Hommage à Missak et Mélinée Manouchian

Il y a 2 ans, le 21 février 2019

Par Pierre Laurent

Allocution faîte le jeudi 21 février 2019, au Salon d’honneur de l’Hôtel de Ville – Paris 20ème – 18h30

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Mesdames, messieurs,
Cher.e.s ami.e.s et camarades,

C’est par une froide journée de février 1944 que 22 hommes périrent sous les balles des nazis au Mont Valérien.

Il y en eu bien d’autres avant eux, il y en aura encore beaucoup après eux.

Entre 1941 et 1944, 1 008 résistantes et résistants périront dans ce lieu désormais dévolu à la France résistante.

Pourquoi, plus que tant d’autres, les 23 de l’affiche rouge ont tant marqué les mémoires ?
D’abord, parce que les allemands en éditant l’affiche croyaient attiser la haine à l’égard des étrangers. La résistance était disqualifiée parce qu’animée par des juifs, des italiens, des arméniens, des polonais même des allemands et tous communistes.

Le peuple français qui, depuis la victoire soviétique à Stalingrad, sent que la fin de l’occupation et du nazisme s’approche. Il ne sait pas quand, mais l’espoir a enfin changé de camp.

Combien de jeunes françaises et français ont détourné avec une simple craie l’affiche rouge, transformant ainsi ces hommes en martyrs et en héros ?

Nous ne le saurons jamais mais c’est l’honneur d’un peuple tenaillé par la peur et la faim de reconnaître dans ce groupe, une partie d’eux mêmes.

Ils sont le symbole d’une France qui ne veut plus vivre à genoux.
Ils entrent ainsi au Panthéon national.

Ils s’appellent : Celestino, Joseph, Georges, Rino, Thomas, Maurice, Spartaco, Emeric, Jonas, Léon, Schlomo, Stanislas, Mardin, Cesare, Marcel, Roger, Antonio, Willy, Amedeo, Wolf, Robert, Olga et bien sur Missak.

Ils venaient de France ou de tous les recoins d’Europe, ils avaient trouvé, croyaient-ils, dans la patrie des Droits de l’Homme, le refuge qui leur permettrait de continuer leur combat pour la justice et la liberté, ici ou bien ailleurs.

Tant qu’un pays serait sous le joug du nazisme ou du fascisme, leur lutte ne s’arrêterait pas.

Frères de sang, frères de lutte, communistes et français de cœur, voilà ce qu’aurait dû comporter leur pièce d’identité.

Ils se sont retrouvés à l’appel du Parti communiste au sein des FTP MOI, ils étaient ouvriers, artisans, étudiants, chômeurs, journaliste et poète comme Missak.

Leurs premiers attentats visent les troupes d’occupation et, singulièrement, le chef du STO Julius Ritter.

Pour les allemands, il faut faire un exemple : l’arrestation, la torture, le faux procès, leur exécution tout ceci est réglé vite. Les nazis ne savent pas qu’ils viennent d’aider à ce que la graine de la Résistance pousse et se renforce.

Quelle leçon aujourd’hui nous donne encore Missak et ses camarades du groupe Manouchian ?

La première leçon est contenue dans la dernière lettre de Missak à Mélinée, une des plus belle lettre d’amour et de lutte qu’il nous a tous été donné à lire.
Missak a confiance dans l’avenir du peuple français et dans l’amour éternel qu’il partagera au-delà de la mort avec Mélinée.

La seconde leçon, et qui vaut pour aujourd’hui, c’est que l’on ne peut construire une société de paix et de justice sur la haine de l’autre.

Honte à ceux qui, ces derniers jours, ont sali le portrait de Simone Veil ou scié les arbres plantés en hommage à Ilan Halimi.
L’antisémitisme comme le racisme sont des balafres au visage de l’humanité.

Jamais, jamais, nous ne devons céder aux relents du racisme et de l’antisémitisme.

Jamais, nous ne devons considérer que les réfugiés d’aujourd’hui, qui ne viennent plus d’Europe centrale, mais d’Afrique ou du Moyen Orient sont des ennemis ou des profiteurs.

Ils fuient la guerre, la famine, le racisme. Ils veulent voir dans notre pays un havre de paix. Ils devraient avoir raison.

Pourtant en France, il y a quelques semaines, on a jugé des femmes et des hommes, des prêtres même, pour avoir aidé des réfugiés à passer la frontière.

