Discours du 28 janvier « Impasse militaire et stratégies alternatives pour gagner la paix au Sahel »

Il y a 7 mois, le 31 janvier 2022

Par Pierre Laurent

Dans un contexte de contestation toujours plus forte de la présence militaire française au Sahel, la junte malienne vient d’annoncer le renvoi de l’Ambassadeur de France au Mali. Cela relance le débat sur la stratégie de la France pour la paix et la sécurité collective dans cette région.
Vendredi 28 janvier, invité au colloque Amath Dansokho à l’université de Dakar, j’ai prononcé un discours sur l’impasse militaire dans laquelle s’enferme notre pays, ses conséquences et les moyens d’en sortir par le haut, au bénéfice des peuples et d’un développement partagé.

GARDONS LE CONTACT

« Impasse militaire et stratégies alternatives pour gagner la paix au Sahel »

Discours prononcé le 28 janvier 2022 à l’université de Dakar

 

Seul le prononcé fait foi

 

« Mesdames, Messieurs, chers amis,

Les conséquences désastreuses des frappes franco-britanniques en Libye, appuyées par les États-Unis et l’OTAN en 2011, ont transformé ce pays en terreau du terrorisme, hébergeant des groupes armés et des mafias qui viennent y pratiquer librement le trafic d’êtres humains, l’esclavage, le trafic d’armes et de drogue. Les effets néfastes de cette opération militaire se sont fait sentir dans beaucoup de pays africains, dont le Mali.

En 2013, année du lancement de l’opération Serval la violence était confinée au Nord du Mali, aujourd’hui elle a embrasé le centre, le sud. Si les attaques terroristes y sont légion presque quotidiennement, elles touchent aussi les pays voisins : Niger, Burkina Faso et Côte d’Ivoire. Loin de reculer, cette violence s’est généralisée à tout le Sahel.

Pour un coût exorbitant – près de 1 milliard d’euros par an depuis neuf ans – et plus de 5 000 soldats engagés, les opérations Serval puis Barkhane infligent des pertes aux groupes djihadistes, mais ne font pas reculer la violence ni baisser les pertes humaines. Au contraire, elles ne font que s’accroître : 57 militaires français ont perdu la vie ; plus de 5 000 Maliens, soldats des armées locales ou civils, ont été tués depuis 2015 ; plus de 4 000 l’ont été dans l’ensemble de la région rien qu’en 2020 ; on comptabilise aussi des centaines de milliers de déplacés dans la sous-région.

La situation humaine, politique et économique du Mali s’aggrave. Dans ce contexte de déstabilisation sociale et politique, les islamistes salafistes continuent de développer leur sinistre entreprise, sous le parrainage des pétro-dictatures du Golfe.

Serval a été remplacé par Barkhane, impliquant le Tchad. Face aux nouveaux défis, la réponse a été la création, sous inspiration française, du G5 regroupant les armées du Mali, du Burkina Faso, du Niger, du Tchad et de la Mauritanie.

Présenté comme le nouveau bouclier anti-djihadiste, le G5 ne fait plus illusion, n’innovant en rien par rapport aux stratégies mises en place depuis Serval. Le même aveuglement persiste quant aux causes profondes endogènes et exogènes de la violence au Sahel.

Ce terrible constat démontre, s’il en était besoin, que la primauté ne peut plus aller à l’action militaire avec des objectifs non explicites et imprécis en Afrique, qui ne peuvent qu’amener à une perpétuation des conflits. Beaucoup d’experts militaires expliquent que dans le cadre actuel la présence militaire française au Mali pourrait durer des décennies. Sans parler du coût pour l’État français, cela aurait pour résultat de fragiliser ce pays face aux appétits des multinationales comme c’est le cas en RDC notamment.

Il est maintenant évident que la perspective de la seule réponse militaire est inopérante. L’objectif ne peut plus être simplement de dominer militairement mais de résoudre le conflit. Au bout de neuf ans, les « succès tactiques » ne suffisent plus. On ne peut plus se contenter des propos rassurants d’un Jean-Yves Le Drian évoquant des “victoires” sur les jihadistes.

Il y a nécessité de s’atteler à des solutions politiques et africaines, et commencer à s’attaquer aux racines du conflit, au terreau sur lequel prolifèrent les entrepreneurs de la violence. Les États ont été affaiblis, désarmés par l’ajustement structurel libéral. Ces logiques se poursuivent plus que jamais, et ce ne sont pas les quelques dons ou prêts octroyés par les puissances commanditaires qui changeront la donne.

On nous parle de logiques sécuritaires alors même que la sécurisation de la vie, les conditions de vie des habitants, ne sont jamais abordées.

