La conjoncture mondiale, l’Europe et la situation de la France

Il y a 2 ans, le 10 juillet 2019

Par Pierre Laurent

Dans un monde marqué par de profonds et rapides bouleversements, l’Europe et la France traversent une période de crises aigües et de déstabilisations politiques. Entre résistances sociales, luttes pour un nouveau modèle de développement social et écologique, et aggravation des dérives politiques ultra-réactionnaires, l’avenir est incertain. Mais l’avantage est pour l’heure en Europe aux forces libérales et réactionnaires.

GARDONS LE CONTACT

Discours prononcé le 6 juin 2019

1. Crises et bouleversement du monde
La situation internationale est marquée par une forte accélération des mutations du monde, sous l’effet cumulé de crises majeures (crise du système capitaliste financiarisé mondialisé, inégalités de développement explosives, crises politiques et montée de populismes anti-démocratiques et régressifs…), de défis inédits qui ne pourront être relevés sans changements essentiels du type de mondialisation ( changement climatique et défi de transition écologique, révolution numérique, nouveaux besoins pour le développement humain liés à l’émergence de régions entières de la planète, migrations et interdépendances nées de la mondialisation …), et de la montée de périls nouveaux (guerres commerciales, conflits armés, terrorisme sur fond de crises des dominations capitalistes, relance de la course aux armements…).

Répondre à ces crises et à ces défis inédits appelle des changements profonds dans tous les domaines vers un nouveau type de développement de l’humanité. Un développement moins inégalitaire, plus solidaire et moins concurrentiel, avec moins de gâchis humains et matériels et plus de ressources consacrées au développement des humains, et à la protection des biens communs et de la planète. Cela appelle également une autre gouvernance du monde, plus respectueuse des peuples, des nations et de leur souveraineté, un nouvel ordre économique et financier avec plus de partage et de mise en commun dans le respect mutuel, et avec des institutions internationales multilatérales relancées et repensées au service de la justice et de la paix humaine.

Les grandes puissances capitalistes historiquement dominantes bloquent ces nécessaires transformations du monde, en cherchant à maintenir et à reproduire des dominations de plus en plus mises en cause par l’émergence de nouveaux besoins et de nouvelles puissances.
Leur tentative de maintenir l’hégémonie capitaliste sur la mondialisation se déploie dans une concurrence aggravée en matière commerciale, en matière géostratégique, en matière de maîtrise technologique, numérique, et militaire.

Elle se fait au détriment de leurs propres peuples qui connaissent tous des reculs sociaux importants, aux Etats-Unis, en Europe, et en France, au détriment aussi de leur propre coopération comme on le voit avec les tensions Etats-Unis/Europe, des rapports nécessaires avec les puissances émergentes, comme la Chine ou la Russie, traitées avec méfiance voire avec hostilité.

Elle conduit également à plus de tensions, de conflits, voire à des guerres dévastatrices comme en Irak et en Syrie, sans que ces guerres ne parviennent à rétablir la toute puissance occidentale, notamment américaine. Le monde est inexorablement en train de changer, vers un ordre mondial plus instable, plus multipolaire, voire a-polaire.

Il n’en reste pas moins que ces stratégies de domination capitaliste génère pour l’heure beaucoup de dangers et de possibles reprises en main autoritaires à court terme, comme on vient de le voir en Amérique latine ces dernières années.

En Asie, la montée en puissance de la Chine contrarie les ambitions américaines, mais le durcissement de la politique de Trump atteste d’une agressivité relancée des Etats-Unis.

Les institutions multilatérales internationales, indispensables à la sécurité et à la coopération du monde, même si elles doivent repensées, sont gravement mises en cause dans leur efficacité par les coupes budgétaires américaines récemment, mais plus au fond par le contournement par l’OTAN de la légitimité de l’ONU. La France est également redevenue ces dernières années une force d’intervention extérieure militaire active en coordination avec l’OTAN, en Afrique, au Sahel en particulier, et au Moyen-Orient. L’OTAN impose à ses membres des 2 % de PIB consacrées aux dépenses militaires.

Les zones de conflits dans les points chauds de la planète se multiplient au Moyen-Orient, en Afrique, en Amérique latine, en Asie du sud-est, en même temps que grandissent les risques de terrorisme et de guerre non traditionnelles sur le terreau pourri des crises mondiales, des déstabilisations politiques, de la prolifération des armes et des trafics. Le contrôle du commerce des armes redevient un enjeu majeur de sécurité internationale. La non prolifération nucléaire également alors même que les grandes puissances détentrices de la puissance nucléaire, comme la France, refuse de signer le traité d’interdiction négociéà l’ONU.

