Covid-19 : en pleine seconde vague, Martin Hirsch choisit de fermer les urgences de l’Hôtel Dieu !

Il y a 2 ans, le 3 novembre 2020

Par Pierre Laurent

Le gouvernement a instauré un re-confinement, pour faire face à une seconde vague de la COVID-19, afin d’éviter une saturation des services du fait d’un manque criant de nos capacités hospitalières. Cet aveu d’échec devrait conduire Martin Hirsch, directeur général de l’AP-HP à renforcer les moyens et certainement pas à fermer les services des urgences de l’Hôtel-Dieu, hôpital de proximité par excellence, situé au centre de Paris !

GARDONS LE CONTACT

Cette décision aberrante n’aidera en rien à la prise en charge des patient·es COVID et non COVID. Brandir l’argument d’une meilleure répartition des personnels paramédicaux est un faux prétexte.

L’hôpital Hôtel-Dieu de Paris, avec ses Urgences, est en capacité d’accueillir des patient·es atteints du coronavirus, de les évaluer, de les prendre en charge et de les hospitaliser si nécessaire. Il dispose de moyens humains compétents et techniques (scanner H24) à même
de prendre en charge des patient·es dits « intermédiaires » (trop fragiles pour les renvoyer à domicile mais nécessitant une surveillance et/ou oxygénothérapie).

Les lits de cet hôpital sont indispensables également pour laisser libres ceux des autres services de soins et libérer ceux de réanimation pour les malades ne nécessitant plus de soins intensifs (soins de suite de réanimation).
De plus, il est impératif de désengorger et laisser libres les unités des autres hôpitaux qui doivent continuer à recevoir les patients hors COVID (cancérologie, pneumologie, urologie…) comme le rappelle le Conseil de l’Ordre des médecins.
Tous les témoignages des professionnels le prouvent, les déprogrammations de la première vague ont été dramatiques avec des pertes de chance majeures.

En pleine crise sanitaire et en nouveau risque d’attentat terroriste, l’heure est à l’ouverture de lits et de services ! La décision de l’AP-HP de fermer les urgences de l’Hôtel Dieu le 4 novembre prochain est inacceptable et sonne comme une provocation pour toutes celles et tous ceux qui se battent pour l’avenir de cet établissement.

C’est pourquoi, aux côtés d’élu·es locaux, nous nous rendrons le 6 novembre prochain, sur place, pour constater le nombre de chambres et locaux disponibles et non utilisés, dénoncer ce gâchis en ces temps de manque de lits et de capacités hospitalières.

En lien avec la CGT et des soignant·es, nous souhaitons montrer toute la pertinence de maintenir et développer l’Hôtel Dieu, hôpital au cœur de Paris avec des salles d’hospitalisation ouvrables immédiatement et des circuits de fluide (oxygène) opérationnels pour les unités de soins.

Laurence Cohen
Sénatrice du Val-de-Marne

Pierre Laurent
Sénateur de Paris

Aucune expulsion des personnes reconnues DALO logées dans le parc social

Il y a 3 semaines, le 25 avril 2022

Par Pierre Laurent

Aucune expulsion des personnes reconnues DALO logées dans le parc social – Application des circulaires concernant les expulsions locatives

GARDONS LE CONTACT

J’ai attiré l’attention de M. le ministre de l’Intérieur sur la nécessité d’appliquer les textes légaux concernant les expulsions locatives.

Il existe en effet plusieurs dispositifs relatifs à la prévention des expulsions locatives, dont la circulaire (NOR : INT 2111638 J) du 26 avril 2021 qui demande aux autorités administratives de ne pas accorder le concours de la force publique (CFP) dans le parc social si certaines conditions ne sont pas respectées.

En effet, cette circulaire dispose dans le paragraphe II-3 de son annexe qu’« il s’agit qu’aucun CFP ne puisse être octroyé dans le parc social sans que le bailleur et le réservataire du logement n’aient fait la démonstration qu’ils ne disposent d’aucun logement adapté aux caractéristiques socio-économiques de l’occupant au sein de leur parc ou de leur contingent respectivement ».

Or de nombreuses associations, notamment à Paris et en Île-de-France, constatent que des personnes logées dans le parc social et reconnues prioritaires au titre du droit au logement opposable (DALO) font l’objet d’un CFP sans que les bailleurs sociaux concernés ne rapportent la preuve de leurs obligations.

J’ai demandé ce que le Ministre comptait faire en vue d’appliquer la circulaire précitée et par conséquent de mettre fin à ces expulsions.

