#DÉMOCRATIE

Vincenzo Vecchi – Lettre ouverte à M. Dupond-Moretti

Il y a 6 jours, le 22 septembre 2020

Par Pierre Laurent

Monsieur Eric Dupond-Moretti, garde des Sceaux, ministre de la Justice 13 place Vendôme 75042 Paris Cedex 01 Paris, le 22 septembre 2020   Monsieur le Garde des Sceaux, ministre de la Justice, Nous souhaitions vous alerter sur la situation de Monsieur Vincenzo Vecchi, qui fait actuellement l’objet d’un mandat d’arrêt européen : de Gênes en […]

GARDONS LE CONTACT

Monsieur Eric Dupond-Moretti,
garde des Sceaux, ministre de la Justice
13 place Vendôme
75042 Paris Cedex 01

Paris, le 22 septembre 2020

 

Monsieur le Garde des Sceaux, ministre de la Justice,


Nous souhaitions vous alerter sur la situation de Monsieur Vincenzo Vecchi, qui fait actuellement l’objet d’un
mandat d’arrêt européen : de Gênes en 2001 contre le G8 et de Milan en 2006 où il participe à une contre-manifestation interdite alors que la manifestation organisée par le parti d’extrême droite « Fiamma tricolore », ce même jour, est autorisée.

Le 15 novembre 2019, la Chambre d’Instruction de la Cour d’Appel de Rennes a :
– déclaré sans objet le
mandat d’arrêt européen concernant l’affaire de Milan,
– constaté l’irrégularité de la procédure d’exécution du MAE émis
e le 6 juin par le Procureur Général de Gênes à l’encontre de Monsieur Vecchi et,
– ordonné la remise en liberté immédiate de Monsieur Vecchi.

Cet arrêt de la Chambre d’Instruction de la Cour d’Appel de Rennes était frappé d’un pourvoi en Cassation par le Procureur Général près la Cour d’Appel de Rennes. Le 18 décembre 2019, la Chambre criminelle de la Cour de Cassation en formation restreinte cassait et annulait l’arrêt rendu par la Cour d’Appel de Rennes concernant la procédure de Gênes et renvoyait les parties devant la Chambre d’instruction de la Cour d’Appel d’Angers, audience qui aura probablement lieu le 2 octobre.

Monsieur Vecchi, qui habite toujours Rochefort-en-Terre, est depuis sa libération, employé dans une entreprise de construction en contrat à durée indéterminée.

Les condamnations de Monsieur Vecchi ont été prononcées dans le cadre d’un droit pénal italien qui prend en compte la responsabilité de groupe, ignore la présomption d’innocence, la responsabilité individuelle dans un délit et la notion de preuve. Or, ces éléments sont non seulement un fondement du droit pénal français mais aussi celui de la Charte des Droits Fondamentaux de l’UE.

Nous sommes inquiets. Les MAE se développent à l’encontre de plus en plus de militant.e.s politiques. Concernant le cas précis de Vincenzo Vecchi, notre inquiétude se fonde aussi sur le fait que les procureurs du Parquet de Rennes et, compte tenu de la logique du MAE peut être aussi celui d’Angers :

– adhèrent au récit structuré par la justice italienne qui criminalise sans preuves réelles et tangibles Monsieur Vecchi 19 ans après les faits,
– défendent en creux la notion de « concours moral » qui pourtant n’a jamais eu d’équivalent en droit français à l’époque des faits,
– remettent en question la nécessaire double incrimination alors qu’à la date des faits (2001) cette accusation de la justice italienne n’avait pas d’équivalent en droit français.

Notre inquiétude résulte aussi du fait que notre droit pénal, qui fait partie de notre bien commun en démocratie, est dans les faits directement mis en cause par une loi pénale étrangère d’exception remise à jour pour des manifestations aux procès de Milan et Gênes et dont les origines remontent aux temps troublés des années 1930.
En l’occurrence, si l’on en restait là, la justice française se verrait être une justice induite par celle d’un état autoritaire.

Par ce courrier, nous souhaiterions savoir comment le Ministère de la justice Française compte agir pour que, dans le cadre du MAE :

– les droits de la défense ne soient pas affaiblis ou soient, du moins, mieux rééquilibrés par rapport à l’accusation,
– la charte des Droits fondamentaux, dont la France est signataire, soit respectée, ce qui n’est pas le cas aujourd’hui, notamment dans le cas qui nous intéresse,
– qu’une réplique puisse être faite aux instances juridiques étrangères dont la déloyauté est manifeste,
– une règle générale soit émise aux Parquets demandant à ce que les MAE dans le cas d’une possible « double incrimination » soient examinées avec un soin particulier qui respecte le droit pénal national et la Charte des droits fondamentaux de l’UE.

Dans l’attente de votre réponse,

Nous vous prions de bien vouloir agréer, Monsieur le Garde des Sceaux, l’expression de notre très haute considération.

Eliane Assassi, sénatrice de Saine-Saint-Denis (PCF) Delphine Bagarry, députée des Alpes de Haute-Provence (EDS) – Laurence Cohen, sénatrice du Val-de- Marne (PCF) – Pierre Dharréville, député Bouches-du-Rhone (PCF) Caroline Fiat, députée de Meurthe-et-Moselle (LFI) – Fabien Gay, sénateur de Seine-Saint –Denis (PCF) – Guillaume Gontard, sénateur de l’Isère (EELV) – Joel Labbé, sénateur du Morbihan Pierre Laurent, sénateur de Paris (PCF) Jean Paul Lecoq, député de Seine Maritime (PCF) – Marie-Noëlle Lienemann, sénatrice de Paris (GRS) – Paul Molac, député du Morbihan (Libertés et territoires) Danièle Obono, députée de Paris (LFI)- Stéphane Peu, député de Seine-Saint-Denis (PCF) – Christine Pruneau, sénatrice des Cotes d’Armor – Muriel Ressiguier, députée de l’Herault (LFI) – Pascal Savoldelli, sénateur du Val-de-Marne (PCF) – Bénédicte Taurine, députée de l’Ariège (LFI)

Ils rêvaient d’un autre monde

Il y a 4 mois, le 1 juin 2020

Par Pierre Laurent

Ils n’en peuvent plus… Il n’en peuvent plus de mourir d’être noir. Ils n’en peuvent plus d’un pays où, plus de 150 ans après la guerre de sécession, le racisme continue d’être une règle admise, gangrénant les corps constitués, accordant brevet d’impunité, ou condamnation dérisoire, à une police dont les pratiques, trop souvent, prolongent celles du Ku klux Klan.