C’est ce que les parlementaires communistes, dont moi-même n’ont cessé de porter lors des trop rares débats parlementaires qui ont eu lieu.

Sur le volet militaire tout d’abord puisque c’est celui dont nous parlons aujourd’hui. Au sujet de la coopération militaire entre l’État français et ses anciennes colonies, il faut arrêter les faux-semblants et l’hypocrisie. Cela fait plus de 60 ans que la France affirme aider ces pays à s’autonomiser en matière militaire, pour le résultat que l’on connait. Or, les armées africaines ont subi les mêmes logiques de délitement qui ont conduit à affaiblir les États depuis des décennies. Observons d’ailleurs que ces pays, dont le Mali, n’ont pas bénéficié d’un transfert de technologie véritable et efficace à leurs armées nationales. Ces transferts pourraient venir de France et d’ailleurs, en vue de rompre avec une relation quasi-exclusive avec l’ancienne puissance coloniale et de mettre en place des solutions africaines viables. Car il ne s’agit pas de remplacer une puissance tutélaire par une autre. Un retrait des troupes françaises devrait s’inscrire activement dans une telle démarche et ne pas être remis aux calendes grecques, dans une démarche concertée et organisée avec les autorités maliennes. La priorité doit aller vers le désarmement général de tous les groupes armés et le départ des troupes étrangères, s’inscrivant ainsi dans la feuille de route de Lusaka 2016 adoptée par l’Union Africaine qui vise à faire taire les armes sur le continent, et contient beaucoup de propositions concrètes pour y parvenir. Nous devons tirer les leçons et tourner la page de Barkhane, car l’impasse est certaine. Il faut créer les conditions d’un départ programmé de nos troupes, afin de lui substituer un nouvel agenda politique, économique et de sécurité pour le Mali et la région. Notre appui militaire doit être recentré sur le soutien aux armées locales, en retenant la formule d’un comité d’état-major conjoint des forces africaines qui ne soit pas une courroie de transmission de puissances étrangères. Depuis 2013, le Parti communiste français et ses parlementaires n’ont cessé d’alerter sur les dangers et le risque d’impasse de la démarche militaire au Mali à travers Barkhane, 42ème intervention de la France depuis les indépendances africaines. Comme je viens de l’évoquer nous portons d’autres choix pour créer les conditions d’un désengagement effectif avec un agenda de coopération car la sécurisation des conditions de vie est une des clefs pour le terreau des confits et des violences. Le fait de ne pas avoir pris en compte ces propositions nous amènent aujourd’hui dans une situation catastrophique, en premier lieu pour le Mali et les pays aux alentours mais aussi la France dont l’image s’est considérablement dégradée.

D’autres logiques doivent être mises en place aussi par exemple du point de vue fiscal. Ainsi la Sénatrice communiste Michèle Gréaume, en février de l’année dernière lorsqu’avait lieu au Sénat un débat sur l’Opération Barkhane faisait état au gouvernement français  d’une initiative du Bureau du conseiller spécial pour l’Afrique de l’ONU, ses représentations permanentes de l’Afrique du sud et du Nigeria ainsi que l’Union africaine au sujet des flux financiers illégaux participant chaque année à la fuite de 88,6 milliards de dollars du continent. Cela représente presque autant que les rentrées annuelles combinées de l’APD et des investissements étrangers en Afrique. Parmi les recommandations de ce document, on retrouve des éléments centraux comme la suppression des paradis fiscaux offshore, qui permettent un accès rapide aux richesses illégalement acquises, mais aussi un renforcement des dispositifs de restriction de circulation des armes. De plus, la question de l’opérationnalisation du fonds spécial de l’Union africaine de prévention et de la lutte contre le terrorisme est posée. Enfin, cette feuille de route fait de la lutte contre la corruption, du renforcement institutionnel des États et du renouvellement des élites politiques une priorité. Nous avons demandé à ce que le gouvernement français appuie une telle démarche et nous nous sommes heurtés à un refus catégorique en la matière.

Il est urgent que soit sécurisée la vie grâce à l’accès à l’éducation, à un système de santé solidaire, à des services et des biens publics. En permettant aux Africains de reprendre la maîtrise des richesses du sol et du sous-sol, de leur souveraineté. L’ensemble de nos efforts doit être tourné vers la coopération, le transfert des savoirs, des compétences, permettre de produire sur place, favoriser une économie de réponse aux besoins vitaux. Il faut donc cesser d’interférer dans les systèmes monétaires, donner la priorité à la lutte contre l’évasion fiscale qui est un véritable pillage du continent. Plutôt que de faire des réformes en trompe l’œil du franc CFA, il s’agirait plutôt de donner la parole aux peuples et aux parlements africains concernés, pour qu’ils choisissent quelle voie ils veulent suivre en la matière. C’est ce que les sénateurs et les députés communistes ont défendu comme point de vue face à un gouvernement qui était à la peine pour argumenter.