Posons-nous chaque fois la question : qu’aurions nous fait si l’un des membres du réseau Manouchian avait frappé à notre porte à l’hiver 1943 ?

Posons-nous aujourd’hui la question : pourquoi les gouvernements remettent-ils en cause le droit à la solidarité et à la fraternité ?

Parce qu’à nouveau, comme à chaque fois que la crise frappe, l’extrême droite agite la peur et attise la haine contre l’autre, contre l’étranger et que les gouvernements par lâcheté ne cessent de lui donner des gages.

Ne baissons pas la garde, ne nous laissons pas envahir par le « national populisme » qui se renforce en Italie, en Espagne, en Allemagne, dans les pays scandinaves ou de l’est, comme malheureusement en France.

C’est ainsi que nous continuerons la lutte de Missak, de Mélinée et de leurs camarades.

C’est ainsi que nous porterons leur message pour les générations à venir.

Puissent celles et ceux qui ont connus cette période sombre continuent de parler, afin de nous alerter pour ne pas répéter les horreurs passées.
Puissent les jeunes générations s’inspirer de leur combat.

Je ne vous lirai pas, le poème d’Aragon mais un extrait d’un poème d’Eluard écrit en 1948 dédié au groupe Manouchian.

Si j’ai le droit de dire,
en français aujourd’hui,
Ma peine et mon espoir,
ma colère et ma joie
Si rien ne s’est voilé,
définitivement,
De notre rêve immense
et de notre sagesse

C’est que ces étrangers,
comme on les nomme encore,
Croyaient à la justice,
ici-bas, et concrète,
Ils avaient dans leur sang
le sang de leurs semblables
ces étrangers savaient
quelle était leur patrie.

La liberté d’un peuple
Oriente tous les peuples
Un innocent aux fers
enchaîne tous les hommes
et, qui ne se refuse à son cœur,
sait sa loi.
Il faut vaincre le gouffre
Et vaincre la vermine.

Ces étrangers d’ici
Qui choisirent le feu
Leurs portraits sur les murs
Sont vivants pour toujours.
Un soleil de mémoire
Eclaire leur beauté.
Ils ont tué pour vivre,
Ils ont crié vengeance.

Leur vie tuait la mort
Au cœur d’un miroir fixe
Le seul vœu de justice
A pour écho la vie
Et, lorsqu’on n’entendra
Que cette voix sur terre
Lorsqu’on ne tuera plus
Ils seront bien vengés ;

Et ce sera justice.

Légion- Paul Eluard

Le plaisir d’être et de décider ensemble

Il y a 2 heures, le 25 janvier 2021

Par Pierre Laurent

J’ai mal. Mal quand, à la lecture des réseaux sociaux suite à telle ou telle réunion où notre parti débat et est amené à prendre des décisions sur les prochaines échéances électorales (régionales, départementales ou présidentielles), je vois se répandre des anathèmes, des mises en cause, des pratiques qui relèvent davantage d’une organisation en tendances que de la volonté de rassembler les communistes en respectant leur diversité.

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Plus que d’autres peut être, notre parti souffre des confinements ou couvre-feux décidés pour ralentir la propagation de la covid-19. Il en souffre car une grande part de notre identité repose sur la volonté et le plaisir de se retrouver autour d’une table, sans masques ni gestes barrières pour débattre, échanger, confronter et décider.

Cette culture démocratique qui caractérise notre organisation est aujourd’hui mise à mal, malgré les trésors d’imagination et le dévouement politique que nos directions déploient un peu partout dans les fédérations.

Alors, raison de plus pour veiller au respect démocratique dû aux camarades. Au moment où des échéances importantes sont devant nous, où le besoin de confrontation et d’initiatives communistes est si vif, où les incertitudes et les peurs nous habitent au même titre que tous nos concitoyens, rien ne doit nous empêcher de déployer les trésors de réflexion et d’actions de notre corps militant.

