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Appel en faveur de la levée de la suspension de l’Aide publique au développement en faveur du peuple malien

Il y a 2 semaines, le 24 novembre 2022

Par Pierre Laurent

Suite à la situation engendrée par la suspension de l’Aide Publique au Développement française (APD) en faveur du peuple malien, j’ai initié un appel avec des élus et personnalités du Mali, du Burkina Faso, du Sénégal, de Côte d’Ivoire et de France. Cet appel demande l’annulation de cette mesure et appelle à un dialogue entre le Mali et la France respectueux et bénéfique à ces deux peuples.

GARDONS LE CONTACT

La suspension des financements de l’Aide publique au développement (APD) en direction du Mali, y compris de ceux qui transitent par des organisations humanitaires, est une décision qui scandalise à juste titre le monde associatif en France et au Mali. Tous se sont adressés au chef de l’État français en ce sens en soulignant, l’impact direct très négatif pour les populations.


Cette décision du pouvoir français intervient dans un contexte dans lequel 7,5 millions de personnes au Mali ont besoin d’aide humanitaire, soit plus de 35 % de la population malienne, et alors que ce pays est en 184ème position sur l’indice de développement humain (IDH).


Cette décision alimente une dangereuse escalade entre les deux pays.


Avec cette décision, le pouvoir français lie les organisations humanitaires de manière évidente et directe aux turpitudes et variations de la politique étrangère de la France et contribue ainsi à  les discréditer au Mali et dans la sous-région. En réponse à cette décision du pouvoir français le pouvoir malien vient d’interdire les ONG opérant au Mali sur financement ou avec l’appui matériel ou technique de la France. Le peuple malien fait ainsi les frais des différends en matière de gestion sécuritaire entre les pouvoirs français et malien.


Pour nous, demander l’annulation de la suspension des financements de l’APD n’est pas défendre le statu quo. Nous pensons que la France devrait remédier à la faiblesse des ambitions budgétaires en matière d’APD et atteindre au plus vite l’objectif contraignant des 0,7 % du Revenu National Brut (RNB), fixé par l’Organisation des Nations Unies (ONU) il y a cinquante ans. Nous pensons surtout qu’il convient de changer en profondeur la philosophie de l’aide pour la tourner résolument vers la construction des bases solides d’un développement propre des pays destinataires, la dégager de toutes les logiques de pillage qui persistent encore largement et faire en sorte qu’elle ne s’évapore pas dans des frais de fonctionnement au détriment des populations qui en ont besoin. Il faut un suivi citoyen renforcé des projets. L’approche de la coopération française vis-à-vis de l’Afrique devrait s’appuyer sur celle développée par Thomas Sankara qui appelait à « encourager l’aide qui nous aide à nous passer de l’aide ».


Des fonds importants de cette aide devraient également être consacrés pour appuyer la construction de recettes fiscales pérennes et solides pour les pays bénéficiaires, comme le préconisent de plus en plus d’acteurs dont la Conférence des Nations unies sur le commerce et le développement (CNUCED). II s’agit d’aller à l’encontre de l’organisation économique internationale actuelle, qui alimente un nivellement par le bas, notamment dans les pays en développement, à travers des législations qui distribuent des cadeaux fiscaux à tout va et particulièrement aux multinationales.

 

Pour l’heure, nous appelons les autorités françaises à la pondération en leur demandant d’agir en faveur du développement économique et social, de la paix et des échanges entre les peuples, et par conséquent de renoncer à la suspension des financements de l’APD en faveur du peuple malien. Le dialogue pourrait ainsi reprendre entre les autorités maliennes et les ONG précitées pour relancer au plus vite tous les projets utiles au peuple malien. Au-delà, la France et le Mali doivent se mettre autour d’une table pour refonder une relation respectueuse et bénéfique à leurs deux peuples.

