La conjoncture mondiale, l’Europe et la situation de la France

Il y a 4 mois, le 10 juillet 2019

Par Pierre Laurent

Dans un monde marqué par de profonds et rapides bouleversements, l’Europe et la France traversent une période de crises aigües et de déstabilisations politiques. Entre résistances sociales, luttes pour un nouveau modèle de développement social et écologique, et aggravation des dérives politiques ultra-réactionnaires, l’avenir est incertain. Mais l’avantage est pour l’heure en Europe aux forces libérales et réactionnaires.

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Discours prononcé le 6 juin 2019

1. Crises et bouleversement du monde
La situation internationale est marquée par une forte accélération des mutations du monde, sous l’effet cumulé de crises majeures (crise du système capitaliste financiarisé mondialisé, inégalités de développement explosives, crises politiques et montée de populismes anti-démocratiques et régressifs…), de défis inédits qui ne pourront être relevés sans changements essentiels du type de mondialisation ( changement climatique et défi de transition écologique, révolution numérique, nouveaux besoins pour le développement humain liés à l’émergence de régions entières de la planète, migrations et interdépendances nées de la mondialisation …), et de la montée de périls nouveaux (guerres commerciales, conflits armés, terrorisme sur fond de crises des dominations capitalistes, relance de la course aux armements…).

Répondre à ces crises et à ces défis inédits appelle des changements profonds dans tous les domaines vers un nouveau type de développement de l’humanité. Un développement moins inégalitaire, plus solidaire et moins concurrentiel, avec moins de gâchis humains et matériels et plus de ressources consacrées au développement des humains, et à la protection des biens communs et de la planète. Cela appelle également une autre gouvernance du monde, plus respectueuse des peuples, des nations et de leur souveraineté, un nouvel ordre économique et financier avec plus de partage et de mise en commun dans le respect mutuel, et avec des institutions internationales multilatérales relancées et repensées au service de la justice et de la paix humaine.

Les grandes puissances capitalistes historiquement dominantes bloquent ces nécessaires transformations du monde, en cherchant à maintenir et à reproduire des dominations de plus en plus mises en cause par l’émergence de nouveaux besoins et de nouvelles puissances.
Leur tentative de maintenir l’hégémonie capitaliste sur la mondialisation se déploie dans une concurrence aggravée en matière commerciale, en matière géostratégique, en matière de maîtrise technologique, numérique, et militaire.

Elle se fait au détriment de leurs propres peuples qui connaissent tous des reculs sociaux importants, aux Etats-Unis, en Europe, et en France, au détriment aussi de leur propre coopération comme on le voit avec les tensions Etats-Unis/Europe, des rapports nécessaires avec les puissances émergentes, comme la Chine ou la Russie, traitées avec méfiance voire avec hostilité.

Elle conduit également à plus de tensions, de conflits, voire à des guerres dévastatrices comme en Irak et en Syrie, sans que ces guerres ne parviennent à rétablir la toute puissance occidentale, notamment américaine. Le monde est inexorablement en train de changer, vers un ordre mondial plus instable, plus multipolaire, voire a-polaire.

Il n’en reste pas moins que ces stratégies de domination capitaliste génère pour l’heure beaucoup de dangers et de possibles reprises en main autoritaires à court terme, comme on vient de le voir en Amérique latine ces dernières années.

En Asie, la montée en puissance de la Chine contrarie les ambitions américaines, mais le durcissement de la politique de Trump atteste d’une agressivité relancée des Etats-Unis.

Les institutions multilatérales internationales, indispensables à la sécurité et à la coopération du monde, même si elles doivent repensées, sont gravement mises en cause dans leur efficacité par les coupes budgétaires américaines récemment, mais plus au fond par le contournement par l’OTAN de la légitimité de l’ONU. La France est également redevenue ces dernières années une force d’intervention extérieure militaire active en coordination avec l’OTAN, en Afrique, au Sahel en particulier, et au Moyen-Orient. L’OTAN impose à ses membres des 2 % de PIB consacrées aux dépenses militaires.

Les zones de conflits dans les points chauds de la planète se multiplient au Moyen-Orient, en Afrique, en Amérique latine, en Asie du sud-est, en même temps que grandissent les risques de terrorisme et de guerre non traditionnelles sur le terreau pourri des crises mondiales, des déstabilisations politiques, de la prolifération des armes et des trafics. Le contrôle du commerce des armes redevient un enjeu majeur de sécurité internationale. La non prolifération nucléaire également alors même que les grandes puissances détentrices de la puissance nucléaire, comme la France, refuse de signer le traité d’interdiction négociéà l’ONU.

La révolution numérique qui bouleverse tout à la fois les échanges, les communications, et les systèmes productifs appellent des partages et des régulations nouvelles qui sont freinés par les rivalités de domination capitaliste et par la puissance acquise par les géants américains du numérique qui s’érigent, parfois au dessus des nations même les plus puissantes, comme les prescripteurs du nouveau monde.

Les urgences de la lutte contre le réchauffement climatique ne sont pas suffisamment entendues, et surtout les moyens mis en commun pour répondre d’un même mouvement au défi climatique et à celui de la justice sociale et du droit au développement pour tous ne sont pas au rendez-vous.

Les contradictions explosives de ce monde, toujours largement dominé par les logiques capitalistes, où s’affrontent des besoins de transformation sociale grandissants et l’acharnement des puissances guidées par le seul profit à maintenir leur emprise sur la planète, provoquent partout crises, changements et chaos politiques.

Des forces de transformation sociale cherchent partout l’issue, aux Etats-Unis même avec la renaissance d’une gauche américaine, en Amérique centrale et latine, dans les printemps arabes, en Algérie, au Soudan…

Mais sur le terreau pourri des crises, se développent aussi partout des réponses populistes, ultra-réactionnaires, racistes et xénophobes, notamment en Europe.

Le monde est plongé dans beaucoup d’incertitudes pour les décennies à venir.

Cela invite les forces progressistes à coopérer de manière renforcée, approfondie et suivie pour faire émerger des solutions de paix, de justice sociale, de biens communs, comme nous le faisons avec ces colloques du PCF et du PCV.

2. L’Europe traverse une phase aigüe et inquiétante au coeur de ces crises et défis mondiaux

Depuis la chute du mur de Berlin, l’Europe a connu plusieurs phases : une accélération de son intégration libérale dans la décennie 90 ; puis une montée de sa crise économique et sociale jusqu’à la très grave financière de 2008 et ses conséquences jusqu’à aujourd’hui ; et une exacerbation de sa crise politique, dans l’Union européenne et dans chacun des pays, dans la foulée de la crise de son modèle économique du tout concurrence. Nous sommes aujourd’hui au coeur de cette crise politique.

L’intégration capitaliste de l’Europe s’est faite sous l’égide d’une Union européenne entièrement dédiée au marché, à la « concurrence libre et non faussée » à l’inverse de la coopération promise. L’emprise des grands groupes financiers et de leurs exigences de profit, le dumping social et fiscal ont débouché sur le chômage, la précarisation du travail, la financiarisation galopante, l’affaiblissement productif, les inégalités grandissantes. 80 millions d’Européens vivent sous le seuil de pauvreté.
Les pays de l’Est ont été intégrés à marche forcée, brisant les sociétés. La thérapie de choc libéral y a été particulièrement brutale.

En 2008, la crise financière mondiale a frappé de plein fouet une Europe capitaliste ultrafinanciarisée. Pour sauver les banques les marchés, les gouvernements ont décidé de faire payer l’addition aux peuples, aux travailleurs, aux dépenses publiques et sociales. Les pays du sud ont été particulièrement saignés. L’Europe vit depuis 2008 sous le régime d’une austérité draconienne., sauf pour les grands groupes et leurs profits. Ces politiques d’austérité combinées à la financiarisation continue des marchés préparent une nouvelle phase très grave de la crise.

