26 SEPT. Colloque international sur la paix et le désarmement (Assemblée nationale)

Journée internationale pour l’élimination totale des armes nucléaires, avec Jean-Paul Lecoq, député de Seine-Maritime, et Fabien Roussel, député du Nord et secrétaire national du PCF

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Réinventer nos rêves

Il y a 3 semaines, le 27 janvier 2020

Par Pierre Laurent

Le capitalisme n’est plus le rêve des habitants de la planète Terre. Voilà la principale conclusion du baromètre Edelman 2020 sur la confiance, publié comme chaque année après une large enquête d’opinion réalisée aux mois d’octobre et novembre 2019 dans 28 pays du monde et auprès de 34.000 salariés.

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Et les résultats de cette enquête sont édifiants :  56 % des personnes interrogées estiment que le capitalisme “apporte plus de mal que de bien”. Un chiffre qui s’élève à 59 % des sondés parmi la tranche des travailleurs de 35 à 54 ans et qui atteint tout de même 57% des sondés parmi les plus hauts revenus.

Nous publions ce baromètre depuis vingt ans, les salariés avaient toujours une confiance de plus en plus importante dans la croissance. Cette fois, ce sont les inégalités de revenus qui préoccupent les pays développés”, a déclaré le PDG d’Edelman dans une interview à une télévision publique australienne.

La peur de perdre son emploi atteint un très haut niveau cette année avec 83 % des employés du monde qui le craignent. Les principales raisons invoquées sont la crainte d’une récession, les emplois précaires, le manque de compétence, la peur de la concurrence mondiale…

Autre chiffre significatif, le manque de confiance dans les perspectives économiques. Seulement
47 % des employés mondiaux estiment qu’eux et leurs familles vivront mieux dans 5 ans. Un chiffre qui est bien plus bas dans les pays développés que dans les pays en développement.

Seuls 19 % des salariés en France pensent la même chose, et c’est cette réalité que traduit le mouvement historique en cours dans notre pays contre le projet Macron sur les retraites.

A l’évidence, si le monde continue de tourner comme il tourne, guidé exclusivement par l’Argent et la logique des intérêts égoïstes des 1 % qui possèdent tout, des grands actionnaires capitalistes, la majorité des salariés prédisent un avenir bien sombre à la planète, un « no future » dont ils ne veulent pas.

L’avenir n’est-il-donc pas désormais dans la réinvention de nos rêves ?

Et plus précisément d’un rêve concret de dépassement du capitalisme, un rêve commun pour

un autre mode de développement solidaire, pour une nouvelle démocratie sociale et écologique.

L’avenir est à une nouvelle révolution, l’invitation à un nouveau voyage dans un futur de justice et de coopération.

Jamais probablement cette question d’un dépassement du capitalisme pour un nouvel horizon de civilisation n’a été aussi partagée sur la planète. Mais nous le savons, les obstacles restent nombreux, à commencer par le profond sentiment d’impuissance qu’ont installé dans les consciences la confiscation des pouvoirs, les logiques de division, l’ampleur de la tâche à réaliser.

J’appelle donc à l’effort tenace et persistant vers ces changements civilisationnels, qui passera par une patiente et déterminée reconquête des pouvoirs sur l’argent, sur les choix politiques, sur nos choix de vie.

Oui, assez d’échecs, assez d’impasses, de régressions sociales, assez de replis insupportables, assez des leçons d’austérité délivrées par ceux qui vivent dans l’opulence !

Retrouvons le chemin du progrès humain et de la protection de la planète, qui ne font aujourd’hui plus qu’un !

« Il y a un autre monde, mais il est dans celui-ci », écrivait Paul Eluard. Soyons capables de pousser le neuf qui germe déjà dans la société en osant penser en même temps une organisation profondément nouvelle de la société.

Cette richesse, elle est dans le foisonnement des pratiques solidaires, envers les exilés, dans les quartiers populaires, pour combattre les échecs et promouvoir la fraternité, partout pour en finir avec la pauvreté. Cette richesse, elle est dans les aspirations féministes, écologistes, dans l’antiracisme… Cette richesse, elle est dans les décisions des élus et citoyens de rendre gratuit l’accès aux transports en commun, à la cantine, aux manifestations culturelles… Cette richesse elle est dans les expériences de l’économie sociale et solidaire, des circuits courts, des tiers lieux de l’économie numérique. Cette richesse, nous la ferons éclore en faisant reculer le pouvoir sans fin du capital partout où il s’exerce. La société bouillonne de ces questions et commence à construire des solutions innovantes. Le sens de tout cela, c’est le commun qui remplace le chacun pour soi, la coopération qui combat la concurrence, la réussite de chacune et chacun contre l’exploitation et la précarisation des « masses ».