Dans une situation aussi dramatique qu’inédite comme celle que nous subissons, la première de nos préoccupations doit être de ne pas perdre le sens de la fraternité et de la qualité du débat entre nous. Nous devons prendre soin des communistes, les plus jeunes qui souffrent de ne pouvoir vivre pleinement et craignent pour leur avenir, les plus âgés qui, souvent, hésitent à se rendre à des réunions, quand elles sont programmées, par crainte, légitime de contracter un virus auquel ils se sentent tout particulièrement exposés…

Prendre soin des communistes, leur donner accès à l’information, aux points de vues différents pour pouvoir décider en connaissance de cause. Chacun·ee- réfléchit à son rythme, travaille, essaye d’exprimer clairement ce qu’il pense, dans une période où le brouillard domine et obscurcit toute perspective. Dans une telle période, il n’y a aucune place pour les procès d’intention, les mises en accusation, les pratiques de tendances ou de catalogage des uns et des autres, en fonction de ce qu’ils et elles pensent et expriment sur les choix qui doivent être ceux, à leurs yeux, de leur parti. Chaque opinion, si elle est livrée clairement et sans arrière pensée est légitime : in fine, ce sont les communistes qui tranchent par leur vote, et il fait partie de nos règles de respecter chacune et chacun et de respecter les décisions quand elles s’expriment majoritairement.

Ce sont nos règles de vie mais aussi de fraternité.

En ces temps difficiles, il est urgent de retrouver le plaisir d’être et décider ensemble.

7 janvier 2015, l’impensable au coeur du quotidien

Il y a 3 semaines, le 6 janvier 2021

Par Pierre Laurent

Le 7 Janvier 2015, la nouvelle atteignit les gens où ils étaient. L’impensable au cœur du quotidien. L’incrédulité, puis la sidération. Les attentats contre Charlie Hebdo, comme tous les autres, font partie de notre douloureuse mémoire collective.

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Nous pensons aux victimes: Frédéric Boisseau, chargé de la maintenance du bâtiment, Elsa Cayat psychanalyste, Bernard Maris, économiste, Mustapha Ourad correcteur du journal, Michel Renaud, cofondateur du festival « Rendez vous du carnet de voyage », Franck Brinsolaro, policier chargé de la protection de Charb. Et bien sûr, les dessinateurs Cabu, Charb, Honoré, Tignous et Wolinski, dont nous admirions le talent, l’irrévérence, avec qui nous avions nourri des relations d’amitié et de respect mutuel, au fil de la vie et des fêtes de l’Humanité…

En ce jour de triste anniversaire, nous ne cessons de penser à elles et eux, comme à Ahmed Merabet, gardien de la paix tué boulevard Richard Lenoir, à Clarissa Jean Philippe, policière municipale tuée à Montrouge, aux victimes de la supérette casher, Porte de Vincennes.

Nous pensons aux victimes et à ce qui était visé à travers elles: le droit de dire ce que l’on pense, le droit d’avoir raison, le droit de se tromper, le droit de caricaturer, le droit d’exagérer, celui de dépasser les bornes, de repousser les limites du convenable…

Les libertés de conscience et d’expression ne furent jamais un bien octroyé par quelque autorité supérieure que ce soit. Elles furent même souvent dans l’Histoire, combattues et censurées par les pouvoirs en place. Elles furent une conquête, chèrement acquise à travers les siècles, par les luttes citoyen-ne-s, pour en faire une valeur et un acquis indissociables de ce qu’est la France et son rayonnement. La liberté d’expression est avant tout une valeur populaire. C’est sans aucun doute pour cette raison que le dimanche qui suivit le 7 Janvier, une marée de femmes et d’hommes déferla dans les rues de la capitale et des villes de province, digne, affligée mais déterminée, pour dire ensemble : « Je suis Charlie ». D’autres, qui n’endossaient pas l’expression, étaient tout aussi affligés par ces attentats si contraires à leurs croyances. L’horreur de ces tueries ne faisait que commencer. Les blessures déchirent toujours plus le pays. Et il ne faudrait surtout pas oublier que le cri de liberté de janvier 2015 était le bon : il ne sera jamais de sécurité partagée qui ne repose sur une extension des droits et des libertés.

La liberté de penser et de dire ne peut être ni confinée ni masquée et ne s’accommode d’aucun rejet, d’aucune discrimination. Elle est aujourd’hui incompatible avec toute loi de « sécurité globale », quand celle-ci cherche à restreindre les libertés de tous sans jamais combattre le mal des idéologies racistes et fascistes à la racine, quels que soient les visages, religieux ou non, dont elles s’affublent pour revendiquer on ne sait quelle « guerre des civilisations ».

Il n’ y a de sécurité globale que dans le progrès continu de la liberté, de l’égalité, de la fraternité. Ce fut le combat des générations qui nous ont précédés.