Depuis 2005 et la tentative d’instituer un Traité constitutionnel européen ultralibéral, les alertes politiques se sont multipliées. En France, et dans d’autres pays, le non à ce traité l’a emporté, mais les dirigeants sont passés outre. Au fil des années, le rejet s’est accentué sans qu’il en soit jamais tenu compte. Quand Syriza a gagné les élections en Grèce, tout a été fait pour briser les reins à la Grèce. Seule la doxa libérale avait droit de cité. La crise politique n’a cessé de grandir partout.

L’Union européenne, sous la coupe de l’OTAN, a tourné le dos à la Russie, faisant des pays de l’Est une frontière de plus en plus hostile. Ces pays sont aujourd’hui la voix des Etats-Unis en Europe, y compris pour combattre la notion de Défense européenne, bien qu’elle soit toujours envisagée comme intégrée à l’Otan.
Donald Trump joue un jeu de division des Européens pour préserver la domination stratégique américaine sur le camp occidental et empêcher les rapprochements de l’Europe avec la Russie et la Chine.

L’Europe s’est également fermée au sud de la Méditerranée, et la crise des migrants, générée par la guerre en Irak et en Syrie a été particulièrement révélatrice et indigne de l’Europe. Sur fond de crise sociale, la légitimation politique du rejet des migrants a favorisé la propagation des idées d’extrême-droite dans toute l’Europe.

Le rejet grandissant d’une Union européenne n’apportant plus que de la régression sociale a provoqué le rejet grandissant des gouvernements conservateurs et sociaux-démocrates qui co-géraient cette Europe. Les sociaux-démocrates sont les plus lourdement sanctionnés.

Des forces populistes, nationalistes, d’extrême-droite ont émergé un peu partout. Pour échapper à la sanction, des forces de droite se sont radicalisées, créant les conditions d’alliances avec ces forces nouvelles.

C’est la conjonction de telles forces qui a débouché sur le Brexit en Grande-Bretagne, provoquant jusqu’à aujourd’hui un chaos politique inédit en Grande-Bretagne et un champ de manoeuvre inespéré pour Trump contre l’Europe.

En France, Emmanuel Macron a joué une carte singulière, jouant d’un côté sur le dégagisme ambiant pour remplacer les vieux partis socialiste et de droite par une nouvelle force libérale centrale, jouant de l’autre côté du rejet de Marine Le Pen. Il tente de rééditer cela au Parlement européen pour installer un groupe libéral élargi.

Au total, le rapport de forces au Parlement européen s’est dangereusement déplacé vers la droite, avec trois familles libérales, de droite et d’extrême-droite qui dominent le jeu.

La situation de la gauche européenne est très difficile.

Déjà ralliés de longue date aux dogmes libéraux qui ont nourri la crise, les sociaux-démocrates sont encore affaiblis.

Le renforcement des forces écologistes, poussées par un courant positif dans les sociétés, est politiquement très ambivalent. Une partie des forces écologistes envisageant ouvertement des alliances à droite comme en Allemagne.

Les forces de la Gauche Unitaire Européenne, créée à l’initiative des communistes français en 1979, sont affaiblies. Le PCF a perdu ses députés européens, notamment en raison d’un mode de scrutin plus sélectif en France qu’ailleurs. L’existence de ce groupe reste toutefois un précieux atout. Le PCF œuvre à maintenir son unité.

D’une manière plus générale, le PCF est engagé dans un travail permanent de convergence de toutes les forces communistes et progressistes de la gauche européenne dans leur diversité. C’est plus que nécessaire que jamais.

Nous agissons sur trois fronts :
– maintenir l’unité du groupe de la Gauche Unitaire Européenne au Parlement européen, où siègent notamment nos amis espagnols, portugais, chypriotes, allemands, tchéques, grecs, irlandais, suédois, belges…
– développer l’activité du Parti de la Gauche européenne dont nous assurons la vice-présidence et qui va se tenir son congrès en décembre 2019 à Malaga en Espagne.
– enfin amplifier l’installation d’un Forum européen le plus largement ouvert possible , un peu sur le mode du Forum de Sao Polo et de forums sociaux. Après Marseille en France et Bilbao en Espagne, la troisième édition de ce forum progressiste européen se tient à Bruxelles les 9,10 et 11 novembre prochain.

A notre que ce travail d’unification des forces de gauche en Europe, est aujourd’hui handicapé par le développement de courants, qui après s’être détachés des forces social-démocrates sur une base de gauche, se revendiquent désormais d’un « populisme de gauche » aux contours extrêmement flous et instables. C’est le cas en Italie du mouvement cinq étoiles, allié gouvernemental de Salvini, de Podemos en Espagne, ou de la France insoumise de Jean-Luc Mélenchon en France.

3. La France en pleine crise et recomposition politique : d’énormes défis à relever pour le PCF et la gauche française.

La crise économique et sociale que connaît notre pays depuis maintenant deux décennies, aggravée depuis la crise de 2008 et le renforcement des politiques d’austérité, débouche aujourd’hui sur des décrochages inquiétants en matière de services publics et de protection sociale (deux points forts de notre modèle social) et de système productif et industriel. La France conserve encore de nombreux atouts, et reste une puissance importante, mais ses signaux nous inquiètent et nous amplifions notre action pour la protection des services publics, pour le reconquête industrielle, et pour la promotion des travailleurs et de la jeunesse.

Cette crise a comme en Europe débouché sur une grave crise politique, résultat de deux quinquennats particulièrement durs au plan social, l’un conduit par Nicolas Sarkozy de 2007 à 2012, l’autre par François Hollande de 2012 à 2017.

Cette période a permis à Marine Le Pen de confirmer son ancrage électoral au dessus de 20 %.

Emmanuel Macron a joué d’un double rejet, des quinquennats Sarkozy et Hollande et du parti de Marine Le Pen, pour se présenter en homme neuf et se faire élire. Il veut tout reconstruire autour de lui. Mais la crise sociale et les contestations l’ont déjà rattrapé. Le paysage politique reste très instable et du coup dangereux, car faute d’alternative de gauche, Le Pen devient un danger réel pour 2022.
Cette évolution s’inscrit de surcroît dans le cadre d’une dérive institutionnelle vers un présidentialisme autoritaire et monarchique marginalisant le Parlement, les pouvoirs locaux et les représentants syndicaux.

Nous travaillons dans cees conditions à une nécessaire alternative de gauche pour une nouvelle politique sociale, écologique, démocratique.

Le PCF reste pour cela une force essentielle, une force qui compte malgré son affaiblissement dans les élections à caractère national. Nous conservons deux groupes parlementaires très actifs à l’Assemblée nationale et au Sénat, une implantation locale forte que nous travaillons à conforter lors des élections municipales de mars 2020, un quotidien l’Humanité et sa Fête, évènement populaire majeur et unique dans la vie politique nationale.

Le défi à gauche est celui d’une reconstruction nouvelle car l’effondrement du Parti socialiste a émietté la gauche en diverses forces : Parti communiste, Parti socialiste, France Insoumise, Génération-S, écologistes et en une multitude de forces sociales et syndicales à rassembler.
Plus au fond que la seule question des reconstructions politiques, il s’agit pour nous de reconstruire à partir des aspirations et mobilisations sociales nouvelles un projet politique d’émancipation à vocation majoritaire.