Le monde n’aime plus le capitalisme. Le genre humain peut vivre une nouvelle grande aventure de révolution. Ce désir politique d’une nouvelle civilisation peut mobiliser les énergies considérables de la jeunesse et des peuples en quête d’avenir.

A nous d’en réveiller l’espoir !

Rapport Oxfam sur les inégalités : quand il ruisselle toujours où c’est mouillé !

Il y a 3 semaines, le 23 janvier 2020

Par Pierre Laurent

1 % de la population mondiale possède plus que tous les autres, écrivais-je dans un ouvrage récent, « 99 % ». Et cela continue !

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Dans le rapport annuel qu’elle vient de rendre public, Oxfam s’attache à nouveau à calculer les inégalités mondiales pour mieux les dénoncer. Et les chiffres donnent le vertige, confirmant le fossé abyssal entre une minorité d’ultra-riches et le reste de l’humanité. L’étude ajoute que les femmes et les filles sont les premières à payer le prix de ce système économique injuste et défaillant.

Dans ce constat, la France est loin d’être épargnée et s’engage elle aussi sur la voie des inégalités croissantes. Cela mérite de s’attarder sur ces chiffres au moment où le gouvernement persiste à nous faire croire qu’il n’y a pas d’argent à aller chercher pour le système de retraite et pour le système de santé.

Les chiffres que fait paraître Oxfam dans son rapport illustrent à eux-seul l’ampleur des inégalités mondiales. La richesse des 1% les plus riches de la planète est supérieure à celle de 90 % de la population mondiale, soit 6,9 milliards de personnes.

Les milliardaires du monde entier, qui sont aujourd’hui au nombre de 2 153, possèdent plus de richesses que 4,6 milliards de personnes, soit 60% de la population mondiale.

Dans le même temps, près de la moitié de la population mondiale, soit près de 3,8 milliards de personnes, vit toujours avec moins de 5 dollars par jour. Le rythme de réduction de la pauvreté s’est ralenti de moitié depuis 2013.

Toujours dans son rapport, Oxfam met particulièrement en lumière les conséquences de ce système économique sur les femmes et les filles. Dans le monde, les hommes détiennent 50 % de richesses en plus que les femmes !

Et en France donc, me direz vous ? Continuons la lecture du rapport…

Le système social français, basé sur le principe de redistribution, avait jusque-là permis de lutter contre les inégalités et la pauvreté. Mais il est en danger à cause de choix politiques qui réduisent la participation des plus riches à l’effort de solidarité par l’impôt et fragilisent le financement des services publics. La situation s’est aggravée depuis la réforme fiscale de 2017 qui privilégie clairement les intérêts des très riches au détriment des plus précaires.
Résultat : depuis 2018, les inégalités sont reparties à la hausse et la pauvreté aussi.

En France, 7 milliardaires possèdent plus que les 30 % des plus pauvres. Ils étaient 8 l’année dernière. Les 10 % les plus riches possèdent 50 % des richesses du pays.

La France compte 41 milliardaires en 2019. C’est 4 fois plus qu’après la crise financière de 2008 !
Sur ces 41 personnes, plus de la moitié ont hérité de leur fortune.

Les milliardaires français sont ceux qui ont vu leur richesse le plus augmenter l’année dernière, devant les milliardaires américains ou chinois.

Le PDG du groupe Sanofi, grand groupe pharmaceutique français, gagnait en 2018 plus de 343 fois le salaire moyen d’un·e aide-soignant·e.

Depuis 2018, la France compte 400 000 pauvres supplémentaires.

Bernard Arnault, l’homme le plus riche de France, lui, ne connaît pas la misère, même au soleil… Sa richesse est estimée à 117 milliards d’euros !
Et ce n’est pas près de s’arrêter. En 2019, Bernard Arnault a été l’homme d’affaire qui a engrangé le plus de richesse dans le monde.


Il est décidément des rapports et des réalités qui mettent en rage quand on explique qu’il n’y a pas d’argent pour les retraites, les salaires et les services publics.

Qui mettent en rage jusqu’à la nausée quand un journal patronal, qui a pignon sur rue dans les tours de la Défense, nous explique que c’est la CGT, les grévistes et les manifestant·e·s qui ruinent la France…

Chez ces gens là, l’accroissement des dividendes est proportionnel à celui de leur mépris de classe !

Heureusement, la rage fait peu à peu place à la mobilisation lucide et consciente. Celle des femmes et des hommes qui soutiennent et approuvent la lutte contre la réforme Macron des retraites, celle de cette majorité de français·e·s qui, selon un sondage CEVIPOF, pensent que pour établir la justice sociale, il faudrait prendre aux riches pour donner aux pauvres…

Un parfum de nuit du 4 août 1789, qui a aboli les privilèges, reprend force en France ! Les Bastilles du 21e siècle ne sont plus imprenables !