La révolution numérique qui bouleverse tout à la fois les échanges, les communications, et les systèmes productifs appellent des partages et des régulations nouvelles qui sont freinés par les rivalités de domination capitaliste et par la puissance acquise par les géants américains du numérique qui s’érigent, parfois au dessus des nations même les plus puissantes, comme les prescripteurs du nouveau monde.

Les urgences de la lutte contre le réchauffement climatique ne sont pas suffisamment entendues, et surtout les moyens mis en commun pour répondre d’un même mouvement au défi climatique et à celui de la justice sociale et du droit au développement pour tous ne sont pas au rendez-vous.

Les contradictions explosives de ce monde, toujours largement dominé par les logiques capitalistes, où s’affrontent des besoins de transformation sociale grandissants et l’acharnement des puissances guidées par le seul profit à maintenir leur emprise sur la planète, provoquent partout crises, changements et chaos politiques.

Des forces de transformation sociale cherchent partout l’issue, aux Etats-Unis même avec la renaissance d’une gauche américaine, en Amérique centrale et latine, dans les printemps arabes, en Algérie, au Soudan…

Mais sur le terreau pourri des crises, se développent aussi partout des réponses populistes, ultra-réactionnaires, racistes et xénophobes, notamment en Europe.

Le monde est plongé dans beaucoup d’incertitudes pour les décennies à venir.

Cela invite les forces progressistes à coopérer de manière renforcée, approfondie et suivie pour faire émerger des solutions de paix, de justice sociale, de biens communs, comme nous le faisons avec ces colloques du PCF et du PCV.

2. L’Europe traverse une phase aigüe et inquiétante au coeur de ces crises et défis mondiaux

Depuis la chute du mur de Berlin, l’Europe a connu plusieurs phases : une accélération de son intégration libérale dans la décennie 90 ; puis une montée de sa crise économique et sociale jusqu’à la très grave financière de 2008 et ses conséquences jusqu’à aujourd’hui ; et une exacerbation de sa crise politique, dans l’Union européenne et dans chacun des pays, dans la foulée de la crise de son modèle économique du tout concurrence. Nous sommes aujourd’hui au coeur de cette crise politique.

L’intégration capitaliste de l’Europe s’est faite sous l’égide d’une Union européenne entièrement dédiée au marché, à la « concurrence libre et non faussée » à l’inverse de la coopération promise. L’emprise des grands groupes financiers et de leurs exigences de profit, le dumping social et fiscal ont débouché sur le chômage, la précarisation du travail, la financiarisation galopante, l’affaiblissement productif, les inégalités grandissantes. 80 millions d’Européens vivent sous le seuil de pauvreté.
Les pays de l’Est ont été intégrés à marche forcée, brisant les sociétés. La thérapie de choc libéral y a été particulièrement brutale.

En 2008, la crise financière mondiale a frappé de plein fouet une Europe capitaliste ultrafinanciarisée. Pour sauver les banques les marchés, les gouvernements ont décidé de faire payer l’addition aux peuples, aux travailleurs, aux dépenses publiques et sociales. Les pays du sud ont été particulièrement saignés. L’Europe vit depuis 2008 sous le régime d’une austérité draconienne., sauf pour les grands groupes et leurs profits. Ces politiques d’austérité combinées à la financiarisation continue des marchés préparent une nouvelle phase très grave de la crise.

Depuis 2005 et la tentative d’instituer un Traité constitutionnel européen ultralibéral, les alertes politiques se sont multipliées. En France, et dans d’autres pays, le non à ce traité l’a emporté, mais les dirigeants sont passés outre. Au fil des années, le rejet s’est accentué sans qu’il en soit jamais tenu compte. Quand Syriza a gagné les élections en Grèce, tout a été fait pour briser les reins à la Grèce. Seule la doxa libérale avait droit de cité. La crise politique n’a cessé de grandir partout.

L’Union européenne, sous la coupe de l’OTAN, a tourné le dos à la Russie, faisant des pays de l’Est une frontière de plus en plus hostile. Ces pays sont aujourd’hui la voix des Etats-Unis en Europe, y compris pour combattre la notion de Défense européenne, bien qu’elle soit toujours envisagée comme intégrée à l’Otan.
Donald Trump joue un jeu de division des Européens pour préserver la domination stratégique américaine sur le camp occidental et empêcher les rapprochements de l’Europe avec la Russie et la Chine.

L’Europe s’est également fermée au sud de la Méditerranée, et la crise des migrants, générée par la guerre en Irak et en Syrie a été particulièrement révélatrice et indigne de l’Europe. Sur fond de crise sociale, la légitimation politique du rejet des migrants a favorisé la propagation des idées d’extrême-droite dans toute l’Europe.