Concernant les enjeux qui nous sont communs, je veux en citer trois pour terminer :

– le développement de relations mutuellement avantageuses entre nos deux pays reste pour nous une priorité. Le Vietnam a conforté ses atouts pour cela et nous avons contribué ici à favoriser le renforcement des relations franco-vietnamienne. Nous pensons que l’intérêt géo-stratégique du développement de cette relation peut continuer à marquer des points sous la présidence d’Emmanuel Macron. Nous échanges nous permettront sûrement préciser cet enjeu. La France va déployer une politique plus ambitieuse en matière d’Aide Publique au Développement après l’adoption d’une loi de programmation qui devrait être discutée à l’autmone. Ce sera sans doute une opportunité, parmi d’autres, à saisir.

– je veux en même temps souligner que nous sommes inquiets de la militarisation croissante de la politique internationale française. Cela concerne la recrudescence des interventions extérieures militaires, et la spécialisation industrielle renforcée dans le militaire et le commerce des armes. Ces caractéristiques se manifestent en Afrique, dans la Péninsule arabique mais aussi en Asie (je cite pour exemple l’important contrat français signé avec avec l’Australie pour doter ce pays d’une importante flotte militaire sous-marine. Nous entendons amplifier la campagne pour une signature par la France du traité d’interdiction des armes nucléaires signé à l’ONU. Une vigilance commune doit être exercée sur ce point crucial au moment où les tensions peuvent à tout moment surgir sur la scène internationale.

-enfin, je veux dire qu’à l’occasion de centenaire de notre Parti en 2020, nous souhaitons qu’un moment , qui reste à construire ensemble, soit consacré à la mémoire d’Ho chi minh et de nos combats communs pour votre libération. C’est pour vous comme pour nous, un enjeu de mémoire nationale essentiel.

Je vous remercie.

Colloque « Réinventer la politique internationale de la France »

Il y a 6 jours, le 8 novembre 2019

Par Pierre Laurent

« Réinventer la politique internationale de la France », voilà l’urgente et passionnante question à laquelle va se consacrer la journée d’étude qui se tiendra le 16 novembre prochain au Palais du Luxembourg.
A l’invitation conjointe de Bertrand Badie, éminent spécialiste des relations internationales, et de moi-même, cette journée d’étude, préparée de longue date par un groupe de travail dont les participants animeront les tables rondes, tombe à pic.

GARDONS LE CONTACT

La crise du leader américain et de la politique de puissance, celle de l’OTAN, le délitement politique de l’Europe des traités néolibéraux, les nouveaux mouvements d’émancipation à travers le monde, et bien d’autres secousses actuelles… appellent la redéfinition du rôle de la France. Nous en sommes loin. La France reste empêtrée entre alignement atlantiste, remilitarisation de son rôle international, repli, faiblesses et ambiguïtés, passant à côté des grands enjeux de la période.

Les trois tables rondes sur l’Europe, la mondialisation et la paix ouvriront ce débat pour une nécessaire réinvention à la hauteur du nouveau monde en construction. En fin de journée, l’ensemble des formations de gauche viendra réagir et dire sa vision. Il est en effet plus que temps qu’un nouveau projet de progrès et de justice s’énonce et s’affirme. Ce ne sera pas le moindre des mérites de la journée que de lancer ce débat devenu indispensable à la redéfinition d’un projet de gauche pour la France.
Rendez-vous donc le 16 novembre pour cette journée, nous l’espérons, marquante !

ENLEVEMENT ET DISPARITION DE MEHDI BEN BARKA – Le Blog des invités de Mediapart

Il y a 2 semaines, le 28 octobre 2019

Par Pierre Laurent

54 ans après, les circonstances de la mort de Mehdi Ben Barka ne sont toujours pas élucidées. Aussi bien du côté marocain que français, l’obstacle principal à l’établissement de toute la lumière reste la raison d’Etat érigée en principe intangible. Des personnalités des deux pays demandent aux États d’assumer leurs responsabilités afin que la vérité soit enfin établie et appellent à un rassemblement le 29 octobre.

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Le 29 octobre 1965 Mehdi Ben Barka est interpellé devant la brasserie Lipp à Paris par deux policiers français. A ce jour, la vérité n’a toujours pas été faite sur les conditions exactes de la disparition de l’un des principaux responsables de l’opposition marocaine et symbole du mouvement international de la solidarité des peuples du tiers-monde.

Ce crime a suscité et continue de susciter une très forte émotion, tant au Maroc qu’en France. Si les responsabilités politiques marocaines à l’origine de l’enlèvement ont pu être établies, si les complicités françaises au niveau des services de renseignements et de police sont reconnues et si les autres implications internationales sont avérées, les circonstances de la mort de Mehdi Ben Barka ne sont toujours pas élucidées et sa sépulture reste inconnue de sa famille.

Depuis octobre 1975, une instruction judiciaire pour assassinat, tentative d’assassinat et complicité est en cours au palais de Justice de Paris. Dix juges se sont succédé sur le dossier sans parvenir à apporter des réponses cruciales pour la veuve de Mehdi Ben Barka, ses enfants, ses proches et leur avocat Me Buttin qui entendent connaître la vérité, et, pouvoir, enfin, faire leur deuil.

Aujourd’hui, plus d’un demi-siècle après les faits, l’obstacle principal à l’établissement de toute la lumière reste la raison d’Etat(s) érigée en principe intangible des deux côtés de la Méditerranée face aux exigences de justice et de vérité due à la famille de Mehdi Ben Barka et de l’hommage à sa mémoire. Aussi bien du côté marocain que sans doute du côté français, des témoins en possession d’une part de vérité sont encore en vie, les archives pouvant apporter des réponses doivent encore exister. Mais, les autorités judiciaires marocaines refusent de coopérer pleinement avec les juges d’instruction français en charge du dossier – en exécutant en particulier la Commission Rogatoire Internationale adressée au Maroc depuis septembre 2003, renouvelée au printemps 2005, voici donc près de quinze ans ! Mais les autorités politiques françaises refusent la levée du secret-défense sur la totalité des documents relatifs à l’affaire. Le ministère de la défense refuse même de répondre à la requête du juge d’instruction en charge du dossier de saisir de nouveau la Commission de secret de défense nationale.

Nous ne saurions croire que, en agissant ainsi, les responsables politiques français et marocains pensent pouvoir décourager le juge d’instruction et le pousser à clôturer le dossier. Ce serait ajouter le déni de justice à la douleur et à l’attente de la famille de Mehdi Ben Barka.

Cette situation de blocage est humainement insupportable et politiquement inacceptable. Deux nations comme la France et le Maroc ne doivent pas et ne peuvent plus user d’inertie et de subterfuges pour empêcher le déroulement normal de la justice. Elles se grandiraient en assumant pleinement leurs responsabilités pour que la vérité soit établie et que justice se fasse.

En octobre 2015, à l’occasion d’une cérémonie de commémoration du cinquantième anniversaire de la disparition de Mehdi Ben Barka organisée à Rabat, à laquelle le Roi du Maroc avait souhaité s’associer par un message, il écrivait : « (…) Et bien que cet anniversaire vienne à un moment où de nombreuses questions restent sans réponse, Nous avons tenu à partager avec vous cet événement, sans inhibition ni complexe par rapport à cette affaire, et en témoignage de l’estime dont il jouit auprès de Nous et des Marocains. »

Chacun se rappelle la déclaration faite par le Président Emmanuel Macron lors de sa visite au Burkina Faso le 28 novembre 2017 : « J’ai pris la décision que tous les documents produits par des administrations françaises pendant le régime de Sankara et après son assassinat, … couvertes par le secret de défense nationale soient déclassifiés et consultés en réponse aux demandes de la justice burkinabè ».

