09 Déc 2015

Laïcité – 100e anniversaire – (Pierre Laurent)

 

En ce jour du centième anniversaire de la laïcité, je veux rappeler combien la laïcité est une valeur vivante, essentielle au projet de société que la gauche doit reconstruire face à toutes les menaces qui pèsent sur l’avenir de notre République.
Il ne s’agit pas de célébrer formellement une fois l’an, ni de célébrer pour solde de tout compte le 110ème anniversaire de la Loi de séparation des Églises et de l’État.
Si la France d’aujourd’hui n’est plus celle de 1905, les principes qui sont au cœur de la laïcité, telle qu’elle a été pensée en 1905, restent fondateurs pour l’avenir. Notre société est plurielle, cosmopolite, construite sur la diversité des apports des migrations du XXème siècle et en mouvement. Le défi de la laïcité doit aujourd’hui être relevé dans les conditions de la France de 2015, en refusant sa dénaturation.
Le principe de la laïcité est aujourd’hui mis gravement en cause par l’extrême droite et une partie de la droite qui ressassent ad nauseam des discours sur l’identité française et son prétendu héritage chrétien, voire catholique, pour créer des citoyens de second «rang», ainsi que l’a déclaré très clairement .
Marion Maréchal Le Pen voici quelques jours.

Contre la tentation de faire de la laïcité l’arme de la défense de cette identité fantasmée, pour en exclure les musulmans, les juifs, les autres… tou-te-s les républicain-e-s doivent réaffirmer que la Laïcité c’est tout à fois la liberté, l’égalité et la fraternité !
La liberté parce qu’elle garantit à chacun-e le droit de croire, le droit de ne pas croire et le droit de changer de croyances et de religion.
L’égalité parce que chaque Français-e est un-e citoyen-ne avec les mêmes droits quelles que soient ses origines et ses appartenances religieuses éventuelles. La neutralité de l’État et l’émancipation de la Loi civile de la loi religieuse, portées par la loi de 1905, en sont les outils.
La fraternité parce qu’elle reconnaît l’individu et en même temps qu’elle affirme un projet commun.
La laïcité fait de la sphère publique le lieu de la construction de notre commun par la raison, l’argumentation, la connaissance et le dialogue démocratique.
Elle est aussi en cela un outil de l’égalité entre les femmes et les hommes en donnant aux jeunes filles et aux femmesle même droit à exister dans l’espace public, les mêmes droits à la connaissance, à la culture, aux loisirs, à la liberté…
Le risque est grand aujourd’hui, y compris à gauche, de tomber dans le piège d’une laïcité cantonnée à un discours sur la religion, réduisant l’individu à la seule identité religieuse, ce qui alimente les communautarismes.
Nous avons perdu l’habitude de parler vraiment de la laïcité, de lui donner tout son sens, d’en faire vivre toute la richesse et d’en faire partager les bienfaits aussi bien individuels que sociaux…
Les tensions de la société française et les temps troublés que nous vivons, nous appellent à un travail audacieux pour nous collectivement ressaisir de ce principe et en comprendre les nouveaux enjeux. C’est une condition essentielle pour réinvestir le projet républicain et reconstruire notre vivre ensemble. C’est la responsabilité historique et impérieuse de la gauche.
En 1905, Jean Jaurès disait de la laïcité qu’elle était « la fin des réprouvés », parce qu’elle est garante de l’égale dignité des personnes et des citoyens. Ce combat est plus que jamais d’une brûlante actualité.

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