J’écris ces lignes un 21 janvier. Un anniversaire, une annonce des jours qui rallongent, car, comme l’a écrit Aragon, « il n’est point d’hiver qui n’ait finalement cédé au printemps ».

Décidément, « la route ne sera plus du tout la même avec le soleil».

Il y a 75 ans, Auschwitz est libéré

Il y a 4 semaines, le

Par Pierre Laurent

Auschwitz a été libéré il y a 75 ans. Ce nom résonne toujours en nous comme le symbole de l’horreur absolue d’un génocide qui fit des millions de victimes juives, tziganes, handicapés, homosexuels, russes, enfants, hommes et femmes, des communistes, des croyants ou non, des résistant.e.s.

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« Lorsque vous reviendrez car il faut revenir
Il y aura des fleurs tant que vous en voudrez
Il y aura des fleurs couleur de l’avenir
Il y aura des fleurs lorsque vous reviendrez

Vous prendrez votre place où les clartés sont douces
Les enfants baiseront vos mains martyrisées
Et tout à vos pieds las redeviendra de mousse
Musique à votre cœur calme où vous reposer »

C’est par ces vers qu’Aragon évoquait l’enfer des camps nazis et la libération des martyrs.

Celles et ceux qui ne sont pas revenues de la nuit et du brouillard…
Toutes et tous sont dans nos cœurs, toutes et tous sont, face à l’inhumain, dans le coeur de l’Humanité…
Toutes et tous nous accompagnent, en ce jour anniversaire comme chaque jour, dans notre combat pour une humanité libérée d’une barbarie qui frappe encore, pour la paix, la liberté, la fraternité…

« Les femmes, les enfants ont les mêmes roses rouges dans les yeux. ».
« Nous allons ouvrir ensemble le dernier bourgeon de l’avenir  »

Conséquences de l’alerte sur les SDHI – Demande de saisine de l’OPECST

Il y a 4 semaines, le 21 janvier 2020

Par Pierre Laurent

Paris, le 20 janvier 2020 Monsieur Gérard Longuet Sénateur, président de l’OPECST Monsieur Cédric Villani Député, vice-Président de l’OPECST   Monsieur le Président, Monsieur le vice-Président, Le 8 novembre 2019, le CNRS 1 signalait la parution d’un article dans la revue scientifique PLOS-ONE démontrant in vitro la toxicité sur les cellules humaines de huit molécules […]

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Paris, le 20 janvier 2020

Monsieur Gérard Longuet
Sénateur, président de l’OPECST

Monsieur Cédric Villani
Député, vice-Président de l’OPECST

 

Monsieur le Président,
Monsieur le vice-Président,

Le 8 novembre 2019, le CNRS 1 signalait la parution d’un article dans la revue scientifique PLOS-ONE démontrant in vitro la toxicité sur les cellules humaines de huit molécules dites SDHI commercialisées en France 2. Cette étude réalisée par des scientifiques de différents organismes (CNRS, INSERM, INRA, Université de Paris, AP-HP) montre pour la première fois que ces fongicides bloquent une enzyme de la chaine respiratoire des cellules humaines. En parallèle, le 19 novembre 2019, la commission nationale de déontologie et alertes en santé publique et environnement (cnDAspe), rendait un avis sur l’alerte concernant les SDHI émise en 2017 3. Elle l’a estimée étayée par des « données scientifiques de qualité », et l’a transmise à cinq ministères (environnement, santé, recherche, agriculture et sports). Pour ces éléments récents, mais aussi pour des raisons plus anciennes exposées ci-après, nous souhaitons saisir l’OPECST sur le dossier des SDHI.

Les Inhibiteurs de la Succinate Déshydrogénase (SDHI) sont largement utilisés en France comme fongicides depuis 2009. Près de 156 produits contenant un SDHI pur ou en mélange sont aujourd’hui autorisés à la vente d’après l’ANSES 4.

Ils sont vendus par des entreprises comme Bayer-Monsanto, BASF, Du Pont, Syngenta pour traiter les plantes et les récoltes contre les moisissures (blé tendre, orge, tomates, raisins, agrumes, fraises etc). Possédant aussi des propriétés nématicides, ils sont aussi utilisés pour traiter des pelouses publiques, les pelouses de stades ou de golfs. Les SDHI empêchent le développement des organismes cibles en bloquant la succinate déshydrogénase (SDH), une enzyme clé de la chaîne respiratoire des mitochondries.