Le 13 septembre 2018, après avoir reconnu la responsabilité de l’Etat français dans la disparition de Maurice Audin, et que sa mort a été « rendue possible par un système légalement institué », le Président français ajoutait : « (…) il était temps que la Nation accomplisse un travail de vérité sur ce sujet. ». En conséquence « le Président de la République souhaite que toutes les archives de l’Etat qui concernent les disparus de la guerre d’Algérie puissent être librement consultées et qu’une dérogation générale soit instituée en ce sens. »

Les familles des victimes et l’opinion ont accueilli favorablement ces avancées. Alors Pourquoi n’en serait-il pas de même pour l’affaire Ben Barka, plus d’un demi-siècle après les faits ?

Le temps est venu pour que les plus hautes autorités du Maroc et de la France fassent les gestes justes, prennent les décisions nécessaires et des mesures concrètes qui permettraient d’y parvenir afin que cette affaire sorte de l’impasse dans laquelle elle s’enlise.

Les signataires

Jean-Marie Delarue, Président CNCDH
Henri Leclerc, Président d’honneur LDH
Jean Ziegler, Vice-président du comité consultatif du Conseil des droits de l’homme de l’ONU
Laila Shahid, Ancienne ambassadrice de Paletine en France et en Europe
René Gallissot, Historien
Elisabeth Borrel
Fabienne Boulin Burgeat
Gustave Massiah, Membre du conseil international du Forum Social Mondial
†Henryane de Chaponay
Pierre Joxe, Magistrat honoraire
Mgr Jacques Gaillot, Evêque de Partenia
Nils Andersson, Editeur
Patrick Baudouin, Président d’honneur FIDH
Renée Le Mignot, Co-présidente du MRAP
Malik Salemkour, Président de la LDH
Marie-Claude Vignaud Al Hamchari
Pierre Audin
Mariam Sankara, Veuve de Thomas Sankara
Jean-Jacques Patrice Lumumba, Petit neveu de Patrice Lumumba, Plate-forme panafricaine de lutte contre la corruption
Lotfi Ben Youssef, Médecin, Tunisie
Pierre Mansat, Président de l’association Maurice Audin
Benjamin Stora, Historien
Patrice Leclerc, Maire de Gennevilliers
Mohammed Berrada, Ecrivain marocain
Abdellatif Laabi, Ecrivain
Simone Bitton, Cinéaste
Roger Ferrari, Syndicaliste
Gilles Manceron, Historien
Serge Leperon, Cinéaste
Mustapha Majdi, Secrétaire du Comité pour la vérité Ben Barka
Fabien Roussel, Député, secrétaire national du PCF
Martial Bourquin, Sénateur du Doubs
Pierre Laurent, Sénateur de Paris
Clémentine Autain, Députée LFI
Emmanuel Decaux, Professeur émérite
Bertrand Warusfel, Professeur à l’Université Paris 8, avocat
Philippe Texier, Magistrat honoraire.
Erica Deuber Ziegler, Historienne de l’art
Tewfik Allal, Coordinateur de ACDA
Etienne Balibar, Philosophe
Solange Barberousse, Universitaire
Huguette Bello, Député GDR
Joyce Blau, Linguiste, orientaliste
Hayat Bousta, Responsable du site « Maroc Réalités »
Saïd Bouamama, Sociologue, FUIQP
Mustapha Boutadjine, Plasticien
Alain Brunnel, Député GDR
Marie-Georges Buffet, Députée GDR
André Chassaigne, Député GDR
Antoine Comte, Avocat à la Cour
Pierre Darrheville, Député GDR
Antoine De Bary, Artiste peintre
Sylviane De Wangen, CA de Mémoire, vérité, justice
Jacqueline Derens, Militante anti-apartheid
Jean-Paul Dufregne, Député GDR
Jean-Paul Escoffier, AFASPA
Mireille Fanon Mendès-France, Présidente de la Fondation Frantz Fanon
Patrick Farbiaz, Militant écologiste
Mounir Fatmi, Artiste plasticien
François Geze, Editeur
Christiane Gillmann, Avocat honoraire
Hassan Hadj Nassar, Militante de la gauche marocaine
Aboubakr Jamai, Professeur universitaire
Sébastien Jumel, Député GDR
François Kakdor, Avocat honoraire
Jean-Paul Lecoq, Député GDR
François Martinet, Ecrivain, chercheur
Jean-Luc Nancy, Philosophe,
Stéphane Peu, Député GDR
Bernard Ravenel, Historien
Marguerite Rollinde, Militante des droits humains
Mounir Satouri, Député européen, groupe des Verts
François Sauteray, Militant syndical et associatif
Patrick Silberstein, Editeur
Mustapha Tanouti, Militant associatif
Joseph Tual, Grand reporter
Celina Whitaker, Protection sociale solidaie

 

Au Maroc

Omar Balafrej, Parlementaire marocain
Abdelilah Benabdeslam, Coordintateur Coalition marocaine des Instances des droits humains
Mohamed Neshnash, Ancien président Organisation Marocaine des Droits Humains
Khadija Ryadi, Lauréate du prix de l’ONU (droits de l’Homme), ancienne présidente de l’Ass. Maroc. des D. H.
Mohamed Bensaid Ait Idder, Gauche socialiste unifiée (Maroc)
Nabila Mounib, Secrétaire générale du PSU (Maroc)
Ali Boutouala, Secrétaire national PADS (Maroc)
Mustapha Brahma, Secrétaire national Voie démocratique (Maroc)
Najib Akesbi, Economiste
Abdelhamid Amine, Président d’honneur de la Fédération Nationale du Secteur Agricole-UMT »
Anis Balafrej, Ingénieur
Omar Bendjelloun, Avocat, universitaire
Abderrahim Berrada, Avocat
Abderrahim Jamal, Avocat, ancien bâtonnier de Rabat
Fouad Abdelmoumni, Secrétaire général de Transparency Maroc
Mohammed Achaari, Président de la fondation Abderrahim Bouabid
Sion Assidon, Coordinateur BDS Maroc, fondateur Transparency Maroc
Abdelkader Baina, Juriste
Abderrahim Ben Barka, Avocat, ancien bâtonnier de Rabat
Bichr Bennani, Editeur
Monique Berrada, Enseignante
Abdou Berrada, Journaliste
Brahim Bouabid, Avocat
Ali Bouabid, Délégué Général de la fondation Abderrahim Bouabid
Rkia El Mossadeq, Juriste
Tariq Kabbage, Ancien maire d’Agadir (Maroc)
Amina Kadiri, Militante des droits humains
Mohamed Laroussi, Chroniqueur, écrivain
Aziz Loudiyi, Interprète
Maâti Monjib, Historien, coordinateur Freedom Now
Khadija Tnana, Artiste plasticienne

Un jardin de Paris va porter le nom de Martha Desrumaux

Il y a 4 semaines, le 18 octobre 2019

Par Pierre Laurent

C’est justice au regard de ce que fut son action personnelle, comme femme, militante, syndicaliste, résistante.

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Mesdames, Messieurs,
Cher·e·s ami·e·s,
Cher·e·s camarades,

Un jardin de Paris va porter le nom de Martha Desrumaux.

