Projet de transformation de la gare du nord – Faire de la gare un espace civilisé de mouvement et de rencontre

Il y a 3 semaines, le 1 octobre 2019

Par Pierre Laurent

J’ai attiré  l’attention de M. le secrétaire d’État, auprès de la ministre de la transition écologique et solidaire, chargé des transports sur le projet de transformation de la gare du nord à Paris.

GARDONS LE CONTACT

La gare du nord est le principal pôle d’échanges de France et d’Europe où circulent plus de 700 000 voyageurs par jour dont 500 000 dans la gare souterraine pour le réseau express régional (RER) et le métro, ce qui représente plus de 200 millions de voyageurs chaque année. Elle est aussi le chef-d’œuvre de l’architecte Jacques Ignace Hittorff, qui l’a conçue en 1864 et elle figure à l’inventaire des monuments historiques. En 2001, une gare d’échanges vitrée nommée halles d’Hittorff a été ajoutée.

La grande plate-forme transversale et le hall du transilien se sont, au cours des années, remplis de kiosques commerciaux qui compriment l’espace réservé aux voyageurs. Le nouveau projet de la SNCF, associé au groupe Auchan via sa filiale immobilière Ceetrus, cherche à capter commercialement les 200 millions d’usagers de la gare par an. Ce projet renforcerait cette commercialisation au détriment des usages de cette gare en créant plus de 50 000 m2 de surfaces construites nouvelles, dont un centre commercial de 20 000 m2 et des bureaux. Avec un tel projet, l’accès direct aux quais pour les voyageurs franciliens, nationaux comme internationaux, tel qu’il se pratique aujourd’hui deviendrait impossible. Les promoteurs ne cachent pas que les distances à parcourir se trouveraient allongées pour les voyageurs, ce qui implique que les temps d’accès aux transports publics seraient aussi augmentés.

Ce projet prévoit également de raser « les halles d’Hittorff » moins de vingt ans après leur construction, ce qui serait un gâchis financier et architectural.

Un tel projet irait à l’encontre également du rééquilibrage nécessaire des activités dans Paris et dans l’espace de la métropole du Grand Paris.

Il induirait un fort risque de priver le pays d’un instrument essentiel de la desserte des sites olympiques, suite aux délais incompressibles d’enquêtes, de recours et des travaux eux-mêmes.

De nombreux acteurs et élus estiment que ce projet ne peut qu’avoir des conséquences négatives pour les usagers et estiment qu’il faut faire d’autres choix en vue de faire de cette gare du nord un espace civilisé de mouvement et de rencontre.

C’est pourquoi je lui ai demandé d’agir en faveur de l’arrêt de ce projet et d’un dialogue de tous les acteurs concernés, visant à mettre sur pied un projet pour satisfaire l’exigence légitime d’une amélioration de la mobilité au lieu de s’enferrer dans une logique surannée de mises en place de centres commerciaux qui ont pour seul objectif de satisfaire quelques intérêts privés au détriment de l’intérêt général.

Un jardin de Paris va porter le nom de Martha Desrumaux

Il y a 5 jours, le 18 octobre 2019

Par Pierre Laurent

C’est justice au regard de ce que fut son action personnelle, comme femme, militante, syndicaliste, résistante.

GARDONS LE CONTACT

Mesdames, Messieurs,
Cher·e·s ami·e·s,
Cher·e·s camarades,

Un jardin de Paris va porter le nom de Martha Desrumaux.

Sénateur de Paris, je tiens à faire part de ma gratitude à toutes celles et ceux qui ont œuvré pour que ce moment de reconnaissance puisse se tenir : Madame la maire de Paris, la majorité de gauche de la ville de Paris et le groupe communiste au sein de cette majorité.
Je salue également l’Association des amis de Martha Desrumaux, sa présidente Laurence Dubois, qui travaillent à mieux faire connaître cette grande figure du mouvement ouvrier français.
Sans oublier mon ami Pierre Outteryck qui, dans son combat pour la reconnaissance due à Martha, ne ménage ni sa peine ni son temps. Pierre y met tout son cœur et toute son âme, une passion qu’il conjugue avec la grande rigueur historique et scientifique qui est la sienne.

Que nous dit aujourd’hui Martha Desrumaux ? De cette histoire passionnante et foisonnante, je voudrais, en étant certes très incomplet, retenir 3 leçons.

Elle nous dit d’abord la place qu’a occupée la classe ouvrière dans les combats libérateurs de la France et dans toutes les conquêtes sociales du pays.

