03 Juin 2015

Hommage à toute la Résistance

Monsieur le Secrétaire d’État aux anciens combattants et à la mémoire, monsieur Jean Marc Todeschini,
Mesdames, messieurs,
chers amis, chers camarades,

Il y a des jours heureux. Aujourd’hui en est un. Et je rajouterai des soirées. Un grand merci à l’équipe des « Éditions de l’atelier », aux chercheurs, historiens, sous la direction de Claude Pennetier qui ont fait un travail remarquable sur les fusillés de 40-44. Un grand merci à Laurence Karsznia et Mourad Laffite qui ont réalisé un documentaire sur la jeunesse d’Henri Krasucki, que nous présenterons ici même, dans quelques jours. Merci à Isabelle Starkier, Céline Larrigaldie et Jean Pierre Thiercelin qui vont après moi, nous faire découvrir leur dernière création « Marie-Claude ». Merci à Frédéric Genevée qui a préparé cette soirée.

Merci aux milliers de communistes, jeunes et moins jeunes qui ont aujourd’hui rendu hommage dans de nombreuses villes et villages de France à toute la Résistance.
Merci à la France pour l’entrée au Panthéon de quatre personnalités éminentes de la Résistance française. A travers cette date nous nous souvenons d’un chapitre majeur de l’histoire de notre pays, l’engagement de milliers de femmes et d’hommes dans les résistances à l’oppresseur qu’il soit nazi ou de Vichy.

Se souvenir d’une page de notre histoire, qui peut sembler lointaine aux plus jeunes, est une impérieuse nécessité. On parle souvent de « Devoir de Mémoire », je préfère le terme de Droit à la Mémoire. Un citoyen, un être humain privé de l’histoire de son pays, de ses ascendants, privé de SON histoire, ne peut pleinement regarder l’avenir les yeux grands ouverts.
Aujourd’hui n’est pas une journée comme les autres. Du Panthéon, à une place de village, des centaines de lieux ont été l’occasion du recueillement, pour dire l’urgence de cette Mémoire. Cela nous aide à conjuguer au présent les enseignements, les valeurs que notre communauté humaine a su bâtir pour faire front contre le fascisme, le nazisme. Cela nous rappelle l’appel lancé en 2004 par 20 résistantes et résistants : « résister c’est créer, créer c’est résister »
Cette page de notre histoire nous apprend que notre planète ne peut vivre de domination, d’exploitation, de violences ; elle nous parle de valeurs humaines, de celles qui nous aident à voir en chaque être, en son épanouissement, en son bonheur, le but ultime de notre combat commun. Ces valeurs, elles nous aident à regarder en l’autre tout ce qu’il peut nous apporter, et non ce dont il peut nous priver.
Cette histoire, elle nous aide à faire vivre l’esprit de Résistance, contre les résignations et les peurs ; elle nous apprend que les femmes et les hommes de bonne volonté sont les plus fort-e-s, lorsqu’ils-elles se lèvent contre l’oppression et la barbarie, pour la liberté.
Quelle conscience humaine fallait-il alors !et combien était lourd le prix à payer pour vouloir rester debout. Et pourtant, beaucoup l’ont fait, au premier rang desquels les communistes, presque naturellement, comme le prolongement évident du combat mené tout au long des années 30 contre la montée du fascisme, et pour le Front Populaire et la liberté.
Le 27 mai 1943 marque la première réunion du Conseil National de la Résistance.

Ce jour-là, l’ensemble des partis, syndicats et mouvements de résistance s’unissent sous l’autorité de Jean Moulin, envoyé par le général De Gaulle. Ils décident d’agir ensemble pour combattre les occupants et le régime de Vichy. Ils décident d’agir ensemble pour que la France puisse à la Libération recouvrir son entière souveraineté et puisse jouer un rôle majeur dans le concert des Nations. Les communistes jouent tout leur rôle dans cet effet d’unification, les syndicalistes aussi qui viennent de réunifier la CGT dans la clandestinité.

Il en a donc fallu des efforts et des sacrifices pour que depuis la défaite de 1940 et la trahison d’une partie de ses élites, la France relève la tête.

En 1940, seuls quelques hommes et femmes isolé-e-s refusent la défaite et l’asservissement. Il en a fallu des efforts pour ne pas céder alors que les États-Unis et l’URSS ne sont toujours pas en guerre contre l’Allemagne ; il en a fallu des efforts pour renouer les contacts, tisser des liens, s’organiser pour dire non à l’occupation alors que tous les repères sont brouillés que certains des amis d’hier acceptent le coup de force de Pétain et la fin de fait de la République.