L’alerte scientifique sur les SDHI a été lancée en 2017. Elle repose sur un faisceau d’arguments convergeant vers une présomption sérieuse de nocivité des SDHI sur l’être humain et la biodiversité. Le premier tient au caractère universel du mécanisme de respiration, un processus essentiel à la vie cellulaire. Or les SDHI inhibent la SDH, c’est à dire le complexe II de la chaine respiratoire, « un composant universel des mitochondries qui sont présentes dans quasi tous les organismes vivants. La SDH est restée particulièrement conservée au cours de l’évolution, et l’on peut légitimement s’interroger sur la spécificité des SDHI vis-à-vis des seules moisissures. » 4 Autrement dit, si le mécanisme de la respiration est commun à la grande majorité des espèces, le mécanisme d’inhibition de la SDH des champignons par les SDHI pourrait très bien être transposé à la SDH d’autres organismes vivants. Les résultats de l’étude de PLOS-ONE confirment cette hypothèse, et montrent l’absence de spécificité de huit SDHI commercialisés, qui se révèlent bloquer efficacement l’activité SDH dans les mitochondries du champignon, mais aussi celles du ver de terre, de l’abeille et de l’être humain.

Le deuxième groupe d’arguments concerne les tests réglementaires réalisés préalablement à la délivrance des autorisations de mise sur le marché. Ces tests ont été effectués par les firmes qui les commercialisent et validés par les autorités sanitaires pour l’ensemble des SDHI concernés par l’alerte. Néanmoins, les scientifiques lanceurs de l’alerte soulignent que ces tests ne sont pas adaptés au mécanisme d’action de ces fongicides et, par conséquent, ils pourraient ne pas être en mesure de mettre en évidence la toxicité des SDHI. Chez l’être humain, il est connu que le blocage de l’activité SDH observé dans des tumeurs ou des neuropathies, se traduit par un dysfonctionnement des mitochondries et un remodelage épigénétique entrainant des changements de l’expression de milliers de gènes, sans modification de la séquence d’ADN. Or les procédures réglementaires ne requièrent pas d’évaluer l’intégrité des fonctions mitochondriales ni les marquages épigénétiques, des processus pourtant cruciaux pour la vie cellulaire et dont la dérégulation est impliquée dans de nombreuses pathologies.

Enfin, le troisième groupe d’arguments concerne le lien établi depuis plusieurs décennies entre plusieurs pathologies humaines et des dysfonctionnements de la SDH. « Si l’une de ces enzymes (ndlr, les enzymes mitochondriales telles la SDH) est défectueuse, la respiration des cellules se fait moins bien et chez l’homme cela conduit à l’émergence de nombreuses maladies, certaines très graves. Dans cette suite de réactions biochimiques, la SDH joue un rôle crucial, et il est connu depuis longtemps maintenant que des mutations génétiques de la SDH, entraînant la perte de son activité, sont la cause de maladies humaines » 5 . C’est le cas de tumeurs du système nerveux 6, du rein ou du système digestif 7, d’encéphalopathies sévères de jeunes enfants 8, mais aussi de maladies comme l’ataxie de Friedreich, le syndrome de Barth, la maladie de Huntington, de Parkinson et certaines asthénozoospermies (perturbation de la mobilité des spermatozoïdes). En outre, l’étude récente sur des cellules humaines in vitro, a montré qu’un « défaut mitochondrial préexistant, tel qu’un dysfonctionnement partiel de la SDH ou une hypersensibilité aux attaques oxydatives augmente la sensibilité aux SDHI, suggérant un risque particulier pour les individus présentant un tel dysfonctionnement ».