La classe ouvrière joua un rôle décisif en 1936 pour transformer la victoire électorale de la gauche en grandes conquêtes sociales et joua un rôle reconnu dans la Résistance à l’occupation nazie et la Libération. Cela explique le contenu du programme du Conseil national de la Résistance et les grandes réformes de la Libération, la Sécurité sociale et le statut des fonctionnaires, le droit de votre des femmes…
Martha, fer de lance des luttes ouvrières dans le textile ou les mines, négociatrice décisive dans les négociations pour l’augmentation des salaires en 1936, fut au cœur de ces enjeux, elle y joua un rôle de premier plan. Ce rôle lui valu d’être élue en 1945, à son retour du camp de concentration de Ravensbruck, dans l’Assemblée constituante provisoire créée par le général de Gaulle, au titre, avec 16 autres de ses compagnons, de représentante des déporté·e·s.

Elle fut donc, à ce titre, parmi les premières femmes parlementaires et joua un rôle là aussi décisif pour l’obtention, à cette période, du droit de vote pour les femmes.

A l’époque où nous vivons, où le Parlement européen vote une motion révisionniste réécrivant l’histoire de la seconde guerre mondiale et des responsabilités dans son éclatement, il est urgent de faire connaître ce que fut, l’apport de Martha, l’apport des communistes comme de l’ensemble de la classe ouvrière, qui, comme l’a écrit François Mauriac, fut la seule classe sociale, à « rester fidèle à la nation ».

Ce que nous dit Martha, c’est l’urgence aujourd’hui des combats pour la paix, pour les droits de tous les peuples à l’émancipation, pour des relations internationales construites sur d’autres logiques que les logiques de domination néocoloniales.
Femme éprise de paix, impliquée dans les combats antimilitaristes, anticolonialistes, antifascistes de son époque, elle nous dit qu’au 21e siècle plus aucun peuple, qu’il soit Kurde, Palestinien, Sahraoui, etc. ne doit s’entendre dire : « vous n’êtes rien ».

Tous les peuples ont droit à la fois à l’existence, à des droits, à la dignité. Nous sommes toujours dans les traces et dans la lumière que nous a léguées Martha Desrumaux.

Ce que nous dit Martha, première parlementaire femme du pays, c’est l’urgence du combat acharné à mener pour l’égalité hommes-femmes.

Ce qui est à l’ordre du jour est la construction d’une société non violence pour les femmes, les enfants et bien sûr les hommes.

Françoise Héritier a écrit récemment : « Il est important que les deux sexes travaillent ensemble à changer ce système, l’oppression et la dévalorisation du féminin n’étant pas nécessairement à long terme un gain pour le masculin et pour l’humanité ».

Je ne sais si elle pensait à Martha, mais ces quelques mots résument ce que fut le sens de son combat.

Mesdames, Messieurs, cher·e·s ami·e·s, cher·e·s camarades,

Martha a adhéré au Parti communiste français dès le lendemain du congrès de Tours. Son parti, qui va fêter ses 100 ans tout au long de l’année 2020, est fier d’avoir compté dans ses rangs une si grande dame.

Martha est des nôtres, mais elle appartient à la communauté nationale, à l’esprit des Lumières, à l’histoire progressiste de notre pays. Elle est celle qui, pour plagier Victor Hugo, a su dire à tous ceux qui profitaient de la nuit qu’il y a « une grande puissance, l’aurore, et que l’aube ne peut être vaincue ».

Je l’ai écrit récemment à l’Association des amis de Martha et je le renouvelle aujourd’hui publiquement, vous pouvez compter sur ma disponibilité et mon soutien pour que la France, qui lui doit tant, reconnaisse, en l’accueillant au Panthéon, ce que fut son combat et le sens qu’elle a su donner à sa vie, pour la liberté, l’égalité, la Fraternité.

Adhésion de la Macédoine du Nord à l’OTAN. De quoi s’agit-il ?

Il y a 6 jours, le 17 octobre 2019

Par Pierre Laurent

L’adhésion d’un 30e pays à l’OTAN est dangereusement anachronique. Elle torpille toute velléité d’une réflexion indépendante sur un nouveau système de sécurité collective en Europe.

GARDONS LE CONTACT

Monsieur le Président,
Monsieur le Ministre,
Monsieur le rapporteur,
Mes chers collègues,

Pour commencer, je veux remercier le président de la Commission, Christian Cambon, d’avoir demandé l’inscription en séance publique de ce débat sur la ratification de la convention d’adhésion de la Macédoine du Nord à l’OTAN. C’est en effet un sujet d’importance qui mérite de ne pas être expédié sans réflexion.

