#DEVELOPPEMENT

Pour la paix et le développement au Mali

Il y a 1 mois, le 10 juillet 2022

Par Pierre Laurent

Vendredi 8 juillet 2022 j’ai eu l’honneur de parrainer un colloque au palais du Luxembourg, organisé par la CEFOM et Cités Unies France, et portant sur les coopérations décentralisées entre la France et le Mali. Dans cette intervention prononcée à l’ouverture des travaux, je suis revenu sur les enjeux de développement et de paix, au Mali et dans toute la région du Sahel.

GARDONS LE CONTACT

Paris, le 8 juillet 2022

Seul le prononcé fait foi

 

Mesdames, Messieurs,

Je voudrais tout d’abord vous souhaiter la bienvenue au Sénat pour ce colloque qui, j’en suis sûr, fera œuvre utile pour l’amitié entre nos deux peuples.

Ce colloque est né d’une démarche conjointe entamée début février lorsque j’ai reçu une délégation de la Coordination des Élus Français d’Origine Malienne (CÉFOM). Lors de cette rencontre nous avons notamment abordé la situation politique au Mali, la dégradation des relations avec la France et les conséquences pour la diaspora malienne en France.

Nous avions constaté avec tristesse que le blocus imposé par la CEDEAO, que la France appelait de ses vœux et appuyait, faisait souffrir le peuple malien ainsi que les peuples aux alentours et, par ricochet, les diasporas présentes notamment en France. Nous avions déploré que de nombreuses familles étaient bloquées au Mali, que les difficultés administratives s’accumulaient en raison du renvoi des ambassadeurs et que les projets de coopération décentralisée étaient à l’arrêt.

Nous avions pris l’engagement de travailler avec d’autres pour alerter sur ces situations et faire bouger les choses. Nous nous étions mis d’accord qu’il fallait par nos actions créer les conditions pour que le peuple malien et les membres de la diaspora malienne puissent, avec d’autres, jouer pleinement leur rôle d’acteurs de la paix et du développement, ce qui comprend une mobilité accrue des personnes.

La mise en place du colloque d’aujourd’hui est partie prenante de cette démarche. Les participants de celui-ci estiment que les collectivités locales sont des actrices privilégiées, en mesure à la fois de diffuser la culture de paix et d’initier des actions de développement au plus proche des populations.

Je me réjouis d’ailleurs que les mobilisations dont les communistes et leurs élus ont été parties prenantes ont finalement portées leurs fruits puisque la CEDEAO vient de lever les sanctions financières et économiques tout en maintenant d’autres comme la suspension du Mali des instances de la CEDEAO. Il faut lever maintenant tous les obstacles qui persistent au niveau africain comme au niveau européen pour approfondir le dialogue car comme le soulignent les élus de Cités Unis le maintien du dialogue, est le seul cadre dans lequel peut s’inscrire un retour de la paix au Sahel.

Avec notamment mon ami Jean-Paul Lecoq je me suis depuis de nombreuses années inquiété sur la situation dans la zone du Sahel et alerté sur le fait que la seule solution militaire ne pouvait constituer une solution aux problèmes multiples, dont le djihadisme, que rencontrent ces pays en général et le Mali en particulier.

Nous sommes heureusement de plus en plus nombreux en France, en Europe et en Afrique de partager cette démarche. Permettez-moi de citer à ce sujet l’ancien ministre ivoirien Ahoua Don Mello : « La réponse au djihadisme n’est pas uniquement sécuritaire mais surtout socio-économique. Le mouvement djihadiste procède par un recrutement local massif avec les énormes moyens financiers tirés des divers trafics illicites et de l’orpaillage illégal. Le mouvement a donc une grande capacité de résilience et de renouvellement. Les djihadistes ne se présentent pas forcément à la population en cette qualité mais comme des bienfaiteurs qui offrent des aides, de la formation, de l’emploi, de la justice et de la sécurité à une jeunesse au chômage et une population en insécurité. Tuer leur «bienfaiteur» sans offrir à la population une alternative socio-économique, transforme le djihadiste mort en martyr et redouble la foi des fidèles qui se convertissent au djihadisme. La réponse sécuritaire sans réponse socio-économique favorise l’expansion du djihadisme ». S’ajoutent à ces facteurs intérieurs des financements provenant de dictatures du Golfe.

En un mot comme en cent l’intérêt de la France au Mali, c’est de permettre à ce pays de sortir de l’impasse, de gagner la Paix, de gagner sa souveraineté alimentaire, économique, financière, monétaire, militaire et de faire ses propres choix de développement. La multiplication des coopérations décentralisées peut y contribuer non pas pour se substituer évidemment à l’effort des États mais pour apporter des réponses immédiates et comme moyen concret de connaissance mutuelle, tout particulièrement dans la jeunesse.

Sur ces mots, je vous souhaite un bon colloque et des travaux fructueux.