De tels constats ont poussé le groupe de scientifiques susmentionné à lancer une alerte auprès de l’ANSES en octobre 2017, l’autorité compétente, mais aussi auprès du CNRS, INSERM, INRA et du ministère de l’agriculture en janvier et février 2018. Devant l’absence de réponse de l’ANSES, les scientifiques ont ouvert leur alerte au public via une tribune publiée dans le quotidien Libération en avril 2018 5. L’instruction du dossier s’est accélérée et des auditions ont été réalisées dans la foulée par un comité d’experts dédiés par l’ANSES. En parallèle, différents scientifiques ont été auditionnés par la commission d’enquête parlementaire sur l’alimentation industrielle (les 24 et 31 mai 2018), mais aussi des représentants de l’ANSES le 14 juin 2018 dont le directeur général délégué. Celui-ci témoignait devant la commission d’enquête que « jusqu’à présent, nous n’avons pas vu de signaux d’alerte à travers toutes les études que nous regardons dans la littérature scientifique » 9 sur la base des données disponibles en 2018. Par ailleurs, en janvier 2019, l’ANSES rendait public le rapport de son comité d’experts 10 concluant « que les informations et hypothèses évoquées n’apportent pas d’éléments en faveur d’une alerte sanitaire (…) qui pourrait justifier la modification ou le retrait des autorisations de mise sur le marché. Pour autant, l’Anses considère que le dossier n’est pas clos et poursuit les investigations. » 11 Ce rapport est contesté par les chercheurs à l’origine de l’alerte qui, dans une lettre de réponse à l’ANSES le 30/01/2019, déclaraient regretter que « i) la connaissance du mode d’action des SDHI, ii) de leur capacité à inhiber également l’enzyme humaine ainsi que celle d’autres organismes vivants (abeilles, lombrics) et enfin, iii) la connaissance des pathologies liées au blocage de la SDH chez l’être humain, ne conduisent pas à appliquer le principe de précaution en suspendant l’utilisation des SDHI ou en en restreignant l’utilisation, tant que l’absence d’impact de ces pesticides sur l’environnement et sur l’être humain n‘a pas été établie ». En septembre 2019, dans une interview accordée à l’hebdomadaire le Point, le directeur général délégué du pôle sciences pour l’expertise de l’Anses, soulignait que « Nous n’avons pas d’éléments suffisants pour retirer immédiatement ces produits du marché ». Il ajoutait néanmoins que l’ANSES finance désormais « plusieurs études et d’importants travaux de recherche (…) pour obtenir des réponses, (…) non seulement des travaux expérimentaux, mais aussi des études épidémiologiques pour vérifier si l’exposition à des fongicides SDHI serait associée à un excès de tumeurs. »

L’actualité scientifique récente éclaire ce dossier sous un jour nouveau. Désormais, la nocivité des SDHI sur l’activité SDH des cellules humaines serait démontrée. Par ailleurs, l’alerte est jugée comme étant fondée scientifiquement par les experts toxicologues sollicités par le cnDAspe. Cette instance officielle indépendante conclut ainsi : « Les données scientifiques présentées par l’équipe de chercheurs sur les dangers des fongicides SDHI sont de qualité et posent un doute sérieux sur des dangers qui ne sont pas actuellement pris en compte dans les procédures de toxicologie appliquées selon la réglementation européenne concernant la mise sur le marché des produits phytosanitaires. Des incertitudes substantielles demeurent néanmoins sur les risques qui seraient induits chez l’homme lors de l’exposition à cette famille de fongicides, qui appellent la poursuite des recherches et donc des financements dédiés. Cette situation est constitutive d’une alerte. »

Sur la base de ces observations et de l’importance des enjeux sanitaires relatifs aux produits considérés, nous demandons la saisine de l’Office Parlementaire d’Évaluation des Choix Scientifiques et Technologiques (OPECST). L’Office doit pouvoir conduire son expertise et aborder des questions à l’intersection entre la décision politique et l’expertise scientifique :

En réponse à l’alerte d’avril 2018, le représentant de l’ANSES répondait dans le quotidien Libération que « Pour l’instant, l’évaluation scientifique des risques liés à l’usage de ces produits, qui prend en compte le mécanisme d’action, conclut à une absence de risque inacceptable. » Cette affirmation est formellement contestée par les chercheurs qui soulignent que les procédures d’évaluation actuelles ne permettent pas de caractériser correctement la toxicité des pesticides présentant un mode d’action visant la mitochondrie. En outre, l’évaluation du niveau d’acceptabilité d’un risque doit pouvoir associer la représentation nationale, en particulier dans le cas considéré ici des SDHI, où la nocivité des produits incriminés pourrait se révéler sur un long terme, empêchant sa mise en évidence dans des délais suffisamment courts pour assurer la protection des personnes, exploitants et travailleurs agricoles premièrement exposés, mais aussi riverains et consommateurs.
Un deuxième sujet concerne le cadre justifiant de l’activation du principe de précaution. Dans son avis de novembre 2019 sur les SDHI, le cnDAspe invite à élaborer « un document méthodologique détaillé comportant les conditions minimales d’ordre scientifique pouvant justifier le recours au principe de précaution, notamment pour les substances et mélanges dangereux en cause dans le présent dossier. » . L’article 5 de la Charte de l’Environnement inscrite dans la Constitution depuis février 2005, stipule en effet « Lorsque la réalisation d’un dommage, bien qu’incertaine en l’état des connaissances scientifiques, pourrait affecter de manière grave et irréversible l’environnement, les autorités publiques veilleront, par application du principe de précaution, et dans leurs domaines d’attribution, à la mise en œuvre de procédures d’évaluation des risques et à l’adoption de mesures provisoires et proportionnées afin de parer à la réalisation du dommage. » Au vu des doutes sérieux pesant sur la pertinence des procédures d’évaluation des risques des SDHI, et de leurs effets à long terme, il paraît nécessaire que la représentation nationale puisse travailler précisément à la définition des procédures d’évaluation des risques et aux conditions minimales pouvant justifier l’application du principe de précaution.