De quoi s’agit-il ? De sécurité régionale, nous diront les partisans de cette adhésion. Permettez-nous d’en douter. L’adhésion de la Macédoine du Nord à l’OTAN est un processus entamé en 1995, quand les Etats-Unis décident de pousser l’intégration dans l’OTAN de tous les pays des Balkans issus de l’éclatement de l’ex-Yougoslavie et de la guerre qui a ensanglanté la région. En vérité les Etats-Unis décident alors d’entreprendre ce qu’ils appellent encore aujourd’hui l’extension de la ligne de front de l’OTAN vers la Russie. Cela concerne les Balkans, et tous les pays de l’Est de l’Europe jusqu’à l’Ukraine. En 2003, était signé le Pacte USA-Adriatique qui poussait les feux de ce projet et constitue jusqu’à aujourd’hui le motif premier de cette adhésion. C’est ce projet qui marque un nouveau progrès si nous ratifions aujourd’hui cette adhésion. Les motifs ne relèvent donc pas d’abord d’un projet partagé de sécurité régionale, mais bien de l’accélération du processus d’élargissement de l’OTAN vers l’Est de l’Europe sous impulsion américaine.

Il y a presque trois ans, notre chambre débattait de l’adhésion du Monténégro à l’OTAN intervenue en 2017. Cohérent, notre groupe soulignait déjà les dangers de cette militarisation atlantiste de la zone balkanique, qui loin de la placer en meilleure sécurité, en fait au contraire un carrefour stratégique du commerce et du trafic des armes entre l’Europe et les zones de conflit moyen-orientales.

Cette adhésion aura sa contrepartie, exigée des pays membres de l’OTAN : augmenter les dépenses militaires de la Macédoine du Nord à 2 % du PIB du pays, contre 1,35 % aujourd’hui. Les dépenses militaires du Monténégro ont elles déjà grimper de près de 25 % en trois ans de 56 millions d’euros à 71 millions d’euros. Est-ce cela dont ces pays ont un urgent besoin ? Selon l’Organisation internationale du travail, la pauvreté touche 41 % de la population du pays.

Le comble est que cette intégration à l’OTAN ne semble en rien être le prélude à une intégration à l’Union européenne. Les mêmes qui poussent les pays balkaniques à entrer dans l’organisation militaire atlantique sont les premiers à repousser aux calendres grecques l’intégration économique et politique de ces pays. Dès lors, ceux là ne peuvent même pas nous expliquer qu’il s’agit de jetre les bases d’un futur de système de défense européen, puisque la Macédoine du Nord est soignesuement gardée dans l’antichambre de l’Union, une antichambre sans espoir de sortie à court ou moyen terme.

Dès lors, quel est le sens de cette adhésion, qui sonnera comme une victoire pour les Etats-Unis au moment même où les Etats-Unis et leurs alliés turcs, également très actifs dans la région balkanique, viennent de provoquer une crise majeure de l’OTAN, en tournant le dos à leurs alliés européens de la coalition en Syrie et en lançant une offensive condamnée par nous tous contre les Kurdes ?

L’adhésion d’un 30ème pays à l’OTAN est dangereusement anachronique. Elle torpille toute vélléïté d’une réflexion indépendante sur un nouveau système de sécurité collective en Europe. Elle tourne le dos aux autres modèles de coopération nécessaires, affaiblit le rôle de l’ONU au profit d’un système aligné, désuet et dangereusement miné par les contradictions entre ses principaux contributeurs. Nous devrions parler avec la Russie. Cette adhésion fera monter la tension. Comme le rappelle le Président de la République fédérale allemand, « celui qui croit augmenter le niveau de la sécurité avec des parades de chars sur le front Est de l’Alliance se trompe ». Et c’est pourtant l’objectif sans cesse énoncé par le secrétaire général de l’Alliance. Il faut cesser d’urgence la course à la confrontation dans laquelle l’OTAN joue un rôle de premier plan, comme le montre son rôle de plus en plus contestable dans les récentes crises et conflits internationaux. Et tout au contraire relancer d’urgence l’initiative d’une nouvelle conférence pan-européenne sur la sécurité collective du continent.

L’OTAN n’a pas besoin d’un 30ème adhérent, mais d’un débat parlementaire en urgence, dans lequel nous, parlementaires français, prenons le temps d’évaluer le sens de cette Alliance, et notre rôle au sein de son commandement intégré. Arrêtons la machine infernale de l’escalade militaire qui s’est remise en route au plan mondial et pensons d’autres systèmes de sécurité du XXIème siècle avant qu’il ne soit trop tard.

Vous l’aurez compris, nous voterons contre cette ratification et notre vote est un appel à reprendre d’urgence notre destin en main, loin des visées bellicistes dans lesquelles sinon la France et l’Europe risquent d’être toujours plus entraînées.

Circonstances de l’assassinat de deux journalistes en 2013 – Une levée complète du secret-défense est nécessaire

Il y a 7 jours, le 16 octobre 2019

Par Pierre Laurent

J’ai  attiré l’attention de Mme la ministre des armées sur les circonstances de l’assassinat de deux envoyés spéciaux de Radio France internationale (RFI) le 2 novembre 2013 près de Kidal.