Sénateur de Paris, je tiens à faire part de ma gratitude à toutes celles et ceux qui ont œuvré pour que ce moment de reconnaissance puisse se tenir : Madame la maire de Paris, la majorité de gauche de la ville de Paris et le groupe communiste au sein de cette majorité.
Je salue également l’Association des amis de Martha Desrumaux, sa présidente Laurence Dubois, qui travaillent à mieux faire connaître cette grande figure du mouvement ouvrier français.
Sans oublier mon ami Pierre Outteryck qui, dans son combat pour la reconnaissance due à Martha, ne ménage ni sa peine ni son temps. Pierre y met tout son cœur et toute son âme, une passion qu’il conjugue avec la grande rigueur historique et scientifique qui est la sienne.

Que nous dit aujourd’hui Martha Desrumaux ? De cette histoire passionnante et foisonnante, je voudrais, en étant certes très incomplet, retenir 3 leçons.

Elle nous dit d’abord la place qu’a occupée la classe ouvrière dans les combats libérateurs de la France et dans toutes les conquêtes sociales du pays.

La classe ouvrière joua un rôle décisif en 1936 pour transformer la victoire électorale de la gauche en grandes conquêtes sociales et joua un rôle reconnu dans la Résistance à l’occupation nazie et la Libération. Cela explique le contenu du programme du Conseil national de la Résistance et les grandes réformes de la Libération, la Sécurité sociale et le statut des fonctionnaires, le droit de votre des femmes…
Martha, fer de lance des luttes ouvrières dans le textile ou les mines, négociatrice décisive dans les négociations pour l’augmentation des salaires en 1936, fut au cœur de ces enjeux, elle y joua un rôle de premier plan. Ce rôle lui valu d’être élue en 1945, à son retour du camp de concentration de Ravensbruck, dans l’Assemblée constituante provisoire créée par le général de Gaulle, au titre, avec 16 autres de ses compagnons, de représentante des déporté·e·s.

Elle fut donc, à ce titre, parmi les premières femmes parlementaires et joua un rôle là aussi décisif pour l’obtention, à cette période, du droit de vote pour les femmes.

A l’époque où nous vivons, où le Parlement européen vote une motion révisionniste réécrivant l’histoire de la seconde guerre mondiale et des responsabilités dans son éclatement, il est urgent de faire connaître ce que fut, l’apport de Martha, l’apport des communistes comme de l’ensemble de la classe ouvrière, qui, comme l’a écrit François Mauriac, fut la seule classe sociale, à « rester fidèle à la nation ».

Ce que nous dit Martha, c’est l’urgence aujourd’hui des combats pour la paix, pour les droits de tous les peuples à l’émancipation, pour des relations internationales construites sur d’autres logiques que les logiques de domination néocoloniales.
Femme éprise de paix, impliquée dans les combats antimilitaristes, anticolonialistes, antifascistes de son époque, elle nous dit qu’au 21e siècle plus aucun peuple, qu’il soit Kurde, Palestinien, Sahraoui, etc. ne doit s’entendre dire : « vous n’êtes rien ».

Tous les peuples ont droit à la fois à l’existence, à des droits, à la dignité. Nous sommes toujours dans les traces et dans la lumière que nous a léguées Martha Desrumaux.

Ce que nous dit Martha, première parlementaire femme du pays, c’est l’urgence du combat acharné à mener pour l’égalité hommes-femmes.

Ce qui est à l’ordre du jour est la construction d’une société non violence pour les femmes, les enfants et bien sûr les hommes.

Françoise Héritier a écrit récemment : « Il est important que les deux sexes travaillent ensemble à changer ce système, l’oppression et la dévalorisation du féminin n’étant pas nécessairement à long terme un gain pour le masculin et pour l’humanité ».

Je ne sais si elle pensait à Martha, mais ces quelques mots résument ce que fut le sens de son combat.

Mesdames, Messieurs, cher·e·s ami·e·s, cher·e·s camarades,

Martha a adhéré au Parti communiste français dès le lendemain du congrès de Tours. Son parti, qui va fêter ses 100 ans tout au long de l’année 2020, est fier d’avoir compté dans ses rangs une si grande dame.

Martha est des nôtres, mais elle appartient à la communauté nationale, à l’esprit des Lumières, à l’histoire progressiste de notre pays. Elle est celle qui, pour plagier Victor Hugo, a su dire à tous ceux qui profitaient de la nuit qu’il y a « une grande puissance, l’aurore, et que l’aube ne peut être vaincue ».

Je l’ai écrit récemment à l’Association des amis de Martha et je le renouvelle aujourd’hui publiquement, vous pouvez compter sur ma disponibilité et mon soutien pour que la France, qui lui doit tant, reconnaisse, en l’accueillant au Panthéon, ce que fut son combat et le sens qu’elle a su donner à sa vie, pour la liberté, l’égalité, la Fraternité.

Adhésion de la Macédoine du Nord à l’OTAN. De quoi s’agit-il ?

Il y a 4 semaines, le 17 octobre 2019

Par Pierre Laurent

L’adhésion d’un 30e pays à l’OTAN est dangereusement anachronique. Elle torpille toute velléité d’une réflexion indépendante sur un nouveau système de sécurité collective en Europe.

GARDONS LE CONTACT

Monsieur le Président,
Monsieur le Ministre,
Monsieur le rapporteur,
Mes chers collègues,

Pour commencer, je veux remercier le président de la Commission, Christian Cambon, d’avoir demandé l’inscription en séance publique de ce débat sur la ratification de la convention d’adhésion de la Macédoine du Nord à l’OTAN. C’est en effet un sujet d’importance qui mérite de ne pas être expédié sans réflexion.

De quoi s’agit-il ? De sécurité régionale, nous diront les partisans de cette adhésion. Permettez-nous d’en douter. L’adhésion de la Macédoine du Nord à l’OTAN est un processus entamé en 1995, quand les Etats-Unis décident de pousser l’intégration dans l’OTAN de tous les pays des Balkans issus de l’éclatement de l’ex-Yougoslavie et de la guerre qui a ensanglanté la région. En vérité les Etats-Unis décident alors d’entreprendre ce qu’ils appellent encore aujourd’hui l’extension de la ligne de front de l’OTAN vers la Russie. Cela concerne les Balkans, et tous les pays de l’Est de l’Europe jusqu’à l’Ukraine. En 2003, était signé le Pacte USA-Adriatique qui poussait les feux de ce projet et constitue jusqu’à aujourd’hui le motif premier de cette adhésion. C’est ce projet qui marque un nouveau progrès si nous ratifions aujourd’hui cette adhésion. Les motifs ne relèvent donc pas d’abord d’un projet partagé de sécurité régionale, mais bien de l’accélération du processus d’élargissement de l’OTAN vers l’Est de l’Europe sous impulsion américaine.

Il y a presque trois ans, notre chambre débattait de l’adhésion du Monténégro à l’OTAN intervenue en 2017. Cohérent, notre groupe soulignait déjà les dangers de cette militarisation atlantiste de la zone balkanique, qui loin de la placer en meilleure sécurité, en fait au contraire un carrefour stratégique du commerce et du trafic des armes entre l’Europe et les zones de conflit moyen-orientales.

Cette adhésion aura sa contrepartie, exigée des pays membres de l’OTAN : augmenter les dépenses militaires de la Macédoine du Nord à 2 % du PIB du pays, contre 1,35 % aujourd’hui. Les dépenses militaires du Monténégro ont elles déjà grimper de près de 25 % en trois ans de 56 millions d’euros à 71 millions d’euros. Est-ce cela dont ces pays ont un urgent besoin ? Selon l’Organisation internationale du travail, la pauvreté touche 41 % de la population du pays.

