23 oct 2014

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Le beau thème choisi par mes amis de l’Union des étudiants communistes, en collaboration avec la Revue du Projet, m’inspire une première réflexion : ce que vous pouvez attendre de moi, ce n’est pas un discours sur la liberté en général. Car selon les époques, les pays, les enjeux de leur combat, en fonction de ce dans quoi il leur était dans le passé et il leur est aujourd’hui possible de se projeter vers l’avenir par la pensée, les hommes et les femmes qui se sont engagés et qui s’engagent aujourd’hui dans des combats libérateurs se sont fait et se font des idées différentes de ce qu’ils nommaient dans le passé et de ce qu’ils nomment à notre époque « liberté ». Autrement dit, la liberté, cet objet central de l’émancipation humaine, n’a pas toujours eu, en tous lieux et en tous temps, pour ceux qui luttent, la même signification.

Ceux qui profitent des rapports d’exploitation et de domination sur d’autres humains, qui ont intérêt à la pérennisation de ces rapports, ont aussi leurs idées sur la liberté. Elles se déclinent en « liberté d’entreprise », « libre circulation des capitaux », « liberté des marchés financiers » quand ce n’est pas, par antiphrase, « liberté du travail ». Je note qu’au temps de la guerre froide, ceux-là même qui menaient des guerres contre des peuples en lutte pour leur libération se posaient en défenseurs du « monde libre ». C’est toujours vrai.

Je ne crois pas sortir du sujet en disant que la guerre reste aujourd’hui la première atteinte à la liberté des peuples et des individus :

  • Les Kurdes de Syrie

  • Les Irakiens

  • Les Palestiniens

  • Les africains de l’Afrique Sub-saharienne

  • Les ukrainiens

C’est une tragique vérité que dénonçait récemment le Pape : « pour survivre » le système « doit faire la guerre comme l’ont toujours fait les grands empires » mais, « étant donné qu’on ne peut pas faire la troisième guerre mondiale, alors on fait des guerres locales. » Il est d’actualité de souligner que la première des libertés est de vivre en paix.

Où est la liberté quand on est sous les bombes, quand on est exposé à la barbarie ? Et on s’habitue un peu trop vite aux atteintes à la liberté comme celle du Patriot Act Us, qui est une intrusion intolérable dans la vie la plus personnelle de chacun et sur toute la planète. Elle porte gravement atteinte à l’indépendance, la souveraineté des Nations.

Nous communistes, nous inscrivons les luttes, petites et grandes, dont nous sommes partie prenante dans la perspective historique d’émancipation humaine. La liberté pour l ’égalité en est un objet central. Nous n’avons pas toujours su prendre la mesure de ce que cela signifiait. Cette perspective était pourtant clairement celle de Marx tout au long de ses combats. Je ne veux pas multiplier les citations.

Mais, évoquant la nécessité pour les hommes, à toute époque, de pourvoir à leurs besoins, Marx, dans une de ses anticipations du Capital, écrivait qu’« en ce domaine, la seule liberté possible est que l’homme social, les producteurs associés règlent rationnellement leurs échanges avec la nature, qu’ils la contrôlent ensemble au lieu d’être dominés par sa puissance aveugle et qu’ils accomplissent ces échanges en dépensant le minimum de force et dans les conditions les plus dignes, les plus conformes à leur nature humaine. » Et, poursuivait-il, « c’est au delà que commence le développement des forces humaines comme fin en soi, le véritable royaume de la liberté ». Ils disent question centrale : l’association de productions pour se libérer et pouvoir enfin construire leur liberté !

Et il concluait ce passage par cette phrase : « La condition essentielle de cet épanouissement est la réduction de la journée de travail. » Antérieurement, dans son Manuscrit de 1857-1858, les Grundrisse, il observait qu’Adam Smith, qui étudie l’économie capitaliste dont il voit le développement, « conçoit le travail comme une malédiction. Marx comment : il ne semble pas « avoir idée que surmonter des obstacles puisse en soi être une activité de liberté, […] être donc l’auto-effectuation, l’objectivation du sujet, et, par là même, la liberté réelle dont l’action est précisément le travail. »

De ce point de vue, à notre condamnation déjà ancienne et sans appel de tout ce que recouvre le mot de stalinisme, je veux ajouter cette réflexion : les régimes de l’Est dont les dirigeants disaient qu’ils incarnaient le « socialisme réel » se sont à mes yeux effondrés fondamentalement faute d’avoir permis, faute que leurs dirigeants aient voulu permettre la promotion des libertés dont leurs sociétés respectives avaient absolument besoin ?