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Cet assassinat odieux a été revendiqué par Al-Qaïda au Maghreb islamique (AQMI), une organisation terroriste.

Sur la base de nombreux témoignages, nombre d’acteurs et de journalistes interrogent la version officielle du déroulé des opérations françaises menées après l’enlèvement.

Contrairement à celle-ci, ils affirment notamment que les forces spéciales françaises ont poursuivi les ravisseurs. Ils s’interrogent également sur le profil d’un des membres présumés du commando responsable de l’enlèvement suivi de l’assassinat des envoyés spéciaux de RFI. Un document auquel ont eu accès ces journalistes donne à penser que cette personne a pu être recrutée par un service de renseignement français.

Les juges d’instruction en charge de l’affaire ont obtenu la déclassification de centaines de pages d’archives de la direction du renseignement militaire (DRM) et de la direction générale de la sécurité extérieure (DGSE) mais dans ces documents des pages et des passages entiers manquent ou sont barrés et donc illisibles. De ce fait ces documents sont pour la plus grande partie inutilisables.

Pour toutes ces raisons, je lui ai demandé ce que l’État compte faire en vue d’une levée complète du secret-défense concernant tous les documents ayant trait à cette affaire et qui permettraient à la justice de faire la lumière sur le déroulé exact de cet assassinat.

ÉRADIQUER LA PAUVRETÉ EN FRANCE PAR UN CHOC DE SOLIDARITÉ

Il y a 7 jours, le

Par Pierre Laurent

Nous avons demandé à Florent Guéguen Directeur de la fédération des acteurs de la solidarité (FNARS) de travailler avec nous sur 12 propositions pour éradiquer la Pauvreté. Voici ce travail.

GARDONS LE CONTACT

Avec près de 9 millions de personnes vivant en dessous du seuil de pauvreté (soit 14 % de la population), 4 millions de mal-logés et 2,5 millions de chômeurs de longue durée, c’est tout une partie du pays qui se sent exclue des effets de la croissance économique, de la reprise de l’emploi et de la mondialisation. Si notre système de protection sociale a partiellement joué son rôle d’amortisseur face à la crise financière et économique, il n’a pas permis d’endiguer la pauvreté qui touche un Français sur 7 avec 1 million de personnes supplémentaires vivant avec moins de 1000 euros par mois depuis 2008- et la diversification des situations de précarité. Aux inégalités de ressources, de patrimoine et d’accès aux biens essentiels (éducation et formation, emploi, logement, soins, culture) qui perdurent, s’ajoute la fragilisation d’une partie de la population (jeunes décrocheurs, familles monoparentales, chômeurs sans qualification…) la plus exposée au risque d’exclusion.

Des décisions gouvernementales qui aggravent la situation des plus fragiles : Depuis l’été 2017, une succession de mesures gouvernementales ont dégradé la situation des ménages pauvres ou modestes :
– La réduction drastique du nombre de contrats aidés (suppression de 200 000 emplois depuis 2017) qui permettent une reprise d’emploi des personnes en difficulté dans les associations et collectivités locales autour d’activité d’intérêt général. Une mesure qui frappe en premier lieu les quartiers populaires.

– La réduction des APL (-5 euros) qui diminue le pouvoir d’achat des plus modestes et d’une partie des classes moyennes et aggrave le risque d’endettement locatif. La saignée sur les APL continue en 2020 avec une nouvelle ponction d’1,3 milliards inscrite dans la loi de finances, qui va pénaliser les jeunes actifs.

– La désindexation de plusieurs prestations sociales (APL, Allocations familiales, pensions) décidée dans la loi de finances 2019 qui n’augmentent plus avec l’inflation, occasionnant une baisse du pouvoir d’achat d’une partie de la population la plus modeste

– la ponction de 3 milliards d’€ entre 2018 et 2020 sur le budget des offices HLM qui contraint les bailleurs à revoir à la baisse la production de logement sociaux et très sociaux quand le pays compte 140 000 personnes sans domicile fixe (INSEE 2012) et 2 millions de ménages en attente d’un logement social.

– Un plan d’économie sur les centres d’hébergement et de réinsertion sociale (CHRS) avec une première coupe de 20 millions en 2018 occasionnant des réductions de l’aide alimentaire et de l’accompagnement des personnes hébergées et des licenciements dans les associations.

– Une réforme de l’assurance chômage d’une brutalité inouïe qui se met en œuvre à partir du 1er novembre 2019 et qui va pénaliser 40 % des chômeurs indemnisés avec des ruptures d’allocations, des baisses de montant et des durées d’indemnisation réduites. Ces mesures qui vont toucher les travailleurs les plus précaires et provoquer le basculement de plusieurs centaines de milliers de personnes dans les minima sociaux.