C’est aussi, en matière monétaire, de changer au FMI les critères d’allocation des droits de tirage spéciaux (DTS) en vue d’atténuer l’impact à moyen et long terme des vulnérabilités structurelles des pays du Sud, dont les pays africains et une réaffectation beaucoup plus importante qu’aujourd’hui des DTS non utilisés. Les sénateurs communistes ont à mon initiative fait une proposition de résolution en ce sens.

C’est aussi changer de braquet en matière d’Aide publique au développement. Mon ami, le député communiste, Jean-Paul Lecoq développera également à ce sujet mais je voudrais me faire écho de quelques points que j’ai soulevé lors du dernier débat parlementaire. Une politique d’aide au développement n’a de sens que si elle s’accompagne d’un changement d’approche global de l’accès au financement, à la fiscalité et à la création monétaire des pays bénéficiaires de cette aide. La seule APD ne suffira pas à leur développement. C’est ce que je viens de soulever. Une fois cette limite posée il reste quand même beaucoup de choses à dire.

Il en est ainsi de la fiscalité par exemple. La Conférence des Nations unies sur le commerce et le développement (Cnuced) regrette depuis des années que la communauté internationale néglige la fiscalité en tant qu’enjeu de développement. C’est pourquoi j’ai avec mes collègues sénateurs communistes, proposé que pas moins 10 % de l’aide publique au développement (APD) française soit dédiée au soutien au renforcement des systèmes fiscaux des pays en voie de développement, sans que là encore je ne sois entendu ni par le gouvernement, ni par la majorité sénatoriale de droite.

Plus généralement la politique de développement ne doit pas servir d’enrobage pour enjoliver des interventions militaires françaises en Afrique, qui sont au nombre de quarante-deux depuis le début des indépendances. Permettez-moi également d’évoquer le fait que la France tient, de fait, le stylo en ce qui concerne les résolutions de l’ONU traitant des pays de son pré carré. Si, dans l’absolu, nous ne sommes pas hostiles aux appuis militaires dans le cadre des Nations unies, nous gardons à l’esprit cet état de fait, qui jette souvent un doute sur ceux-ci.

Dans la conception néocoloniale qui imprègne le palais de l’Élysée, quel qu’en soit les locataires les plus contemporains, de Mitterand, à Chirac, de Sarkozy à Hollande et jusqu’à Macron, il y a la croyance que c’est par les armes et les coups tordus que l’on peut maintenir une politique de puissance dans les domaines militaire, stratégique, économique.

Si des intérêts privés qui sont de mèche avec la France officielle, tirent bel et bien profit d’une telle politique, dans des liens incestueux et dans une grande opacité, la réalité est que l’on observe un recul de la place de notre pays en Afrique. Et s’ajoute à cela de manière évidente depuis quelques temps, un effondrement de l’image de l’État français, et par ricochet de son armée, auprès des populations africaines. Le sentiment de toute puissance rend aveugle et le gouvernement français est incapable d’envisager même une autre politique. Tout juste est-il contraint de manœuvrer pour donner quelques gages. Ainsi M. Macron, à la suite de son discours d’Ouagadougou de 2017, a-t-il fait quelques gestes pour lever des irritants politiques, je pense à la restitution des œuvres. Mais les faits sont têtus et depuis 2017, les actes de M. Macron n’ont eu de cesse d’être en contradiction totale avec son discours de rupture. Du soutien à la dictature de père en fils au Tchad, du soutien au jouet de la France qu’est l’autocrate d’Abidjan Alassane Ouattara, aux deals passés avec Kagamé, jusqu’aux sanctions intolérables contre le Mali, tout démontre que rien ne change réellement, si ce n’est que l’on passe d’une logique de Françafrique à une logique plus large de soutien aux acteurs privés transnationaux, à une sorte de « MultinationaleAfrique » comme le dit Jean-Paul Lecoq.

Permettez-moi un mot sur les sanctions iniques dont est victime le peuple malien et dont souffrent aussi les peuples limitrophes, dont celui du Sénégal, de la part de la CEDEAO et de l’Union européenne.