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Ils n’en peuvent plus d’une société qui non seulement ne les protège plus, mais leur fait la guerre, les installe dans le chômage, la précarité et la misère, en leur promettant « des tirs » quand leur colère explose.
Ils n’en peuvent plus d’institutions organisées pour préserver un système qui les étouffe, brise leurs espoirs, les cantonne dans des impasses.

Ils sont jeunes, ils rêvent d’un autre monde et, eux non plus, ne peuvent plus respirer.

Ce qui ne respire plus aujourd’hui, c’est le capitalisme. Il ne respire plus aux USA, ni en aucun autre lieu de la planète. Acculé, sa seule ressource est désormais la violence: violence répressive, violence économique d’un système qui s’apprête à faire payer aux salarié-e-s une pandémie qu’à force de logiques comptables et de casse des services publics, il fut incapable de maîtriser efficacement, violence démocratique, à coups de Parlements muselés, d’urgences sanitaires qui légitiment les régressions sociales, d’atteintes à la liberté de la presse, de journalistes menottés à Minneapolis, de député-e-s français-e-s demandant la condamnation d’un an d’emprisonnement de toute personne filmant des policiers dans l’exercice de leurs fonctions.

Ce n’est pas un signe de force. Nous changeons d’époque. Nous entrons dans celle où les êtres humains vont décider de l’avenir de leur planète et de la manière dont ils pourront vivre ensemble, sans déléguer ce pouvoir au 1% des plus riches, dont les yeux ne savent plus quitter les côtes du CAC 40.
Une époque dont les chemins ne pourront se défricher qu’en ne renonçant jamais à la grandeur de nos rêves et de nos ambitions.
Une époque où la politique et la démocratie seront nos biens communs.
Une époque où nous allons enfin déployer nos bras et nos ailes.
C’est le rêve de Martin Luther King et d’Angela Davis, c’est le rêve de la jeunesse des Etats-Unis et d’ailleurs, c’est notre rêve…
Prenons le à bras-le-corps.

Il y a 4 mois, le 22 mai 2020

Par Pierre Laurent

« Ils sont venus les ennemis de la régénération de l’humanité, ces blancs, ces colons, ces planteurs, ces hommes de négoce… Ils étaient couverts, les superbes, d’armes, de panaches et d’habits magnifiques à l’œil, et ils nous méprisaient parce que nous sommes noirs et nus… ».

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C’est par ces mots, prêtés à l’un des personnages acteur de la révolte des esclaves de Saint Domingue en 1791, qu’un jeune auteur de 16 ans, Victor Hugo, dénonce l’esclavage, dans son premier roman, Bug Jargal.

Aujourd’hui, le 23 mai 2020, 200 ans plus tard, est un jour que nous consacrons à la mémoire en hommage aux victimes de l’esclavage colonial.

Je m’associe avec tous les communistes à cette journée nationale, aux côtés des Français-e-s descendants d’esclaves qui se mobilisent pour rendre hommage à leurs aïeux.

Cette reconnaissance des souffrances infligées à des populations et des pays entiers fut l’objet d’un grand combat, un combat légitime et humaniste, dont le roman cité en ouverture fut l’un des jalons.

Ce combat se poursuit aujourd’hui et il est essentiel. C’est même toujours un combat de tous les instants.
Chaque année nous avons notre lot d’actes racistes, abjects, qui nous insultent et insultent délibérément les descendant.e.s d’esclaves. Le dernier en date, est cette semaine !

Mercredi 20 mai 2020, le géant de l’automobile Volkswagen a présenté ses excuses après la diffusion d’un spot publicitaire sur son compte Instagram  pour sa nouvelle Golf. Dans une vidéo de 10 secondes, on y voit distinctement  un homme de couleur portant un costume, saisi par une main blanche en gros plan qui le renvoie d’une pichenette vers l’intérieur d’un établissement dénommé « le petit colon ». Le tout pour l’éloigner d’une Golf jaune garée devant l’entrée.
A la fin du clip apparaît une séquence de lettres dont l’ordre suggère le mot « nègre ».
Je demande que le Parquet se saisisse de l’affaire pour que l’entreprise soit mise devant la justice et condamnée à une peine lourde, ainsi que l’ensemble des responsables de cette publicité.

On le mesure : beaucoup reste à faire pour éradiquer de l’avenir de l’Humanité le poison du racisme et du rejet de l’autre.

A nos yeux ce combat est planétaire : la générosité, l’altruisme, le refus des injustices, l’attachement à la dignité de chacune et de chacun, toutes ces valeurs essentielles à la vie en société ne s’arrêtent pas aux frontières . Pour Emile Durkheim, l’un des pères de la sociologie moderne, pour qu’une société existe, il faut que ses membres éprouvent de la solidarité les uns envers les autres.

C’est vrai à l’échelle de l’humanité tout entière. Comme le dit Bertrand Badie, « un monde en paix ne peut l’être que globalement  dans la reconnaissance complète de l’autre ».

Cet horizon nous le faisons nôtre et, à sa façon, la terrible pandémie du Covid-19 pose en termes renouvelés l’urgence de refonder les relations internationales sur des bases nouvelles de coopération et d’égalité, quand beaucoup, dont le Président de la première puissance mondiale, veulent en profiter pour réactiver des logiques de guerre froide et d’opposition entre les peuples.

Notre démarche est à l’opposé des logiques d’un groupe multinational comme Sanofi : la santé fait partie des biens communs, l’être humain, ses droits, sa santé, ne sont pas des marchandises !

Ce que nous réapprenons peut être en ces jours sombres de Pandémie c’est que la mondialisation rend la solidarité internationale plus qu’impérative : vitale ! Non pas seulement pour prêter main forte à des victimes du système, de l’impérialisme ou du néocolonialisme, mais pour s’entraider mutuellement à humaniser ce nouvel espace
commun qu’est le monde, à y défendre mutuellement nos droits et à en conquérir de nouveaux, à y protéger mutuellement nos biens communs et à les promouvoir.

A l’heure de la révolution numérique, des dérèglements climatiques, sous la domination des marchés financiers, la
solidarité internationale change de dimension. C’est devenu une lapalissade que de dire que les enjeux sociaux et économiques, environnementaux ou culturels, et donc politiques, s’ils continuent à être ressentis localement, ont désormais des racines et des prolongements qui pulvérisent les frontières nationales. Tous ceux qui prétendent se soustraire à leur part de responsabilité dans la gestion des affaires du monde sont condamnés à une fuite en avant sans issue.