La philosophie de ces mesures repose sur des postulats néolibéraux traditionnels : primat de la réussite individuelle sur les protections collectives, personnes pauvres « responsables de leur situation », priorité à la diminution de la dépense publique et à une gestion strictement comptable des politiques de solidarité sans mesure de l’impact social, pilotage verticale et autoritaire des politiques de solidarité créant un climat de défiance avec les corps intermédiaires. A cette brutalité, s’ajoute une remise en cause de la solidarité à l’égard des personnes migrantes, exilées et refugiées qui fuient la misère, la guerre ou la répression, avec un durcissement- sans précédent depuis la Libération- des politiques migratoires visant à « trier » les migrants dans l’hébergement (circulaire Collomb du 12 décembre 2017, circulaire du 4 juillet visant à recenser les demandeurs d’asile dans les centres d’accueil des personnes SDF), à restreindre les droits à la procédure d’asile ( PJL asile et immigration : réduction des délais de recours devant la CNDA, fin des recours suspensif…) ou à augmenter les mesures de rétention et d’éloignement (doublement de la durée de rétention administrative, rétention des personnes sous statut Dublin, assignation à résidence dans les centres d’hébergement….). Ce durcissement s’exerce aussi à l’égard des actions de solidarité menées par les associations et citoyens solidaires (exactions à Calais, délit de solidarité…) tout en entrainant une reconstitution des campements indignes (3000 personnes dans l’est parisien, 2000 personnes dans la métropole nantaise, 3000 personnes sur Toulouse…).

L’annonce en septembre 2018 d’une stratégie nationale de lutte contre la pauvreté des jeunes et des familles a permis quelques avancées en faveur des enfants en difficulté (accueil en crèche, accès cantines et petits déjeuners, soutien aux jeunes sortant de l’aide sociale à l’enfance ect…) mais n’est pas de nature à éradiquer la pauvreté.

Réagir face au sentiment d’abandon d’une partie de la population :
Les difficultés quotidiennes d’accès à l’emploi, au logement, aux droits sociaux pour des millions de personnes mais aussi l’angoisse face à l’échec scolaire ont renforcé la désespérance sociale d’une partie de la population qui se sent légitimement exclue de la mondialisation, de la croissance et des progrès technologiques dont les bienfaits seraient captés par une élite urbaine et culturellement favorisée. La désindustrialisation et l’affaiblissement des services publics sur certains territoires, le logement trop souvent inaccessible dans les grandes métropoles, l’incapacité du système scolaire à corriger les inégalités socio-culturelles alimentent ce sentiment d’abandon, de déclassement d’une partie de l’opinion, souvent issue des classes populaires ou moyenne, qui ne croit plus à l’ascension sociale et vit dans la crainte de l’exclusion. Cette société duale est une menace pour la démocratie, la cohésion sociale et le pacte républicain. Elle est une source de division du corps social et d’opposition « malsaine » entre les personnes pauvres, précaires et salariés modestes.

S’opposer à la stigmatisation des plus fragiles, redonner du pouvoir d’agir aux personnes :
Dans ce contexte anxiogène, la solidarité est un atout, notre bien commun le plus précieux. Elle est pourtant menacée par des réactions de rejets de l’autre, de « pauvrophobie » qui se traduisent par exemple par des oppositions à des projets d’ouverture de structures d’accueil ou de logements sociaux et des arrêtés anti –mendicité à l’approche des élections municipales . La tentation du « séparatisme social » est un danger mortifère pour la République et la cohésion sociale : il faut la combattre. Les politiques de solidarité sont trop souvent décriées à travers des discours de stigmatisation des plus fragiles, qui font porter la responsabilité de la précarité sur la personne elle-même, qui contestent la légitimité des politiques sociales et leur efficacité. Certains évoquent les problèmes financiers, la lutte contre l’assistanat, la fraude sociale, l’arrivée des migrants et la concurrence entre les publics. La décision récente de renforcer le contrôle des chômeurs, présentés comme ne faisant pas les efforts nécessaires pour retrouver un emploi, tout en réduisant leur indemnisation, participe à la stigmatisation des précaires tenus « responsables de leur situation ». Pourtant seul un chômeur sur 2 perçoit l’allocation chômage pour un montant moyen d’environ 1100 euros/mois selon l’UNEDIC. Ces campagnes de discrimination à l’encontre des précaires ont pour effet d’accroitre le non recours aux droits sociaux : 30 % des personnes ayant droit au RSA ne le demandent pas, 25 % pour la CMUC. Le refus de soins se développe également (médecins généralistes ou spécialistes refusant les personnes à la CMUC ou à l’AME), ce qui a amené plusieurs associations à saisir le défenseur des droits et le conseil de l’ordre pour que ces pratiques soient sanctionnées. Les associations d’action sociale s’efforcent d’être un rempart quotidien contre la tentation du repli identitaire et du rejet des plus fragiles. Elles doivent s’appuyer sur les capacités d’action et d’innovation des citoyens, sur les richesses des territoires, sur les valeurs de solidarité et de fraternité qui s’exprime à travers des projets concrets d’accueil et d’accompagnement solidaire. Elles doivent mobiliser le pouvoir d’agir des personnes pour combattre les discriminations et soutenir la participation des plus fragiles aux politiques publiques.. Être le lobby des plus fragiles, s’organiser pour peser sur les décisions publiques, développer l’innovation sociale sur les territoires, telle est la responsabilité du mouvement associatif qui doit pouvoir compter sur le soutien et l’alliance des forces politiques et syndicales progressistes.