Six années après le 7 janvier 2015, ce combat est toujours le nôtre. Face à l’impensable, partout où nous sommes aujourd’hui, nous continuons de penser et construire l’avenir.

 

Une mise au point nécessaire

Il y a 1 mois, le 17 décembre 2020

Par Pierre Laurent

Lundi 14 décembre, à la veille de la mobilisation pour la culture et l’ouverture des lieux culturels, j’ai publié sur ma page Facebook un  dessin  de Chantal Montellier, appuyant  à sa manière, c’est-à-dire celle de la bande dessinée et de la caricature,  cette mobilisation.

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Représentant Jean Castex et Roselyne Bachelot, ce dessin dénonçait les choix politiques d’un gouvernement qui, sous couvert de protection sanitaire, étouffe la culture et la création, pourtant si essentielle à l’émancipation humaine en cette période de confinement. Il prenait pour cible l’autoritarisme des décisions du premier ministre et l’inaction de la ministre de la culture, en moquant la référence  sans cesse utilisée par Roselyne Bachelot au slogan « me too ».

Je ne m’attendais pas du tout à ce que cette publication provoque des réactions violentes et parfois haineuses contre ce dessin, contre son auteure, contre moi même. Je ne souhaite blesser personne, surtout pas mes camarades de la commission féministe du Parti communiste,  dont les responsables  ont pris l’initiative de cette dénonciation en place numérique.

Les engagements de Chantal Montellier sont connus, en particulier pour la reconnaissance de la place des femmes dans le monde culturel. Elle en a souvent payé le prix.

Surpris, donc, je l’étais. Mais je connais trop l’emballement de réactions incontrôlables et l’escalade verbale dont les réseaux sociaux ont le secret, c’est paraît-il l’air du temps, qui n’ ont rien à voir  avec le débat  et la controverse que pourrait justement justifier un dessin dont le propos est par nature de chercher à le provoquer. Mais là, point de débat ou de controverse, juste de l’injonction.

J’ai retiré le dessin pour ne pas prêter au détournement de son objet et pour cesser de relayer à mon insu des propos insultants pour Chantal Montellier.

Je tenais toutefois  à ces quelques mots d’explication car ce triste épisode me semble un peu pitoyable. 

J’ai d’ailleurs reçu des messages de camarades désolées de tout cela et qui, sollicitées, avaient décidé de ne pas se joindre au concert.

Ce dessin ne mérite  tout simplement pas çà.

Disons le tout de même avec un peu de gravité. On ne peut pas un jour manifester pour la liberté d’expression et le droit à la caricature e,t un autre jour, s’ériger en censeur d’une autrice comme Chantal Montellier.

Qu’elle accepte ici mon soutien à l’occasion de cette triste polémique.

Je continuerai, chaque fois que je le jugerai utile et nécessaire, de publier ses dessins, ou ceux d’autres auteur·e·s, expressions de talents dont le libre débat démocratique a tant besoin par les temps mauvais qui courent.

Et que mes camarades féministes soient assurées que mon engagement contre les violences faites aux femmes restera lui aussi toujours aussi déterminé !

Ils ont dit STOP

Il y a 2 mois, le 9 décembre 2020

Par Pierre Laurent

Ensemble et solidaires, les joueurs du Basaksehir et du PSG ont arrêté de jouer. Ensemble et solidaires ils ont refusé de reprendre la partie.

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Ensemble et solidaires, ils ont crié à la planète entière que le sport et ses valeurs étaient incompatibles avec toute stigmatisation à caractère raciste.
C’est un évènement.

Ils ont affirmé ensemble que le sport était d’abord et avant tout porteur de valeurs humaines et qu’aucune considération sportive ou économique ne pouvait conduire à s’accommoder de ce qui porte atteinte à ces valeurs.
A ce qui divise et isole, ils ont répondu par ce qui réunit et rassemble.

C’est un bel exemple.

A chacun désormais de faire en sorte que cet exemple porte ses fruits et que plus rien, désormais, ne soit comme avant.

Giscard et la modernité ?