Ces sanctions en plus d’être préjudiciables pour les populations sont un grave non-sens du point de vue du combat contre les entrepreneurs de violence djihadistes notamment. Établir un embargo pour affaiblir des alliés, bienvenue en absurdie…

Dans  l’intérêt des peuples et pour mener à bien la lutte contre les obscurantistes violents j’appelle à la levée immédiate de ces sanctions et les peuples et dirigeants à quelques niveaux que ce soit, à ne pas les respecter, à passer outre.

Je vous remercie. »

Prisonniers d’opinion en Côte d’Ivoire : appuyer un véritable processus de réconciliation nationale

Il y a 4 semaines, le 22 juillet 2022

Par Pierre Laurent

Avec d’autres, je tente depuis des années de briser le mur de silence, d’indifférence, voire de complaisance par rapport aux mesures liberticides en œuvre en Côte d’Ivoire.
Cette démarche vise à briser le cercle vicieux des montées des rancœurs qui ne peuvent qu’amener d’autres drames. Si une certaine baisse des tensions peut être constatée il faut poursuivre cette démarche afin de contribuer de façon durable à la réconciliation nationale en Côte d’Ivoire, une des conditions nécessaires en vue de permettre au pays de se concentrer sur les grands enjeux d’un développement socio-économique tourné vers la satisfaction des besoins humains, question urgente s’il en est en Afrique de l’Ouest notamment.
C’est le sens de ma question à la Ministre des Affaires étrangères, au sujet des prisonniers d’opinion.

GARDONS LE CONTACT

M. Pierre Laurent attire l’attention de Mme la Ministre de l’Europe et des Affaires étrangères sur les prisonniers d’opinion en Côte d’Ivoire.

Depuis l’accession au pouvoir de l’actuel chef de l’état ivoirien en 2011, des milliers d’Ivoiriens ont connu en raison de leurs opinions des privations momentanées de liberté, ainsi que de graves violences pouvant aller jusqu’au meurtre. Les mobilisations démocratiques du peuple ivoirien ont permis de ramener jusqu’en juillet 2020 le chiffre de ce type de détenus à 58, tous en lien avec les conséquences au long cours de la crise post-électorale de 2011.

Depuis l’annonce par l’actuel chef de l’état ivoirien en août 2020 de sa volonté de briguer un troisième mandat en contradiction avec la Constitution, le chiffre des prisonniers d’opinion a augmenté de 412 à cause d’une répression implacable. La haut-commissaire des Nations unies aux droits de l’homme avait en novembre 2020 exprimé de vives préoccupations à ce sujet. S’ajoute à cette réalité le fait que les crimes dont sont accusés des partisans du chef de l’état actuel n’ont pas connu de traitement judiciaire, ni en Côte d’Ivoire ni au niveau international.

Si ces derniers mois une baisse des tensions dans ce pays peut être relevée, force est de constater qu’il reste une centaine de prisonniers politiques, dont beaucoup liés à l’affaire du troisième mandat inconstitutionnel. Des militaires ayant agi pendant la crise post-électorale de 2011 sont aussi détenus. Ils ont pourtant été jugés et condamnés sur la base d’accusations semblables à celles pour lesquelles celui qui fut président de la Côte d’Ivoire et donc chef des armées de 2000 à 2011 a été acquitté par la Cour pénale internationale. De ce fait, beaucoup s’interrogent sur les fondements sur lesquels ces militaires sont maintenus en prison. Par ailleurs il est à relever que la détention préventive sans jugement des prisonniers d’opinion semble être la règle, ce qui est préjudiciable à leurs droits.

Pour toutes ces raisons, il lui demande s’il ne serait pas opportun que la France agisse en appui aux demandes de libération de ces prisonniers d’opinion, en vue d’appuyer un véritable processus de réconciliation nationale que le peuple ivoirien appelle toujours plus fortement de ses vœux.

 

Mix énergétique des pays africains : les luttes contre le réchauffement climatique et pour le développement humain sont inséparables

Il y a 4 semaines, le 21 juillet 2022

Par Pierre Laurent

Les pays africains, en comparaison avec les pays occidentaux, consomment en moyenne une petite partie de l’énergie et émettent une faible fraction du carbone mais souffrent de manière disproportionnée des conséquences du changement climatique. De plus ils doivent affronter en même temps le défi climatique et celui d’un approvisionnement énergétique le plus décarboné possible en lien avec leurs ambitions de développement économique, de combat contre la pauvreté et d’industrialisation. L’Africa Progress Panel soulignait en 2015 qu’il y a 600 000 personnes en Afrique qui meurent chaque année du manque d’électricité. Ces personnes utilisent des combustibles toxiques pour se chauffer ou cuire leur nourriture et cette exposition provoque des maladies cardiaques et respiratoires.
Dans ce contexte, la mise en place d’un mix énergétique trouve tout son intérêt. Celui-ci pourrait comprendre une part d’énergie nucléaire, d’autant qu’une grande partie de la matière première provient du continent et que certains de ces pays sont d’ores et déjà adhérents de l’AIEA. La France pourrait, de par son savoir-faire en la matière, jouer un rôle si les pays concernés le souhaitent. C’est le sens de ma question écrite adressée au Gouvernement. Toute lutte contre le réchauffement climatique qui ferait, en Afrique comme ailleurs, l’impasse sur le développement humain, la lutte contre la pauvreté et les inégalités, outre d’être injuste, serait vouée à l’échec et contribuerait à de graves conséquences pour l’Humanité toute entière.