Réintroduire la solidarité au centre des politiques publiques :
Nous devons convaincre le plus grand nombre que la solidarité est un investissement collectif nécessaire pour une société plus cohésive, plus égalitaire, plus ouverte, plus accueillante. Elle est nécessaire à la préservation du « vivre ensemble » et donne une traduction concrète au désir d’engagement pour les autres qui restent fort dans la population, notamment chez les jeunes.

Relancer les politiques de solidarité suppose donc de s’appuyer sur la société civile, sur la capacité de mobilisation, d’interpellation et d’innovation des associations pour redonner un espoir aux plus fragiles et répondre aux inquiétudes. Ce projet de solidarité ne peut être mené dans le seul cadre national. L’Union Européenne doit prendre ses responsabilités en définissant des règles communes « par le haut », sur la protection sociale, le revenu minimum, les services sociaux d’intérêt généraux ou encore l’accueil des demandeurs d’asile pour éviter le dumping social et la concurrence des systèmes sociaux. La solidarité doit aussi et surtout être repensée comme un investissement économique, social et sociétal qui créé du bien-être et de la croissance pour tous. Ce n’est pas une charge pour éviter le pire mais le moyen de réparer les fractures sociales et territoriales, C’est la construction d’une société ouverte ou chacun trouve sa place et peut développer son projet de vie. Cet investissement prend du temps, ses effets ne sont pas immédiats, il nécessite une vision prospective, déconnectée des contingences politiques, médiatiques, et budgétaires immédiates, selon une logique d’investissement social et de développement durable.

Engager des réformes structurelles pour éradiquer la pauvreté :
Le renforcement de notre modèle social ne se fera pas sans réformes structurelles des politiques de solidarité qui répondent à plusieurs enjeux : la diversification des publics touchés par la précarité, notamment les jeunes et les familles, la dégradation du marché du travail et l’augmentation du chômage de longue durée, la pénurie de logements abordable dans les grandes agglomérations ou encore l’accueil digne des demandeurs d’asile.

Dans le cadre de la concertation proposée par le gouvernement pour une stratégie de lutte contre la pauvreté des enfants, des jeunes et des familles, le collectif Alerte qui regroupe les principales associations nationales de lutte contre l’exclusion a défendu 12 PROPOSITIONS :

1. Un droit formel à un accueil de tous les enfants de moins de 3 ans
Pour lutter contre la reproduction des inégalités, chaque enfant doit pouvoir bénéficier d’un accueil de qualité collectif ou individuel, intégrant des actions d’accès à la culture, au savoir et au développement cognitif. Ces actions intégreront également un volet d’accompagnement des parents par un soutien à la parentalité.

2. Améliorer l’accompagnement des familles notamment en santé
Il est nécessaire de développer l’accompagnement des parents, notamment via la création systématique d’« espaces parents » dans les établissements scolaires des territoires en difficultés ou le renforcement des dispositifs de prévention des ruptures comme la médiation familiale ou les espaces de rencontre. L’accompagnement des familles pour suivre la santé de leurs enfants est déterminant et passe par un renforcement des moyens de la médecine en milieu scolaire et de la protection maternelle infantile (PMI) afin que chaque famille puisse accéder effectivement à la prévention en santé et aux soins.

3. Aucune famille, aucun enfant sans solution de logement digne
Il convient de fixer des objectifs de développement de l’offre de logements à loyers accessibles, par le vote d’une loi de programmation financière pluriannuelle prévoyant 60 000 logements en Prêt Locatif Aidé d’Intégration (soit un doublement du niveau actuel de production du logement très social) et 50 000 logements dans le parc privé à vocation sociale par an. Il est également nécessaire de soutenir l’accès au logement des ménages précaires par l’augmentation des Aides Personnelles au logement (à minima la suppression de la baisse des – 5 euros et réindexation sur l’inflation), la mise en place d’une Garantie universelle des loyers et la mise en œuvre de l’encadrement des loyers prévu par la loi ALUR. Enfin, la prévention des ruptures (sortie d’institutions – prison, hôpital, aide sociale à l’enfance, expulsions locatives, expulsions de terrain) doit être significativement renforcée.