Le rejet grandissant d’une Union européenne n’apportant plus que de la régression sociale a provoqué le rejet grandissant des gouvernements conservateurs et sociaux-démocrates qui co-géraient cette Europe. Les sociaux-démocrates sont les plus lourdement sanctionnés.

Des forces populistes, nationalistes, d’extrême-droite ont émergé un peu partout. Pour échapper à la sanction, des forces de droite se sont radicalisées, créant les conditions d’alliances avec ces forces nouvelles.

C’est la conjonction de telles forces qui a débouché sur le Brexit en Grande-Bretagne, provoquant jusqu’à aujourd’hui un chaos politique inédit en Grande-Bretagne et un champ de manoeuvre inespéré pour Trump contre l’Europe.

En France, Emmanuel Macron a joué une carte singulière, jouant d’un côté sur le dégagisme ambiant pour remplacer les vieux partis socialiste et de droite par une nouvelle force libérale centrale, jouant de l’autre côté du rejet de Marine Le Pen. Il tente de rééditer cela au Parlement européen pour installer un groupe libéral élargi.

Au total, le rapport de forces au Parlement européen s’est dangereusement déplacé vers la droite, avec trois familles libérales, de droite et d’extrême-droite qui dominent le jeu.

La situation de la gauche européenne est très difficile.

Déjà ralliés de longue date aux dogmes libéraux qui ont nourri la crise, les sociaux-démocrates sont encore affaiblis.

Le renforcement des forces écologistes, poussées par un courant positif dans les sociétés, est politiquement très ambivalent. Une partie des forces écologistes envisageant ouvertement des alliances à droite comme en Allemagne.

Les forces de la Gauche Unitaire Européenne, créée à l’initiative des communistes français en 1979, sont affaiblies. Le PCF a perdu ses députés européens, notamment en raison d’un mode de scrutin plus sélectif en France qu’ailleurs. L’existence de ce groupe reste toutefois un précieux atout. Le PCF œuvre à maintenir son unité.

D’une manière plus générale, le PCF est engagé dans un travail permanent de convergence de toutes les forces communistes et progressistes de la gauche européenne dans leur diversité. C’est plus que nécessaire que jamais.

Nous agissons sur trois fronts :
– maintenir l’unité du groupe de la Gauche Unitaire Européenne au Parlement européen, où siègent notamment nos amis espagnols, portugais, chypriotes, allemands, tchéques, grecs, irlandais, suédois, belges…
– développer l’activité du Parti de la Gauche européenne dont nous assurons la vice-présidence et qui va se tenir son congrès en décembre 2019 à Malaga en Espagne.
– enfin amplifier l’installation d’un Forum européen le plus largement ouvert possible , un peu sur le mode du Forum de Sao Polo et de forums sociaux. Après Marseille en France et Bilbao en Espagne, la troisième édition de ce forum progressiste européen se tient à Bruxelles les 9,10 et 11 novembre prochain.

A notre que ce travail d’unification des forces de gauche en Europe, est aujourd’hui handicapé par le développement de courants, qui après s’être détachés des forces social-démocrates sur une base de gauche, se revendiquent désormais d’un « populisme de gauche » aux contours extrêmement flous et instables. C’est le cas en Italie du mouvement cinq étoiles, allié gouvernemental de Salvini, de Podemos en Espagne, ou de la France insoumise de Jean-Luc Mélenchon en France.

3. La France en pleine crise et recomposition politique : d’énormes défis à relever pour le PCF et la gauche française.

La crise économique et sociale que connaît notre pays depuis maintenant deux décennies, aggravée depuis la crise de 2008 et le renforcement des politiques d’austérité, débouche aujourd’hui sur des décrochages inquiétants en matière de services publics et de protection sociale (deux points forts de notre modèle social) et de système productif et industriel. La France conserve encore de nombreux atouts, et reste une puissance importante, mais ses signaux nous inquiètent et nous amplifions notre action pour la protection des services publics, pour le reconquête industrielle, et pour la promotion des travailleurs et de la jeunesse.

Cette crise a comme en Europe débouché sur une grave crise politique, résultat de deux quinquennats particulièrement durs au plan social, l’un conduit par Nicolas Sarkozy de 2007 à 2012, l’autre par François Hollande de 2012 à 2017.

Cette période a permis à Marine Le Pen de confirmer son ancrage électoral au dessus de 20 %.

