Donald Trump avait coupé les vivres, depuis rétablis en partie par Joe Biden, est un poumon humanitaire et économique indispensable à la survie de Gaza. 13 000 employés de l’UNWRA scolarisent 291 000 élèves dans 255 écoles, soignent dans 22 centres de santé, distribuent 60 % des denrées alimentaires à 50 % de la population, aux deux tiers des réfugiés ayant fui le reste de la Palestine au fil des combats, occupations, expulsions. Le taux de pauvreté dans la bande de Gaza est de 80 %. La santé mentale et psychologique de la population, singulièrement des enfants, y est en grande souffrance.

Nous avons également visité le tout nouvel établissement de traitement des eaux du Nord de Gaza, qui alimente en eau potable 400 000 personnes, cofinancé et construit par l’Agence Française de Développement. Une réalisation remarquable qui donne à voir ce que pourrait être une aide française et européenne démultipliée.

Cette incursion rapide (l’autorisation israélienne courant pour une journée ne nous permettait qu’une courte demi-journée sur place compte tenu des heures d’ouverture et de la longueur des contrôles à l’entrée), mais hautement symbolique dans Gaza,  démontre à elle seule le caractère humainement insupportable et politiquement intenable de la situation.

Où mène l’absence totale de perspective pour les Palestiniens à Gaza, en Cisjordanie et en Israël sauf à l’entretien durable d’un conflit larvé, indigne pour les droits humains, et potentiellement explosif à tout moment ?

Et pourtant, l’autre volet de notre visite fait d’entretiens politiques et de visites guidées par l’armée israélienne à la frontière libanaise, nous a confirmé l’incroyable posture de déni de la question palestinienne qui semble être devenue, pour l’heure, celle de la quasi-totalité de l’arc politique israélien, à l’exception de quelques courageuses voix de paix dont celle du Parti communiste israélien et de personnalités arabes israéliennes.

Lors de nos entretiens à la Knesset, la plupart des représentants des forces politiques constituant la coalition Bennet-Lapid qui était en train de tomber au moment où nous étions sur place, convergeaient dans le discours suivant, fait d’aveuglement et de cynisme : « la question palestinienne n’est pas pour nous le problème central, le problème numéro un c’est la sécurité d’Israël et la menace iranienne ». « Nous avons trois menaces, nous dira dans un autre entretien un ancien vice-ministre de la Défense, l’Iran et la menace nucléaire, ses partisans du Hezbollah à la frontière libanaise, et le Hamas à Gaza ». Ceux qui continuent d’évoquer la solution à 2 États le font pour la renvoyer aussitôt aux calendes grecques. « Il faudra deux pays un jour, nous dit un député, mais pas maintenant, les Palestiniens doivent d’abord régler leurs problèmes ». Et le président de la Knesset, du parti de Yair Lapid, l’actuel premier ministre, parle lui de « faire quelque chose avec la solution à deux États », mais « sans Jérusalem qui ne pourra plus être transmise aux Palestiniens » et sans quelques grandes colonies « sur lesquelles nous ne pourrons pas revenir ». Si on ajoute à cela l’enfermement de Gaza, derrière les mots vidés de sens, il n’y a en vérité plus aucun État viable pour les Palestiniens derrière ce qu’il appelle « faire quelque chose » de cette solution.

Les entretiens entendus sur place de la part des dirigeants israéliens et du président américain Joe Biden deux semaines plus tard confirment que la reconfiguration régionale, en lien notamment avec les pétro-dictatures du Golfe, tient la première place dans l’actuel deal israélo-américain et que la question palestinienne n’y figure plus. La soumission des Palestiniens est donc, si on laisse faire, durablement acceptée par les uns comme les autres.

Nous avions commencé le séjour de la délégation par une visite au mémorial Yad Vashem, consacré à la mémoire de l’Holocauste. Intense moment d’émotion, qui résonne en ce moment dans notre pays avec la commémoration de la rafle du Vél d’Hiv. Une ancienne déportée, d’un incroyable dynamisme malgré son bientôt centenaire et œuvrant comme guide dans le mémorial, avait tenu à nous saluer. Fille de parents juifs résistants de la MOI, elle voulait nous dire sa reconnaissance envers la France. En l’écoutant, moi qui ai grandi nourri par ces valeurs d’engagement dans le quartier de Belleville où tant de Juifs furent raflés, je me demandais comment nous avions pu en arriver là. Comment ce pays, Israël, peut continuer de se construire dans le déni de la souffrance infligée aux Palestiniens ? Ce questionnement est resté en moi durant tout le reste de notre séjour. Et tout ce que je voyais me confirmait dans la détermination à dire tout la fois sans faiblir, et le refus de l’antisémitisme et de l’innommable infligé aux Juifs par les nazis, et le refus de voir se poursuivre l’écrasement des droits du peuple palestinien. Comme un combat indissociable, auquel la solution à deux États tente d’ apporter réponse.