GARDONS LE CONTACT

M. Pierre Laurent attire l’attention de Mme la Ministre de l’Europe et des affaires étrangères sur l’intérêt qu’aurait la construction d’au moins une centrale nucléaire en Afrique de l’Ouest.

L’Afrique doit affronter en même temps le défi climatique et celui d’un approvisionnement énergétique le plus décarboné possible, en lien avec ses ambitions de développement économique. Relever ce double défi passe par la construction d’un mix énergétique adapté et décidé par les états africains pour répondre à leurs besoins. L’énergie électrique nucléaire peut en être un élément si ces états le décident. Plusieurs y travaillent. Ainsi pour la seule Afrique de l’Ouest, le Niger, le Nigeria et le Ghana se sont lancés dans un programme électronucléaire ou envisagent de le faire, et collaborent avec l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA).

Il est également à noter que l’agence internationale de l’énergie (AIE) préconise dans son dernier rapport dédié à l’atome de doubler la quantité d’électricité produite par fission dans le monde, passant de 413 gigawattheures (GW) en 2022 à 812 GW en 2050 pour mener à bien la transition énergétique. La France dispose d’une maîtrise et d’un savoir-faire de pointe, reconnus internationalement dans ce domaine. Parallèlement aux soutiens et transferts de technologie nécessaires dans le domaine des énergies renouvelables, qui sont une des clefs essentielles dans le développement d’un mix énergétique en Afrique, la France pourrait jouer un rôle de premier plan dans un programme électronucléaire sur ce continent.

La France bénéficie depuis des décennies de livraisons importantes d’uranium par le Niger, avec pour elle des externalités très positives. Parallèlement le Niger a l’indicateur de développement humain le plus bas du monde. Ce pays, et plus globalement la sous-région ouest-africaine, ont besoin de ressources électriques importantes pour se relever d’une situation économique, sociale et humanitaire très difficile (environ 57 % de la population de l’Afrique subsaharienne n’a pas accès à l’électricité) tout en menant à bien leur industrialisation notamment en ce qui concerne la transformation de matières première (bauxite en aluminium par exemple).

Compte tenu de tous ces éléments, il lui demande s’il ne serait pas souhaitable et équitable que la France entreprenne, si les pays concernés le souhaitent, toutes les actions utiles au niveau national, européen et international, en vue de la mise en œuvre concrète d’au moins une centrale nucléaire adaptée aux réalités de l’Afrique de l’ouest, en concertation étroite avec l’AIEA et les gouvernements concernés.

 

JEUDI 29 SEPT – MANIFESTATION POUR LES SALAIRES

PARTAGER

9-10-11 SEPT – LA FÊTE DE L’HUMANITÉ À BRÉTIGNY (91) !

Retrouvez toutes les informations sur la programmation, les accès, le bon de soutien… sur le site www.fete.humanite.fr

PARTAGER

Les Palestiniens ont plus que jamais besoin de la mobilisation internationale – Retour de voyage officiel

Il y a 1 mois, le 18 juillet 2022

Par Pierre Laurent

Il y a quelques jours, membre d’une délégation officielle de la Commission des Affaires étrangères du Sénat, j’ai pu me rendre en Israël et dans les territoires palestiniens. Je reviens ici sur les faits marquants de cette visite, ce que j’ai pu y observer et les priorités que cela appelle pour les mobilisations à venir.

GARDONS LE CONTACT

La visite de Joe Biden en Israël, dans les territoires palestiniens occupés et en Arabie Saoudite confirme l’absolue nécessité d’amplifier à nouveau la solidarité internationale avec les Palestiniens. Jamais en effet depuis la négociation des accords d’Oslo, la reconnaissance de leurs droits fondamentaux et de leur droit à un État n’ont été autant niés sur le terrain. C’est ce que j’ai pu constater lors du voyage organisé sur place du 26 juin au 2 juillet, deux semaines avant la visite de Joe Biden, par la délégation de la Commission des Affaires étrangères du Sénat à laquelle je participais. Le but de cette mission était précisément d’évaluer l’état des perspectives concernant la solution à deux États.

