08 Fév 2017

« Un seul héros, le peuple », hommage aux victimes à Charonne- 8 février 1962

Intervention de Pierre Laurent, secrétaire national du PCF

cérémonie en hommage aux victimes à Charonne

8 février 2017 – 11h

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Monsieur le Secrétaire général de la CGT , Cher Philippe
Mesdames et Messieurs les élus
Mesdames Messieurs syndicalistes, représentants d’associations
Chers amis, chers camarades

Il y a donc 55 années que vous êtes partis, amis, camarades, neuf morts, tous adhérents à la CGT, dont huit communistes, victimes , dans leur combat antifasciste, et pour la paix en Algérie, d’une répression féroce commanditée par le pouvoir gaulliste et le sinistre préfet Maurice Papon …

55 années, et vous nous manquez toujours.
Et comment ne pas rappeler les centaines de blessés – je sais qu’il y en a aujourd’hui parmi nous –, dont certains atteints très gravement, mais aussi les rescapés qui, aujourd’hui encore, souffrent dans leur chair de cette répression.

Nous venons ici Communistes de France , femmes et hommes de tous horizons , chaque année depuis 55 ans : car les manifestants du 8 février 1962 appartiennent à la mémoire vive de de notre république et de notre démocratie.

Ici le 8 février 1962 on a tué et blessé des pacifistes, ici on a tué et blessé des démocrates, ici on a tué et blessé des travailleurs épris de liberté , des femmes et des hommes de combat pour l ‘émancipation humaine.

La veille, la sinistre série de plasticages dus à l’OAS, avait secoué la capitale. Ces attentats marquaient le pays depuis quelques mois déjà . Mais le choc fut plus important ce jour-là, car doublé d’une dimension émotionnelle exceptionnelle : une enfant, Delphine Renard, 4 ans, dont la famille avait eu le malheur d’habiter dans la même villa que le ministre André Malraux, fut violemment atteinte.
La photo de son visage ensanglanté avait alors puissamment contribué à la prise de conscience de la nocivité de cette guerre.
« Quelle connerie, la guerre ! » avait écrit Jacques Prévert quelques années auparavant.
Les victimes de la guerre d’Algérie, algériennes d’abord, bien sûr, en masse, mais aussi françaises, auraient pu ajouter : « Quelle détestation, la guerre, quand elle n’a pour but que de préserver des intérêts colonialistes ! ».
De 1945 à 1962, la France officielle, sous deux Républiques, n’avait cessé de porter le feu, la misère et la désolation dans ce qu’elle continuait à considérer comme « son » Empire.
Si la France a finalement signé les accords d’Évian, si la paix l’a emporté, c’est d’abord parce que le peuple algérien a combattu avec l’héroïsme, l’engagement, l’adhésion à la cause patriotique de millions de ses fils.

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« Un seul héros, le peuple », avaient écrit des mains anonymes sur les murs d’Alger et d’autres villes. Et, parmi ces millions de combattants, les migrants algériens vivant en France, dont les centaines de victimes des massacres du 17 octobre 1961, que nous n’oublions pas aujourd’hui, que nous n’oublierons jamais, et que nous saluons au même titre que les morts de Charonne.

Les centaines de milliers de manifestants du 8 février 1962, et parmi eux vous, amis camarades tombés ce jour là , le million de ceux qui vous ont rendu hommage , ont participé du combat pour la paix pour convaincre une majorité de Français , malgré le matraquage idéologique sur « l’Algérie française » , que cette guerre devait prendre fin, que le peuple algérien avait droit à une vie indépendante.

Si nous sommes ici aujourd’hui c’est pour réaffirmer à nouveau que le monde de demain sera celui du respect de tous, celui de la coopération et non celui de la domination .
Nous n’étions pas condamnés hier aux déferlantes nationalistes et fascistes de l’OAS .
Nous ne sommes pas davantage condamnés aujourd’hui à assister impuissants à la réhabilitation et à la banalisation des thèses racistes.