Nous sommes conscients de l’immensité du défi à relever : en coopération étroite avec quiconque ressent la même exigence, nous nous donnons le projet de nourrir d’idées progressistes l’indispensable débat citoyen sur les valeurs qui doivent fonder une vision alternative, humaniste, de l’avenir de l’humanité et de la coopération entre les peuples.

Avec et 200 ans après Hugo, c’est le sens que nous voulons donner à ce 23 mai 2020, celui d’un nouveau récit pour l’Humanité dans cette période de notre histoire humaine où, comme le disait Gramsci, « Le vieux monde se meurt, le nouveau monde tarde à apparaître ».

« Dans ce clair-obscur surgissent les monstres », et la journée du 23 mai, en hommage aux victimes de l’esclavage et du colonialisme, est un beau jour pour les combattre et engager l’Humanité sur un autre chemin, celui de ’épanouissement de chacun-e.

TRIBUNE : Au coeur de la crise, construisons l’avenir

Il y a 5 mois, le 14 mai 2020

Par Pierre Laurent

Dans une longue tribune collective, 150 personnalités du monde politique, associatif, syndical et culturel appellent à  » préparer l’avenir « .   » Nous ne sommes pas condamnés à subir ! «  assurent-elles.  Elles  proposent qu’un grand événement, une  » convention du monde commun « , réunisse dans les prochains mois  » toutes les énergies disponibles « . La France affronte un séisme d’une ampleur […]

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Dans une longue tribune collective, 150 personnalités du monde politique, associatif, syndical et culturel appellent à  » préparer l’avenir « .   » Nous ne sommes pas condamnés à subir ! «  assurent-elles.  Elles  proposent qu’un grand événement, une  » convention du monde commun « , réunisse dans les prochains mois  » toutes les énergies disponibles « .