Tout au long de nos entretiens, nous avons pu constater, et le voyage de Joe Biden vient d’en être une parfaite illustration, que les rappels de principe en faveur de la solution à deux États vont chaque fois de pair avec la négation concrète de ce droit.

Le long de son parcours vers Bethléem, Joe Biden a pu lire des panneaux où il était inscrit : « ceci est l’apartheid ». Mais ce SOS palestinien ne l’a pas empêché de faire un rappel purement formel à la solution à deux États aussitôt entaché par des déclarations entérinant de fait le statu quo de la situation, celle d’une occupation et d’une colonisation galopante des territoires à l’exact opposé de ce principe.

En vérité, Joe Biden n’est pas venu dans la région pour faire progresser la solution à deux États, mais pour réaffirmer son soutien aux dirigeants israéliens et pour tenter de rallier l’Arabie Saoudite à la cause des accords d’Abraham, accord signés à Washington en septembre 2020 par Donald Trump, Benyamin Netanyahou et deux émirats du Golfe, les Émirats Arabes Unis et Bahreïn, pour précisément enterrer une solution à deux États conforme aux résolutions de l’ONU. Joe Biden s’est ainsi doublement assis sur le respect des droits humains lors de sa visite, en Israël sur le dos des Palestiniens, et en Arabie Saoudite où ces droits sont quotidiennement bafoués.

Lors de la rencontre que nous avons eue à Ramallah avec le premier ministre de l’Autorité palestinienne, Mohammad Shtayyeh, en réponse à la question du président de la Commission des Affaires étrangères du Sénat Christian Cambon lui demandant ce qu’il attendait de la visite de Joe Biden, sa réponse avait été un cinglant : « rien ». Nous décrivant la situation d’abandon international dans laquelle se battent les Palestiniens, le Premier ministre Shtayyeh a plaidé pour une initiative de la France apte à relancer un processus de négociations aujourd’hui inexistant. « C’est le bon moment pour une reconnaissance de la Palestine par la France », a lancé le Premier ministre, soulignant que neuf pays européens seraient prêts à suivre si la France donnait ce signal. Le Premier ministre a suggéré dans ce cadre une initiative de paix européenne conjointe supportée par un format France, Allemagne, Égypte, Jordanie. Sans attendre, « la France peut nous aider », a-t-il ajouté en « empêchant Israël de saboter la solution à deux États » par la colonisation, la privation de l’accès aux ressources et celle des lieux saints, ce qui « passera par des tensions avec Israël », et « en obligeant Israël à respecter la relation contractuelle avec l’autorité palestinienne ».

Sans la solution à deux États, « c’est de facto un seul Etat d’apartheid qui s’établit », a-t-il conclu, avec 6,2 millions d’Israéliens et 6,9 millions de Palestiniens vivant sur l’ensemble du territoire sans aucun respect de leurs droits fondamentaux.

L’insupportable situation faite aux Palestiniens, notre délégation l’a approchée de près à Jérusalem où la colonisation progresse à vue d’œil (c’était ma quatrième visite sur place en sept ans), et à Hébron où la vieille ville est l’objet d’une colonisation sauvage et brutale qui met face à face, rue par rue, des colons de plus en plus violents et des Palestiniens réduits maison par maison à quitter les lieux. Qui veut voir la violation concrète et spectaculaire des accords d’Oslo et des territoires promis à un État palestinien doit se rendre à Hébron, où la pauvreté, la colère et la tension sont palpables à chaque coin de rue.

Au total, 750 000 colons sont aujourd’hui installés dans près de 300 colonies occupant près de 12 % du territoire de la Cisjordanie. Et partout, les murs sont désormais visibles, faisant de ce pays une terre officialisant la « séparation » au vu et su du monde entier.

Pour la première fois depuis plusieurs années, notre délégation parlementaire a pu entrer dans la bande de Gaza.  Là, c’est le choc. Aujourd’hui, 2,3 millions Palestiniens survivent enfermés dans la bande coincés entre le mur qui fait office de séparation avec Israël et la mer. Seuls 14.000 permis de travail sont à ce jour autorisés pour des Palestiniens de Gaza en Israël, soit 5 % du nombre de permis autorisés au début des années 2000. Autant dire qu’aujourd’hui personne ne sort de Gaza. Le passage humiliant de la zone de contrôle à l’entrée, une vaste bande reliant par des couloirs grillagés deux check-points, confirme le nom donné à la bande de Gaza de « prison à ciel ouvert ». Nous avions visité la veille côté israélien la zone de transit de Kerem Shalom, par laquelle sont contrôlés à l’entrée et à la sortie tous les camions accédant à Gaza.  Le blocus en direct : impressionnant et glaçant.