4. Ne laisser personnes à la rue ou dans des conditions indignes d’hébergement, résorber les campements
Le gouvernement a réalisé 20 millions d’euros d’économies sur les CHRS en 2018, alors qu’il continue d’augmenter les budgets de l’urgence et de l’hôtel, particulièrement en période hivernale. Il privilégie donc des solutions court-termistes de faible qualité qui ne facilitent pas l’insertion future des personnes sans-abri, a fortiori pour les étrangers alimentant le risque d’augmentation de personnes à la rue ou dans des conditions indignes (campements). ALERTE demande donc d’annuler les mesures d’économies sur les CHRS, de garantir l’accueil inconditionnel dans ces structures et de pérenniser les places de qualité créées chaque hiver. Alors que près de 100 000 demandeurs d’asile ne sont pas hébergés dans le dispositif national d’accueil, les associations demandent la création de 30 000 places d’hébergement en Centre d’accueil pour demandeurs d’asile (CADA) afin de proposer une solution à toutes les personnes qui demandent la protection de la France.

5. Des régularisations pour sortir les familles de la précarité
La régularisation des ménages présents depuis plus de 2 ans, « non expulsables » pour des raisons humanitaires, familiales ou administratives est indispensable. Par ailleurs il est nécessaire de simplifier le parcours administratif pour l’obtention des autorisations de travail dès 3 mois, pour les demandeurs d’asile ainsi que des cours de français accessibles à tous les étrangers primo-arrivants

6. La création d’un revenu minimum décent
Le collectif propose de fusionner les minima sociaux pour créer un revenu minimum décent d’environ 850 euros par mois, allocation différentielle. Dans l’attente de cette réforme, Alerte demande une revalorisation immédiate du RSA et pour les familles fragiles des ressources complémentaires, et son ouverture aux jeunes dès 18 ans. Les personnes les plus précaires doivent pouvoir obtenir un accompagnement de qualité pour pouvoir sortir de la pauvreté. Dans ce cadre, l’Etat doit assurer en intégralité le financement du RSA, en contrepartie d’engagements des conseils départementaux à mener une réelle politique d’insertion en proposant à toutes-s un accompagnement social et une insertion professionnelle.

7. Faire de la lutte contre le non recours aux droits sociaux une priorité absolue
Les caisses et organismes versant des prestations sociales doivent se voir fixer par l’Etat des objectifs de lutte contre le non recours et être incités à les atteindre par un mécanisme financier de « bonus/malus ».. Parallèlement il faut progresser vers l’attribution automatique des prestations sociales et ce tout particulièrement en profitant de la mise en place en 2019 de l’impôt à la source. Puisque l’accès aux droits est plus large que l’accès aux prestations monétaires, il faut lancer une expérimentation « territoires 0 non recours » visant la coordination des acteurs pour une meilleure information des personnes sur les droits et accompagnements dont elles disposent. Les Points Conseil Budget en font une préfiguration.

8. Aucun jeune sans ressource, ni accompagnement ni formation
Tout jeune dès 18 ans doit pouvoir accéder à un parcours combinant : l’accès au RSA comme garantie de ressources, un accompagnement adapté à ses besoins et l’accès à des situations d’emploi et de formation. Contrairement à la Garantie Jeunes actuelle, ce nouveau parcours ne doit pas avoir de limitation de durée ni d’enveloppe contrainte pour ne laisser aucun jeune sans solution et ressource. Il doit devenir le droit commun du parcours d’insertion des jeunes.

9. Développer massivement l’offre d’emploi et de formation accessible aux personnes les plus éloignées de l’emploi
Il faut doubler le nombre d’emplois dans le champ de l’insertion par l’activité économique (+130 000) en ciblant prioritairement les territoires subissant une disparition des emplois peu qualifiés. Il faut également garantir leur accès au financement spécifique de la formation professionnelle pour permettre la réalisation du tryptique accompagnement/emploi/formation nécessaire au retour à l’autonomie des personnes.

10. Un accès réel aux soins de tous, sans obstacles
Le collectif demande de fusionner l’Aide médicale d’Etat (AME) et la Protection Universelle Maladie (PUMA) dans une protection maladie réellement inclusive. Il demande également de simplifier les démarches pour obtenir la couverture maladie universelle (CMU C- PUMA) avec par exemple un accès automatique lors de l’ouverture des droits au RSA. Il faut aussi permettre l’accès physique aux soins en développant les permanences d’accès aux soins de santé (PASS), et des postes de médiateurs santé pour aller vers les personnes qui ont renoncé à se soigner. Enfin pour l’accès aux soins de tous il est indispensable de généraliser le tiers payant. Les associations demandent également la réaffirmation d’un accès inconditionnel aux soins des étrangers malades au moment où ce principe, pilier de la protection sociale, est remis en cause.