La France affronte un séisme d’une ampleur inouïe. Favorisée par la destruction de la nature, la pandémie a généré une crise économique de grande ampleur, une commotion sociale brutale, notamment pour les plus précaires, et une mise entre parenthèse du fonctionnement démocratique. Elle a révélé l’improvisation des pouvoirs publics face à cette crise majeure. L’engagement extraordinaire des soignantes et des soignants, le courage de celles et ceux qui n’ont cessé de travailler sans relâche au service de tous et le civisme de millions de personnes confinées dans des conditions difficiles appellent une reconnaissance unanime. Dès maintenant, il s’agit d’éviter le pire et de préparer l’avenir. La réparation des dégâts annoncés, la défense des libertés, l’obligation de préparer une société résiliente nécessitent de fortes dynamiques collectives. La crise confirme l’urgence radicale des grandes transitions. De cette impérieuse nécessité, faisons naitre une espérance. Nous ne sommes pas condamnés à subir !
Au coeur de cette crise, il nous faut tourner la page du productivisme. Il faut affronter les périls immédiats, s’accorder pour engager la transition écologique et dans un même mouvement les transformations sociales et économiques trop longtemps différées. L’impasse où nous ont conduits les politiques dominantes depuis quarante ans et le capitalisme financier exige une offensive résolue. Avec cette initiative commune, dans le respect de nos différences, nous nous engageons à la hauteur des principes que nos prédécesseurs ont affirmés dans la « reconstruction » qui suivit la seconde guerre mondiale. Aujourd’hui, en temps de paix, nous devons faire preuve d’une égale ambition, avec la volonté que les Français s’emparent de ces débats.
L’état d’urgence sociale doit se déployer dès maintenant dans l’ensemble du pays, à commencer par les quartiers populaires et les territoires ruraux, partout où la crise remet à vif la grande pauvreté et les inégalités. Les familles déjà vulnérables, comme celles qui viennent brutalement de plonger dans le chômage et la pauvreté, se comptent par millions. La solidarité nationale doit intervenir pour aider les locataires, contribuer à payer les factures d’eau et d’électricité, par l’aide alimentaire et la fourniture gratuite de masques, par des soutiens exceptionnels individualisés pour que vivent décemment celles et ceux, y compris les jeunes, qui ont vu leur travail et leurs revenus disparaitre. Cette crise doit enfin imposer un basculement des politiques publiques : « sortir » des dizaines de milliers de personnes de la rue, c’est affaire de dignité d’abord, mais aussi d’ordre public sanitaire et social.
Pour aller plus loin, la France, comme d’autres en Europe, doit imaginer et mettre en chantier dès cette année un nouveau modèle de protection sociale. Pour ces temps de grande transition, il y a urgence à assurer un revenu digne rendant possibles à toutes et tous la formation, l’accès à un nouvel emploi ou un projet professionnel. Compte tenu de la hausse explosive du nombre des sans-emplois, ce serait une faute historique de maintenir la « réforme » de l’assurance chômage de 2020. Il faut permettre dès maintenant à tous les territoires volontaires de mettre en oeuvre la belle initiative Territoires zéro chômeur de longue durée, inspirée des expériences du mouvement associatif. Quant aux travailleurs étrangers en situation irrégulière, soutiers plus anonymes encore de nos économies, leur accès au droit au séjour doit être facilité.
Pour pouvoir mobiliser les énergies de toutes et tous, il faudra inventer et consolider des protections collectives plus adaptées à notre temps, combler les failles majeures que la crise a soulignées, agir pour l’accès à la santé et des retraites décentes. Certains, à l’inverse, manifestent déjà la volonté de réduire les droits sociaux à la faveur de l’émotion générale, notamment sur la question du temps de travail. Nous ne laisserons pas faire, et nous demandons qu’il soit renoncé définitivement au projet de réforme des retraites qui mine la cohésion nationale dont nous avons tant besoin. Face à la précarité ou aux inégalités femmes-hommes, tous les travailleurs et travailleuses, indépendants, artisans et commerçants, professionnels des plates-formes, salariés en CDD, intermittents ou intérimaires, doivent être dotés de droits sociaux individuels complets et d’une capacité réelle de négociation collective.
Le statu quo n’est plus possible. Nous défendons une société de la reconnaissance, qui sache valoriser celles et ceux sans lesquelles elle ne tiendrait pas, dans la crise comme après. Travailleurs de l’aube et du soir, fonctionnaires de jour comme de nuit, soignants et enseignants dévoués, elles (très souvent) et ils sont en droit d’attendre bien sûr des primes immédiates et légitimes, mais aussi une amélioration significative et sans délai de leurs conditions d’emploi et de salaire, à commencer par le Smic. Lorsque ces personnes ont des enfants, la prise en charge par les employeurs des frais de garde, l’organisation de nouveaux centres de vacances dès 2020 avec les mouvements d’éducation populaire seraient aussi de justes rétributions. Le confinement a mis également en exergue la nécessité de reconnaitre le féminicide en droit français et de ne plus reporter un plan national d’ampleur contre les violences faites aux femmes et aux enfants, en doublant le budget alloué aux associations venant en aide aux victimes et aux lieux de prise en charge.
Les Français vivent intensément les effets de l’affaiblissement de notre système de santé. Sous tension bien avant le tsunami du Covid19, l’hôpital public a été asphyxié par des années d’austérité budgétaire et la marchandisation de la santé. Une loi de programmation doit assurer au plus vite un financement pérenne des investissements des hôpitaux et des Ehpad, rompre avec la spirale des fermetures de lits et permettre la revalorisation des métiers de soignantes et soignants. Cette refondation permettra de retrouver une capacité de prévision et d’anticipation, et les moyens d’affronter collectivement les chocs de grande ampleur. Elle devra également garantir à tout moment la disponibilité des principaux médicaments sur le territoire national. Elle assurera enfin la réhabilitation des soins de premiers recours, efficients et réactifs face à de nouvelles crises et la fin des déserts médicaux, indignes de notre pays.
L’avenir de notre économie et sa conversion écologique se jouent en ce moment. Le soutien public à la survie du système productif est vital. Il doit être associé à une conditionnalité environnementale et sociale exigeante. Des fleurons de notre économie sont au bord de la faillite, avec le cortège habituel de restructurations brutales et de chômage massif. Face à ces risques, la réaction de l’État en faveur de l’emploi doit être couplée à la mise en oeuvre accélérée de la transition écologique, à commencer par le respect des Accords de Paris sur le climat. C’est seulement ainsi que le sauvetage des emplois sera durable. Une politique industrielle crédible implique des choix stratégiques nationaux ; elle se construit dans chaque région avec toutes les parties concernées, entreprise par entreprise, branche par branche. La mobilisation doit intégrer pleinement les enjeux d’indépendance et de relocalisation, de recherche et d’innovation, mis en lumière de façon éclatante dans la crise actuelle.
D’ici la fin de cette année, il appartient à la puissance publique d’identifier avec tous les acteurs les secteurs stratégiques à relocaliser au niveau français ou européen, les chaines de valeurs à contrôler et les productions à assurer au plus proche des lieux de consommation. Les événements récents confirment une fois de plus les fragilités de l’Europe quand elle se limite à n’être qu’un marché livré aux excès du libre-échange, renonçant à protéger son économie. La signature des traités qui amplifient cet abandon doit être stoppée, et ceux qui existent déjà révisés. Rien ne sera possible sans un pilotage ambitieux du système de crédit, avec un pôle public de financement et la BPI jouant enfin réellement son rôle. La mise en oeuvre de nationalisations là où il le faut doit permettre non de mutualiser les pertes, mais d’atteindre des objectifs d’intérêt général. Dans ce but, il faudra aussi miser davantage sur l’économie sociale et solidaire pour mieux ancrer l’économie dans les territoires et impulser le nouveau modèle de développement.
Cette épidémie et sa propagation rapide sont liées à la destruction accélérée des habitats sauvages combinée à une mondialisation insuffisamment régulée. Elles renforcent l’urgence d’une remise en cause de notre mode de production et de consommation : la transformation écologique de la France est le nouveau défi de notre République au XXIème siècle. Cette prise de conscience des communs naturels à protéger et de l’impasse des modes de consommation actuels est essentielle, tout comme les combats de la gauche. Les propositions des participants de la Convention citoyenne pour le climat et sa méthode ont permis que progressent dans la société des projets d’une grande richesse. Les politiques publiques doivent être au rendez-vous de cette urgence planétaire.
Nous proposons que soit discutée et mise en oeuvre rapidement une Prime pour le climat, afin d’éliminer en priorité les passoires thermiques et sortir les plus pauvres de la précarité énergétique. Elle accompagnera aussi les travaux de rénovation énergétique rendus obligatoires pour l’ensemble du bâti afin d’atteindre deux millions de logements par an, en privilégiant les rénovations complètes. Des dizaines de milliers d’emplois non délocalisables pourraient être ainsi créés.