La mise sur le marché de nouveaux produits repose pour l’essentiel sur les déclarations des industriels. Au regard des scandales sanitaires et écologiques révélés ces dernières années, ce processus n’est pas satisfaisant. Il apparait ainsi que la représentation nationale devrait travailler aux conditions de la levée du secret industriel dans les domaines clés de santé environnementale pour permettre aux services publics de santé et de recherche d’accompagner au mieux la mise sur la marché de nouveaux produits.

Pour conclure, nous rappelons que les SDHI sont aujourd’hui largement utilisés en France comme fongicides en agriculture, mais aussi sur des terrains sportifs. Le faisceau d’arguments convergeant sur leur potentielle nocivité sur l’humain appelle un traitement approfondi de l’alerte lancée par les scientifiques. Les nombreux sujets liés aux SDHI à la frontière entre science et décision politique, justifient d’un travail permettant à la représentation nationale d’approfondir et d’apporter des éléments de réponse aux sujets posés. Pour toutes les raisons évoquées, nous vous demandons de bien vouloir saisir l’OPECST sur le dossier des SDHI.

Certain de l’intérêt que vous pourrez porter à cette saisine, nous vous prions d’agréer messieurs, l’expression de nos salutations respectueuses.

               Pierre Laurent                                                Pierre Dharréville
               Sénateur                                                              Député

1 http://www.cnrs.fr/fr/les-fongicides-sdhi-sont-toxiques-pour-les-cellules-humaines
2 Evolutionarily conserved susceptibility of the mitochondrial respiratory chain to SDHI, pesticides and its consequence on the impact of SDHIs on human cultured cells. P. Bénit, A. Kahn, D. Chrétien, S. Bortoli, L. Huc, M. Schiff, A.-P. Gimenez-Roqueplo, J. Favier, P. Gressens, M. Rak et P. Rustin. PLOS ONE (2019) 14(11):e0224132 https://doi.org/10.1371/journal.pone.0224132
3 https://www.alerte-sante-environnement-deontologie.fr/actualites/article/avis-sur-le-signalement-de-possibles-risques-lies-a-l-utilisation-de-fongicides
4 https://ephy.anses.fr/lexique/substance
5 Tribune – Une révolution urgente semble nécessaire dans l’usage des antifongiques

https://www.liberation.fr/debats/2018/04/15/une-revolution-urgente-semble-necessaire-dans-l-usage-des-antifongiques_1643539
6 Mutations in SDHD, a Mitochondrial Complex II Gene, in Hereditary Paraganglioma. B. E. Baysal, R. E. Ferrell, J. E. Willett-Brozick, E. C. Lawrence, D. Myssiorek, A. Bosch, A.van der Mey, P. E. M. Taschner, W. S. Rubinstein, E. N. Myers, C. W. Richard, C. J. Cornelisse, P. Devilee, B. Devlin, Science 287 (2000) 848 ; https://www.ncbi.nlm.nih.gov/pubmed/10657297
7 Defects in succinate dehydrogenase in gastrointestinal stromal tumors lacking KIT and PDGFRA mutations. K. A. Janeway, S. Y. Kim, M. Lodish, V. Nosé, P. Rustin, J. Gaal, P. L. Dahia, B. Liegl, E. R. Ball, M. Raygada, A. H. Lai, L. Kelly, J. L. Hornick, M. O’Sullivan, R. R. de Krijger, W. N. Dinjens, G. D. Demetri, C. R. Antonescu, J. A. Fletcher, L. Helman, C. A. Stratakis, Proceedings of the National Academy of Sciences of the United States of America 108 (2011) 314 ; https://www.ncbi.nlm.nih.gov/pubmed/21173220
8 Mutation of a nuclear succinate dehydrogenase gene results in mitochondrial respiratory chain deficiency. T. Bourgeron, P. Rustin. D. Chretien, M. Birch-Machin, M. Bourgeois, E. Viegas-Péquignot, A. Munnich, A. Rötig, Nature Genetics 11 (1995) 144 ; https://www.ncbi.nlm.nih.gov/pubmed/7550341
9 Compte-rendu de la commission d’enquête sur l’alimentation industrielle, Compte-rendu no 13, séance du 14 juin 2018
10 https://www.anses.fr/fr/system/files/PHYTO2018SA0113Ra.pdf
11 https://www.anses.fr/fr/content/fongicides-inhibiteurs-de-la-succinate-d%C3%A9shydrog%C3%A9nase-sdhi-l%E2%80%99anses-pr%C3%A9sente-les-r%C3%A9sultats-de

 

Mouvement des Pionniers de France – Défendre la pluralité des idées défendues par les mouvements d’éducation populaire

Il y a 1 mois, le 13 janvier 2020

Par Pierre Laurent

J’ai attiré l’attention de M. le ministre de l’éducation nationale et de la jeunesse sur le mouvement des pionniers de France.