Emmanuel Macron a joué d’un double rejet, des quinquennats Sarkozy et Hollande et du parti de Marine Le Pen, pour se présenter en homme neuf et se faire élire. Il veut tout reconstruire autour de lui. Mais la crise sociale et les contestations l’ont déjà rattrapé. Le paysage politique reste très instable et du coup dangereux, car faute d’alternative de gauche, Le Pen devient un danger réel pour 2022.
Cette évolution s’inscrit de surcroît dans le cadre d’une dérive institutionnelle vers un présidentialisme autoritaire et monarchique marginalisant le Parlement, les pouvoirs locaux et les représentants syndicaux.

Nous travaillons dans cees conditions à une nécessaire alternative de gauche pour une nouvelle politique sociale, écologique, démocratique.

Le PCF reste pour cela une force essentielle, une force qui compte malgré son affaiblissement dans les élections à caractère national. Nous conservons deux groupes parlementaires très actifs à l’Assemblée nationale et au Sénat, une implantation locale forte que nous travaillons à conforter lors des élections municipales de mars 2020, un quotidien l’Humanité et sa Fête, évènement populaire majeur et unique dans la vie politique nationale.

Le défi à gauche est celui d’une reconstruction nouvelle car l’effondrement du Parti socialiste a émietté la gauche en diverses forces : Parti communiste, Parti socialiste, France Insoumise, Génération-S, écologistes et en une multitude de forces sociales et syndicales à rassembler.
Plus au fond que la seule question des reconstructions politiques, il s’agit pour nous de reconstruire à partir des aspirations et mobilisations sociales nouvelles un projet politique d’émancipation à vocation majoritaire.

Concernant les enjeux qui nous sont communs, je veux en citer trois pour terminer :

– le développement de relations mutuellement avantageuses entre nos deux pays reste pour nous une priorité. Le Vietnam a conforté ses atouts pour cela et nous avons contribué ici à favoriser le renforcement des relations franco-vietnamienne. Nous pensons que l’intérêt géo-stratégique du développement de cette relation peut continuer à marquer des points sous la présidence d’Emmanuel Macron. Nous échanges nous permettront sûrement préciser cet enjeu. La France va déployer une politique plus ambitieuse en matière d’Aide Publique au Développement après l’adoption d’une loi de programmation qui devrait être discutée à l’autmone. Ce sera sans doute une opportunité, parmi d’autres, à saisir.

– je veux en même temps souligner que nous sommes inquiets de la militarisation croissante de la politique internationale française. Cela concerne la recrudescence des interventions extérieures militaires, et la spécialisation industrielle renforcée dans le militaire et le commerce des armes. Ces caractéristiques se manifestent en Afrique, dans la Péninsule arabique mais aussi en Asie (je cite pour exemple l’important contrat français signé avec avec l’Australie pour doter ce pays d’une importante flotte militaire sous-marine. Nous entendons amplifier la campagne pour une signature par la France du traité d’interdiction des armes nucléaires signé à l’ONU. Une vigilance commune doit être exercée sur ce point crucial au moment où les tensions peuvent à tout moment surgir sur la scène internationale.

-enfin, je veux dire qu’à l’occasion de centenaire de notre Parti en 2020, nous souhaitons qu’un moment , qui reste à construire ensemble, soit consacré à la mémoire d’Ho chi minh et de nos combats communs pour votre libération. C’est pour vous comme pour nous, un enjeu de mémoire nationale essentiel.

Je vous remercie.

Qui est responsable du drame de Calais

Il y a 2 jours, le 26 novembre 2021

Par Pierre Laurent

Ce mercredi 24 novembre, 27 personnes sont mortes dans la Manche, après le naufrage de leur embarcation de fortune. Majoritairement Kurdes d’Irak et d’Iran, ils et elles fuyaient la misère et le danger, bien souvent à la recherche de membres de leur famille résidant au Royaume-Uni.

GARDONS LE CONTACT

Par son ampleur, ce naufrage a réveillé la mauvaise conscience des dirigeants européens, qui depuis des mois, voire des années, laissent pourrir la situation à la frontière franco-britannique, alimentent dans le débat public la surenchère anti-migrants, et construisent une Europe forteresse.

Oui, les larmes de crocodile de nombreux responsables politiques sont insupportables. Les mêmes qui proposaient la semaine dernière de construire un mur à la frontière entre la Pologne et la Biélorussie, déplorent aujourd’hui de la mort de ces 27 migrant·es. La réalité, c’est que depuis bien longtemps nos zones frontalières sont devenues des zones de grand danger pour les migrant·es, à commencer par la Méditerranée dans laquelle des dizaines de milliers se sont noyé·es depuis 2015.

Faire reposer toute la responsabilité sur les « passeurs », comme l’a fait le Ministre de l’Intérieur, n’est pas crédible. Evidemment, n’ayons aucune faiblesse à l’égard de ces trafiquants, qui pratiquent de fait la traite d’êtres humains. Chaque fois que cela est possible, ils doivent être arrêtés et lourdement sanctionnés.