La France a besoin également de bâtir un plan ambitieux de transition vers une mobilité durable, pour soutenir l’électrification des motorisations, les modes de transports collectifs et partagés, la relance des réseaux ferroviaires, mais aussi l’extension du droit au télétravail dans des conditions protectrices pour les salariés.
Conçue pour éviter un recours accru aux énergies fossiles, dont les prix baissent du fait de la crise, la Contribution Climat Énergie doit s’accompagner de mesures de redistribution de grande ampleur pour en compenser les effets sur les plus vulnérables. Une relance publique du soutien à la transition écologique locale est plus que jamais indispensable afin d’impliquer beaucoup plus les territoires et les citoyen.ne.s dans le déploiement des projets collectifs d’énergies renouvelables. Ces investissements supplémentaires dans la transition écologique devront être sortis des critères budgétaires européens.
La refonte des aides de la PAC en soutien des petites et moyennes exploitations doit être accélérée, pour permettre une agriculture respectueuse de l’environnement, la croissance des productions bio, et pour développer le paiement des services environnementaux (stockage du carbone, arrêt des intrants chimiques…). Il faudra enfin donner toute sa place dans nos textes fondamentaux au droit de la nature et mettre en oeuvre de façon strict sur l’ensemble du territoire la politique du « zéro artificialisation nette » et la protection de la biodiversité.
Ces investissements massifs, pour l’immédiat ou le futur, exigent un financement soutenable et équitable. L’engagement de l’Europe en est l’une des clés. C’est une nécessité qui conditionne la survie de l’Union, quand les forces de démembrement prospèrent grâce au manque de solidarité européenne dans chaque moment de crise. On attend de l’Europe qu’elle conduise durablement une politique monétaire à la hauteur du risque actuel, mais aussi qu’elle mette en oeuvre des formes inédites de financement en commun pour empêcher une hausse de l’endettement des États, en particulier les plus affectés par la crise sanitaire. Il faudra aussi dès les prochains mois engager le chantier de la restructuration des dettes héritées des crises successives.
Tous les pays en ont en effet un urgent besoin pour permettre un nouveau départ et la transformation de leurs économies tellement interdépendantes. Ces financements européens ne sauraient être assortis des mesures d’austérité qui ont creusé entre les peuples des blessures encore inguérissables. Les conditionnalités aujourd’hui se nomment écologie, cohésion sociale et respect de la démocratie. Une transformation profonde des structures de l’Union européenne est indispensable pour rendre possibles ces politiques ambitieuses de solidarité. Cela implique la remise en cause du pacte budgétaire.
Mais l’Europe ne pourra pas régler seule l’addition de la crise. Les États devront eux aussi apporter une réponse fiscale et budgétaire dans un esprit de justice. Pour corriger les inégalités creusées au cours des dernières décennies et aggravées par la crise, et pour prévenir l’effondrement de nos sociétés. La France doit rétablir un Impôt de solidarité sur la fortune, mettant à contribution les patrimoines les plus élevés, et renforcer la progressivité de sa fiscalité sur les revenus, notamment ceux du capital, largement érodée depuis 2017. Compte tenu de l’ampleur des dépenses engagées pour faire face à la crise, elle devra appeler une contribution anti-crise des citoyens les plus aisés. La taxation des secteurs qui ont bénéficié de la crise et de ceux qui ont décidé, au coeur de la tempête, de continuer à distribuer des dividendes ou à s’enrichir à l’abri des paradis fiscaux doit être proposée sans délai au Parlement. La maitrise à l’avenir des écarts de salaires au sein des entreprises participe de ces préalables de justice : au-delà d’un écart d’un à douze, il ne serait plus possible de déduire les rémunérations et les cotisations de l’impôt sur les sociétés. Ces choix sont inséparables d’une action ambitieuse pour que les bénéfices des sociétés multinationales cessent d’échapper largement à la fiscalité française, notamment en les obligeant à une totale transparence sur leurs activités et les taxes payées dans les pays où elles sont présentes. Cette reconquête ne sera complète que lorsque les géants du numérique contribueront par un impôt juste aux efforts d’investissement qui attendent la France et l’Europe.
Ces mesures n’auront de sens et d’efficacité que si dans l’après-crise, une transition démocratique offre à tous la capacité d’agir pour un monde commun. La verticalité du pouvoir fracture la société. Elle alimente l’impuissance et la défiance. C’est l’échec de la Vème République. Seule une refondation de nos institutions permettra de le dépasser. Il est impératif de ne pas confier à un « sauveur suprême » ou au pouvoir technocratique « la sortie de crise », mais au contraire d’augmenter la participation des citoyen.nes aux décisions qui les concernent et cela à tous les niveaux.
Réussir les transitions exige un développement des emplois publics partout où leur manque cruel se vérifie aujourd’hui. Il faudra aussi rénover l’action publique en inventant les outils, l’organisation, les métiers du secteur public de demain. Rien ne progressera sans des délibérations collectives, valorisant bien davantage les citoyens et leurs compétences, l’éducation, l’innovation sociale et la création culturelle, les territoires, villes et villages.
Cet impératif s’adresse aussi aux entreprises : pour réussir la sortie de crise, il faut y faire entrer la démocratie en associant réellement les salariés à leur stratégie. Cela doit s’incarner dans une codétermination à la française avec la présence de 50% de représentants des salariés dans les conseils de surveillance ou les conseils d’administration des grandes entreprises et le renforcement des pouvoirs des représentants des salariés à tous les niveaux.
Lourde de souffrances inédites, cette période ne doit pas confisquer les espoirs de changement, bien au contraire. Faisons place à l’action collective et à ces premières convergences. Pour être à ce rendez-vous de notre Histoire, nous proposons qu’un grand événement, une « convention du monde commun », réunisse dans les prochains mois toutes les énergies disponibles, les citoyennes et citoyens épris de profonds changements, les formations politiques, les forces associatives, les initiatives que portent syndicats et ONG. C’est une première étape cruciale et attendue pour une alternative démocratique, écologique et sociale. Nous voulons lui donner la force de notre engagement.
Premiers signataires* :
Syamak Agha Babaei, Christophe Aguiton, Amandine Albizzati, Claude Alphandery, Nathalie Appéré, Guillaume Balas, Jeanne Barseghian, Marie-Laure Basilien-Gainche, Laurent Baumel, Romain Beaucher, Anne-Laure Bedu, Jacqueline Belhomme, Esther Benbassa, Patrice Bessac, Olivier Bianchi, Habiba Bigdade, Loïc Blondiaux, Alice Bosler, Maurice Braud, Rony Brauman, Axelle Brodiez, Ian Brossat, Philippe Brun, Julia Cagé, Sophie Caillat, Andrea Caro, Fanélie Carrey-Conte, Lucas Chancel, Pierre Charbonnier, Christian Chavagneux, Alain Coulombel, Annick Coupé, Jezabel Couppey-Soubeyran, Françoise Coutant, Thomas Coutrot, Cécile Cukierman, Ronan Dantec, Joël Decaillon, Carole Delga, Stéphane Delpeyrat, Laurianne Deniaud, Emmanuel Denis, Gregory Doucet, Marie-Guite Dufay, Cécile Duflot, Antoine Dullin, Jérôme Durain, Guillaume Duval, Timothée Duverger, Nicolas Duvoux, Anne Eydoux, Olivier Faure, Rémy Féraud, Aurélie Filippetti, Diana Filippova, Alain Foix, Didier Fradin, Philippe Frémeaux, Guillaume Garot, Karl Ghazi, Jean-Luc Gleyze, Raphael Glucksmann, Daniel Goldberg, Guillaume Gontard, Gaëtan Gorce, Aziliz Gouez, Bernadette Groison, Florent Gueguen, Denis Guenneau, Hélène Hardy, Jean-Marie Harribey, Anne Hessel, Catherine Hoeffler, Pierre Hurmic, Marie-Hélène Izarn, Pierre Jacquemain, Yannick Jadot, Hugues Jallon, Vincent Joineau, Régis Juanico, Nina Karam-Leder, Pierre Khalfa, Yazid Kherfi, Hella Kribi-Romdhane, Thierry Kuhn, Joël Labbé, Guillaume Lacroix, Delphine Lalu, Aurore Lalucq, François Lamy, Sandra Laugier, Pierre Laurent, Guillaume Le Blanc, Joël Le Coq, William Leday, Claire Lejeune, Corinne Lepage, Elliot Lepers, Nadine Levratto, Medhi Litim, René Louail, Benjamin Lucas, François Mandil, Bénédicte Manier, Edouard Martin, Gus Massiah, Nora Mebarek, Dominique Meda, Philippe Meirieu, Claire Monod, Beligh Nabli, Naïri Nahapetian, Alexandre Ouizille, Christian Paul, Renaud Payre, Willy Pelletier, Camille Peugny, Maxime Picard, Thomas Piketty, Eric Piolle, Dominique Plihon, Dominique Potier, Alexis Poulin, Angèle Préville, Audrey Pulvar, Valérie Rabault, Jean-Paul Raillard, Gilles Raveaud, Sandra Regol, Nadine Richez-Battesti, Martin Rieussec-Fournier, Jacques Rigaudiat, Marie-Monique Robin, Johanna Rolland, Barbara Romagnan, Laurence Rossignol, Muriel Rouyer, Virginie Rozière, Michèle Rubirola, Bernard Saincy, Eva Sas, Mounir Satouri, Frédéric Sawicki, Laurence Scialom, Sabrina Sebaihi, Aissata Seck, Gabrielle Siry, Emmanuel Soulias, Jo Spiegel, Olivier Szulzynger, Sophie Taille, Bernard Thibault, François Thiollet, Isabelle This Saint-Jean, Stéphane Troussel, Henri Trubert, Hulliya Turan, Boris Vallaud, Najat Vallaud-Belkacem, Shahin Vallée, Antoine Vauchez, Denis Vicherat, Anne Vignot, Patrick Viveret.