 

Question écrite du 19 avril 2022 : https://senateurscrce.fr/activite-des-senateurs/les-questions-au-gouvernement/les-questions-ecrites/article/aucune-expulsion-des-personnes-reconnues-dalo-logees-dans-le-parc-social

Second tour : pour mieux combattre Macron, battre Le Pen dimanche sans équivoque

Il y a 4 semaines, le 21 avril 2022

Par Pierre Laurent

Le premier tour de l’élection présidentielle, en concentrant trois quarts des voix exprimées sur seulement trois candidats, a marqué une nouvelle fois son caractère profondément antidémocratique, renvoyant comme jamais à la société française un miroir déformé de la richesse de son pluralisme politique. C’est un fait. Il aura des conséquences. Il faudra les tirer en […]

GARDONS LE CONTACT

Le premier tour de l’élection présidentielle, en concentrant trois quarts des voix exprimées sur seulement trois candidats, a marqué une nouvelle fois son caractère profondément antidémocratique, renvoyant comme jamais à la société française un miroir déformé de la richesse de son pluralisme politique. C’est un fait. Il aura des conséquences. Il faudra les tirer en reprenant le combat pour mettre à bas la monarchie présidentialiste. Car elle abîme en profondeur le pouvoir des citoyen·nes sur la politique.

Emmanuel Macron pousse à fond cette carte du présidentialisme absolu. Désormais le monarque présidentiel, s’il daigne encore se soumettre au verdict des urnes, refuse tout débat, à l’exception d’un seul entre les deux tours, dont il choisit les animateurs journalistes. Désormais les campagnes de terrain, la diversité des opinions et des courants de pensée, la saine confrontation des projets, la construction des solutions doivent s’éclipser, remplacées par le théâtre quotidien des sondages, des polémiques outrancières et des réactions en chaîne médiatiques. Désormais le choix des électeurs est d’abord contraint, par défaut, en réaction au pire, au second mais aussi au premier tour. Les challengers « qualifiables », pour accéder au second tour ou pour le gagner, utilisent les mêmes ressorts. C’est le jeu, nous dit-on.

Il y a quelques années, mon parti éditait une affiche satirique « Macron, méprisant de la République », le représentant grimé en Roi-Soleil à Versailles. Nous ne pouvions imaginer alors à quel point nous étions tombés juste. A force de refuser la contestation, l’inflexion des décisions, de briser tous les contre-pouvoirs, du Parlement aux syndicats, Emmanuel Macron a franchi à son tour des caps nouveaux vers ce présidentialisme absolu. Crise sanitaire, guerre en Ukraine : il décide de tout, pour tout le monde. Même le mécanisme d’alternance politique est aujourd’hui visé : il n’y aurait plus en France qu’un gros parti central, flanqué d’extrêmes à repousser, de préférence à l’extrême-droite. Mais cette pensée machiavélique nous rapproche chaque jour un peu plus du pire. A l’image du chêne puissant de la fable de La Fontaine, la Vème République ne plie plus tel le roseau, insensible   à la volonté populaire,  aux contestations sociales. Seule la rupture peut advenir, avec l’extrême-droite en embuscade, cette fois aux portes du pouvoir. Le piège est tendu.

Pour le déjouer il faut battre Le Pen, sans mégoter, le plus durement possible, pour pouvoir demain combattre Macron, en reconstruisant l’espoir de dignité et de justice recherché par le pays. Dans cet ordre-là et pas l’inverse, car laisser passer Le Pen, ou même la laisser à un niveau très élevé, ce serait engager le pays dans une rupture gravissime avec tous les principes d’égalité, de liberté et de fraternité qui fondent nos combats progressistes.

Marine Le Pen présidente, c’est l’entrée dans une France discriminatoire, raciste, injuste, qui priverait sans ménagement des millions de travailleurs et de familles de leurs droits. Ce sont les services publics, l’école républicaine, la Sécurité sociale, tout ce qui protège, immédiatement dans le collimateur.

Marine Le Pen présidente, c’est l’entrée de la France dans le club des régimes nationalistes xénophobes, haineux, repliés, incapables de s’ouvrir au monde, aux autres, d’affronter en commun les grands défis du climat, de l’alimentation, de la santé, de la sécurité humaine. C’est une France plus militarisée, plus policière, plus guerrière, dure aux faibles, livrée aux forts et aux puissants, toujours moins solidaire.

Marine Le Pen présidente, ce sont tous les pouvoirs d’un Président de la Vème République dans les mains d’un camp, Le Pen-Zemmour, prêt à brader nos principes de droit, à rompre avec la reconnaissance du droit international, c’est le risque pris d’un régime d’impunité au quotidien pour toutes les discriminations.