Il ne faut donc pas laisser faire, et accepter que dure dans l’impunité la situation inacceptable faite aux Palestiniens et l’impasse historique que que cela construit. Cela appelle le redoublement de la mobilisation internationale. Il ne suffira pas d’espérer une initiative d’Emmanuel Macron, qui ne la prendra manifestement pas si la pression ne s’exerce pas beaucoup plus fortement en faveur d’une nouvelle initiative internationale française ou européenne.

Les atouts résident plutôt dans la conjugaison des énergies de résistance démocratique palestiniennes, manifestes dans la jeunesse, et qui doivent être activement soutenues, et les mouvements de solidarité citoyennes en France , en Europe et dans le monde.

L’initiative citoyenne européenne en faveur du boycott des produits issus des colonies en fait partie, car la colonisation est non seulement une atteinte insupportable aux droits des Palestiniens et au droit international, mais une impasse historique majeure pour Israël et pour la paix dans la région.

Le combat pour la libération de Salah Hamouri et le respect de ses droits à la citoyenneté et à la résidence à Jérusalem est aussi un combat qui doit être amplifié, car il est emblématique d’une justice défaillante en Israël pour les Palestiniens et de la volonté d’Israël d’expulser les Palestiniens de Jérusalem.

Le débat et la mobilisation en France doivent reprendre vigueur en faveur d’une initiative de la France, conforme au vote de la résolution du Parlement en 2014 , pour une déclaration de reconnaissance de la Palestine engagée dans le cadre d’une initiative multilatérale européenne et internationale rouvrant un processus de négociations politiques en faveur d’une solution à deux États sur la base des paramètres reconnus par les résolutions de l’ONU. Hors de cela, l’indignité demeurera pour les Palestiniens et la paix restera menacée pour tous dans la région.

Prisonniers d’opinion en Arabie Saoudite : suivre l’avis du groupe de travail de l’ONU sur les détentions arbitraires

Il y a 1 mois, le

Par Pierre Laurent

Choyée par les puissances occidentales, dont la France, l’Arabie Saoudite viole massivement les droits humains. J’ai interpellé aujourd’hui la Ministre des Affaires étrangères sur une de ces violations, afin qu’elle agisse en cohérence avec les recommandations du groupe de travail des Nations Unies sur les détentions arbitraires.

GARDONS LE CONTACT

J’ai attiré l’attention de Mme la Ministre de l’Europe et des affaires étrangères sur les prisonniers d’opinion en Arabie Saoudite.

Parmi eux il y a le fondateur du Moniteur des droits de l’Homme, une organisation non gouvernementale (ONG) saoudienne visant à défendre les Droits de l’Homme dans le pays. Il a à de nombreuses reprises défendu des militants des droits de l’Homme devant les tribunaux, se mettant ainsi lui-même en danger. Il a notamment représenté des membres de l’association saoudienne pour les droits civils et politiques.

Arrêté en juillet 2014 et condamné en septembre 2014 à 15 ans de prison et 50 000 euros d’amende, au bout d’un procès expéditif où les droits de la défense n’ont pas été respectés, depuis son arrestation, il a été victime de nombreuses tortures, ainsi qu’à des privations de nourriture et de soins médicaux.

Le groupe de travail des Nations Unies sur les détentions arbitraires a jugé son arrestation, son procès et sa condamnation comme étant sans aucun fondement légal. Il a exigé sa libération immédiate ainsi que des réparations pour les préjudices subis.

J’ai donc demandé à la Ministre ce qu’elle compte faire pour intervenir en sa faveur auprès des autorités saoudiennes.

Question écrite n°01534 : https://senateurscrce.fr/activite-des-senateurs/les-questions-au-gouvernement/les-questions-ecrites/article/suivre-l-avis-du-groupe-de-travail-des-nations-unies-sur-les-detentions

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