 

 

Déconfiner… la démocratie !

Il y a 5 mois, le 13 mai 2020

Par Pierre Laurent

Une certitude -essentielle- traverse la société : la période dans laquelle nous sommes entrés ne doit pas être une simple continuation ni un recommencement du passé.

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Depuis le 11 mai, après deux mois de confinement, la France est entrée dans une nouvelle période : un déconfinement « progressif, un état de « liberté surveillée ou conditionnelle », qui contient toujours beaucoup d’inconnus : inconnus sanitaires, avec le risque évoqué d’un rebond possible de l’épidémie, la fameuse « deuxième vague » ; inconnus économiques avec des risques de récession dans de nombreux secteurs ; inconnus politiques, sur les alternatives, les chemins, les rassemblements qui pourront ou non se construire pour répondre aux défis que cette pandémie a lancés à l’humanité et à son devenir.

Chacune et chacun de nous, et l’Humanité elle-même, ne vivront pas demain comme dans un passé encore récent. Tout doit être sur la table . La place des femmes et des hommes dans la société, les priorités à donner ou pas à leur développement, aux services publics, l’utilisation de l’argent pour répondre aux besoins, les rapports avec la nature pour un développement et des activités productives respectueuses de l’environnement, etc.

Enfin, la possibilité et les pouvoirs que l’on donne aux citoyen·ne·s de ce pays, aux salarié·e·s de décider de leur avenir, à la fois personnel, mais aussi de celui de la société.

Il devient de plus en plus visible, aux yeux du pays et du monde, que les réponses capitalistes à ces enjeux, celles du néolibéralisme, sont de très périlleuses impasses.

L’idée grandit qu’il est urgent de prendre une tout autre direction.

Mais ces débats, devenus urgents et nécessaires, vont faire l’objet de combats idéologiques intenses. Ils ont commencé, s’accélèrent depuis le 11 mai, notamment avec les réponses que le MEDEF, la droite et le gouvernement mettent sur la table pour affronter la terrible crise économique que va provoquer le Covid-19.

Qui, donc, va décider ?

La période de confinement et de tensions énormes dans le milieu hospitalier a mis en lumière une réalité que l’on peut qualifier de « révolutionnaire » : ce sont ces femmes et hommes que l’on méprisait jusqu’alors quand on ne les matraquait pas quand ils manifestaient, ce sont ces femmes et ces hommes qui prennent chaque matin la ligne 13 ou le RER B des transports franciliens, qui ont permis au pays de tenir, en assurant des soins, des collectes d’ordures ménagères, le suivi des élèves à distance…

J’ai toujours en tête ces propos tenus par des salarié·e·s ou des directeurs d’hôpitaux lors du Tour de France des Etablissements hospitaliers décidé en 2018 par les parlementaires communistes : « Le système craque, le financement à l’acte et l’austérité imposée avec les suppressions de lits, les fusions de services et compressions de personnels poussent l’hôpital à l’asphyxie. Tout cela ne tient plus que grâce au dévouement du personnel, mais aujourd’hui, il est à bout. »

« Ça craque, le système ne tient que grâce au personnel à qui on ne peut pas demander plus. »

On leur a demandé plus et, pour nous, ils ont fait plus.

Est-ce que ce sont les mêmes qui vont devoir payer la facture, en voyant leur salaire amputé, leurs congés rognés, leur temps de travail augmenté, pendant que la précarité et le chômage continueront à gangrener la société ?

Ces questions ont droit à une réponse démocratique à mille lieues des seules décisions patronales ou gouvernementales, relayées par les spécialistes médiatiques en économie, soigneusement triés sur le volet.

La crise du Coronavirus, la crise économique qui va en être l’une des conséquences, révèle l’impérieuse nécessité de « remettre à l’endroit » les terrains de décision et de rendre aux salariés celui qui leur échappe, dont la société aujourd’hui les prive plus exactement : celui, absolument décisif, qui détermine directement les conditions et le sens de leur travail. Cela se nommera à l’hôpital la logique comptable et la tarification à l’acte ; ce sera ailleurs la chasse aux « gains de productivité » et au « coût du travail », la soumission de tous les actes professionnels aux exigences de la rentabilité financière.

Elle révèle de remettre entre les mains des intéressés les décisions stratégiques, d’où découlent les choix de production et de services rendus, les choix d’investissements ici ou ailleurs, en faveur du développement ou au contraire du dépérissement programmé de l’entreprise.

Va-t-on, pour rester dans le domaine de la santé, laisser, comme cela s’est fait jusque là à quelques-un·e·s le soin de décider pour toutes et tous ce que doit être le pourcentage des richesses nationales produites par le travail qui doit être consacré à la santé ?

Qui mieux que l’ensemble des citoyen·ne·s peut savoir quelle est la bonne politique d’accompagnement de nos anciens, de la petite enfance, de l’éducation, du logement, des transports ? Plus largement encore, qui mieux que l’ensemble des citoyen·ne·s peut savoir quels devraient être nos choix de transition énergétique et écologique, de défense nationale, d’accueil des migrants et de politique internationale ?

J’ai la conviction que plus les questions posées sont complexes, ouvertes, plus les réponses collectives sont nécessaires, pertinentes. Il n’est pas de décision -locale, nationale, européenne- impliquant les citoyens qui puisse être laissée hors de leur portée, hors de la confrontation des points de vue pour construire les décisions les plus rassembleuses possibles.

Ce que révèle les développements de la crise du Covid c’est que, pour mieux justement y faire face, de nouvelles formes de démocratie et d’appropriation sociales, participatives, coopératives, délibératives, doivent étendre considérablement le champ actuel des pouvoirs populaires.

C’est ainsi que nous pourrons construire une nouvelle ère de civilisation, celle du plein épanouissement humain.