Car, au point où en étaient arrivées ces sociétés, au niveau de développement qu’elles avaient atteint, comment les hommes et les femmes de ces pays pouvaient-il se motiver, espérer se réaliser alors qu’ils n’avaient pas la maîtrise, pas la liberté de décider par eux-mêmes des objectifs sur lesquels se mobiliser individuellement et comme collectivité humaine ?

Car, pour des raisons sur lesquelles je reviendrai dans un instant, il y a aujourd’hui partout impérativement besoin que les pouvoirs réels ne soient pas concentrés en quelques mains.

Dans notre pays, le chantier des libertés, non seulement à défendre ou à reconquérir, mais à conquérir est vaste et divers.

Nous ne voulons pas d’une société où l’on décide à la place des gens ce qui est bon pour eux. Nous ne voulons pas d’une société où ceux qui ne manquent de rien disent à ceux qui manquent, si ce n’est de tout du moins de beaucoup de choses, quels sont leurs « vrais » besoins et quels sont leurs « faux » besoins. Certes il est des besoins qui expriment d’abord une recherche de compensation aux difficultés de la vie et aux angoisses qu’elle génère.

Eh bien, c’est à ces difficultés qu’il faut s’attaquer plutôt que de culpabiliser ceux qui les endurent. Et il est des besoins dont la satisfaction est libératrice. Le besoin, d’être dégagé de l’incertitude du lendemain dans sa vie professionnelle, d’être respecté, d’être entendu dans la vie de la cité comme de celle de son entreprise, autant de besoins – et je pourrais sans peine allonger la liste – dont la satisfaction ne peut être que libératrice. C’est parce que chaque individu compte pour un qu’il est précieux de développer ses libertés individuelles de l’émancipation comme facteur de développement humain collectif.

Dans une perspective d’émancipation humaine, chacun et la société doivent pouvoir décider démocratiquement quels sont les besoins qu’ils entendent prioritairement satisfaire, quels sont ceux dont ils se proposent d’encourager le développement pour permettre aux individus de se construire une vie plus pleine, plus riche, en un mot, plus libre.

Et pour cela il y a besoin majeur de démocratie, et de plus en plus de gens le disent, notre démocratie est en panne. La cinquième République avec son quinquennat, son président monarque, son système représentatif sont à changer. C’est d’ailleurs pour cela que le Parti communiste et ses partenaires du Front de Gauche propose d’écrire une nouvelle constitution, la sixième république citoyenne, qui garantit les libertés démocratiques dans la société et dans l’entreprise.

Un autre exemple d’actualité, ce 17 octobre, est la journée mondiale de la lutte contre la misère. Comment parler de liberté quand des millions de familles, rien qu’en France recherchent à survivre, manger à leur faim. L’hiver devenant une période attendue parce que les restos du cœur sont ouverts.

Les indicateurs de pauvreté sont au rouge, le surendettement en hausse, les dispositifs d’accueil saturés, des familles fragilisées, les étrangers en situation toujours plus précaire et la précarisation des couches populaires et intermédiaires s’accroît.

Vivre, manger à sa faim, c’est possible. Notre planète est en capacité actuellement de nourrir plus de 12 milliards d’êtres humains. C’est pourquoi les communistes développent de nombreuses propositions pour le partage des avoirs, des savoirs et des pouvoirs.

Jusqu’à quand va-ton parler d’une société où les mots liberté, égalité, fraternité ne correspondent pas à ce que vivent des gens de plus en plus nombreux. Nous voulons une société où les « rejetés » et les « maintenus » se retrouveraient comme « individus de l’histoire du monde », conscients qu’ils font partie d’une «même communauté», qui aurait une « citoyenneté sociale » permettant à chacune et à chacun de sortir de la délégation passive, de ne plus se dévaloriser, de prendre la parole, de promouvoir de nouveaux droits et une nouvelle logique sociale dans une nouvelle vie publique.