Le comble est que cette intégration à l’OTAN ne semble en rien être le prélude à une intégration à l’Union européenne. Les mêmes qui poussent les pays balkaniques à entrer dans l’organisation militaire atlantique sont les premiers à repousser aux calendres grecques l’intégration économique et politique de ces pays. Dès lors, ceux là ne peuvent même pas nous expliquer qu’il s’agit de jetre les bases d’un futur de système de défense européen, puisque la Macédoine du Nord est soignesuement gardée dans l’antichambre de l’Union, une antichambre sans espoir de sortie à court ou moyen terme.

Dès lors, quel est le sens de cette adhésion, qui sonnera comme une victoire pour les Etats-Unis au moment même où les Etats-Unis et leurs alliés turcs, également très actifs dans la région balkanique, viennent de provoquer une crise majeure de l’OTAN, en tournant le dos à leurs alliés européens de la coalition en Syrie et en lançant une offensive condamnée par nous tous contre les Kurdes ?

L’adhésion d’un 30ème pays à l’OTAN est dangereusement anachronique. Elle torpille toute vélléïté d’une réflexion indépendante sur un nouveau système de sécurité collective en Europe. Elle tourne le dos aux autres modèles de coopération nécessaires, affaiblit le rôle de l’ONU au profit d’un système aligné, désuet et dangereusement miné par les contradictions entre ses principaux contributeurs. Nous devrions parler avec la Russie. Cette adhésion fera monter la tension. Comme le rappelle le Président de la République fédérale allemand, « celui qui croit augmenter le niveau de la sécurité avec des parades de chars sur le front Est de l’Alliance se trompe ». Et c’est pourtant l’objectif sans cesse énoncé par le secrétaire général de l’Alliance. Il faut cesser d’urgence la course à la confrontation dans laquelle l’OTAN joue un rôle de premier plan, comme le montre son rôle de plus en plus contestable dans les récentes crises et conflits internationaux. Et tout au contraire relancer d’urgence l’initiative d’une nouvelle conférence pan-européenne sur la sécurité collective du continent.

L’OTAN n’a pas besoin d’un 30ème adhérent, mais d’un débat parlementaire en urgence, dans lequel nous, parlementaires français, prenons le temps d’évaluer le sens de cette Alliance, et notre rôle au sein de son commandement intégré. Arrêtons la machine infernale de l’escalade militaire qui s’est remise en route au plan mondial et pensons d’autres systèmes de sécurité du XXIème siècle avant qu’il ne soit trop tard.

Vous l’aurez compris, nous voterons contre cette ratification et notre vote est un appel à reprendre d’urgence notre destin en main, loin des visées bellicistes dans lesquelles sinon la France et l’Europe risquent d’être toujours plus entraînées.

Circonstances de l’assassinat de deux journalistes en 2013 – Une levée complète du secret-défense est nécessaire

Il y a 4 semaines, le 16 octobre 2019

Par Pierre Laurent

J’ai  attiré l’attention de Mme la ministre des armées sur les circonstances de l’assassinat de deux envoyés spéciaux de Radio France internationale (RFI) le 2 novembre 2013 près de Kidal.

GARDONS LE CONTACT

Cet assassinat odieux a été revendiqué par Al-Qaïda au Maghreb islamique (AQMI), une organisation terroriste.

Sur la base de nombreux témoignages, nombre d’acteurs et de journalistes interrogent la version officielle du déroulé des opérations françaises menées après l’enlèvement.

Contrairement à celle-ci, ils affirment notamment que les forces spéciales françaises ont poursuivi les ravisseurs. Ils s’interrogent également sur le profil d’un des membres présumés du commando responsable de l’enlèvement suivi de l’assassinat des envoyés spéciaux de RFI. Un document auquel ont eu accès ces journalistes donne à penser que cette personne a pu être recrutée par un service de renseignement français.

Les juges d’instruction en charge de l’affaire ont obtenu la déclassification de centaines de pages d’archives de la direction du renseignement militaire (DRM) et de la direction générale de la sécurité extérieure (DGSE) mais dans ces documents des pages et des passages entiers manquent ou sont barrés et donc illisibles. De ce fait ces documents sont pour la plus grande partie inutilisables.

Pour toutes ces raisons, je lui ai demandé ce que l’État compte faire en vue d’une levée complète du secret-défense concernant tous les documents ayant trait à cette affaire et qui permettraient à la justice de faire la lumière sur le déroulé exact de cet assassinat.

ÉRADIQUER LA PAUVRETÉ EN FRANCE PAR UN CHOC DE SOLIDARITÉ

Il y a 4 semaines, le

Par Pierre Laurent

Nous avons demandé à Florent Guéguen Directeur de la fédération des acteurs de la solidarité (FNARS) de travailler avec nous sur 12 propositions pour éradiquer la Pauvreté. Voici ce travail.

GARDONS LE CONTACT

Avec près de 9 millions de personnes vivant en dessous du seuil de pauvreté (soit 14 % de la population), 4 millions de mal-logés et 2,5 millions de chômeurs de longue durée, c’est tout une partie du pays qui se sent exclue des effets de la croissance économique, de la reprise de l’emploi et de la mondialisation. Si notre système de protection sociale a partiellement joué son rôle d’amortisseur face à la crise financière et économique, il n’a pas permis d’endiguer la pauvreté qui touche un Français sur 7 avec 1 million de personnes supplémentaires vivant avec moins de 1000 euros par mois depuis 2008- et la diversification des situations de précarité. Aux inégalités de ressources, de patrimoine et d’accès aux biens essentiels (éducation et formation, emploi, logement, soins, culture) qui perdurent, s’ajoute la fragilisation d’une partie de la population (jeunes décrocheurs, familles monoparentales, chômeurs sans qualification…) la plus exposée au risque d’exclusion.

Des décisions gouvernementales qui aggravent la situation des plus fragiles : Depuis l’été 2017, une succession de mesures gouvernementales ont dégradé la situation des ménages pauvres ou modestes :
– La réduction drastique du nombre de contrats aidés (suppression de 200 000 emplois depuis 2017) qui permettent une reprise d’emploi des personnes en difficulté dans les associations et collectivités locales autour d’activité d’intérêt général. Une mesure qui frappe en premier lieu les quartiers populaires.

– La réduction des APL (-5 euros) qui diminue le pouvoir d’achat des plus modestes et d’une partie des classes moyennes et aggrave le risque d’endettement locatif. La saignée sur les APL continue en 2020 avec une nouvelle ponction d’1,3 milliards inscrite dans la loi de finances, qui va pénaliser les jeunes actifs.

– La désindexation de plusieurs prestations sociales (APL, Allocations familiales, pensions) décidée dans la loi de finances 2019 qui n’augmentent plus avec l’inflation, occasionnant une baisse du pouvoir d’achat d’une partie de la population la plus modeste

– la ponction de 3 milliards d’€ entre 2018 et 2020 sur le budget des offices HLM qui contraint les bailleurs à revoir à la baisse la production de logement sociaux et très sociaux quand le pays compte 140 000 personnes sans domicile fixe (INSEE 2012) et 2 millions de ménages en attente d’un logement social.

– Un plan d’économie sur les centres d’hébergement et de réinsertion sociale (CHRS) avec une première coupe de 20 millions en 2018 occasionnant des réductions de l’aide alimentaire et de l’accompagnement des personnes hébergées et des licenciements dans les associations.

– Une réforme de l’assurance chômage d’une brutalité inouïe qui se met en œuvre à partir du 1er novembre 2019 et qui va pénaliser 40 % des chômeurs indemnisés avec des ruptures d’allocations, des baisses de montant et des durées d’indemnisation réduites. Ces mesures qui vont toucher les travailleurs les plus précaires et provoquer le basculement de plusieurs centaines de milliers de personnes dans les minima sociaux.