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Les pionniers de France sont un mouvement agréé d’éducation populaire issu du monde ouvrier. Ce mouvement a été fondé à la fin de la Seconde Guerre mondiale par des militants, issus de la Résistance. Depuis 1946, les vaillants et vaillantes, qui deviendront les pionniers de France en 1970, ont contribué par leur action à l’éducation des enfants du monde ouvrier à travers toute la France et à la formation de militants associatifs et politiques. En 1985, leur activité dans la formation d’éducateur a été institutionnalisée lorsque le mouvement a été habilité à être organisme de formation préparant à la délivrance des brevets d’aptitude aux fonctions d’animateur (BAFA) et de brevet d’aptitude aux fonctions de directeur (BAFD). Cette habilitation qui leur permet de former de nombreux animateurs et directeurs sur tout le territoire national leur est renouvelée tous les trois ans suite au dépôt d’un dossier de demande.

C’est dans ce contexte que cet organisme a déposé en septembre 2019, une demande de renouvellement de l’habilitation pour la période 2020-2022. À la suite de leur demande, ils ont reçu le 8 janvier 2019 un refus à ce sujet. Les raisons invoquées sont sensiblement les mêmes que celles qui leur avaient été transmises lorsque la direction de la jeunesse, de l’éducation populaire et de la vie associative (DJEPVA) leur a fait une demande de compléments d’informations en novembre. Cela donne aux dirigeants des pionniers de France l’impression que la version finale de leur demande d’habilitation n’a pas été prise en compte. Pourtant leur dossier répond de la manière la plus précise possible aux exigences réglementaires de l’arrêté du 15 juillet 2015. La décision de refus du ministère leur paraît d’autant plus injustifiée que lorsque leur organisme est inspecté (la dernière inspection datant du 16 décembre 2019 dans une antenne du Pas-de-Calais), les rapports d’inspection sont toujours positifs. Ce refus intervient dans un contexte où il apparaît de plus en plus évident que de nombreuses forces poussent à une ouverture du secteur de l’animation volontaire, et plus généralement de l’éducation populaire, aux entreprises privées ainsi qu’à la mise en concurrence des différents organismes.

La formation BAFA-BAFD permet au mouvement des pionniers d’entretenir des partenariats avec de nombreuses municipalités sur la formation des jeunes et de leurs agents à l’animation et à la direction en accueil collectif de mineur (ACM). Dans l’immédiat la décision de la DJEPVA met en péril la tenue des treize stages qui doivent avoir lieu durant les vacances de février 2020. Cela met également en défaut les collectivités et leurs populations avec lesquelles les pionniers de France entretiennent un partenariat. Le refus de la DJEPVA a également de lourdes conséquences sur l’activité financière des pionniers et met donc, par la même occasion, en péril leur existence même.

Plus largement cette remise en cause de l’existence des pionniers de France ne peut être vue que comme une attaque contre les mouvements d’éducation populaire, dont ils constituent un pilier historique ainsi que la pluralité des idées défendues par ces mouvements.

Pour toutes ces raisons, je lui ai demandé de bien vouloir agir en faveur d’un réexamen de la décision.

Voici la réponse hallucinante de M. le ministre de l’Intérieur à ma question écrite du 20 décembre 2018 sur les « Conditions d’exercice du métier de journaliste lors de manifestations – Garantir la liberté d’informer »

Il y a 1 mois, le 9 janvier 2020

Par Pierre Laurent

M. Pierre Laurent attire l’attention de M. le ministre de l’intérieur sur les conditions de libre exercice du métier de journaliste lors de manifestations.
Les syndicats de cette profession estiment qu’ils ont été victimes de dérapages inadmissibles de la part de certaines forces de l’ordre lors des manifestations parisiennes de novembre et décembre 2018 notamment et demandent aux pouvoirs publics des explications sur les consignes qui ont été données pour en arriver à cette situation. Ils demandent également au Gouvernement de faire toute la lumière sur ces agissements ainsi que de prendre les mesures nécessaires pour qu’ils ne se reproduisent pas et pour que soit garantie la liberté d’informer.
Il lui demande quelles réponses il compte apporter face à ces demandes.