Des instants de vérité

Il y a 5 mois, le 5 mai 2020

Par Pierre Laurent

Puisqu’on parle de vérité, le 1er mai fut celui où un secrétaire d’Etat, dont l’histoire ne retiendra pas le nom, a osé dire « que les conditions dans lesquelles les Français pourront prendre des vacances dépendront de leurs efforts ».

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Cette phrase sent trop le mépris de classe d’un représentant politique d’un patronat qui, à aucun moment de son histoire, n’a accepté des droits nouveaux pour les travailleurs, que ce soit la durée du travail, journalier ou hebdomadaire, les congés payés, les créations solidaires comme celle de la sécurité sociale…

Elle révèle trop leur désir de poursuivre ce que Marx appelait déjà les « eaux glacés du calcul égoïste », de « profiter » de ce drame collectif pour accélérer les fractures libérales : droits des travailleurs réduits au nom de l’ « union sacrée », aggravation des conditions de travail, au nom d’une relance économique dont les salarié·e·s de ce pays seraient les premiers sacrifié·e·s.

Les Français·e·s, confiné·e·s depuis le 17 mars, sont dans l’effort et dans la solidarité. Ils sont dans le commun partagé.

Les vacances, au-delà des conditions sanitaires dans lesquelles elles pourront se tenir, ne dépendent pas de leurs efforts. Elles sont un droit, dont beaucoup d’entre elles et eux, qui souffrent aujourd’hui, sont déjà trop souvent privé·e·s, même dans les périodes où le Covid-19 ne sévit pas.

C’est aussi cela qui s’est exprimé en ce magnifique 1er mai.

J’ai l’intuition que des vérités sont en train de sortir du puits dans lequel certains ont voulu les enfouir depuis des décennies.

La bataille idéologique pour les rendre à la lumière sera intense. Chacun·e devra en être acteur·rice.
Mais nous changeons d’époque. J’ai confiance.
Le 1er mai 2020 renforce cette confiance.

Situation de Khaled Drareni, journaliste indépendant incarcéré en Algérie – Une mise en liberté nécessaire

Il y a 6 mois, le 27 mars 2020

Par Pierre Laurent

Ma lettre à Salah LEBDIOUI, ambassadeur d’Algérie en France

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Excellence,

Je me permets d’attirer votre attention sur la situation de Monsieur Khaled Drareni.

Après le procès très controversé de Monsieur Karim Tabbou, la chambre d’accusation de la cour d’Alger a annulé, hier mercredi 25 mars, le contrôle judiciaire du journaliste Khaled Drareni et annoncé qu’il est en détention préventive.

Il est poursuivi pour incitation à attroupement non armé et atteinte à l’intégrité du territoire national alors qu’il ne faisait que couvrir une manifestation pacifique en sa qualité de journaliste indépendant, correspondant de RSF et de TV5 Monde.

C’est pourquoi son arrestation a choqué de nombreux acteurs, dans le monde et en Algérie, dont la Ligue algérienne des droits de l’Homme (LADDH). Tous demandent sa libération.

Cette réprobation est d’autant plus grande que cette arrestation se déroule dans un contexte de pandémie qui nécessite la mobilisation de toutes et de tous partout dans le monde.

Pour toutes ces raisons je ne peux que partager la demande de mise en liberté de Monsieur Khaled Drareni et de tous ceux qui, en Algérie comme ailleurs, font l’objet de poursuites liées à la mise en œuvre pacifique de leur liberté d’expression.

Je vous serais reconnaissant, Excellence, de bien vouloir transmettre ma lettre aux autorités de votre pays.

Je vous prie d’agréer, Excellence, l’expression de mes salutations les plus distinguées.

Pierre Laurent
Sénateur de Paris
Vice-Président de la commission des affaires étrangères, de la défense et des forces armées

Nous aurons besoin de la pensée de Lucien Sève pour l’avenir

Il y a 6 mois, le 25 mars 2020

Par Pierre Laurent

Lucien Sève s’est éteint . C’est avec une tristesse infinie que nous avons appris cette nouvelle. Je suis de ces communistes qui ont tant appris avec lui, de mes premières rencontres avec le philosophe et le camarade dans mes premières responsabilités à l’Union des Etudiants Communistes, à mes dernières discussions avec lui alors qu’il était tout entier plongé dans l’écriture de son immense « Penser avec Marx aujourd’hui ».

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Avec lui, nous nous étions mis à repenser le communisme, et à en comprendre mieux encore la brûlante actualité, enfouie durant tant d’années sous le dogmatisme.

Qui croisait Lucien Sève ne pouvait échapper à ses explications inlassables sur sa vision du communisme, sur les ressorts naissants dans la société pour en construire les chemins, pour la pleine libération de chaque individu, pour une transformation sociale émancipatrice, pour une démocratie véritable qui fasse de l’autonomie d’action des
femmes et des hommes le levier essentiel de l’action communiste.

Son départ du Parti communiste était un créve-coeur parce qu’il n’a jamais quitté le communisme, bien au contraire, mais il fulminait contre ce qu’il considérait comme une incapacité à repenser les voies nouvelles d’une initiative communiste dans la société.
La dernière longue conversation que j’ai eue avec lui portait sur cette question du Parti dans les mois qui précédèrent notre dernier congrès. Je lui disais mes espoirs, mes combats, lui ses scepticismes.
Et nous échangions avec une même passion du débat.

Ces travaux m’ont nourri à chaque étape de ma vie militante, et ce sont des générations entières de militant·e·s, d’étudiants, d’intellectuels, de philosophes, qui ont fait de sa pensée, de son œuvre, de toutes ses réflexions sur la philosophie, Marx et l’urgente actualité du dépassement du capitalisme, une source fertile pour leur propre pensée et leur propre action.

Toutes et tous mesurent la perte qui est la leur. C’est l’ensemble de la pensée française qui perd un grand philosophe, au moment même où le monde va devoir s’atteler à la tâche à laquelle il a consacré sa vie : construire l’après-capitalisme.

La tragique ironie de la période que nous vivons a voulu que ce soit le coronavirus qui ait eu raison de lui. Au moment où tant de questions se posent déjà sur l’avenir de notre civilisation, sur ces choix, sur l’impérieuse nécessité de mettre l’homme et la planète au cœur de tous les choix politiques, sa pensée vive et transformatrice restera un apport éminemment précieux.

Nous aurons besoin de la pensée de Lucien Sève pour affronter l’avenir.