De cette rupture, il ne faut à aucun prix. Il ne faut pas de votes blancs, il faut voter contre elle, en utilisant le seul bulletin à notre disposition. Mais alors diront certains, comment se protéger contre la politique de Macron ?

En ouvrant d’autres perspectives que la seule perspective piégée de l’élection présidentielle. En préparant pour commencer dans l’unité de très grandes mobilisations sur les retraites. Emmanuel Macron n’est pas sûr de lui, nous l’avons vu. Il faudra le battre sur son projet de retraite à 65 ans. Idem sur la santé, l’école, le pouvoir d’achat ou le climat.

D’autres perspectives s’ouvrent aussi pour les élections législatives. Ce à quoi nous devons donner de la force,  c’est à ce cri de révolte mais aussi d’espoir qui s’est exprimé le 10 avril dans les urnes, avec les différents bulletins de gauche, plus de 11 millions au total, dont principalement le bulletin Jean-Luc Mélenchon. J’ai soutenu pour ma part Fabien Roussel. Mais je reconnais dans les motivations diverses du vote Mélenchon tant de préoccupations convergentes. Reprenons les chemins d’unité dans le respect mutuel.

Ces batailles commencent dimanche dans l’urne, pour battre Le Pen et la faire tomber le plus bas possible !

Le 24 avril, voter contre Le Pen doit être le geste résolu de tous les démocrates. Un geste citoyen et solidaire pour toutes celles et ceux qui pâtiraient, en premier lieu, de la prise de l’Élysée par l’extrême-droite. En glissant un bulletin Macron dans l’urne, aucun·e d’entre nous n’apportera ni soutien, ni caution à cet homme et ses projets de casse sociale. Nous nous préparerons aux combats à venir pour faire reculer ses projets, pour conquérir le plus de forces possibles au Parlement dès les 12 et 19 juin prochains.

 

Pierre Laurent

Sénateur communiste de Paris

La planète traverse de multiples crises humanitaires catastrophiques – Quels financements pour y répondre ?

Il y a 1 mois, le 6 avril 2022

Par Pierre Laurent

M. Pierre Laurent attire l’attention de M. le ministre de l’Europe et des affaires étrangères sur les financements humanitaires prévus dans le cadre de la crise en Ukraine. Dans une communication, suite au conseil des ministres du 16 mars 2022, portant sur la question des réfugiés ukrainiens, le Gouvernement précisait que : « La France a décidé d’apporter un […]

GARDONS LE CONTACT

M. Pierre Laurent attire l’attention de M. le ministre de l’Europe et des affaires étrangères sur les financements humanitaires prévus dans le cadre de la crise en Ukraine.

Dans une communication, suite au conseil des ministres du 16 mars 2022, portant sur la question des réfugiés ukrainiens, le Gouvernement précisait que : « La France a décidé d’apporter un soutien humanitaire de 100 millions d’euros à l’Ukraine ainsi qu’aux pays limitrophes les plus affectés. C’est notamment le cas pour la Moldavie très exposée à l’afflux de réfugiés. » Dans cette communication le Gouvernement ajoutait que : « Cette aide humanitaire prend des formes très concrètes : médicale, alimentaire, logistique, etc. Elle est massive. Ce sont d’ores et déjà onze vols vers les différents pays concernés qui ont été organisés, ce qui a permis de mobiliser plus de 100 tonnes de matériel. »

Le soutien humanitaire massif vers l’Ukraine est primordial et les acteurs concernés soulignent qu’il est d’ores et déjà nécessaire d’aller plus loin. Cependant la planète traverse en ce moment même d’autres crises humanitaires catastrophiques et encore largement sous-financées. Force est de constater en même temps que les conflits issus de rivalités de puissance, de logiques de pillage ainsi que l’actuelle organisation économique mondiale, remettent en cause de plus en plus fortement le pacte international relatif aux droits économiques, sociaux et culturels (PIDESC), traité international multilatéral adopté le 16 décembre 1966 par l’Assemblée générale des Nations unies dans sa résolution 2200A (XXI).

Il faut noter que la situation est particulièrement grave au Yémen, dans la zone du Sahel ou encore depuis des décennies en République Démocratique du Congo. Ce sont aujourd’hui plus de 161 millions de personnes dans 42 pays qui souffrent déjà d’une faim aiguë or la situation actuelle risque d’intensifier bien plus les crises de la faim dans les pays de la Corne de l’Afrique, du Moyen-Orient ou encore dans le Sahel.