Mais pense-t-on sérieusement que cela suffira pour tarir les flux migratoires clandestins ? En réalité, une seule option crédible est sur la table : agir en même temps pour traiter à la racine les causes des migrations forcées – à commencer par les guerres, les inégalités de développement, le dérèglement climatique – et ouvrir sans attendre des voies légales et sécurisées de migration, organisées et coordonnées au sein de l’Union européenne et avec ses partenaires, dont le Royaume-Uni.

Face au jeu dangereux des populistes britanniques, Johnson en tête, la France devrait hausser le ton et appeler à la renégociation des accords du Touquet et du traité de Sandhurst. Notre pays ne peut être relégué au rôle de vulgaire sous-traitant de la politique de chasse aux migrants de M. Johnson.

Au-delà, la France pourrait être motrice d’une véritable stratégie d’accueil, d’installation et d’accès aux droits en Europe, pour celles et ceux qui le souhaitent. Nous pourrions enfin rompre avec les discours haineux et xénophobes, qui ont pris bien trop de place dans le débat public national et européen.

Les communistes comptent bien aborder toutes ces questions dans le débat de l’élection présidentielle, et avant cela, à l’occasion de la présidence française de l’Union Européenne qui va débuter en janvier.

Coopération militaire France-Egypte – La lumière doit être faite

Il y a 3 jours, le 25 novembre 2021

Par Pierre Laurent

La coopération entre militaires français et égyptiens en matière de reconnaissance aérienne aurait été détournée de son objectif premier de lutte contre le terrorisme et aurait ainsi eu pour résultat la mort de nombreux civils selon des révélations d’une enquête du site web d’investigation français Disclose. Ces faits s’ils étaient confirmés seraient extrêmement graves et ne pourraient rester sans conséquences. J’ai interpellé la ministre de la défense à ce sujet par question écrite. Je soutiens par ailleurs la demande d’Amnesty International de mettre en place une enquête parlementaire, en vue d’obtenir des réponses claires et immédiates au plus haut niveau de l’État. J’ai aussi demandé hier matin, lors de la réunion de la commission des affaires étrangères du Sénat, que les ministres concernés soient auditionnés à ce sujet.

GARDONS LE CONTACT

J’ai attiré l’attention de Mme la ministre des armées sur la coopération militaire entre la France et l’Égypte. Selon des révélations de la presse, une mission de reconnaissance aérienne du renseignement militaire français, initialement prévue pour contribuer à la lutte contre le terrorisme dans la région frontalière entre la Libye et l’Égypte, aurait été détournée de son objectif premier, au vu et au su des autorités françaises et ce, malgré des alertes de soldats français à leur hiérarchie.

Elle aurait permis aux autorités égyptiennes, entre 2016 et 2019, de mener un certain nombre de frappes contre des réseaux ordinaires de trafiquants d’armes, de drogues, de produits alimentaires ou de migrants, qui se sont soldées par la mort de nombreux civils.

Je lui ai demandé ce qu’il en est et, si ces informations se confirmaient, ce que le Gouvernement compte prendre comme mesures.

 

 

Situation en République démocratique du Congo – Prévenir une nouvelle crise majeure et déstabilisatrice

Il y a 1 semaine, le 19 novembre 2021

Par Pierre Laurent

J’ai attiré l’attention de M. le ministre de l’Europe et des affaires étrangères sur la situation en République démocratique du Congo (RDC). Ce pays est l’un des plus pauvres du monde alors qu’il regorge de richesses de toutes sortes. Par ailleurs, depuis vingt-cinq ans, des atrocités se déroulent notamment à l’est de ce pays dans […]

GARDONS LE CONTACT

J’ai attiré l’attention de M. le ministre de l’Europe et des affaires étrangères sur la situation en République démocratique du Congo (RDC).

Ce pays est l’un des plus pauvres du monde alors qu’il regorge de richesses de toutes sortes. Par ailleurs, depuis vingt-cinq ans, des atrocités se déroulent notamment à l’est de ce pays dans ce qu’il est convenu d’appeler les deux guerres du Congo, qui sont en fait des guerres de pillage au bénéfice, en dernier ressort, de multinationales qui passent notamment par des pays voisins. Les conséquences de ces guerres ont fait des millions de victimes faisant de ce conflit au Congo sans doute le plus meurtrier depuis la Seconde Guerre mondiale.

Ces atrocités sont documentées chaque année depuis 2003 par un groupe d’experts de l’organisation des Nations unies (ONU), qui fait également état des multinationales qui y sont impliquées, ainsi que dans le rapport Mapping publié en octobre 2010. Le rapport Mapping, commandé par le Haut-Commissariat des Nations unies aux droits de l’homme, recensait de nombreux crimes de guerre, crimes contre l’humanité et de possibles génocides commis entre 1993 et 2003 en RDC et recommande des poursuites à ce sujet.