Nous ne croyons pas la France vouée à choisir entre la droite des « Républicains »dont les dirigeants demandaient a l’Algérie il y a 5 ans de célébrer leur indépendance avec modération … et le clan des Le Pen , fille, père et nièce, qui propose d’inscrire dans la constitution le principe néocolonial de la préférence nationale , de priver de sécurité sociale les travailleurs étrangers, algériens par exemple, et de rivaliser dans le rejet des étrangers avec le sinistre Trump, modèle avoué du FN et de la famille Le Pen.
Donald Trump veut rétablir la torture ….Chez les Le Pen, cela doit rappeler des souvenirs …..
Nous au contraire nous voulons , avec notre peuple, avancer vers un monde solidaire de peuples libres, souverains et associés , débarrassé des logiques néocolonialistes et impérialistes, d’où qu’elles viennent .
Comme nos camarades tombés ici, nous restons debout et nous affrontons sans désarmer les idéologies xénophobes, arrogantes et dangereuses .

Nous affrontons l’histoire et la vérité en face, et nous invitons les historiens à aller jusqu’au bout de leur travail  : la France a mené en Algérie une guerre inique, bafouant la liberté du peuple algérien à vivre libre, et elle doit aujourd’hui le dire et le reconnaître officiellement et complètement .

Et c’est pour cette raison que ce matin je veux rendre hommage aux soldats français qui ont refusé la torture, refuser de tuer, refuser de faire la guerre, et qui l’ont payé de longs mois de prison ou pire .

C’est pour cette raison que je veux rendre hommage aux soldats algériens et français qui ne se sont jamais remis complètement de cette sale guerre.

C’est pour cette raison que je veux rendre hommage à tous les militants anti colonialistes qui ont aidé à faire gagner la paix , à construire l’Algérie pour et par le peuple algérien.
Car c’est cette France qu’incarnent les victimes et manifestants de Charonne.

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Une France qui a vocation à jouer un grand rôle en reprenant l’appel lancé par le nouveau secrétaire général de l’ONU Antonio Guterres à « faire de 2017 une année pour la paix », qui doit être, déclare-t-il, « notre objectif et notre guide ».

Une France qui déploie désormais toute son action en direction d’un plan global de paix, de reconstruction et de développement notamment pour le Proche et le Moyen-Orient, pour la résolution politique des conflits en Syrie et Irak , s’engageant dans le démantèlement des filières du djihadisme et de ses soutiens étatiques, financiers et militaires, et la reconstruction démocratique de ces Etats.

Une France à l’offensive pour un accueil digne et humain des réfugiés, agissante pour une gouvernance mondiale des migrations, optimisant le droit au bonheur pour tous.
Une France qui respecte les peuples , à commencer par le sien, ses résidents étrangers, à qui nous voulons qu’elle donne le droit de vote .

Une France qui se donne une république de notre temps , avec des élus du peuple , des parlementaires disposant de véritables pouvoirs d’action et législatif , à l’écoute de nos concitoyens, de ses besoins, des désirs de sa jeunesse.

La cinquième république n’a cessé de dériver vers ce qui n’est aujourd’hui qu’ une monarchie présidentielle totalement inadaptée aux exigences démocratiques du XXIème siècle.
Née en 1958, il y aura bientôt soixante ans, dans tout un autre monde, quand, au plus fort d’une France enlisée dans la guerre d’Algérie, les forces réactionnaires l’imposèrent, pour museler les aspirations démocratiques et progressistes . Le massacre d’Etat de Charonne en fut une manifestation, dès sa naissance.

Elle agonise aujourd’hui dans une crise de régime inégalée , où les affaires , les logiques de l’argent étouffe la vie du pays , où les aspirations de la jeunesse sont écrasées à coup de 49-3 , de répressions anti syndicales.

Ce combat pour une république et une démocratie revivifiée est au cœur aujourd’hui du débat public, nous le poursuivrons et le gagnerons , il est celui de ceux a qui nous rendons hommage aujourd’hui .

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Au lendemain du 8 Février , Madeleine Riffaud, résistante, écrivaine , victime elle aussi d’un attentat de l’ OAS écrivait ceci dans le journal « l’Humanité », dont elle était correspondante de guerre :
« Daniel, Fanny, Suzanne, Jean-Pierre, Raymond, Hippolyte, Edouard, Anne … vous n’êtes pas des morts inutiles. Avec vos enfants, vous serez présents et vainqueurs avec nous. Sur tous les chemins de la vie ».
Avec eux, allons au devant de la vie, c’est, avec ces mots , le message que je voulais délivrer aujourd’hui.

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