01 Juin 2016

Conférence mondiale pour la paix et le progrès – mon intervention aux participant-e-s

« Il faut tuer la guerre dans le ventre de tous les pays. »

Henri Barbusse, Le Feu, 1916

~seul le prononcé fait foi~

Mesdames et messieurs les ambassadrices et ambassadeurs,
Mesdames et messieurs les présidents, secrétaires généraux et coordinateurs des organisations, associations et partis représentés ce soir,
Mesdames et messieurs,
cher(e)s camarades, cher(e)s ami(e)s,

Merci à toutes et tous de votre présence.

C’est un très grand honneur et plaisir de vous recevoir dans la maison des communistes – un haut lieu de la solidarité internationale dont le bâtiment a été conçu en 1973 par l’architecte brésilien Oscar Niemeyer en reconnaissance envers les membres du Parti communiste français pour leur action de solidarité avec les forces démocratiques et progressistes brésiliennes et latino-américaines réprimées par les dictatures.

La journée que nous venons de vivre n’est pas ordinaire :

en ces temps où les forces les plus rétrogrades et violentes tentent une offensive désespérée pour se maintenir au pouvoir et pérenniser leur domination sur les peuples, vous avez fait entendre, nous avons fait entendre depuis Paris, que l’espoir existe et se construit chaque jour, malgré les difficultés, que les peuples, les citoyens reprennent le plein pouvoir sur leurs vies,

et quel que soit le temps que cela nous prenne, nous sommes des millions dans le monde à lutter pour l’émancipation humaine, la démocratie, la justice, l’égalité, le développement de nos sociétés dans le respect et la préservation des écosystèmes,

que ces luttes sont celles qui offrent un avenir serein à l’humanité, et non les politiques de haine, de concurrence, de peur et de guerre permanente,

notre nombre, notre vision partagée d’un monde en commun, de paix et d’égalité sont notre force, c’est la force de nos peuples et des citoyens dont la souveraineté et l’action sont les moteurs de l’histoire.

***

Je dois vous dire que je ressens une certaine émotion,

oui, j’éprouve une profonde reconnaissance, et mes camarades avec moi, envers vous, et en particulier envers ceux d’entre vous qui sont venus de si loin, et qui ont – pour plusieurs jours – suspendu leurs activités quotidiennes alors que la lutte n’attend pas, pour aucun d’entre nous, pour répondre présents à notre invitation à participer à la Rencontre internationale d’aujourd’hui et au Congrès du PCF qui débute demain.

Nos concitoyens, les Français-e-s dont des millions sont mobilisés depuis plusieurs mois pour mettre un coup d’arrêt à la dérive sociale-libérale et autoritaire du gouvernement et du président français, vivent depuis 2012 l’une des plus dramatiques trahisons du pouvoir,

après 5 années terriblement violentes sur le plan socio-économique et politique sous la présidence de Nicolas Sarkozy, les Français-e-s qui l’avaient chassé du pouvoir ont vu leurs attentes méprisées et leur niveau de vie baisser,

ils ont vu les patrons du CAC40 avoir table ouverte à l’Élysée tandis que le chômage, les inégalités, les injustices, les racismes et discriminations progressaient, minant notre société et laminant nos valeurs républicaines ;

en 3 ans – 2012-2015 – ils ont vu la France persévérer dans l’engagement militaire au plan international.

Le président Hollande a marché dans les traces de ses deux prédécesseurs en envoyant des troupes françaises au Mali, en Centrafrique, en participant aux frappes aériennes en Irak puis en Syrie, en préparant une nouvelle intervention militaire en Libye sans jamais, en parallèle, travailler avec plus d’ardeur aux réponses politiques et socio-économiques durables ;

de plus, en septembre 2014, notre ministre de la Défense se gargarisait du fait que les ventes d’armes françaises dopaient notre commerce extérieur, qu’importe que la France ait participé à un regain de surarmement dans les pays les plus aux prises avec les inégalités, et où les facteurs d’instabilité s’accumulent, dans un contexte de mondialisation sous domination du capitalisme financier et de sa crise.