A l’intérieur de Gaza, la misère et la malnutrition sont visibles à l’œil nu, touchant singulièrement les enfants qui courent dans les rues de quartiers délabrés. L’UNWRA, l’office de l’ONU pour les réfugiés palestiniens auquel Donald Trump avait coupé les vivres, depuis rétablis en partie par Joe Biden, est un poumon humanitaire et économique indispensable à la survie de Gaza. 13 000 employés de l’UNWRA scolarisent 291 000 élèves dans 255 écoles, soignent dans 22 centres de santé, distribuent 60 % des denrées alimentaires à 50 % de la population, aux deux tiers des réfugiés ayant fui le reste de la Palestine au fil des combats, occupations, expulsions. Le taux de pauvreté dans la bande de Gaza est de 80 %. La santé mentale et psychologique de la population, singulièrement des enfants, y est en grande souffrance.

Nous avons également visité le tout nouvel établissement de traitement des eaux du Nord de Gaza, qui alimente en eau potable 400 000 personnes, cofinancé et construit par l’Agence Française de Développement. Une réalisation remarquable qui donne à voir ce que pourrait être une aide française et européenne démultipliée.

Cette incursion rapide (l’autorisation israélienne courant pour une journée ne nous permettait qu’une courte demi-journée sur place compte tenu des heures d’ouverture et de la longueur des contrôles à l’entrée), mais hautement symbolique dans Gaza,  démontre à elle seule le caractère humainement insupportable et politiquement intenable de la situation.

Où mène l’absence totale de perspective pour les Palestiniens à Gaza, en Cisjordanie et en Israël sauf à l’entretien durable d’un conflit larvé, indigne pour les droits humains, et potentiellement explosif à tout moment ?

Et pourtant, l’autre volet de notre visite fait d’entretiens politiques et de visites guidées par l’armée israélienne à la frontière libanaise, nous a confirmé l’incroyable posture de déni de la question palestinienne qui semble être devenue, pour l’heure, celle de la quasi-totalité de l’arc politique israélien, à l’exception de quelques courageuses voix de paix dont celle du Parti communiste israélien et de personnalités arabes israéliennes.

Lors de nos entretiens à la Knesset, la plupart des représentants des forces politiques constituant la coalition Bennet-Lapid qui était en train de tomber au moment où nous étions sur place, convergeaient dans le discours suivant, fait d’aveuglement et de cynisme : « la question palestinienne n’est pas pour nous le problème central, le problème numéro un c’est la sécurité d’Israël et la menace iranienne ». « Nous avons trois menaces, nous dira dans un autre entretien un ancien vice-ministre de la Défense, l’Iran et la menace nucléaire, ses partisans du Hezbollah à la frontière libanaise, et le Hamas à Gaza ». Ceux qui continuent d’évoquer la solution à 2 États le font pour la renvoyer aussitôt aux calendes grecques. « Il faudra deux pays un jour, nous dit un député, mais pas maintenant, les Palestiniens doivent d’abord régler leurs problèmes ». Et le président de la Knesset, du parti de Yair Lapid, l’actuel premier ministre, parle lui de « faire quelque chose avec la solution à deux États », mais « sans Jérusalem qui ne pourra plus être transmise aux Palestiniens » et sans quelques grandes colonies « sur lesquelles nous ne pourrons pas revenir ». Si on ajoute à cela l’enfermement de Gaza, derrière les mots vidés de sens, il n’y a en vérité plus aucun État viable pour les Palestiniens derrière ce qu’il appelle « faire quelque chose » de cette solution.

Les entretiens entendus sur place de la part des dirigeants israéliens et du président américain Joe Biden deux semaines plus tard confirment que la reconfiguration régionale, en lien notamment avec les pétro-dictatures du Golfe, tient la première place dans l’actuel deal israélo-américain et que la question palestinienne n’y figure plus. La soumission des Palestiniens est donc, si on laisse faire, durablement acceptée par les uns comme les autres.