Mais du courage, les résistantes et résistants n’en manquent pas, ils vont le montrer très vite. En 1940, des premières initiatives sont prises comme l’appel du général De Gaulle depuis Londres, la manifestation du 11 novembre 1940 à l’Arc de Triomphe et dans laquelle les étudiants communistes jouèrent un rôle majeur.

Les communistes et le PCF, interdits dès 1939 et un temps traversé des contradictions engendrées par le pacte germano-soviétique – prennent progressivement des initiatives et ses dirigeants comme Charles Tillon et Maurice Thorez appellent à la mobilisation contre Pétain et contre l’occupant. Les premiers mouvements de résistance organisés naissent. Dès le début 1941, tout s’accélère et les initiatives se multiplient. Au printemps – avant l’invasion de l’URSS – le PCF prend l’initiative du rassemblement le plus large avec la constitution du Front national pour la liberté et l’indépendance de la France. A l’été, c’est le passage à la lutte armée dans laquelle les FTP vont exceller et parmi eux les FTP-MOI au risque de leur vie. C’est ainsi que Manouchian et ses camarades multiplient les attaques et sont finalement arrêtés, torturés, jugés dans une mascarade de procès et exécutés.

La répression nazie et des autorités françaises se déchaîne contre tous les résistants qui vont faire tomber les barrières idéologiques ou les anciennes querelles qui peuvent encore les diviser. La lutte est inégale et de nombreux résistants tombent au combat.
Ceux des résistants qui, arrêtés, ne sont pas fusillés, sont envoyés en camps de concentration, seulement la moitié en reviendra.

En janvier, avec à mes côtés, Marie-George Buffet, Catherine Vieu Charrier, Henriette Zoughebi, nous avons, lors d’un colloque au Sénat, mis à l’honneur les résistants internés au Fort de Romainville, et particulièrement des Résistantes. Je pense à Danielle Casanova, Marie-Claude Vaillant-Couturier à qui nous allons rendre hommage dans quelques instants, Charlotte Delbos, dont les textes ont été lus hier soir dans une initiative tenue à Paris. Je suis fier que grâce à l’action des élus communistes de la Région, de Seine-Saint-Denis et de Paris, un mémorial soit inscrit dans le contrat de plan État / Région dans le Fort de Romainville.

Je suis allé dans le cadre du tour de France des Régions visiter le Centre d’Etude et de Recherche sur les camps d’Internement dans le Loiret et de la déportation juive. J’y ai rencontré Hélène Mouchard-Zay, que je veux excuser, et lui dire toute ma solidarité face aux attaques venues de l’extrême-droite antisémite qui s’oppose à la panthéonisation de son père. Auparavant, j’avais conduit une délégation au mémorial de la Shoah, qui faisait suite à la magnifique exposition que nous avions accueillie ici même : « grandir après la Shoah ». Je me suis rendu aussi sur la tombe des compagnons de l’affiche Rouge dans le cimetière parisien d’Ivry. Devant la stèle du chef de la MOI Missak Manouchian, j’ai rendu hommage au peuple arménien qui a vécu un génocide atroce des turcs, il y a cent ans. Génocide qui a servi d’exemple aux nazis. Partout, la question de la mémoire est vivace, parce que d’actualité. Partout on y reconnaît la place singulière du Parti communiste Français et de son apport dans les débats d’hier, mais surtout d’aujourd’hui.

Je veux saluer la décision du Président de la République de « panthéoniser » Geneviève de Gaulle- Anthonioz, Germaine Tillion, Pierre Brossolette, Jean Zay. Mais avec honnêteté, je veux le redire ici en votre présence, monsieur le Ministre, je ne comprends pas pourquoi la famille communiste a toujours porte close au Panthéon. Comme vous tous, ce soir, je pourrais parler de centaines de noms qui sont sur le fronton d’une école, d’une place, d’une rue, ou dans une chanson. Je pourrais vous parler du docteur Quenouille, de Martha Desrumeaux, d’Henri Rol Tanguy, de Missak Manouchian, de Pierre Semard, de Gabriel Péri, Jacques Duclos, Georges Valbon, Lucie Aubrac, Madeleine Vincent, Maï Politzer, Danielle Casanova, Marie-Claude Vaillant-Couturier…

Monsieur le Secrétaire d’État, je vous remercie très sincèrement pour votre présence ce soir et je vous prie de bien vouloir relayer auprès de Monsieur le Président de la République le sens de mon propos, la blessure ressentie qu’il exprime. Et je le dis, il faudra bien faire évoluer la manière dont sont choisis ceux qui entrent au Panthéon, cela ne peut se faire sans consulter davantage, sans associer la représentation nationale à laquelle il devrait revenir de décider.