 

– Pierre Laurent, Sénateur de Paris, Vice-Président de la Commission des Affaires Étrangères, de la Défense et des Forces Armées du Sénat
– Dr Babacar Diop, Maire de Thiès (Sénégal)
– Jean-Paul Lecoq, Député de Seine-Maritime, Vice-Président de la Commission des Affaires étrangères de l’Assemblée Nationale
– Michel Gbagbo, universitaire, Député de Youpougon (Côte d’Ivoire)
– Pascal Savoldelli, Sénateur du Val-de-Marne
– Benewende Stanislas Sankara, Président de l’UNIR/Parti sankariste, ancien Ministre et ancien Vice-Président de l’Assemblée Nationale du Burkina Faso
– Francis Wurtz, Député européen honoraire, ancien Vice-Président de la commission du développement au Parlement européen
– Issa N’Diaye, ancien Ministre du Mali
– Lamine Camara, Président de la Coordination des élus français d’origine malienne (CÉFOM), Conseiller Régional d’Ile-de-France
– Djeneba Keïta, Adjointe au Maire de Montreuil, Vice-Présidente de la Métropole du Grand Paris
– Halima Menhoudj, Adjointe au Maire de Montreuil en charge de la Coopération décentralisée, de la solidarité internationale et des populations migrantes, Présidente du Groupe-Pays Mali de Cités Unies France
– Félix Atchadé, Collectif Afrique du Parti Communiste Français

Suspension des financements de l’Aide Publique au Développement de la France en direction du Mali : une fuite en avant irresponsable

Il y a 3 semaines, le 16 novembre 2022

Par Pierre Laurent

La suspension des financements de l’aide publique au développement (APD) en direction du Mali, y compris de ceux qui transitent par des organisations humanitaires, est une décision qui scandalise à juste titre le monde associatif en France et au Mali. J’ai relayé leurs inquiétudes auprès de la ministre des affaires étrangères.
Cette décision des autorités françaises est irresponsable. Elle participe à la dégradation de la situation sur place et des relations entre nos deux pays. Elle lie, de fait, les organisations concernées à la politique étrangère de la France, ce qui aura des conséquences préjudiciables pour elles au Mali et ailleurs. L’heure est au contraire à la responsabilité et au dialogue.
C’est pourquoi j’avais en juillet dernier parrainé un colloque de la Coordination des élus français d’origine malienne (CEFOM) et de Cités Unies France qui traitait du développement économique et social, de la paix ainsi que des échanges entre nos deux peuples. J’appelle les autorités de mon pays à emprunter cette démarche de raison plutôt que d’appliquer une politique de coups de menton néfaste pour tous.

GARDONS LE CONTACT

M. Pierre Laurent attire l’attention de Mme la ministre de l’Europe et des affaires étrangères sur la suspension des financements de l’aide publique au développement de la France en direction du Mali, y compris de ceux qui transitent par des organisations humanitaires.

Selon les organisations concernées, cette décision des autorités françaises ne peut qu’avoir des conséquences néfastes en matière d’aide humanitaire. Elle intervient dans un contexte dans lequel 7,5 millions de personnes au Mali ont besoin d’aide humanitaire, soit plus de 35 % de la population malienne, et alors que ce pays est en 184e position sur l’indice de développement humain (IDH).

Les organisations humanitaires concernées estiment qu’en les liant de manière évidente à la politique étrangère de la France, la décision de suspension des financements au Mali comporte notamment des risques réputationnels pour ces organisations au-delà des risques sécuritaires immédiats majeurs, y compris dans d’autres pays de la région. Cette préoccupation des organisations s’étend également à tous les autres contextes où la France finance des opérations humanitaires et de solidarité internationale. Elles ont interpellé le Président de la République française en ce sens.

Il apparaît évident qu’une telle décision des autorités françaises constitue une fuite en avant extrêmement préjudiciable pour les peuples maliens et français. Elle participe à la dégradation de la situation et des relations entre nos deux pays, alors qu’au contraire il faudrait renouer le dialogue respectant la souveraineté de ce peuple et de ce pays. Il lui demande ce qu’elle compte faire en vue de revenir sur cette décision.

 

Question écrite n°03886 : https://senateurscrce.fr/activite-des-senateurs/les-questions-au-gouvernement/les-questions-ecrites/article/une-fuite-en-avant-irresponsable

Pour la paix et le développement au Mali

Il y a 5 mois, le 10 juillet 2022

Par Pierre Laurent

Vendredi 8 juillet 2022 j’ai eu l’honneur de parrainer un colloque au palais du Luxembourg, organisé par la CEFOM et Cités Unies France, et portant sur les coopérations décentralisées entre la France et le Mali. Dans cette intervention prononcée à l’ouverture des travaux, je suis revenu sur les enjeux de développement et de paix, au Mali et dans toute la région du Sahel.