Nous avions commencé le séjour de la délégation par une visite au mémorial Yad Vashem, consacré à la mémoire de l’Holocauste. Intense moment d’émotion, qui résonne en ce moment dans notre pays avec la commémoration de la rafle du Vél d’Hiv. Une ancienne déportée, d’un incroyable dynamisme malgré son bientôt centenaire et œuvrant comme guide dans le mémorial, avait tenu à nous saluer. Fille de parents juifs résistants de la MOI, elle voulait nous dire sa reconnaissance envers la France. En l’écoutant, moi qui ai grandi nourri par ces valeurs d’engagement dans le quartier de Belleville où tant de Juifs furent raflés, je me demandais comment nous avions pu en arriver là. Comment ce pays, Israël, peut continuer de se construire dans le déni de la souffrance infligée aux Palestiniens ? Ce questionnement est resté en moi durant tout le reste de notre séjour. Et tout ce que je voyais me confirmait dans la détermination à dire tout la fois sans faiblir, et le refus de l’antisémitisme et de l’innommable infligé aux Juifs par les nazis, et le refus de voir se poursuivre l’écrasement des droits du peuple palestinien. Comme un combat indissociable, auquel la solution à deux États tente d’ apporter réponse.

Il ne faut donc pas laisser faire, et accepter que dure dans l’impunité la situation inacceptable faite aux Palestiniens et l’impasse historique que que cela construit. Cela appelle le redoublement de la mobilisation internationale. Il ne suffira pas d’espérer une initiative d’Emmanuel Macron, qui ne la prendra manifestement pas si la pression ne s’exerce pas beaucoup plus fortement en faveur d’une nouvelle initiative internationale française ou européenne.

Les atouts résident plutôt dans la conjugaison des énergies de résistance démocratique palestiniennes, manifestes dans la jeunesse, et qui doivent être activement soutenues, et les mouvements de solidarité citoyennes en France , en Europe et dans le monde.

L’initiative citoyenne européenne en faveur du boycott des produits issus des colonies en fait partie, car la colonisation est non seulement une atteinte insupportable aux droits des Palestiniens et au droit international, mais une impasse historique majeure pour Israël et pour la paix dans la région.

Le combat pour la libération de Salah Hamouri et le respect de ses droits à la citoyenneté et à la résidence à Jérusalem est aussi un combat qui doit être amplifié, car il est emblématique d’une justice défaillante en Israël pour les Palestiniens et de la volonté d’Israël d’expulser les Palestiniens de Jérusalem.

Le débat et la mobilisation en France doivent reprendre vigueur en faveur d’une initiative de la France, conforme au vote de la résolution du Parlement en 2014 , pour une déclaration de reconnaissance de la Palestine engagée dans le cadre d’une initiative multilatérale européenne et internationale rouvrant un processus de négociations politiques en faveur d’une solution à deux États sur la base des paramètres reconnus par les résolutions de l’ONU. Hors de cela, l’indignité demeurera pour les Palestiniens et la paix restera menacée pour tous dans la région.

Prisonniers d’opinion en Arabie Saoudite : suivre l’avis du groupe de travail de l’ONU sur les détentions arbitraires

Il y a 1 mois, le

Par Pierre Laurent

Choyée par les puissances occidentales, dont la France, l’Arabie Saoudite viole massivement les droits humains. J’ai interpellé aujourd’hui la Ministre des Affaires étrangères sur une de ces violations, afin qu’elle agisse en cohérence avec les recommandations du groupe de travail des Nations Unies sur les détentions arbitraires.

GARDONS LE CONTACT

J’ai attiré l’attention de Mme la Ministre de l’Europe et des affaires étrangères sur les prisonniers d’opinion en Arabie Saoudite.

Parmi eux il y a le fondateur du Moniteur des droits de l’Homme, une organisation non gouvernementale (ONG) saoudienne visant à défendre les Droits de l’Homme dans le pays. Il a à de nombreuses reprises défendu des militants des droits de l’Homme devant les tribunaux, se mettant ainsi lui-même en danger. Il a notamment représenté des membres de l’association saoudienne pour les droits civils et politiques.

Arrêté en juillet 2014 et condamné en septembre 2014 à 15 ans de prison et 50 000 euros d’amende, au bout d’un procès expéditif où les droits de la défense n’ont pas été respectés, depuis son arrestation, il a été victime de nombreuses tortures, ainsi qu’à des privations de nourriture et de soins médicaux.

Le groupe de travail des Nations Unies sur les détentions arbitraires a jugé son arrestation, son procès et sa condamnation comme étant sans aucun fondement légal. Il a exigé sa libération immédiate ainsi que des réparations pour les préjudices subis.

J’ai donc demandé à la Ministre ce qu’elle compte faire pour intervenir en sa faveur auprès des autorités saoudiennes.

Question écrite n°01534 : https://senateurscrce.fr/activite-des-senateurs/les-questions-au-gouvernement/les-questions-ecrites/article/suivre-l-avis-du-groupe-de-travail-des-nations-unies-sur-les-detentions

Chargement