GARDONS LE CONTACT

Réponse de M. le ministre de l’intérieur

Publiée le : 26/12/2019, page 6401

Texte de la réponse :

L’action des forces de sécurité intérieure dans les missions de maintien de l’ordre s’inscrit naturellement dans les principes légaux et réglementaires, prévus notamment par le code de la sécurité intérieure (CSI), dans le but de garantir la liberté d’expression de tous citoyens, ainsi que la sécurité des personnes et des biens. Or, il apparaît que de nombreux journalistes revêtent des tenues et des dispositifs de protection qui se confondent totalement avec ceux des manifestants. Dans le feu de l’action, quand bien même ils seraient porteurs d’un élément d’identification « Presse », il faut que celui-ci soit suffisant visible et explicite pour que les forces de l’ordre puissent les identifier comme tels. Enfin, il y a lieu de noter que de nombreux manifestants peuvent se déclarer « journalistes » du seul fait qu’ils filment les opérations de maintien ou de rétablissement de l’ordre avec un téléphone portable, comme d’autres s’improvisent « street medic » sans aucune connaissance médicale.

Si chaque citoyen, et donc chaque manifestant, peut filmer l’intervention des forces de l’ordre, cela ne lui donne pas pour autant le statut de journaliste. Il convient dans ce cadre que les journalistes puissent se distinguer clairement des manifestants : en s’identifiant par une prise de contact direct avec les forces de l’ordre ; au-delà d’une inscription « presse » sur leur tenue, par le port apparent de leur carte de presse ; en se positionnant en marge des manifestants, à l’abri des violences qu’ils peuvent exercer et des munitions employées en conséquence lorsque les sommations sont faites, ou éventuellement derrière les forces de l’ordre. En tout état de cause, si des journalistes ont à souffrir de l’emploi de la force par des unités de police ou de gendarmerie, il leur appartient, comme à quiconque, de déposer plainte ou de procéder à un signalement, par exemple sur la plateforme internet de l’inspection générale de la police nationale prévue à cet effet.

Il doit également être souligné la politique d’ouverture et de communication des forces de l’ordre. Dans le cadre de la modernisation des moyens de communication employés lors de la gestion de l’ordre public, la relation entre la presse et les forces de sécurité intérieure se modernise en effet régulièrement. Des chargés de communication des forces de sécurité intérieure peuvent par exemple être désignés. Ils encadrent et assurent la protection des médias pour lesquels un reportage en immersion a été validé. Afin d’être rapidement identifiés comme interlocuteurs privilégiés de ces derniers, et de tout autre média présent, ces chargés de communication peuvent être porteurs des signes distinctifs « police / gendarmerie communication » et d’une chasuble spécifique.

Ce type d’action témoigne de la volonté de transparence, d’information et de pédagogie des forces de l’ordre. La modernisation des moyens de communication tend par ailleurs à appuyer ces échanges en développant la présence de journalistes embarqués et en améliorant leur immersion dans des actions de gestion de l’ordre public. Il en est ainsi avant l’événement, via leur participation aux exercices de maintien et de rétablissement de l’ordre public pour leur expliquer les modes de fonctionnement des forces et les aider à se positionner pour réaliser leur travail en toute sécurité, et grâce à des explications sur les objectifs du dispositif et de messages à adresser à la population. Pendant l’événement, ponctuellement, des journalistes évoluent au côté des forces, sous réserve du port de protections (a minima casque, brassard « journaliste », carte de presse apparente, gilet pare-coups ou pare-balles).

De manière générale, que le journaliste soit embarqué ou non, le directeur du service d’ordre, ou son représentant porte-parole peut, après l’événement, s’exprimer pour commenter un dispositif et des manœuvres. Le rôle de communication du directeur du service d’ordre s’inscrit ainsi dans une volonté d’offrir une information au plus près du terrain et à l’attention d’un public le plus large possible. En conclusion, il doit être souligné que le maintien de l’ordre public, dont la complexité, la technicité et la sensibilité sont croissants, a considérablement évolué. Face aux mutations de la gestion de l’ordre public, le schéma national du maintien de l’ordre actuellement en préparation fixera ainsi un cadre global rénové sur l’emploi des forces de l’ordre et des moyens techniques spécialisés, destiné à adapter et actualiser la gestion de l’ordre public en France. La gestion nécessaire de la présence des journalistes au sein des opérations de maintien de l’ordre sera bien sûr prise en compte. Cette prise en compte par les forces de l’ordre doit leur permettre d’exercer leur métier d’information de la population.

L’association « Reporters sans frontières » a d’ailleurs été auditionnée le 7 novembre 2019 par le groupe de travail mis en place par le ministre de l’intérieur avec, notamment, des experts extérieurs au ministère. Ce groupe de travail rendra ses conclusions qui participeront à la finalisation du nouveau schéma national de maintien de l’ordre.

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