Compte tenu de la multiplication des crises humanitaires et de leur sous-financement actuel tout financement à destination de la crise ukrainienne devra bien être supplémentaire et non pas réorienté au détriment d’autres contextes. Les populations les plus vulnérables de la planète doivent être la priorité de la politique étrangère française et ce quel que soit l’endroit où elles se trouvent.

Alors que le Gouvernement a pris des engagements nécessaires compte tenu de la crise en Ukraine, il souhaiterait savoir si ses engagements sont bel et bien additionnels et ne se substituent pas au financement nécessaire de réponses à d’autres crises humanitaires. Il lui demande également ce que la France compte faire au niveau national, européen et international pour donner une nouvelle impulsion à la réalisation des objectifs contenus dans le PIDESC dont la surveillance de l’application est assurée par le comité des droits économiques, sociaux et culturels des Nations unies.

 

Question écrite n°27622 : https://senateurscrce.fr/activite-des-senateurs/les-questions-au-gouvernement/les-questions-ecrites/article/la-planete-traverse-de-multiples-crises-humanitaires-catastrophiques

10 AVR. 1er tour élection présidentielle

PARTAGER

Concentration des médias : la contribution du groupe CRCE

Il y a 2 mois, le 31 mars 2022

Par Pierre Laurent

Contribution du groupe CRCE par Pierre LAURENT, membre de la commission d’enquête   La commission d’enquête du Sénat sur la concentration des médias et son impact sur la démocratie a travaillé pendant quatre mois. A travers 48 auditions, elle a contribué à mettre sous les projecteurs un problème crucial pour notre avenir démocratique. Les auditions […]

GARDONS LE CONTACT

Contribution du groupe CRCE

par Pierre LAURENT, membre de la commission d’enquête

 

La commission d’enquête du Sénat sur la concentration des médias et son impact sur la démocratie a travaillé pendant quatre mois. A travers 48 auditions, elle a contribué à mettre sous les projecteurs un problème crucial pour notre avenir démocratique.

Les auditions menées ont largement confirmé l’ampleur et l’accélération des concentrations en cours sur tous les champs du spectre médiatique. Pourtant, les principaux acteurs industriels de ces concentrations ont systématiquement cherché devant la commission à les minimiser. En effet ces groupes ne veulent à aucun prix un renforcement de la régulation de ces concentrations, alors que la loi actuelle s’avère inapte à faire face aux bouleversements en cours.

C’est le second constat au terme de cette commission d’enquête : sans de nouvelles mesures législatives, ce mouvement de concentrations va s’accélérer et porter atteinte plus gravement encore au pluralisme de l’information, à la diversité et à la création culturelle.

 

Une accélération spectaculaire des concentrations et recompositions médiatiques

Nous assistons à deux mouvements parallèles qui s’alimentent l’un l’autre.

Sous l’effet de la révolution numérique, d’une diminution de la presse papier (la plus riche avec la radio en terme de valeur ajoutée journalistique), et d’un bouleversement des usages, nous assistons à une transformation industrielle des entreprises de presse vers des projets globaux numériques (écrit, vidéo et autres services) qui cherchent de moins en moins leur rentabilité dans la qualité de la plus-value journalistique, et de plus en plus dans la « capture de l’attention » pour générer du flux sur les supports contrôlés par ces groupes globaux.

Ces mutations, qui n’ont pas trouvé à ce jour leur modèle économique durable, sont l’occasion d’une concentration accélérée de la presse écrite nationale et régionale et du secteur audiovisuel entre les mains d’une poignée de grandes familles capitalistes françaises. Huit groupes contrôlent l’essentiel du paysage métropolitain et ultramarin.

Bouygues, bientôt en alliance avec Bertelsmann si la fusion TF1-M6 se réalise, le groupe Bolloré, avec Vivendi et Lagardère-Hachette qu’il est en train d’avaler, le groupe LVMH-Bernard Arnault avec Le Parisien et Les Echos, Patrick Drahi avec Altice qui va de BFM à Libération en passant par L’Express et RMC, et Xavier Niel qui contrôle, entre autres titres avec Mathieu Pigasse, Le Monde et Télérama, sont les principaux groupes capitalistes impliqués. Trois de ces industriels sont des acteurs majeurs de la téléphonie (Bouygues, SFR et Free), ce qui accroit la dimension globale de ces concentrations.