En cohérence avec cet objectif, le titulaire du prix Nobel de la paix 2018, de nationalité congolaise, revendique depuis trois ans la création d’un tribunal pénal international et la création de chambres mixtes avec des magistrats congolais et internationaux au sein de juridictions congolaises pour poursuivre les auteurs de violations des droits de l’homme.

Je lui a demandé ce que la France compte faire en vue d’appuyer cette démarche.

Par ailleurs, il est à noter que dans la suite des dernières élections nationales en 2018, dont les résultats ont été très contestés – y compris, dans un premier temps, par la France – l’opposition ainsi qu’un bon nombre d’acteurs de la société congolaise, et parmi eux les églises, mettent en cause l’organisation de la commission électorale initiée par le pouvoir en place qui se ferait, selon eux, en complicité avec des chancelleries étrangères dont celle des États-Unis et de l’Union européenne. Ils craignent que si les leçons de 2018 ne sont pas tirées et que des mesures ne sont pas rapidement prises pour apaiser les tensions et renforcer la confiance de la population, le pays se dirige vers une nouvelle crise majeure et déstabilisatrice. Ils dénoncent également la répression dont ils font l’objet à l’occasion de manifestations pour exiger la réforme consensuelle de l’administration électorale, dénoncer la dégradation des conditions de vie, la corruption et des massacres dans la partie Est du Congo.

Je souhaite donc savoir quels actes la diplomatie française compte poser par rapport à l’ensemble de ces sujets.

L’après capitalisme de plateforme, c’est maintenant !

Il y a 2 semaines, le 15 novembre 2021

Par Pierre Laurent

Le mot de Pierre Laurent :
Depuis quelques années et plus que nous ne saurions le dire, le capitalisme de plateformes bouscule nos vies. De la fiscalité au droit du travail en passant par les mobilités, de nouvelles entreprises visent à imposer leur loi aux citoyen·nes et aux Etats. En 2022, un projet de gauche cohérent et conséquent ne peut passer outre cette question : comment construire des alternatives à ce modèle destructeur pour les droits sociaux ? J’ai posé la question à Pascal Savoldelli, Sénateur communiste du Val-de-Marne et spécialiste du dossier.

GARDONS LE CONTACT

Les plateformes numériques de travail s’inscrivent dans des mutations profondes du monde du travail, illustrées par l’externalisation de l’activité et la précarisation des travailleuses et travailleurs.

Nous nous trouvons effectivement face à une véritable crise du travail, de l’entreprise et du salariat. Cette crise s’inscrit dans une tendance continue de fragilisation de notre modèle social, par un capitalisme qui a su se redéfinir, à l’issue de 40 années de laboratoire : capitalisme industriel d’abord, puis capitalisme financier, pour finir aujourd’hui avec ce capitalisme de plateformes, qui a su s’approprier les outils du numérique et des nouvelles technologies afin de remettre le taylorisme au goût du jour, avec le travail à la tâche, voire à la pièce.

Se plaçant dans les interstices de flous juridiques, en fragilisant et contournant le droit du travail, le capitalisme de plateformes joue sur ces nombreuses zones grises, entre travail et hors travail, entre travail indépendant et salariat déguisé, entre autonomie et subordination…

La stratégie commerciale des plateformes numériques de travail repose davantage sur le service rendu, sur sa qualité, sur sa portée novatrice, mais jamais – ou rarement – sur les conditions de travail de celles et ceux qui rendent ces services. Comme l’a bien décrit le sociologue Christophe Dejours à l’occasion d’un colloque qui s’est tenu les 4 et 5 novembre derniers au Palais du Luxembourg, le modèle d’ubérisation impose une forme de domination par une « discipline de la faim », à mi-chemin entre servitude volontaire et involontaire. Résultat, les premiers à en pâtir sont ces travailleuses et travailleurs ubérisés, qui payent parfois de leur santé pour espérer s’en sortir financièrement.

La sécurité économique n’est pas non plus garantie, lorsque l’on voit ces images choquantes de jeunes livreurs faisant la queue pour recevoir une aide alimentaire. Quoi de plus paradoxal que des livreurs de repas, qui ne sont même pas en mesure de se payer de quoi manger ?