La philosophie de ces mesures repose sur des postulats néolibéraux traditionnels : primat de la réussite individuelle sur les protections collectives, personnes pauvres « responsables de leur situation », priorité à la diminution de la dépense publique et à une gestion strictement comptable des politiques de solidarité sans mesure de l’impact social, pilotage verticale et autoritaire des politiques de solidarité créant un climat de défiance avec les corps intermédiaires. A cette brutalité, s’ajoute une remise en cause de la solidarité à l’égard des personnes migrantes, exilées et refugiées qui fuient la misère, la guerre ou la répression, avec un durcissement- sans précédent depuis la Libération- des politiques migratoires visant à « trier » les migrants dans l’hébergement (circulaire Collomb du 12 décembre 2017, circulaire du 4 juillet visant à recenser les demandeurs d’asile dans les centres d’accueil des personnes SDF), à restreindre les droits à la procédure d’asile ( PJL asile et immigration : réduction des délais de recours devant la CNDA, fin des recours suspensif…) ou à augmenter les mesures de rétention et d’éloignement (doublement de la durée de rétention administrative, rétention des personnes sous statut Dublin, assignation à résidence dans les centres d’hébergement….). Ce durcissement s’exerce aussi à l’égard des actions de solidarité menées par les associations et citoyens solidaires (exactions à Calais, délit de solidarité…) tout en entrainant une reconstitution des campements indignes (3000 personnes dans l’est parisien, 2000 personnes dans la métropole nantaise, 3000 personnes sur Toulouse…).

L’annonce en septembre 2018 d’une stratégie nationale de lutte contre la pauvreté des jeunes et des familles a permis quelques avancées en faveur des enfants en difficulté (accueil en crèche, accès cantines et petits déjeuners, soutien aux jeunes sortant de l’aide sociale à l’enfance ect…) mais n’est pas de nature à éradiquer la pauvreté.

Réagir face au sentiment d’abandon d’une partie de la population :
Les difficultés quotidiennes d’accès à l’emploi, au logement, aux droits sociaux pour des millions de personnes mais aussi l’angoisse face à l’échec scolaire ont renforcé la désespérance sociale d’une partie de la population qui se sent légitimement exclue de la mondialisation, de la croissance et des progrès technologiques dont les bienfaits seraient captés par une élite urbaine et culturellement favorisée. La désindustrialisation et l’affaiblissement des services publics sur certains territoires, le logement trop souvent inaccessible dans les grandes métropoles, l’incapacité du système scolaire à corriger les inégalités socio-culturelles alimentent ce sentiment d’abandon, de déclassement d’une partie de l’opinion, souvent issue des classes populaires ou moyenne, qui ne croit plus à l’ascension sociale et vit dans la crainte de l’exclusion. Cette société duale est une menace pour la démocratie, la cohésion sociale et le pacte républicain. Elle est une source de division du corps social et d’opposition « malsaine » entre les personnes pauvres, précaires et salariés modestes.

S’opposer à la stigmatisation des plus fragiles, redonner du pouvoir d’agir aux personnes :
Dans ce contexte anxiogène, la solidarité est un atout, notre bien commun le plus précieux. Elle est pourtant menacée par des réactions de rejets de l’autre, de « pauvrophobie » qui se traduisent par exemple par des oppositions à des projets d’ouverture de structures d’accueil ou de logements sociaux et des arrêtés anti –mendicité à l’approche des élections municipales . La tentation du « séparatisme social » est un danger mortifère pour la République et la cohésion sociale : il faut la combattre. Les politiques de solidarité sont trop souvent décriées à travers des discours de stigmatisation des plus fragiles, qui font porter la responsabilité de la précarité sur la personne elle-même, qui contestent la légitimité des politiques sociales et leur efficacité. Certains évoquent les problèmes financiers, la lutte contre l’assistanat, la fraude sociale, l’arrivée des migrants et la concurrence entre les publics. La décision récente de renforcer le contrôle des chômeurs, présentés comme ne faisant pas les efforts nécessaires pour retrouver un emploi, tout en réduisant leur indemnisation, participe à la stigmatisation des précaires tenus « responsables de leur situation ». Pourtant seul un chômeur sur 2 perçoit l’allocation chômage pour un montant moyen d’environ 1100 euros/mois selon l’UNEDIC. Ces campagnes de discrimination à l’encontre des précaires ont pour effet d’accroitre le non recours aux droits sociaux : 30 % des personnes ayant droit au RSA ne le demandent pas, 25 % pour la CMUC. Le refus de soins se développe également (médecins généralistes ou spécialistes refusant les personnes à la CMUC ou à l’AME), ce qui a amené plusieurs associations à saisir le défenseur des droits et le conseil de l’ordre pour que ces pratiques soient sanctionnées. Les associations d’action sociale s’efforcent d’être un rempart quotidien contre la tentation du repli identitaire et du rejet des plus fragiles. Elles doivent s’appuyer sur les capacités d’action et d’innovation des citoyens, sur les richesses des territoires, sur les valeurs de solidarité et de fraternité qui s’exprime à travers des projets concrets d’accueil et d’accompagnement solidaire. Elles doivent mobiliser le pouvoir d’agir des personnes pour combattre les discriminations et soutenir la participation des plus fragiles aux politiques publiques.. Être le lobby des plus fragiles, s’organiser pour peser sur les décisions publiques, développer l’innovation sociale sur les territoires, telle est la responsabilité du mouvement associatif qui doit pouvoir compter sur le soutien et l’alliance des forces politiques et syndicales progressistes.

Réintroduire la solidarité au centre des politiques publiques :
Nous devons convaincre le plus grand nombre que la solidarité est un investissement collectif nécessaire pour une société plus cohésive, plus égalitaire, plus ouverte, plus accueillante. Elle est nécessaire à la préservation du « vivre ensemble » et donne une traduction concrète au désir d’engagement pour les autres qui restent fort dans la population, notamment chez les jeunes.

Relancer les politiques de solidarité suppose donc de s’appuyer sur la société civile, sur la capacité de mobilisation, d’interpellation et d’innovation des associations pour redonner un espoir aux plus fragiles et répondre aux inquiétudes. Ce projet de solidarité ne peut être mené dans le seul cadre national. L’Union Européenne doit prendre ses responsabilités en définissant des règles communes « par le haut », sur la protection sociale, le revenu minimum, les services sociaux d’intérêt généraux ou encore l’accueil des demandeurs d’asile pour éviter le dumping social et la concurrence des systèmes sociaux. La solidarité doit aussi et surtout être repensée comme un investissement économique, social et sociétal qui créé du bien-être et de la croissance pour tous. Ce n’est pas une charge pour éviter le pire mais le moyen de réparer les fractures sociales et territoriales, C’est la construction d’une société ouverte ou chacun trouve sa place et peut développer son projet de vie. Cet investissement prend du temps, ses effets ne sont pas immédiats, il nécessite une vision prospective, déconnectée des contingences politiques, médiatiques, et budgétaires immédiates, selon une logique d’investissement social et de développement durable.

Engager des réformes structurelles pour éradiquer la pauvreté :
Le renforcement de notre modèle social ne se fera pas sans réformes structurelles des politiques de solidarité qui répondent à plusieurs enjeux : la diversification des publics touchés par la précarité, notamment les jeunes et les familles, la dégradation du marché du travail et l’augmentation du chômage de longue durée, la pénurie de logements abordable dans les grandes agglomérations ou encore l’accueil digne des demandeurs d’asile.