Il y a 2 mois, le 8 décembre 2020

Par Pierre Laurent

Ma Tribune libre parue dans l’Humanité du lundi 7 décembre 2020

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Les nombreux hommages rendus à Valéry Giscard d’Estaing reprennent en chœur le refrain : nous avons perdu celui qui a fait entrer la France dans la modernité. Qui n’a pas vécu les années 1970 durant lesquelles il fut président de la République se voit ainsi ré-écrire une belle histoire, malheureusement d’autant plus ronflante qu’elle est bien éloignée des réa- lités de l’époque. Ainsi, toutes les avancées sociétales des années 1970, par exemple le droit de vote à 18 ans ou la première loi sur l’IVG portée par Simone Veil, sont attribuées à son génie réformateur. C’est oublier l’essentiel : le puissant mouvement qui secoua la société française en mai-juin 68, la poussée des mouvements féministes qui le suivirent, et les incessantes mobilisations de la jeunesse qui, de 1968 à la fin des années 1970, ne cessèrent tous les ans d’agiter la jeunesse lycéenne et étudiante, notamment pour combattre les réformes libérales de l’enseignement que portèrent les gouvernements giscardiens de l’époque. Rendons les conquêtes sociétales à celles et ceux à qui elles appartiennent.

Ce qui est vrai, c’est que la décennie Giscard marque le début de la contre-offensive libérale qui n’a cessé de s’amplifier par la suite. Il s’agit alors de répondre à l’exigence de modernité exprimée par la jeunesse pour la contenir, et d’intégrer les bouleversements du monde à la modernisation d’un capitalisme qui connaît alors la première grande crise capitaliste de 1974, celle du choc pétrolier. Valéry Giscard d’Estaing a ainsi beaucoup œuvré à confisquer le terme de « réforme » à la gauche. Le mal se fait aujourd’hui encore lourdement sentir, quand chaque attaque antisociale du gouvernement Macron est parée du beau mot de « réforme ». En vérité, ce n’est pas la société française que cherche à moderniser Giscard, mais le capitalisme français des années de Gaulle. Il modernise la communication politique, va visiter les pauvres au coin du feu pour masquer l’arrogance de classe qu’il incarnait plus que tout, mais son objectif reste bien celui-là.

Il jette les bases d’une insertion du capitalisme français dans la mondialisation ultralibérale. Il pousse les feux de l’intégration européenne dans la même direction, en n’oubliant pas de renforcer l’orientation atlantiste en délaissant l’héritage gaulliste.

Battu en 1981, il ne lâchera jamais le manche, et deviendra le rédacteur essentiel du traité constitutionnel européen (TCE) qui visait la constitutionnalisation du capitalisme libéral en Europe, sans imaginer que Jacques Chirac décide de soumettre ce texte au vote des Français au référendum.

Le septennat de Giscard n’est pas la marche triomphale vers la modernité décrite dans les médias et les hommages rendus. Ces années 1970 sont celles où grandit, contre sa politique, l’espoir de la victoire du programme commun de la gauche, initié par les communistes et rejoint par François Mitterrand, pour déboucher sur la défaite giscardienne en 1981, dans une élection gagnée par François Mitterrand au second tour et dans laquelle Georges Marchais a réuni au premier tour 15 % sous la bannière de « candidat anti-Giscard ». De même, les communistes jouèrent un rôle essentiel pour révéler les méfaits du TCE en 2004, et lever un mouvement citoyen d’une ampleur inédite jusqu’à conquérir la victoire du « non » en 2005.

Valéry Giscard d’Estaing fut certes un dirigeant de premier plan de la droite libérale française, assurément très brillant, mais sa victoire de 1974 n’efface pas les deux défaites majeures qu’il aura subies en 1981 et 2005. Sa modernité n’est pas celle que cherchait le peuple français.

Pierre Laurent Vice-président du Sénat, sénateur PCF de Paris

Mon cher Mumia,

Il y a 2 mois, le 2 décembre 2020

Par Pierre Laurent

Je tiens à t informer de mon intervention comme parlementaire français et sénateur de Paris auprès du gouverneur de Pennsylvanie, pour exiger, suite à l’épidémie de Covid 19 qui frappe la prison de Mahanoy, ta libération immédiate ainsi que celle de tous les prisonniers âgés et malades.

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Ne doute pas un instant de ma mobilisation ainsi que de celle de tous les parlementaires communistes français, pour exiger que la détention inique dont tu es victime prenne fin et que justice te soit enfin rendue.

Je te souhaite bon courage.

Sache que nous sommes toujours résolument à tes côtés.

Pierre Laurent

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