Dans la presse écrite, la crise du modèle économique et la masse d’investissements nécessaires dans le numérique ont contraint de nombreuses sociétés éditrices de presse à se concentrer et à chercher des investisseurs capables de les recapitaliser à fonds perdus. Les grands groupes industriels se sont engouffrés dans la brèche en cherchant à renforcer leur pouvoir d’influence. Ces groupes visent leur rentabilité dans les médias en cherchant à capter les recettes publicitaires, en concurrence avec les plateformes américaines qui aspirent ces recettes en pillant les contenus éditoriaux.

La concentration des régies publicitaires dans les mains de ces groupes est donc devenu un phénomène structurant de la période, avec des effets de contrôle indirect contre le pluralisme, de droit de vie ou de mort sur les médias concurrents. Le taux de concentration atteint 70 % pour la publicité en ligne, et atteindrait ce même taux dans l’audiovisuel si la fusion TF1-M6 se réalisait.

Dans l’audiovisuel – la télévision en particulier – l’augmentation du nombre de chaînes masque un puissant mouvement de soumission des médias à l’audimat et à la logique de « capture de l’attention ». La concurrence des plates-formes nord-américaines pousse à la concentration dans une sorte de fuite en avant généralisée qui risque à terme de miner les ressorts et les financements d’une création diversifiée.

 

Des dangers multiples pour la démocratie, la qualité de l’information, et la culture 

L’accélération en cours de la mainmise de grands groupes industriels capitalistes sur les médias fait courir des menaces, non seulement de contrôle politique de l’information, mais aussi de contrôle des usages culturels et des habitudes de consommation.

Dans le domaine du contrôle de l’information, la reprise en main agressive des rédactions d’iTélé, devenu Cnews, et d’Europe 1 est la partie la plus brutale, et la plus visible de l’iceberg. Mais la course à une info « spectacularisée » au détriment de sa qualité abîme partout la qualité des métiers et le pluralisme de l’information.

Les médias façonnent à long terme les imaginaires et agissent sur les structures sociales, politiques et culturelles. Dans le contexte actuel, l’uniformisation des modèles culturels est donc une menace. Les programmes qui favorisent l’efficacité publicitaire sont survalorisés, au détriment des fonctions pédagogiques, d’information et d’alerte. Cela conduit à l’appauvrissement et l’alignement des contenus.

La construction d’une « opinion publique » dominante refoule dans le silence nombre de points de vue, minoritaires ou non d’ailleurs, alimentant une spirale de défiance croissante, qui favorise en retour le succès de rumeurs complotistes sur les réseaux sociaux ou le succès de médias dits « antisystème », penchants en général à l’extrême-droite… parfois à leur tour relayés par les grands médias qu’ils critiquent.

Les logiques financières poussent de surcroît à l’effacement de la frontière entre information et communication, contribuant à la dévalorisation du métier de journaliste et à sa précarisation, au bénéfice d’un journalisme de service plutôt qu’à l’exigence journalistique.

 

Un urgent besoin de soutien et de protections nouvelles pour la qualité et le pluralisme de l’information

Contrairement au groupe Les Républicains qui a défendu dans la commission, à l’unisson des grands patrons acteurs des concentrations actuelles, qu’il n’y avait pas de concentrations excessives, et donc pas besoin de régulations nouvelles, le groupe CRCE considère urgent de remettre la loi sur le métier au plus vite pour mettre un coup d’arrêt aux concentrations et repenser la vitalité et le pluralisme de l’information et des médias.

Compte tenu des lourds désaccords qui l’ont traversée, la commission d’enquête n’a pas pu adopter de recommandations à la hauteur de la situation. Le débat au Parlement toutefois mentionné dans ses recommandations devra être saisi dès 2022 pour avancer des propositions nouvelles.

 

Le groupe CRCE soutient notamment les pistes de travail suivantes :

1) le renforcement des seuils anti-concentrations par une révision indispensable de la loi de 1986, pour réformer en profondeur leur niveau et leur conception. Il est nécessaire de tenir compte de la dimension globale et multisectorielle des concentrations actuelles. En plus des seuils de contrôle capitalistique, l’audience cumulée d’un groupe et la part occupée par un groupe sur le marché publicitaire tous médias confondus doivent être retenus. La piste de la mesure de la « part d’attention » exercée par un groupe, recommandée par la commission, nous semble devoir elle aussi être poursuivie.