Dans le cadre de la concertation proposée par le gouvernement pour une stratégie de lutte contre la pauvreté des enfants, des jeunes et des familles, le collectif Alerte qui regroupe les principales associations nationales de lutte contre l’exclusion a défendu 12 PROPOSITIONS :

1. Un droit formel à un accueil de tous les enfants de moins de 3 ans
Pour lutter contre la reproduction des inégalités, chaque enfant doit pouvoir bénéficier d’un accueil de qualité collectif ou individuel, intégrant des actions d’accès à la culture, au savoir et au développement cognitif. Ces actions intégreront également un volet d’accompagnement des parents par un soutien à la parentalité.

2. Améliorer l’accompagnement des familles notamment en santé
Il est nécessaire de développer l’accompagnement des parents, notamment via la création systématique d’« espaces parents » dans les établissements scolaires des territoires en difficultés ou le renforcement des dispositifs de prévention des ruptures comme la médiation familiale ou les espaces de rencontre. L’accompagnement des familles pour suivre la santé de leurs enfants est déterminant et passe par un renforcement des moyens de la médecine en milieu scolaire et de la protection maternelle infantile (PMI) afin que chaque famille puisse accéder effectivement à la prévention en santé et aux soins.

3. Aucune famille, aucun enfant sans solution de logement digne
Il convient de fixer des objectifs de développement de l’offre de logements à loyers accessibles, par le vote d’une loi de programmation financière pluriannuelle prévoyant 60 000 logements en Prêt Locatif Aidé d’Intégration (soit un doublement du niveau actuel de production du logement très social) et 50 000 logements dans le parc privé à vocation sociale par an. Il est également nécessaire de soutenir l’accès au logement des ménages précaires par l’augmentation des Aides Personnelles au logement (à minima la suppression de la baisse des – 5 euros et réindexation sur l’inflation), la mise en place d’une Garantie universelle des loyers et la mise en œuvre de l’encadrement des loyers prévu par la loi ALUR. Enfin, la prévention des ruptures (sortie d’institutions – prison, hôpital, aide sociale à l’enfance, expulsions locatives, expulsions de terrain) doit être significativement renforcée.

4. Ne laisser personnes à la rue ou dans des conditions indignes d’hébergement, résorber les campements
Le gouvernement a réalisé 20 millions d’euros d’économies sur les CHRS en 2018, alors qu’il continue d’augmenter les budgets de l’urgence et de l’hôtel, particulièrement en période hivernale. Il privilégie donc des solutions court-termistes de faible qualité qui ne facilitent pas l’insertion future des personnes sans-abri, a fortiori pour les étrangers alimentant le risque d’augmentation de personnes à la rue ou dans des conditions indignes (campements). ALERTE demande donc d’annuler les mesures d’économies sur les CHRS, de garantir l’accueil inconditionnel dans ces structures et de pérenniser les places de qualité créées chaque hiver. Alors que près de 100 000 demandeurs d’asile ne sont pas hébergés dans le dispositif national d’accueil, les associations demandent la création de 30 000 places d’hébergement en Centre d’accueil pour demandeurs d’asile (CADA) afin de proposer une solution à toutes les personnes qui demandent la protection de la France.

5. Des régularisations pour sortir les familles de la précarité
La régularisation des ménages présents depuis plus de 2 ans, « non expulsables » pour des raisons humanitaires, familiales ou administratives est indispensable. Par ailleurs il est nécessaire de simplifier le parcours administratif pour l’obtention des autorisations de travail dès 3 mois, pour les demandeurs d’asile ainsi que des cours de français accessibles à tous les étrangers primo-arrivants

6. La création d’un revenu minimum décent
Le collectif propose de fusionner les minima sociaux pour créer un revenu minimum décent d’environ 850 euros par mois, allocation différentielle. Dans l’attente de cette réforme, Alerte demande une revalorisation immédiate du RSA et pour les familles fragiles des ressources complémentaires, et son ouverture aux jeunes dès 18 ans. Les personnes les plus précaires doivent pouvoir obtenir un accompagnement de qualité pour pouvoir sortir de la pauvreté. Dans ce cadre, l’Etat doit assurer en intégralité le financement du RSA, en contrepartie d’engagements des conseils départementaux à mener une réelle politique d’insertion en proposant à toutes-s un accompagnement social et une insertion professionnelle.

7. Faire de la lutte contre le non recours aux droits sociaux une priorité absolue
Les caisses et organismes versant des prestations sociales doivent se voir fixer par l’Etat des objectifs de lutte contre le non recours et être incités à les atteindre par un mécanisme financier de « bonus/malus ».. Parallèlement il faut progresser vers l’attribution automatique des prestations sociales et ce tout particulièrement en profitant de la mise en place en 2019 de l’impôt à la source. Puisque l’accès aux droits est plus large que l’accès aux prestations monétaires, il faut lancer une expérimentation « territoires 0 non recours » visant la coordination des acteurs pour une meilleure information des personnes sur les droits et accompagnements dont elles disposent. Les Points Conseil Budget en font une préfiguration.

8. Aucun jeune sans ressource, ni accompagnement ni formation
Tout jeune dès 18 ans doit pouvoir accéder à un parcours combinant : l’accès au RSA comme garantie de ressources, un accompagnement adapté à ses besoins et l’accès à des situations d’emploi et de formation. Contrairement à la Garantie Jeunes actuelle, ce nouveau parcours ne doit pas avoir de limitation de durée ni d’enveloppe contrainte pour ne laisser aucun jeune sans solution et ressource. Il doit devenir le droit commun du parcours d’insertion des jeunes.

9. Développer massivement l’offre d’emploi et de formation accessible aux personnes les plus éloignées de l’emploi
Il faut doubler le nombre d’emplois dans le champ de l’insertion par l’activité économique (+130 000) en ciblant prioritairement les territoires subissant une disparition des emplois peu qualifiés. Il faut également garantir leur accès au financement spécifique de la formation professionnelle pour permettre la réalisation du tryptique accompagnement/emploi/formation nécessaire au retour à l’autonomie des personnes.

10. Un accès réel aux soins de tous, sans obstacles
Le collectif demande de fusionner l’Aide médicale d’Etat (AME) et la Protection Universelle Maladie (PUMA) dans une protection maladie réellement inclusive. Il demande également de simplifier les démarches pour obtenir la couverture maladie universelle (CMU C- PUMA) avec par exemple un accès automatique lors de l’ouverture des droits au RSA. Il faut aussi permettre l’accès physique aux soins en développant les permanences d’accès aux soins de santé (PASS), et des postes de médiateurs santé pour aller vers les personnes qui ont renoncé à se soigner. Enfin pour l’accès aux soins de tous il est indispensable de généraliser le tiers payant. Les associations demandent également la réaffirmation d’un accès inconditionnel aux soins des étrangers malades au moment où ce principe, pilier de la protection sociale, est remis en cause.

11. La garantie d’un accès digne à l’alimentation
Lutter contre la précarité alimentaire passera par des plans territoriaux de l’alimentation associant tous les acteurs de la filière pour lutter contre les « déserts alimentaires », et pour un accès à la cantine scolaire pour tous (impliquant la gratuité pour les ménages vivant en dessous du seuil de pauvreté) afin que les enfants aient accès à une alimentation de qualité au moins une fois par jour.

12. Une gouvernance territoriale concertée et coordonnée
Le Conseil national des politiques de lutte contre la pauvreté et l’exclusion sociale (CNLE) doit devenir une véritable instance de coordination et de pilotage des politiques de lutte contre la pauvreté associant l’Etat, les collectivités locales, les associations et les personnes en précarité. Au niveau départemental, une instance similaire doit être mise en place pour piloter la mise en œuvre territoriale de la stratégie de prévention et de lutte contre la pauvreté sur la base d’une contractualisation respectant les compétences de chacun.

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