J’aurais bien des choses à dire sur la recherche et la création dans tous ces domaines. Je veux au moins vous dire dans quel esprit les communistes abordent ces questions et je le ferai à partir d’un texte de 1966 dont Louis Aragon est l’auteur et qui fait partie d’un texte plus étendu adopté par la direction de l’époque du Parti communiste français :

« La culture, c’est le trésor accumulé des créations humaines. Et la création artistique et littéraire est aussi précieuse que la création scientifique, dont elle ouvre parfois les voies. Une humanité débarrassée des contraintes et des entraves du ‘‘calcul égoïste’’[le ‘‘calcul égoïste’’ c’est l’expression de Marx et Engels dans le Manifeste de 1848 pour désigner la recherche du profit] doit pouvoir trouver ce trésor et s’en saisir dans sa totalité.

L’héritage culturel, toutefois, ne saurait être constitué de créations du passé qu’on se borne à épousseter, en leur donnant un sens au goût du jour. Où, d’ailleurs commence le passé ? L’héritage culturel se fait chaque jour. C’est pourquoi l’on ne saurait limiter à aucun moment le droit qu’ont les créateurs à la recherche. C’est pourquoi les exigences expérimentales de la littérature et de l’art ne sauraient être niées ou entravées, sans que soit gravement porté atteinte au développement de la culture et de l’esprit humain lui-même. »

J’ajouterai simplement que ce qu’écrivait Aragon du « calcul égoïste » ne vaut pas moins pour la recherche scientifique, qu’il s’agisse de la recherche fondamentale ou de ce que l’on appelle la recherche-développement. C’est pourquoi nous soutenons l’initiative « de science en marche » qui est arrivée cet après midi porte d’Orléans.

Les citoyens doivent avoir le droit de participer au débat sur les choix technologiques et industriels, sur ce qui est bon ou non, sur les effets induits sachant que tout comporte un risque. Il importe que l’évaluation du bilan bénéfice/risque soit soumise au débat public. Pour être en mesure de prendre des décisions, un citoyen doit être pleinement informé.

Il a à la fois le droit d’accéder à une formation, une information de qualité et le devoir de s’informer. Tout le monde devrait bénéficier d’un minimum de culture scientifique quelles que soient les études poursuivies, scientifiques, littéraires, économiques, techniques ou pratiques.

En revanche, je ne souhaite pas qu’un comité d’experts de citoyens indique a priori au chercheur ce qu’il doit faire ou ne pas faire. Quand le chercheur réfléchit dans son laboratoire pour savoir si il doit créer de nouveaux objets, travailler sur un nouveau matériau, comprendre une nouvelle propriété, cela doit rester sous sa propre responsabilité. Je revendique la liberté des chercheurs, il en est de pour les créateurs culturels.

Surtout n’en rabattons pas sur nos ambitions en matière de liberté, ce sont des objets de rassemblement potentiellement majoritaires sur lesquels il est possible de mener des luttes et de l’emporter.

Deux exemples, libérer les capacités humaines, décupler les pouvoirs de décider pour tous, le savoir/le pouvoir.

Soyons lucides. Ce serait un énorme progrès, si plus personne dans le monde ne souffrait de malnutrition, d’absence d’accès aux soins médicaux ou à la scolarisation. Pour des milliards d’êtres humains, ce serait une immense libération. Mais nous serions encore très loin du compte quant aux libertés nécessaires aujourd’hui.

Nous serions très loin du compte en effet si une minorité de l’humanité continuait seule à avoir voix au chapitre quand il s’agit de prendre des décisions concernant les autres humains, voire toute l’humanité. Nous serions encore loin du compte même si cette minorité était élargie par des conquêtes démocratiques dans certains pays, mais demeurait une minorité.

Si seule une minorité, même élargie disposait d’une formation lui permettant d’appréhender ce qu’il devenu possible aux humains de connaître, de comprendre et de faire.