 

2) le soutien accru au pluralisme, qui passe notamment par :

une réforme des aides à la presse. Les plus grands groupes sont les plus gros bénéficiaires de ces aides. Le Parisien (LVMH), Le Monde (Xavier Niel), et Le Figaro touchent au total trois fois plus d’aides que l’ensemble des quotidiens à faible ressources publicitaires. Outre la proposition de la commission (tenir compte du chiffre d’affaires global des groupes bénéficiaires), le groupe CRCE propose le doublement de l’aide aux quotidiens à faibles ressources publicitaires.

la reconstruction d’un système de distribution coopératif, garantissant l’accès de tous les titres à la distribution.

l’appui à des projets de « fondations » garantissant l’indépendance des titres ne souhaitant pas être adossés à un groupe capitaliste.

 

3) l’application pleine et entière par les géants du numérique des lois et directives sur les droits d’auteur et les droits voisins. Nous soutenons la sortie du secret des accords passés de gré à gré entre un groupe éditeur et les plateformes, au bénéfice de la recherche continue d’un accord collectif et coopératif mutualisant les recettes générées par la contribution des plateformes en vertu de l’application de ces lois. Ces recettes pourraient notamment alimenter les projets de développement numérique des entreprises de presse, avec des critères de répartition pluralistes, ne permettant pas la captation de ces recettes par les seuls plus grands groupes.

 

4) le renforcement des garde-fous protégeant l’indépendance des journalistes, et les garanties juridiques protégeant l’exercice du métier, en étudiant et évaluant toutes les pistes mises en débat lors des auditions (statut juridique des rédactions, droit de veto sur la désignation des directeurs de rédaction, création d’un délit de « trafic d’influence en matière de presse…).

 

5)  la création d’un Conseil supérieur des médias, en lieu et place de l’ARCOM, démocratiquement constitué, incluant dans ses missions le respect de lois anti-concentrations renforcées, la consolidation du pluralisme, le développement de la création française dans les programmes culturels et de loisirs à la télévision.

 

Retrouvez sur le site du Sénat le rapport complet de la Commission d’enquête et sa synthèse : http://www.senat.fr/commission/enquete/2021_concentration_des_medias_en_france.html

De quoi Valérie Pécresse est-elle le nom ?

Il y a 2 mois, le 13 mars 2022

Par Pierre Laurent

Le mot de Pierre Laurent :
Céline Malaisé, présidente du groupe Gauche communiste, écologiste et citoyenne à la Région Île-de-France, est chaque jour en première ligne face à la présidente de région Valérie Pécresse. Elle nous explique ici le contenu détaillé de sa politique régionale. Celle-ci donne un avant-goût de ce que serait la politique nationale d’une Valérie Pécresse élue présidente de la République.
Actuellement en difficulté dans les sondages, prise en étau entre la candidature Macron et les candidatures d’extrême-droite, le programme de Mme Pécresse n’en donne pas moins une idée précise de ce que les compromis entre Macron et les forces de droite, sous la pression des extrêmes-droite, pourraient donner demain au gouvernement. De quoi inciter notre peuple à combattre avec détermination toutes ces forces, demain tout ou partie coalisées.

GARDONS LE CONTACT

De quoi Valérie Pécresse est-elle le nom ?

par Céline Malaisé*

 

L’été dernier, alors qu’elle n’était pas encore candidate de la droite à l’élection présidentielle mais déjà en quête de voix pour une désignation interne, Valérie Pécresse se définissait comme « 1/3 Thatcher et 2/3 Merkel ». Bien au-delà d’une recherche d’une filiation féminine, ce positionnement politique résume parfaitement ce qu’elle a déjà fait comme Ministre de Sarkozy, ce qu’elle fait comme Présidente de Région et ce qu’elle promet de faire si elle occupait la plus haute fonction de l’État !

 

L’Ile-de-France : un laboratoire pour Pécresse

Elle se proclame « dame de faire », prenons-la donc au mot en passant en revue quatre domaines : la sécurité, l’éducation et la formation, l’économie et le social et, pour finir, l’aménagement du territoire et les transports. L’Ile-de-France est systématiquement présentée par la candidate de la droite comme son laboratoire. Ce qu’elle y a et y fait devrait surtout servir d’antidote afin qu’elle ne recycle pas ses méfaits libéraux et ultra sécuritaires au niveau national.

 

Une drôle de vision de la sécurité pour Valérie Karcher

Comme Présidente de la Région Ile-de-France, alors que la sécurité ne fait nullement partie des compétences régionales, V. Pécresse a décidé de mettre en place un « bouclier sécurité ». Prise dans une fuite en avant pré-présidentielle, Valérie Pécresse a fait voter en 2021 un élargissement du financement régional de l’équipement des polices municipales aux armes létales puis aux drones. Ce dernier moyen de surveillance de masse est pourtant illégal comme vient de le rappeler le Conseil constitutionnel. Rattrapée par la patrouille, le Préfet d’Ile-de-France vient d’enjoindre la Présidente de région à annuler l’équipement des polices municipales car cette action est illégale, au regard de l’état du droit et de la jurisprudence.