L’impact de l’ubérisation sur les conditions de travail des personnes concernées est un sujet qui me tient à cœur. Il a été l’objet d’un engagement politique continu depuis des années. C’est la raison pour laquelle j’ai déposé une proposition de loi avec mon collègue Fabien Gay et les membres du groupe Communistes, Républicains, Citoyens et Ecologistes, en juin 2020. Nous y proposions de renforcer le statut des travailleurs des plateformes, en les intégrant dans le livre 7 du Code du Travail, afin de leur permettre d’accéder à la protection du salariat, tout en bénéficiant de l’autonomie permise par le véritable travail indépendant. Aucun groupe politique n’a voté en faveur de cette proposition de loi, en dehors du nôtre. Elle a donc été rejetée.

Mais nous n’en sommes pas restés là. Plus récemment, j’ai été rapporteur d’une mission d’information intitulée : « Plateformisation du travail : agir contre la dépendance économique et sociale ». Nous avons organisé dans ce cadre plus d’une trentaine d’auditions et entendu plus d’une soixantaine de personnes : des chercheuses et chercheurs, des syndicalistes, des représentants d’institutions nationales et internationales, et même de certaines plateformes.

A l’issue de ces auditions, nous avons produit un rapport rendant 18 recommandations, portant sur les conditions de travail, mais aussi sur l’impact du management algorithmique pour les travailleurs des plateformes numériques. Ce rapport a été voté à l’unanimité le 29 septembre dernier, dans un travail collectif, mené avec les sénatrices et sénateurs membres de la mission, issus de groupes politiques différents. Dans la recherche des convergences possibles, nous sommes parvenus à nous accorder sur la nécessité de mieux réguler les plateformes, et d’ouvrir la boite noire de leurs algorithmes, dont l’explicabilité et l’encadrement font aujourd’hui cruellement défaut.

Les algorithmes sont bel et bien une chaîne de responsabilité humaine. En ce sens, ils jouent un rôle politique important, qu’il convient de réguler avec plus de transparence. Les plateformes sont arrivées sur le marché économique tels des chercheurs d’or dans le Far West, venus chercher leur nouvel eldorado. Mais tout cela s’est fait au détriment du droit du travail et des conditions de vie des personnes qui sont à leur service. Il est donc urgent de mieux les encadrer.

Nous savons par ailleurs que la force de ce modèle économique réside dans l’éclatement des collectifs de travail, dans l’individualisation à outrance permettant des formes d’inégalités devant le droit. Chacun se trouve ainsi isolé, connecté à son téléphone, mais de plus en plus déconnecté des autres.

Je nous invite à prolonger le débat, à réfléchir aux angles morts, aux secteurs moins visibles, tels que les travailleurs du clic, ou les plateformes de services à domicile, qui s’opèrent dans l’espace domestique, et qui concernent, cette fois-ci, une majorité de femmes.

Mais si certaines plateformes sont devenues aujourd’hui des géants du numérique, dont le pouvoir économique et politique fait parfois trembler certains dirigeants, je reste persuadé qu’il est possible d’agir, concrètement, et dès maintenant. C’est la raison pour laquelle j’ai proposé et coordonné la rédaction d’un ouvrage collectif publié le 30 septembre dernier, intitulé « Ubérisation, et après ? » (Editions du Détour), intégrant les contributions d’acteurs universitaires, politiques, syndicaux, militants et bien sûr, de terrain, premiers concernés par l’ubérisation. Car « l’après », c’est maintenant !

Les textes budgétaires, projet de loi de financement de la sécurité sociale et projet de loi de finances pour 2022 intègrent des enjeux propres au capitalisme de plateformes. Avec les membres du groupe CRCE, nous restons vigilants, et nous veillerons à défendre les intérêts des travailleurs avant ceux des plateformes.

Pascal Savoldelli
Sénateur du Val-de-Marne

Le temps du commun : menons ensemble la bataille des idées

Il y a 3 semaines, le 9 novembre 2021

Par Pierre Laurent

Il y a quelques jours, un éditorialiste du Figaro résumait sa vision de la situation politique dans un éditorial titré « Les trois droites ». La victoire de la droite à l’élection présidentielle est acquise, résumait-il, et la question qui se pose est de choisir la droite qui l’emportera : celle conduite par Emmanuel Macron, celle des Le Pen/Zemmour, ou celle que représentera le candidat désigné le 4 décembre prochain par Les Républicains.

GARDONS LE CONTACT

Cruel constat de la saturation du paysage présidentiel par la droite, organisée par le système politico-médiatique dominant. Pour pérenniser leur pouvoir, les grands intérêts financiers sont prêts à toutes les hypothèses. Quitte à les combiner dans une future majorité parlementaire, qui associerait toutes les facettes de la droite et de l’extrême-droite. Tout doit être fait pour empêcher ce sinistre scénario, que notre peuple paierait une nouvelle fois très cher.