Pierre Laurent
Président du Conseil national du PCF

Coronavirus – De l’urgence sanitaire à l’urgence civilisationnelle

Il y a 6 mois, le 24 mars 2020

Par Pierre Laurent

Le coronavirus touche la population du monde entier de manière de plus en plus dramatique.
La solidarité et la mobilisation de toutes et de tous sont vitales.

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Il faut se rappeler que l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS) estime qu’au moins 400 millions d’individus dans le monde -soit une personne sur dix-sept- n’ont pas accès aux plus élémentaires
services de santé de base.

En février 2018, au Sommet mondial des gouvernements, le directeur général de l’OMS avait estimé qu’il était impératif de reconnaître que la couverture santé universelle et la sécurité sanitaire sont les deux faces de la même médaille et qu’il faut investir dans le renforcement des systèmes de santé partout. Il estimait à la même occasion qu’il fallait établir un financement pérenne du système de sécurité sanitaire mondiale pour prévenir, détecter et combattre les menaces.

En mars 2018, je m’étais fait le relais de ces préoccupations urgentes de l’OMS auprès du gouvernement français.

Plus précisément, je lui ai proposé que la France prenne des initiatives au niveau international, en relation avec une OMS pourvue de moyens suffisants, en vue de couvertures de santé qui permettraient à tous de bénéficier de soins et d’une surveillance de tous les instants avec pour objectif notamment d’anticiper le risque de pandémie. Je lui ai indiqué également qu’il était indispensable que la France soit au plus vite à l’initiative d’un débat et d’un projet de résolution traitant de ces sujets à la prochaine assemblée générale de l’ONU.

Je dois constater que  le gouvernement n’a pas répondu à la hauteur des enjeux.

Pourtant, quelques mois plus tard l’OMS avait également déclaré à l’occasion de l’assemblée mondiale de la santé, en mai 2018, vouloir mettre tous les pays au défi de prendre des mesures concrètes pour inscrire la couverture santé universelle dans la réalité.

Enfin, à l’Initiative Diplomatie et Santé le 24 septembre 2019 à New York, les nations participantes dont la France ont constaté que renforcer les systèmes nationaux de santé, à tous les niveaux, renforcerait la sécurité sanitaire internationale.

Or, que constatons-nous ? Que le Covid-19 met en lumière de manière flagrante le véritable massacre que subissent l’hôpital, la recherche et, plus largement, les services publics en France, en Europe et dans le monde, comme le dénoncent depuis nombre d’années les personnels concernés.

Il rend évident le désastre des délocalisations des productions y compris celles qui permettent de faire face à des urgences sanitaires comme celle d’aujourd’hui. Au sujet de la gestion de la crise nous constatons également avec horreur le « darwinisme social » d’un Boris Johnson, les agissements confus d’un Donald Trump et les récents propos vertigineux d’Agnès Buzyn. Malheureusement cette liste n’est pas exhaustive.

Force est de constater également et plus largement que la recherche du profit maximum qui caractérise le capitalisme aggrave les inégalités, met en danger notre environnement et affaiblit nos systèmes de protection sociale. Il tente de briser petit à petit les mécanismes de solidarité que les peuples lui avait arrachés au cours du siècle dernier comme le système des retraites par répartition en France. 

Son dépassement est nécessaire.

L’établissement d’une société dans laquelle la devise de la Sécurité Sociale « de chacun selon ses moyens à chacun selon ses besoins » s’étendrait progressivement à toute la société, est une urgence
civilisationnelle qu’il faudra mener à bien collectivement et démocratiquement après avoir surmonté l’urgence sanitaire actuelle.

Celle-ci nécessite de prendre des mesures d’urgence au niveau national, et  de multiplier, à chaque fois que ce sera possible, des actes de solidarité internationale comme ceux, par exemple, de la Chine en faveur de l’Italie. Cette approche sera d’autant plus nécessaire et urgente que le virus progressera dans des pays très faiblement pourvus de systèmes de santé, en situation de conflictualité et pourvus d’États affaiblis par les plans d’ajustement structurels comme c’est le cas notamment en Afrique et en Amérique Latine.

Bernie Sanders – Déclaration de la Présidence du PGE

Il y a 7 mois, le 4 mars 2020

Par Pierre Laurent

Je m’associe à cette déclaration de la Présidence du PGE :
« Bernie Sanders est le meilleur candidat pour les travailleur.ses et la planète, et il est le meilleur pour battre Donald Trump » – Heinz Bierbaum, Président du Parti de la gauche européenne

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Après ce « Super Tuesday », avec environ 40% des électeurs démocrates s’étant exprimés, la course à la nomination démocrate pour l’élection présidentielle se joue désormais entre Joe Biden et Bernie Sanders. Le choix pour les Etats-Unis comme pour le monde ne peut pas être plus clair.

Alors que les médias dominants, l’establishment démocrate et les 1% ont renforcé leur soutien à Biden, pour des millions de femmes et d’hommes engagé.es dans la plus puissante campagne populaire de l’histoire des Etats-Unis, Bernie Sanders est le meilleur candidat pour battre Donald Trump à l’élection présidentielle de novembre. Ce choix est corroboré par des dizaines de sondages montrant Sanders en position de gagner contre Trump avec une marge bien plus large que Biden, et porté par l’énergie et l’enthousiasme d’une jeune génération exigeant le changement politique réel. Ils et elles puisent de la force dans son rejet du financement de sa campagne par les pouvoirs de l’argent et son appel à une « révolution politique ».

La plateforme politique de Sanders promeut un système de santé, d’éducation, de logement et de petite enfance universel ; un « new deal vert » qui permettrait la conversion des USA à 100% d’énergies renouvelables, créerait 20 millions d’emplois pour construire des « infrastructures vertes » et engagerait 200 milliards de dollars pour le Fonds mondial pour le climat. Son engagement est de faire de la justice climatique et de l’alternative au libre-échange, plutôt que la finance et le militaire, les priorités de la politique étrangère des Etats-Unis.

Ce programme politique est un espoir pour le people des Etats-Unis, et pour tous les peuples du monde. Nous sommes convaincu.es que les mouvements progressistes de masse comme celui que soulève Bernie Sanders sont le seul moyen de battre Trump mais aussi le fléau des nationalismes de droite qui répandent la haine dans le monde.

Le Parti de la gauche européenne félicite le Sénateur Sanders pour les récentes victoires de sa campagne. En 2019, le PGE répondait à son appel pour « un front international progressiste » pour battre Trump et « le nouvel axe autoritaire ». Nous réaffirmons notre réponse positive et sommes prêts à travailler avec lui pour ensemble construire un monde basé sur la solidarité, la soutenabilité, l’égalité de genre et de race, la justice sociale, économique et climatique.