Concernant les lycées, la Présidente francilienne a supprimé 3 millions d’euros dédiés à la prévention et à la médiation des violences en milieu scolaire pour mettre sur pied des brigades régionales de sécurité dont les missions doublonnent avec les équipes des rectorats, dont l’efficacité est fortement discutée par les communautés éducatives et dont la fin est demandée par la chambre régionale des comptes et aussi par le Préfet d’Ile-de-France qui reprend l’argumentaire de l’illégalité. Après avoir multiplié les caméras de surveillance à l’extérieur mais aussi dans les 473 lycées franciliens, 2 millions d’euros ont été votés pour installer un mur XXL pour superviser ces 3 000 caméras. Cette décision n’a jamais fait l’objet ni d’information des communautés éducatives, ni d’une saisine de la CNIL… La garantie des libertés publiques, encore plus indispensable quand il s’agit de mineurs, apparaît vraiment comme le cadet des soucis de la démonstration politique voulue par Pécresse. Cette escalade sécuritaire et les sorties répétées dans un registre belliqueux allant jusqu’à ressortir le Karcher dessinent un projet politique ultra-sécuritaire à mille lieues de la recherche de la tranquillité publique. Pousser les interventions hors des compétences régionales ou encore se jouer du cadre légal est une des marques de fabrique de Valérie Pécresse, pourtant candidate pour garantir l’État de droit mais qui n’en a que faire du droit puisqu’elle persiste malgré les rappels à la loi préfectoraux et les demandes d’annulation. De quoi s’inquiéter…

 

Autonomie contre service public d’éducation

A la tête du Ministère de l’Enseignement supérieur et de la Recherche, Valérie Pécresse a fourbi ses armes contre le service public en imposant l’autonomie aux universités, en les mettant en concurrence et en les appauvrissant par un désengagement de l’État. A la tête de l’Île-de-France, elle a recyclé cette idée en mettant en place un budget d’autonomie dans chaque lycée tout en en profitant pour couper les budgets des politiques éducatives. Accompagnant la contre-réforme Blanquer qui désorganise les enseignements dans les lycées, Valérie Pécresse l’a assortie d’une baisse de 20€ par élève de la dotation régionale aux lycées et d’une baisse du soutien régional à l’enseignement professionnel lui préférant naturellement l’apprentissage… Le choix du privé est aussi un marqueur que ce soit à travers des aides non obligatoires à l’enseignement confessionnel, ou à travers le choix de construire des lycées en partenariat public-privé engraissant ainsi un major du BTP par des loyers payables jusqu’en 2041. La lecture de son programme présidentiel pour l’éducation et la formation indique une volonté de généraliser l’autonomie allant jusqu’à laisser une totale liberté de recrutement aux chefs d’établissement dans le secondaire et appelle à un acte II de l’autonomie des universités. Nous voilà prévenus…

 

Quand le patronat murmure à l’oreille de Pécresse

Quant aux choix économiques faits à la tête de la Région, ils ont été murmurés à l’oreille de Valérie Pécresse par un conseil stratégique composé de grands patrons et décideurs économiques. Les aides aux entreprises ont été ouvertes aux grands groupes qui ont touchés plusieurs millions d’euros d’argent public alors qu’ils n’en ont aucunement besoin et qu’ils ne cessent de vomir l’intervention de la puissance publique. Bien entendu, ces aides régionales ne sont aucunement liées à des contreparties sociales ou environnementales et sont cumulatives avec celles du CICE ou du Crédit Impôt Recherche de l’État. Et quand une entreprise est en faillite, la Région est aux abonnées absentes comme ce fut encore récemment le cas à Grigny alors que le chômage y est très haut et que la pauvreté également. Il faut ajouter que la candidate de la droite qui a récemment usé de rhétorique d’extrême-droite avec le terme de « grand remplacement » ou encore de « Français de papier » a tenté d’imposer une clause dans les marchés régionaux. Cette clause, mal nommée Molière, visait à exclure les entreprises, notamment de BTP, qui employaient des ouvriers ne parlant pas français. Celle-ci, xénophobe et adoubée par les élus du RN, fut annulée par le Préfet. Une marque de fabrique décidément…

 