Nous vivons en effet une révolution dans les moyens d’action des hommes sur la nature et sur eux-mêmes, une révolution dans les conditions de progression de la productivité, de l’efficacité du travail humain.

Cette révolution, que l’on appelle souvent révolution informationnelle pour dire l’enjeu que représente maintenant dans les activités humaines la maîtrise des données sur la réalité, autrement dit des informations, permet de considérables réductions du temps de travail pour un même effet utile. Va-t-on continuer à utiliser cette diminution pour faire pression sur les salariés par le chômage, la précarité ? La pression est énorme. Les remises en causes sont légions.

Je ne prendrai qu’un exemple le travail du dimanche. La grande distribution souhaite faire exploser les conventions collectives, avec l’objectif avoué de faire du dimanche un jour comme les autres, permettant d’arrêter de payer double les heures travaillées, d’arrêter les heures supplémentaires. Les premières victimes seraient les étudiants et les femmes qui occupent ces emplois majoritairement.

Ou bien va-t-on se saisir de cette révolution pour que chacun et chacune puisse se construire une vie plus riche, épanouissante y compris dans le travail.

Permettre à ce que les gens puissent disposer du temps par la réduction du temps de travail, c’est rendre une liberté individuelle nécessaire au dynamisme de la société. C’est pourquoi nous sommes pour la conquête d’une sécurité d’emploi formation, permettant tout au long de sa vie active de se former. Aujourd’hui nous savons qu’un étudiant dans sa vie professionnelle fera plusieurs métiers différents, qu’il aura besoin de se former, de temps pour cela. C’est à un nouveau mode d’organisation de la société que nous appelons de nos vœux.

Avec la révolution informationnelle, cette révolution sur les moyens d’actions des hommes sur la nature et sur eux-mêmes, monte la nécessité de mettre en cause la séparation millénaire entre ceux qui décident et ceux qui sont cantonnés dans les tâches d’exécution.

Cette séparation a été poussée à son paroxysme par le capitalisme et elle a donné un dynamisme sans précédent à des sociétés où les uns étaient poussés, motivés par la nécessité de vendre leur force de travail pour vivre et les autres par celle de rechercher le profit leur permettant de se maintenir dans leur position privilégiée.

Les pays socialistes de l’Est n’ont pas non plus échappé à cette séparation et sans doute pendant longtemps ne le pouvaient-ils pas. Et, dans tous les cas de figure, cette séparation a représenté et représente une lourde limitation à la liberté d’une grande majorité d’êtres humains.

Mais aujourd’hui, où il est de plus en plus possible de transférer des tâches complexes dans des outillages eux-mêmes complexes, traitant un très grand nombre d’informations, de données dans des temps très courts, on n’a jamais été autant en mesure de prendre des décisions de portée considérable, pour le meilleur comme pour le pire. La question de la prise de décision avant passage à l’acte prend une importance qu’elle n’a jamais connue auparavant dans l’histoire humaine. Et la monopolisation du pouvoir de décider entre les mains d’une petite minorité mue par la recherche du profit est de plus en plus lourde de dangers pour l’humanité, pour son avenir.

L’efficacité sociale des moyens nouveaux dont disposent les hommes pour agir sur la nature et sur eux-mêmes passe nécessairement par l’intervention informée, intelligente et concertée du plus grand nombre possible d’êtres humains, sur toute la Terre, dans la gestion, dans la conduite d’ensemble des sociétés, dans leur gouvernement.

Elle nécessite, par là même le développement des capacités de chaque individu, pour qu’ensemble les êtres humains soient en mesure d’aller le plus loin possible dans leur compréhension de la réalité, soient en mesure de prendre les décisions les plus appropriées qui puissent se concevoir à un moment donné, en pensant au présent comme à l’avenir des hommes et de la Terre sur laquelle ceux-ci vivront.

Cette efficacité sociale des moyens déjà existant et des moyens qui apparaîtront plus tard suppose donc la conquête de degrés de libertés nouveaux, sans précédent, pour l’ensemble des êtres humains. Ce sont des défis que nous voulons relever avec votre concours.

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