GARDONS LE CONTACT

Paris, le 8 juillet 2022

Seul le prononcé fait foi

 

Mesdames, Messieurs,

Je voudrais tout d’abord vous souhaiter la bienvenue au Sénat pour ce colloque qui, j’en suis sûr, fera œuvre utile pour l’amitié entre nos deux peuples.

Ce colloque est né d’une démarche conjointe entamée début février lorsque j’ai reçu une délégation de la Coordination des Élus Français d’Origine Malienne (CÉFOM). Lors de cette rencontre nous avons notamment abordé la situation politique au Mali, la dégradation des relations avec la France et les conséquences pour la diaspora malienne en France.

Nous avions constaté avec tristesse que le blocus imposé par la CEDEAO, que la France appelait de ses vœux et appuyait, faisait souffrir le peuple malien ainsi que les peuples aux alentours et, par ricochet, les diasporas présentes notamment en France. Nous avions déploré que de nombreuses familles étaient bloquées au Mali, que les difficultés administratives s’accumulaient en raison du renvoi des ambassadeurs et que les projets de coopération décentralisée étaient à l’arrêt.

Nous avions pris l’engagement de travailler avec d’autres pour alerter sur ces situations et faire bouger les choses. Nous nous étions mis d’accord qu’il fallait par nos actions créer les conditions pour que le peuple malien et les membres de la diaspora malienne puissent, avec d’autres, jouer pleinement leur rôle d’acteurs de la paix et du développement, ce qui comprend une mobilité accrue des personnes.

La mise en place du colloque d’aujourd’hui est partie prenante de cette démarche. Les participants de celui-ci estiment que les collectivités locales sont des actrices privilégiées, en mesure à la fois de diffuser la culture de paix et d’initier des actions de développement au plus proche des populations.

Je me réjouis d’ailleurs que les mobilisations dont les communistes et leurs élus ont été parties prenantes ont finalement portées leurs fruits puisque la CEDEAO vient de lever les sanctions financières et économiques tout en maintenant d’autres comme la suspension du Mali des instances de la CEDEAO. Il faut lever maintenant tous les obstacles qui persistent au niveau africain comme au niveau européen pour approfondir le dialogue car comme le soulignent les élus de Cités Unis le maintien du dialogue, est le seul cadre dans lequel peut s’inscrire un retour de la paix au Sahel.

Avec notamment mon ami Jean-Paul Lecoq je me suis depuis de nombreuses années inquiété sur la situation dans la zone du Sahel et alerté sur le fait que la seule solution militaire ne pouvait constituer une solution aux problèmes multiples, dont le djihadisme, que rencontrent ces pays en général et le Mali en particulier.

Nous sommes heureusement de plus en plus nombreux en France, en Europe et en Afrique de partager cette démarche. Permettez-moi de citer à ce sujet l’ancien ministre ivoirien Ahoua Don Mello : « La réponse au djihadisme n’est pas uniquement sécuritaire mais surtout socio-économique. Le mouvement djihadiste procède par un recrutement local massif avec les énormes moyens financiers tirés des divers trafics illicites et de l’orpaillage illégal. Le mouvement a donc une grande capacité de résilience et de renouvellement. Les djihadistes ne se présentent pas forcément à la population en cette qualité mais comme des bienfaiteurs qui offrent des aides, de la formation, de l’emploi, de la justice et de la sécurité à une jeunesse au chômage et une population en insécurité. Tuer leur «bienfaiteur» sans offrir à la population une alternative socio-économique, transforme le djihadiste mort en martyr et redouble la foi des fidèles qui se convertissent au djihadisme. La réponse sécuritaire sans réponse socio-économique favorise l’expansion du djihadisme ». S’ajoutent à ces facteurs intérieurs des financements provenant de dictatures du Golfe.

En un mot comme en cent l’intérêt de la France au Mali, c’est de permettre à ce pays de sortir de l’impasse, de gagner la Paix, de gagner sa souveraineté alimentaire, économique, financière, monétaire, militaire et de faire ses propres choix de développement. La multiplication des coopérations décentralisées peut y contribuer non pas pour se substituer évidemment à l’effort des États mais pour apporter des réponses immédiates et comme moyen concret de connaissance mutuelle, tout particulièrement dans la jeunesse.

Sur ces mots, je vous souhaite un bon colloque et des travaux fructueux.