Dame patronnesse

Dans le domaine social, ce n’est que poudre aux yeux de dame patronnesse qui loin d’agir contre la pauvreté ou les inégalités se résume à quelques oboles pour se donner bonne conscience. Le budget « action sociale » a fondu depuis 2016 et n’est, dorénavant que limité à quelques subventions à des acteurs ou à des coups de communication. Il est loin le temps où Pécresse déclamait qu’elle s’attaquerait aux bidonvilles en Ile-de-France. Tellement loin, très loin… et en partie parce que les aides régionales à la résorption des bidonvilles ou les fonds européens à destination des populations Roms ont disparu. Quant au logement social, la droite de Pécresse a divisé son budget par deux, a supprimé des dispositifs tels que la lutte contre le saturnisme… Dans le même temps, elle soutient ostensiblement les communes carencées qui ne respectent pas l’obligation de construction de 25 % de logements sociaux de la loi SRU sous couvert de mixité sociale. Pire, elle empêche les maires bâtisseurs de construire des logements sociaux en coupant le robinet régional. Rien n’est fait pour s’attaquer aux inégalités territoriales et sociales pourtant fortes et iniques dans la région la plus riche de France.

 

Le laisser-faire libéral du territoire

Quant à l’aménagement du territoire qui est de la compétence régionale, il fut oublié et remisé au fond d’un tiroir durant plus de 5 ans par la droite régionale qui lui préférait évidemment le laisser-faire libéral. Le SDRIF (schéma d’aménagement de la région Ile-de-France), pourtant document prescripteur, n’a jamais été mobilisé jusqu’en 2021, date à laquelle la droite de Pécresse a indiqué qu’elle souhaitait le réviser. Cette révision essentielle, tant les inégalités ont cru et tant la lutte contre le réchauffement climatique doit prendre une autre ampleur, le groupe communiste la demandait fortement. Les premières orientations de la révision ne sont pas à la hauteur. La droite y place au cœur les seules attractivité et concurrence de la région capitale et non la qualité de vie, la lutte contre les inégalités (qui avaient été simplement oubliées) ou encore la bifurcation environnementale.

 

Un train de retard pour la Thatcher francilienne

Il n’y a qu’à regarder ce qui arrive au réseau de transports, élément majeur de l’aménagement de l’Ile-de-France, pour avoir un aperçu de ce que Pécresse entend faire du territoire, des services publics, de l’usage des modes de transports doux… Après avoir promis une révolution des transports qui, du côté des usagers des RER et des Transilien notamment, est surtout une galère quotidienne, Valérie Pécresse a décidé d’accélérer la privatisation des transports. Rien ne l’oblige contrairement à ce que la droite ou une certaine presse disent. Il est possible de faire autrement et de gérer les transports par une régie publique, propriété de l’autorité organisatrice qui est IDF Mobilités, qui finance déjà 100% du matériel roulant. Instruite par les catastrophes de la privatisation des transports en commun à l’étranger et la multiplication des retours vers le public, la droite régionale devrait au moins hésiter. Que nenni, Valérie Pécresse accélère et pose des jalons pour la privatisation tels que la priorité au CDG Express plutôt qu’aux RER B et D, la déshumanisation des gares des RER et des Transiliens, la dégradation programmée des conditions de travail des agents des transports pour permettre le dumping social, le vote en février du processus d’ouverture à la concurrence des bus RATP pour 2025… Démanteler, dissocier en lots un réseau de transports parmi les meilleurs au monde pour l’offrir aux intérêts privés est un projet dangereux pour les usagers, les agents mais aussi pour la lutte contre le réchauffement climatique. Pas pure idéologie, Valérie Pécresse veut se défaire du service public des transports tout en laissant courir un trou abyssal dans les finances d’IDF Mobilités tant elle a la tête ailleurs dans les présidentielles. Ces choix qui ne sont pas encore définitifs seraient catastrophiques s’ils étaient pleinement mis en œuvre.

 

Pécresse ne doit pas être le nom de plus

Valérie Pécresse est le nom d’un néolibéralisme voulant dynamiter tout système de solidarité que ce soit les services publics, la redistributivité fiscale ou encore le logement public. Elle est aussi le nom d’un néoconservatisme qui agite les paniques identitaires pour effacer, de moins en moins avec opportunisme, le cordon sanitaire républicain entre la droite et l’extrême-droite. Elle est enfin le nom des régressions dont l’université, la recherche publique et l’Ile-de-France se souviennent. Pécresse ne doit pas être le nom de plus.

 

 

* Céline Malaisé est présidente du groupe Gauche communiste, écologique et citoyenne à la Région Île-de-France.

Chargement