Encore récemment, Jean-Yves Le Drian, dont on se demande s’il n’a pas été plus souvent en visite officielle en Arabie saoudite, Emirats arabes unis et Qatar qu’en Bretagne dont il est président de région…, déclarait dans la presse à l’occasion de la sortie de son livre, je cite : « Nous ne sommes plus en temps de paix » ;

cette rengaine est assénée aux Français-e-s sans discontinuer ; quotidiennement, pour justifier une politique belliciste et de plus en plus autoritaire, le premier ministre entretient la douleur vive des tragiques attentats et carnages que notre pays a connus en janvier et novembre 2015 – où, pour notre part, nous avons perdu des amis très chers, des camarades, des femmes et des hommes qui nous manquent cruellement.

L’état d’urgence instauré le 13 novembre a été reconduit plusieurs fois ; le gouvernement a même tenté de le constitutionnaliser et de le rendre permanent ;

aujourd’hui, des forces de l’ordre épuisées par une mobilisation continue depuis novembre dernier sont envoyées à l’assaut de manifestants contre la loi El Khomri dont le mouvement s’amplifie.

La seule attitude du gouvernement est de tenter de discréditer le mouvement social alors que 74 % des Français-e-s sont opposés à sa loi.

Sur le plan international, jamais les solutions politiques, diplomatiques ni les solutions de long terme socio-économiques ne sont évoquées ou développées par le président Hollande.

Pourtant, pour combattre le terrorisme et la violence des obscurantistes, rien ne sera jamais plus efficace que des politiques publiques de lutte contre les injustices et les inégalités, rien ne sera jamais plus efficace que la souveraineté alimentaire et populaire sur les richesses et ressources, l’éducation, le respect de la dignité, le respect de tous les droits humains fondamentaux.

Notre sécurité, celle de chaque peuple dont le droit absolu est de vivre en paix, la sécurité des uns dépend de la sécurité de tous ;

et la sécurité, ça n’est pas l’érection de murs, la division, l’exclusion ou les guerres mais au contraire, le développement pour tous, des écosystèmes protégés, les droits pour tous, plus de démocratie et toujours plus de solidarité entre les peuples et entre les citoyens.

Alors, vous comprendrez mon étonnement et ma désolation, lorsque je lis sur Twitter que François Hollande s’est vu décerner le titre d’« homme d’État mondial 2016 » par une fondation œcuménique new-yorkaise, « The Appeal of Conscience », engagée dans la « guerre mondiale contre le terrorisme », et qui l’avait déjà attribué à Nicolas Sarkozy en 2008, ou encore avant lui à David Cameron…

Si la politique internationale de la France, et si les relations internationales de notre temps, s’inspiraient de la parole de nos poètes, elles seraient sans doute plus justes, et l’humanité s’en trouverait sans doute grandie ;

et, j’offrirais volontiers aux membres de son conseil d’administration un exemplaire de Paix pour les crépuscules qui s’avancent dans lequel le poète Pablo Neruda proclame : « Paix pour tout le blé à naître, paix pour tout l’amour qui cherchera la frondaison, paix pour tous ceux qui vivent, paix pour toutes les terres et les eaux ».

***

Aux commémorations de la boucherie de Verdun, et alors que le président américain Barack Obama en visite officielle au Japon plaide, lui, pour le désarmement nucléaire, nous aurions aimé que François Hollande et Angela Merkel ne prononcent qu’une phrase, et rappellent les mots justes, les mots simples et forts d’Henri Barbusse qui connut l’enfer de la Première Guerre mondiale : « Deux armées aux prises, c’est une grande armée qui se suicide » (Le Feu, 1916),

et qu’il s’agisse de guerres classiques ou de guerres asymétriques, c’est une vérité qui demeure : « Deux armées aux prises, c’est une grande armée qui se suicide » – voilà ce qui fonde notre engagement pour la paix, le progrès et la solidarité internationale des peuples et des travailleurs.

Je veux pour conclure, donner encore la parole à Henri Barbusse, lauréat du Prix Goncourt pour Le Feu, publié en 1916, et cofondateur et premier président de l’Association républicaine des anciens combattants (ARAC) fondée en 1917 : « L’avenir est dans les mains des esclaves, et on voit bien que le monde sera changé par l’alliance que bâtiront un jour entre eux ceux dont le nombre et la misère sont infinis » (Le Feu, 1916).

Merci à toutes et tous, et bienvenue à Paris, où vous serez toujours ici, place du Colonel-Fabien, chez vous.

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