11. La garantie d’un accès digne à l’alimentation
Lutter contre la précarité alimentaire passera par des plans territoriaux de l’alimentation associant tous les acteurs de la filière pour lutter contre les « déserts alimentaires », et pour un accès à la cantine scolaire pour tous (impliquant la gratuité pour les ménages vivant en dessous du seuil de pauvreté) afin que les enfants aient accès à une alimentation de qualité au moins une fois par jour.

12. Une gouvernance territoriale concertée et coordonnée
Le Conseil national des politiques de lutte contre la pauvreté et l’exclusion sociale (CNLE) doit devenir une véritable instance de coordination et de pilotage des politiques de lutte contre la pauvreté associant l’Etat, les collectivités locales, les associations et les personnes en précarité. Au niveau départemental, une instance similaire doit être mise en place pour piloter la mise en œuvre territoriale de la stratégie de prévention et de lutte contre la pauvreté sur la base d’une contractualisation respectant les compétences de chacun.

Pompiers : le droit à la reconnaissance de la Nation

Il y a 1 semaine, le 14 octobre 2019

Par Pierre Laurent

Demain, mardi 15 octobre, je serai, dans les rues de Paris, aux côtés des pompiers. Parce que la santé, la sécurité, le respect de la vie humaine n’ont pas de prix.

GARDONS LE CONTACT

Les pompiers ont droit à la reconnaissance de la nation. C’est pour cette raison que leur intersyndicale a engagé une lutte dès le début de l’été. Face à l’absence de considération du ministre Castaner, ils ont décidé de prolonger leur action pendant deux mois, jusqu’à fin octobre, avec une manifestation Nationale programmée mardi prochain, de République à Nation.

L’intérêt général et le service public sont au cœur de leurs revendications. Comme dans d’autres services publics ils prennent de plein fouet les logiques d’austérité et de restrictions budgétaires. Avec cette particularité : à mesure que les urgences se saturent, que les campagnes se désertifient par l’absence de services et de médecins, leurs conditions de travail s’intensifient et se dégradent ; je ne citerai qu’ un seul chiffre : en 10 ans, ils ont enregistré une augmentation de leurs interventions qui s’élève à plus d’1 million, sans augmentation des effectifs ni des salaires ou des primes, qui n’ont pas évolué depuis 1990. Et ils ont, légitimement, les plus vives inquiétudes sur le projet de réforme des retraites que cherche à nous imposer Macron.

Les conséquences sont évidentes : ce sont des conditions et une durée de travail qui deviennent insupportables, des missions de plus en plus dures, tant pour les pompiers professionnels que volontaires qui, pour ces derniers, ne sont pas reconnus comme travailleurs et doivent enchaîner leur mission après leur journée de travail.

Plus grave encore, l’intensification de leurs missions et la nature même de ces missions, les exposent toujours davantage à des risques pour leur propre santé, notamment l’exposition à la toxicité des fumées auxquelles ils sont quotidiennement confrontés.

Ces risques pour eux mêmes ne sont aujourd’hui pas reconnus, aucun moyen supplémentaire n’est dégagé pour leur assurer une meilleure protection, aucune revalorisation envisagée de ce que l’on appelle « la prime de feu » : ils se heurtent au mépris d’un gouvernement qui ne connaît pas d’autre loi que celle de l’austérité, qui enfreint même les lois européennes en la matière.

Pour ma part, je n’accepte pas la société que l’on nous bâtit ainsi, que l’on nous détruit plutôt. Le dévouement des pompiers pour sauver des vies ne doit pas se faire au détriment de leur propre santé, de leur propre vie.

Il est urgent aujourd’hui de répondre à leurs légitimes revendications mais aussi de revoir l’ensemble du système de santé. Les député·e·s communistes vont déposer, à la suite du tour de France des hôpitaux qu’ils ont conduit, un projet de loi « mesures d’urgence pour la santé et les hôpitaux ».

Il y a dans ce combat des convergences possibles entre pompiers, salarié·e·s et personnels des urgences, citoyen·ne·s.

Ces convergences diront demain, dans les rues de la capitale, la société humaine, juste et solidaire dans laquelle nous voulons vivre.

Femmes engagées et récompensées !

Il y a 2 semaines, le 10 octobre 2019

Par Pierre Laurent

Très fier d’être avec Ernestine Ronai et Hadja Idrissa Bah, qui reçoivent le 1er prix de la délégation des droits des femmes du Sénat pour leurs engagements contre les violences faites aux femmes et pour leurs droits.

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