Ce soir, je veux, nous voulons donc rendre hommage à toute la Résistance. Unie, elle a gagné, aujourd’hui c’est toute entière qu’elle doit être honorée, sans exclusive.
Au Général de Gaulle, à Jean Moulin, à Rol Tanguy, Jacques Chaban Delmas, à toute l’armée de l’ombre. A ces Femmes et ces Hommes qui ont décidé de vivre debout qui ont réussi à reconstruire la France. L’esprit de la résistance va avec l’esprit de réformes progressistes. Et les communistes à l’époque en furent les artisans majeurs : artisans du rassemblement le plus large sur un contenu apte à relever la France : démocratiser la République et la doter d’une forte dimension sociale. Le programme du CNR a ouvert la voie à la création de la sécurité sociale par le ministre Ambroise Croizat. La fonction publique fut remise sur pied par Maurice Thorez, pour être au service de tous les publics. 70 ans après, la France tient debout grâce à ces conquêtes essentielles et anticipatrice. 70 ans après, le même devoir d’insertion sociale nous appelle. Nous en sommes malheureusement loin.

Nous aimerions que la politique de la France retrouve l’élan transformateur dont elle est capable. L’extrême droite française et européenne se repaissent à nouveau des ravages sociaux de la crise capitaliste et des verrous démocratiques qu’inspirent à la société les privilèges de ce système. Libérer la France des puissances financières, c’est faire reculer ces forces de l’ombre. C’est aussi faire reculer les logiques de guerre à nouveau menaçantes. Voilà ce qu’est être fidèles aux idéaux de la Résistance et de 1945.

La seconde guerre mondiale fut celle de terribles génocides des Juifs et des Tziganes organisés par les puissances de l’Axe (Allemagne nazie, Italie fasciste et Japon impérial).
Elle s’est conclue par une autre tragédie d’un tout autre ordre qui allait annoncer une longue période de guerre. La seconde Guerre mondiale fut en effet l’occasion de l’utilisation, pour la première fois, et deux fois de suite, de la bombe atomique contre les populations civiles de Nagasaki et Hiroshima . Rien ne justifiait l’utilisation de ces armes de destruction massive. Ces explosions firent en quelques minutes des centaines de milliers de morts, pour la plupart des personnes âgées, des femmes et des enfants. Je me rendrai à l’invitation des maires d’Hiroshima et de Nagasaki en août prochain aux commémorations.

La mémoire de toute cette période conforte ma conviction et celle de mon Parti de mener le bon combat en combattant contre la guerre, pour la Paix, contre la mort, pour le respect de toute vie.
La culture de la Paix et de la non violenc, de la fraternité contre tous les racismes reste à promouvoir, toujours et encore.

La résolution des conflits entre les Nations, les peuples et les hommes se fait trop souvent par la violence destructrice en s’appuyant sur le mépris de « l’autre ». 70 ans après la naissance des Nations-Unies, nous souhaitons une politique forte de paix, de coopération et de droit humain, sous l’égide de cette instance, ce qui suppose sa relance et sa réforme profonde pour la rendre apte à régler les conflits et à combattre les guerres et les terrorisme, y compris le terrorisme d’État.

Je terminerai ce bref propos par un message de Raymond Aubrac prononcé lors d’une rencontre des amis de l’Humanité le 8 mai 2011 : « Lorsque les jeunes m’interrogent, ils me demandent toujours pourquoi nous avons résisté ? Eh bien, je leur réponds : parce que nous savions que ça servirait à quelque chose… Même si nous savions que nous pouvions mourir, nous agissions pour les nouvelles générations. Nous étions patriotes, à l’époque, parce qu’envahir la France c’était comme attaquer notre famille. Tous ces hommes et femmes qui ont osé résister n’étaient pas optimistes, je parlerai plutôt d’espérances actives…

De nombreux jeunes, surtout de banlieue, n’ont pas d’avenir… Ils savent que la société ne les attend pas. C’est grave. Je dis aux jeunes : « si vous baissez les bras, baissez la tête ». « Face aux injustices, vous avez des chances d’être battus, mais si vous n’êtes pas résignés et que vous êtes prêts à affronter les difficultés du combat, vous avez des chances de vaincre. »

Son message reste toujours d’actualité et donne le sens de notre journée.
Jamais nous ne nous résignerons. L’espoir est notre ligne permanente de combat.
Nous entrons dans le XXIe siècle plus résolus que jamais à faire de ce siècle celui de l’avènement d’un nouveau mode de développement de la civilisation humaine, plus coopératif, plus solidaire, soucieux de l’être humain comme de notre planète, d’où sont bannies toutes les aliénations que l’entravent vers l’émancipation humaine.

Merci

Partager