Les forces de gauche ne se sont pas placées dans la meilleure situation pour y faire face. C’est un fait. Et pourtant notre société regorge d’idées, d’actions, d’initiatives, de consciences prêtes à relever ce défi. Effacées de la une des médias par le rouleau-compresseur piloté par l’Elysée, ces forces continuent de travailler en profondeur le pays, nos quartiers, nos villes, nos campagnes. Je ne crois pas à la droitisation de la société française. Je pense plutôt qu’elle souffre cruellement d’une absence de perspectives progressistes. Et ce n’est pas la même chose.

Je crois nécessaire, pour sortir du verrouillage politique qui vise à décourager les énergies alternatives, de changer l’agenda du débat public. Les idées de progrès doivent reprendre le devant de la scène. Car sinon, notre peuple continuera à désespérer d’un débat politique dans lequel il ne reconnaît pas ses attentes les plus profondes.

Modeste contribution, j’ai décidé d’ouvrir, ces prochaines semaines, ces prochains mois, les colonnes de ce blog à des paroles qui méritent d’être davantage écoutées, prises au sérieux, placées au premier plan des priorités politiques de la gauche, si celle-ci de toutes celles et ceux désirant ouvrir une nouvelle perspective progressiste.

Ainsi ces prochains jours, je donnerai la parole à Philippe Rio, maire de Grigny, sur les services publics et la citoyenneté, à Pascal Savoldelli, sénateur, sur l’ubérisation et les plateformes numériques, ou encore à Ernestine Ronai sur le combat contre les violences faites aux femmes. De nombreux autres thèmes suivront, tous très divers, mais toujours avec l’ambition d’une approche innovante et constructive, avec la volonté de rendre les idées de gauche plus influentes dans le pays.

Je souhaite que cette initiative aide à faire circuler ces idées, à rassembler autour d’elles pour penser et agir ensemble. Ce ne sera pas tout le nécessaire, c’est certain. Mais en ces temps difficiles et étouffants, aucun espoir ne doit être négligé, aucune idée utile à avancer ne doit être laissée au bord du chemin.

Situation au Cameroun – Ceux qui prônent le dialogue et le respect de l’Etat de droit doivent être soutenus

Il y a 3 semaines, le 4 novembre 2021

Par Pierre Laurent

J’ai interpellé le ministre des affaires étrangères français sur la situation qui s’aggrave de jour en jour au Cameroun.
J’appelle les autorités de mon pays à y soutenir ceux qui prônent le dialogue et le respect de l’État de droit, malmenés depuis des décennies dans ce pays.

GARDONS LE CONTACT

J’ai attiré l’attention de M. le ministre de l’Europe et des affaires étrangères sur la situation au Cameroun. Le Cameroun ne cesse de s’enfoncer dans une crise multiforme avec de nombreux foyers de tension militaire.

Les massacres d’hommes, de femmes et même d’enfants s’y multiplient notamment dans la zone anglophone (20 % de la population) avec des belligérants qui radicalisent leurs positions. De plus en plus d’acteurs du Cameroun se prononcent contre la gestion des conflits dans le pays, notamment en ce qui concerne la crise anglophone et l’élection présidentielle controversée de 2018. Ceux qui prônent le dialogue et le respect de l’État de droit continuent à faire l’objet de répressions comme en témoigne, entre autres, la non-légalisation du plus vieux parti politique camerounais, l’union des populations du Cameroun-manifeste national pour la nouvelle démocratie  (UPC-Manidem), pourtant demandée par la commission africaine des Droits de l’Homme et des peuples depuis 2016. En témoignent aussi les nombreux prisonniers d’opinion détenus dans les prisons camerounaises. S’ajoutent à cela les inquiétudes concernant la succession de l’actuel chef de l’État au pouvoir depuis près de 40 ans et dont le règne autoritaire a participé fortement au délitement social et économique de plus en plus prononcé.

Il est à noter par ailleurs que la présence française, notamment économique, reste très importante. Nombre d’acteurs camerounais estiment qu’il est urgent qu’un cessez-le-feu intervienne entre tous les groupes armés et que s’engage un vrai dialogue, impliquant toutes les forces vives du Cameroun en vue de trouver des solutions politiques pour sortir du délitement de ce pays et également pour que les droits élémentaires des populations soient respectés.

Je lui ai demandé ce que les autorités françaises en coordination avec l’Union africaine comptent prendre comme initiatives tant du point de vue national, européen qu’à l’organisation des nations unies (ONU), en vue d’appuyer une telle démarche et de cesser d’être d’un mutisme déconcertant au sujet de ce pays, lequel mutisme est aperçu de plus en plus comme une complicité avec des pratiques inqualifiables.

Chargement